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et assez nombreuses pour me procurer dignement la sécurité matérielle que réclame ma difficile mission.
Une harmonie nécessaire rattache, en effet, cette construction sans exemple à l'incomparable révolution qui, faisant osciller l'Occident entre la rétrogradation et l'anarchie, ne peut se terminer qu'en conciliant radicalement Tordre et le progrès. A mesure que se développe une telle situation, tous les Occidentaux sentent de plus en plus l'impuissance finale des croyances théologiques et l'intime danger des doctrines métaphysiques. En même temps, l'insuffisance croissante des répressions purement matérielles, fait profondément ressortir le besoin universel d'une réorganisation spirituelle, seule adaptée à la vraie nature de la maladie occidentale. La religion positive doit aussi fournir l'unique force systématique qui puisse contenir également les inclinations rétrogrades des gouvernements et les tendances anarchiques des populations, en recommandant à la fois l'ordre au nom du progrès [et le progrès au nom de l'ordre.
Cette double aptitude est assez sentie déjà pour procurer au fondateur du positivisme une suffisante protection contre l'ignoble persécution qui a maintenant détruit toutes ses ressources matérielles. Le public occidental préservera d'une injuste misère le philosophe dont il utilise de plus en plus les travaux, et qui peut encore, s'il n'est point entravé, tant servir la grande régénération humaine. Quoique la souscription instituée pour moi soit jusqu'ici restée notablement inférieure au taux proclamé d'abord indispensable, son accroissement continu, surtout pendant l'année
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TROISIÈME CIRCULAIRE ly
qui vient de finir, garantit sa prochaine efficacité, malgré le surcroît qu'exige ma dernière spoliation. Outre les divers symptômes généraux qui constatent les récents succès du positivisme, deux manifestations inattendues ont, en i85i, spécialement annoncé l'appréciation décisive de son aptitude caractéristique à satisfaire également les besoins les plus opposés. Toutes deux concernent, quoique en sens inverse, la lutte nécessaire qui terminera la révolution occidentale, par le libre ascendant du positivisme sur le communisme.
Les principaux conservateurs des États-Unis d'Ame rique ont noblement invoqué la religion positive comme leur seul abri systématique contre les tendances subversives de la plus anarchique des populations occidentales, dans un milieu qui d'ailleurs exclot toute répression matérielle. Ils acceptent dignement les sévères obligations morales que leur imposera le nouveau pouvoir spirituel, en retour du juste respect qu'il obtiendra pour leur libre emploi d'une richesse socialement possédée.
En même temps, d'éminents prolétaires lyonnais ont irrévocablemenj embrassé le positivisme, comme convenanj mieux que le communisme à tous les vrais besoins du peuple. Une heureuse culture de la vie de famille leur facîlîte spécialement la saine appréciation de la seule religion qui convienne également aux deux sexes, et d'après laquelle la régénération moderne consiste surtout à développer l'existence domestique dans toutes les classes.
C*est ainsi que le positivisme commence réellement
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l8 CIRCULAIRES ANNUELLES
^ à satisfaire^ les ^g^^vres caJia^suraiiLleajlçhes^ d'après son aptitude exclusive à traiter moralement des questions irrésistibles auxquelles on cherche dangereusement de vaines solutions politiques. Son fondateur peut donc compter à la fois sur le généreux patronage de quelques puissants disciples et sur le concours, encore plus noble, de ces subsides d'un centime quotidien pour lesquels ma première circulaire témoignait ouvertement une juste préférence.
La prochaine extension de cette double sauvegarde justifiera ma paisible résignation aux plus extrêmes conséquences d'une honorable spoliation. Au lieu d'atteindre son but oppressif, cette persécution ne m'a jamais rendu que plus calme et plus actif à la fois, en me vouant, avec plus de pureté et de plénitude, à mon office fondamental. Elle m'inspira toujours de nouveaux progrès vers les mœurs finales du prêtre de l'Humanité, qui doit entièrement appuyer son existence matérielle sur une libre gratitude, d'abord privée, puis publique, en renonçant loyalement à toute richesse personnelle, comme à toute grandeur temporelle. Ma première circulaire indique ma renonciation systématique à tous les profits qui pourraient désormais résulter de mes ouvrages quelconques, sauf le seul recouvrement des frais d'impression. Ce principe religieux, appliqué déjà dans ma récente publication, vient de recevoir son complément naturel sous l'impulsion spéciale de ma nouvelle spoliation. Poussé par ce coup final à m'abandonner, sans aucune réserve, au noble patronage de mes vrais appréciateurs, j'ai bientôt étendu la même règle à notre future Revue occidentale, en y
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renonçant d'avance à toute rétribution, soit comme directeur, soit comme collaborateur. Mon caractère sacerdotal achève ainsi de se purifier, mes diverses prédications écrites devenant alors aussi gratuites que le furent toujours mes prédications orales. En diminuant d'un cinquième les frais annuels attribués d'abord à cette publication mensuelle, ce dernier complément d'une digne résolution hâtera, j'espère, l'institution d'un enseignement que réclame de plus en plus l'état présent de l'Occident.
