XXVIII. — DEVOIRS MUTUELS DES PASTEURS ET DES FIDÈLES
Respect et honneur au pasteur de paroisse, à l'Évêque diocésain, au Pape.
Obéissance prompte, facile, au pasteur de paroisse, à l'Évêque diocésain, au Pape, dans les choses de leur ressort; et quand il s'agit du Pape, ces choses vont très loin.
Enfin, quant à la prière à faire pour le pasteur de paroisse, l'Évêque diocésain, le Pape, il n'en est point de meilleure que celle que fait l'Église elle-même, le Vendredi-Saint, non seulement pour le Pape, mais pour tout l'Ordre hiérarchique, pour les Évêques, les prêtres, les diacres, les sous-diacres, les acolytes, les exorcistes, les lecteurs, les ostiaires.
Nous ne pouvons tout reproduire.
Pour le Pape elle dit :
Prions pour notre Saint-Père le Pape, afin que le Seigneur notre Dieu, qui l'a élu dans Tordre de l'Épiscopat, le conserve en santé et en sûreté pour le plus grand bien de son Église, et pour la conduite du saint peuple de Dieu.
Oui: Qu'il en soit ainsi: Amen. Qu'il en soit ainsi pour notre grand Pape Léon XIII, actuellement régnant, et pour tous ceux qui lui succéderont dans la suprême magistrature de l'Église.,
QUATRIÈME COMMANDEMENT
DIXIÈME PRONE Les devoirs mutuels du pouvoir et des sujets.
Honora patrem tuum et matrem tuam.
Honorez votre père et votre mère.
Idem de regibus, de principibus, do magistratibus, et reliquis quorum poîeslati subjicimur, dicendum est.
Dans les Instructions précédentes, nous avons dit quels sont les devoirs mutuels des parents et des enfants, des maîtres et des serviteurs, des patrons et des ouvriers, des pasteurs et des fidèles. Mais tout le quatrième Commandement n'est pas encore épuisé. Il n'y a pas de relations que celles qui existent entre parents et enfants, entre maîtres et serviteurs, entre patrons et ouvriers, entre pasteurs et fidèles. En d'autres termes, la société domestique n'est pas toute la société. Ni, non plus, la société re-' ligieuse n'est pas toute la société. Plus étendue que la première,' moins vaste que la seconde, il y a la société civile, c'est-à-dire tel peuple, et tel autre peuple, tel peuple qui forme un tout distincît, ■et tel autre peuple qui forme un autre tout distinct. Quoiqu'ils diffèrent les uns des autre;:; par le caractère et les mœurs, tous ces peuples pourtant ont cela de commun, que chacun d'eux se compose de deux, éléments essentiels, les gouA'ernants et les gouvernés, les gouvernants qui sont la tête, les gouvernés qui sont le corps
Or, de ceux-ci envers ceux-là, et réciproquement, quels sont lesdevoirs à accomplir ? C'est ce que nous nous proposons de dire. Dieu nous aide de sa grâce
Pour mieux traiter le sujet que nous abordons, s'il était besoin de quelques notions préliminaires touchant la nécessité du pouvoir, son origine, le mode selon lequel il est transmis, les diverses formes gou\'ernementales sous lesquelles on l'exerce :
De la nécessité du pouvoir, nous dirons : qu'elle est absolue. Cette remarque a été faite cent fois, il est presque devenu banal de la faire à nouveau : que Dieu a créé l'homme pour vivre en société. Toute notre nature, en effet, en témoigne hautement. Le système de ceux qui tirent l'état social d'une convention, d'un pacte passé entre les hommes, au lieu de le faire dériver, comme il dérive vraiment, des instincts et des besoins de l'homme, est une des plus grosses erreurs qui aient été commises. Mais à cet état social, à ce corps, si l'on veut, il faut une tête qui commande. Entre tant de membres qui le composent, si divers de pensées, de volontés, de caractères, d'inclinations, d'intérêts particuliers, l'union est impossible sans une force qui la maintienne, et dirige l'action de tous et de «îhacun vers le bien général. Le mot de Bossuet est vrai, il le sera toujours, parce qu'il est, non le fruit d'une ou de plusieurs expériences, mais l'expression du bon senslui-même : Où tout le monde veut faire ce qu'il veut, nul ne fait ce qu'il veut : où il n'y a point de maître, tout le monde est maître; et où tout le monde est maître, tout le monde est esclave (1).
De l'origine du pouvoir, nous dirions qu'elle est divine. Et nous le dirions à bon escient. Nous le dirions avec l'Auteur inspiré de la Sagesse : C'est par Dieu que les rois régnent : Per 'ine regesrégnant (2). Nous le dirions avec saint Paul écrivant aux Romains : C'est de Dieu seul que toute autorité tire sa source : Non est potes tas nisi a Deo (3). Nous le dirions avec Jesus-Christ, faisant à Pilate qui se prévaut de son pouvoir de gouverneur, soit pour le mettre en liberté, soit pour l'envoyer à la mort, la réponse que vous savez : Vous n'auriez aucun droit sur moi, s'il
(1) Bossuet. Politique tirée de l'Ecriture sainte. Liv. 1. art. 3. (2; Puov. c. VII, V. 15.
(3) Rom. c. XIII, v. 1.