SCÈNE PREMIÈRE
MARSYAS, sortant du palais avec un vase sous le bras et parlant au public.
Avec ce pot d'onguent je m'en vais à l'étable. La déesse, en effet, m'a donné mission,
Par d'énergiques frictions.
De rendre à nos pourceaux un air plus présentable. Car Ulysse avec eux doit partir aujourd'hui. Ce que j'avais prévu s'est, en effet, produit. Les deux amants se sont retrouvés, cette nuit, Et, s'étant expliqués, ont fini par s'entendre. On s'est pris aux cheveux, puis réconcilié.
Et maintenant on est lié De l'amitié la plus exquise et la plus tendre. Cette Circé, naguère effroi des nautoniers. Qu'elle enlaçait de ses tentacules de pieuvre. Et qui, du Créateur dégradant ainsi l'œuvre, Vidait de leur raison ses pauvres prisonniers.
Présentement en a dans l'aile.
Elle a trouvé quelqu'un sur qui ça n'a pas pris. Un instant, j'ai tremblé pour Ulysse : « Il chancelle ^), Pensais-je. Le désir enflammait sa prunelle Et l'ombre de la bête était sur son esprit.
Pallas l'a délivré de l'étreinte mortelle. Je comprends chez un chef des passades d'un jour, Pourvu que de lui-même il demeure le maître, Mais qu'il trahisse ses devoirs par fol amour,
Voilà ce qu'on ne peut admettre !
Donc, tout est bien, qui finit bien ;
Ulysse a pris le bon moyen
Avec ce genre de femelle.
Il a joué de la semelle.
Mais il faut me hâter, car le jour est venu.
J'entends le bruit d'tine fenêtre.
C'est le moment de disparaître.
Si je prétends n'être ni vu, ni reconnu.
(Marsyas sort. Arrivent Ulysse et Circé.)