Ce concours permanent du dévouement avec l'oppression m'a donc procuré finalement l'existence la plus homogène qui convienne au sacerdoce régénérateur. Les dix années de pleine vigueur cérébrale que l'ordre normal me réserve encore pourront ainsi s'appliquer, sans aucune entrave, aux grandes compositions que je promis en terminant mon ouvrage fondamental, et qui sont spécialement rappelées dans la récente préface du principal de ces quatre traités. J'ose assurer qu'elles seront toutes accomplies dignement, si le public occidental ne me laisse pas succomber. C'est pourquoi j'attends, avec une entière confiance, la suffisante extension d'une garantie aussi méritée par l'ensemble de mes services que d'après mes désastres. Tous ceux qui doivent y coopérer reconnaissent, en général, les obligations sociales de la classe active envers la classe contem£lative, et ils sentent spécialemenirque, de nos jours, elles resteront longtemps privées, avant de pouvoir devenir publiques. Malgré le profond égoïsme qui distingue le milieu polytechnique, j'espère même que ma dernière spoliation y développera des sympathies
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exceptionnelles, fondées sur Tappréciation plus spéciale d'une telle persécution, indépendamment de toute adhésion philosophique ou sociale. A plus forte raison, dois-je compter que cette consommation inattendue réveillera le zèle des positivistes incomplets, si puissants en Angleterre, qui admettent ma philosophie sans accepter encore la politique correspondante. Mais les positivistes conséquents sont assez nombreux déjà pour que leur intervention doive me suffire, quand leurs sentiments s'élèveront au niveau de leurs convictions, sous l'impulsion combinée de cette extrême nécessité privée et des plus graves intérêts publics. J'aborde donc, sans aucune inquiétude, l'expérience, si périlleuse en apparence, que ma situation m'oblige de tenter maintenant sur la véritable efficacité des inspirations régénératrices chez les âmes qui se dégagent de notre anarchie mentale et morale. Non seulement ma modeste existence sera bientôt préservée de toute perturbation matérielle : mais les efforts ainsi , déterminés vont inaugurer spontanément la juste protection due, en général, à chaque digne apôtre de la religion universelle.
Salut et Fraternité.
Auguste COMTE.
( y o , rue Monsieur - le 'Prince. )
P. S. En 1849, première année de la souscription, elle produisit 3,928 fr.; en l85o, elle parvint à 3,268 fr. ; en i83i, elle atteignit 4,2o5 fr.
Dans la circulaire initiale du 12 novembre 1848, qui fonda cette souscription, le produit indispensable fut fixé au taux annuel de 5,ooo fr., en sus du traitement de 3,000 fr. que je conservais alors.
RÉPUBLIQUE OCCIDENTALE Ordre et Progrès — Vivre pour autrui
ADRESSÉE PAR L'AUTEUR DU SYSTEME DE PHILOSOPHIE POSITIVE
A CHAQUE COOPÉRATEUR DU LIBRE SUBSIDE EXCEPTIONNELLEMENT INSTITUÉ
POUR LUI
Paris, le 3 Homère 65 (lundi 3 1 janvier i853).
Monsieur,
Quoique encore insuffisant, le noble subside annuel auquel vous participez a maintenant atteint sa constitution définitive. Institué d'abord pour une protection partielle et temporaire, ce patronage collectif devint ensuite la base unique et perpétuelle de ma subsistance, d'après la spoliation finale accomplie envers moi par les coteries polytechniques, en novembre i85i, malgré rimpuissante sympathie du gouvernement. Le notable accroissement d'une telle souscription pendant Tannée i852 témoigne combien fut accueilli Tappel décisif que dut faire, à cet égard, ma troisième cir-
laire.
Cette situation finale vient de déterminer une modification nécessaire, qui complète l'organisation du libre protectorat. Jusqu'ici la souscription avait toujours été
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gérée par l'habile écrivain qui la fonda dignement en novembre 1848, et dont je n'oublierai jamais l'active sollicitude. Mais, depuis que ce subside constitue irré*vocablement ma seule ressource, j'ai besoin, surtout tant qu'il reste insuffisant, d'en connaître et d'en recueillir les produits successifs plus fréquemment que ne pourrait le comporter un directeur quelconque. C'est ainsi que l'expérience m'a définitivement conduit, en septembre dernier, à devenir moi-même l'unique administrateur de cette souscription, dont les centres partiels ou provisoires pourront d'ailleurs se multiplier autant qu'il le faudra, mais sans ma participation.
