SCÈNE PREMIÈRE EVADNÉ, CLOÉ (Nymphes au service de CIRCÉ
EVADNÉ
Ulysse dort auprès de la belle Circé.
Le milieu de la nuit est plus que dépassé. Nul voyageur nouveau n'apparaît sur la route Et personne n'a plus besoin de nous, sans doute.
[Cloé, que faisons-nous ici?
Quelles mystérieuses chaînes.
En ce palais du vain souci.
Nous retiennent loin des fontaines?
Comme on serait mieux sous les eaux.
En notre nudité sans voiles,
A piquer entre les roseaux
Les reflets fleuris des étoiles !
A nous moquer des segipans
Et des divertissantes poses
Qu'ils prenaient aux talus grimpants
Afin de nous jeter des roses !
CLOE
Hors du torrent natal où je voudrais plonger
Me retient une obscure force.
Et sur mon corps jadis fluide et si léger
Se forme une invisible écorce.
Je ne sais pas quel charme étrange et caressant Me mêle au grand frisson que la terre dégage Et j'entends se remplir mon cœur arborescent Du long bruissement do (quelque amer feuillage.
EVADNÉ
C'est l'Amour, c'est l'Amour, dans cette nuit d'été.
Qui tend le piège où tu succombes, N'as-ta pas vu passer la blanche Aphrodite
Sur son beau char traîné par des colombes? Peut-être un jeune dieu vers nous chemine-t-il Et peut-être est-ce moi que son cœur a choisie? Ne respires-tu. pas le parfum très subtil Qu'exhalent ses cheveux imprégnés d'ambroisie?
(Murmures de flûtes au dehors (i).]