Amenée par une nécessité matérielle, cette simplification finale doit faire mieux ressortir le caractère social d'un tel patronage, en me procurant habituellement des relations directes avec chaque coopérateur. Quiconque sent dignement la tendance actuelle de l'Occident vers une réorganisation spirituelle, seule base possible de la régénération temporelle, regardera bientôt ce subside comme le premier essor d'une grande institution. Car il prépare déjà l'indépendance du nouveau sacerdoce, en procurant une juste sécurité matérielle au fondateur de la religion positive. En terminant ma précédente circulaire, j'annonçai qu'il devait bientôt s'étendre à d'autres théoriciens, à mesure que se développerait irrécusablement leur vocation sacerdotale. Quoique cette extension demeure encore prématurée, je puis assurer aujourd'hui que plusieurs jeunes esprits d'élite, animés par de nobles cœurs et soutenus par d'énergiques caractères, se préparent silencieuse-
ment au sacerdoce de l'Humanité par de fortes études encyclopédiques. Aussitôt que leur difficile initiation se trouvera convenablement accomplie, je n'hésiterai point à réclamer directement le juste patronage temporel de l'avant-garde du public occidental envers cette précieuse ébauche du clergé positif. Il me suffira d'invoquer alors les motifs généraux que manifesta d'abord mon cas personnel, premier et principal exemple de la situation nécessaire qui caractérisera longtemps le nouveau pouvoir spirituel.
Le second volume de mon Système de politique positive ne laisse maintenant aucune incertitude sur cette condition fondamentale. Outre que la préparation normale du vrai sacerdoce ne peut guère s'accomplir spontanément chez des riches, un tel office ne saurait jamais émaner dignement que d'organes volontairement dépourvus de tout ascendant temporel. L'application graduelle de ce principe social m'a fait enfin accepter, et même développer, comme pleinement régulière, une situation privée qui d'abord semblait exceptionnelle. Dès longtemps frustré de tout patrimoine, je fus ensuite dépouillé successivement de mes diverses ressources professionnelles, et bientôt je complétai volontairement cette préparation pontificale en renonçant d'avance aux réparations ou compensations quelconques. Les ignobles iniquités dirigées contre mon existence matérielle étaient surtout destinées à détruire dans son germe une régénération, intellectuelle et sociale, incompatible avec l'anarchique ascendant des médiocrités académiques. Mais cette infâme persécution n'aboutit, au contraire, qu'à constituer naturellement le meilleur
type personnel de la nouvelle situation sacerdotale, en fondant toute ma subsistance sur le patronage temporel de mes vrais clients spirituels.
.' Quoique la classe active accomplisse toujours coUec- •y^ tivement son devoir social de nourrir la classe contemplative, ce concours volontaire comporte deux modes distincts : Fun privé, l'autre public. Celui-ci prévaudra sans doute dans la constitution finale du sacerdoce positif, d'après le suffisant avènement de la religion universelle. Mais le premier convient seul à la transition occidentale, et l'on doit désirer qu'il persiste au moins jusqu'à la fin du siècle actuel. Il caractérise mieux le libre assentiment sur lequel repose la vraie dignité spirituelle ; et d'ailleurs il manifeste davantage la juste subordination de la théorie à la pratique, souvent méconnue des penseurs modernes.
Tant qu'un tel patronage se borne à moi seul, il rend même plus sensible le principal contraste des deux pouvoirs sociaux, en opposant la concentration spontanée de l'influence théorique à la dispersion naturelle des forces pratiques. Éminemment divisibles, et par suite coalisables, celles-ci peuvent toujours être surmontées d'après un suffisant concours. L'ascendant spirituel, nécessairement indivisible, ne redoute jamais une coalition quelconque. Son office fondamental pourrait toujours être assez rempli par un seul cerveau, si l'étendue et la diversité des applications simultanées n'exigeaient pas que le suprême organe de l'Humanité fût assisté de ministres secondaires. Une telle opposition entre les deux puissances humaines va devenir familièrement appréciable d'après les rapports person-
nels qui désormais me lieront directement à chacun de mes souscripteurs annuels. Dans ce contact habituel, chaque coopérateur sentira l'ensemble des services qui m'ont procuré ce noble concours; tandis que lui-même ne se reconnaîtra qu'une faible participation, qui, sans me dispenser d'aucune gratitude, n'altérera jamais mon indépendance. Ce contraste décisif entre le mérite et le nombre, qui seul explique, assez l'irrésistibilité du véritable ascendant théorique, ressortira moins quand la subsistance du sacerdoce positif ne dépendra plus de ses adhérents privés.
Dans un temps d'instabilité, la persistance d'un tel subside et son accroissement continu sont très propres à manifester sa portée sociale comme premier pas vers la libre constitution du nouveau pouvoir spirituel. Car on ne saurait douter maintenant que la plupart de ses coopérateurs permanents le conçoivent ainsi, d'une manière plus ou moins distincte. Quand il commença, je présumais assez de mes contemporains pour espérer qu'il émanerait surtout du nombreux public polytechnique qui connaissait pleinement l'iniquité de ma spoliation, sans s'occuper d'ailleurs de mes services philosophiques. Mais une triste expérience me prouva bientôt que j'avais mal apprécié ce milieu dégradé, d'où ne surgit jamais la moindre assistance, ni chez mes propres élèves, ni parmi mes camarades, ni même chez mes supérieurs les mieux disposés. D'après ce lâche égoïsme, qui mérite une flétrissure historique, le protectorat collectif fut toujours dû seulement aux diverses sympathies déterminées par mes travaux. Je puis même étendre cette appréciation à la participation,
noblement exceptionnelle, des dignes adversaires américains indiqués dans la préface du tome deuxième de ma Politique positive. Car ils regardent comme un véritable devoir social de soutenir ainsi l'existence matérielle du philosophe dont ils ont proclamé la valeur intellectuelle et morale plus complètement que ses propres auxiliaires publics. Quoique de tels cas puissent désormais se multiplier beaucoup, je ne devrai jamais compter essentiellement que sur des appuis positivistes.
Ceux-là se divisent maintenant en deux classes générales, selon que leur adhésion reste purement philosophique ou qu'elle s'étend jusqu'à la religion. Une telle distinction résulte le plus souvent de l'application sociale du positivisme, surtout envers la politique actuelle. La révolution occidentale étant principalement intellectuelle , les positivistes placés dans le milieu le moins agité peuvent longtemps borner leurs convictions à la nouvelle philosophie, afin de mieux garantir ce fondement rationnel contre toute altération passionnée. Cette inconséquence, encore excusable, cessera spontanément quand le mouvement de régénération aura pris, en Occident, son extension naturelle. Devant une imminente anarchie, ces positivistes incomplets, très multipliés en Angleterre, sentiront combien serait vaine une rénovation qui s'arrêtej\ rait aux pensées sans embrasser les sentiments, seule \ source réelle de la conduite. Si même ils concevaient, avec assez de profondeur, le simple problème de l'unité mentale, ils reconnaîtraient déjà^que" sa vraie solution devient inséparable de la reconstruction géné-
raie de l'unité humaine, dont le principe consiste dans laprépondérance du cœur sur Tesprit. Mais ils n'accompliront cet effort décisif que sous l'impulsion continue d'une active sollicitude sociale. Quant à ceux qui, vivant au centre de l'agitation rénovatrice, et journellement préoccupés de ses principales exigences, se bornent pourtant à la philosophie positive en rejetant la religion correspondante, je n'hésite point à regarder leur conversion comme avortée. Leur inconséquence, alors sans excuse, indique nécessairement ou l'impuissance de l'esprit ou l'insuffisance du cœur, et presque toujours toutes deux. Car la religion positive, quoique destinée finalement à tous, ne convient aujourd'hui qu'aux natures d'élite, d'ailleurs moins rares chez les prolétaires que parmi les lettrés et les riches.
Le caractère sacerdotal de mon subside se trouve déjà confirmé par son extension occidentale. Quoique les souscripteurs français prévaillent encore par le nombre, le produit principal émane maintenant du reste de l'Occident, comme l'indique le résumé statistique qui termine ma circulaire. Cette prépondérance normale ne pourra qu'augmenter beaucoup à mesure que la vraie nature de la situation occidentale se développera davantage. On sentira partout que, dans Tessor décisif de la doctrine finale, la France a seulement l'initiative nécessaire d'une élaboration commune à tous les Occidentaux, et destinée ensuite à toute notre espèce. Les besoins de Tordre absorbant de plus en plus les tendances au progrès, on reconnaîtra bientôt l'universelle efficacité du pouvoir spirituel que j'ai fait irrévocablement surgir dans la métropole humaine.
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Au milieu de Tanarchie mentale et morale, quand les gouvernements et les populations cherchent aveuglément l'avenir sans consulter le passé, je viens seul représenter dignement le double ensemble dq^^ncêtres et^es successeurs. L'instin^tjde^ la continuité, principal attribut dejiotre soçiabilité^ fut d'abord^ altéré profondément par le catholicisme, dont le brutal avènement repoussa tous nos antécédents gréco-romains. Il subit ensuite une atteinte non moins grave quand le protestantisme vint réprouver tout le moyen âge. Complétant cette anarchiquejjrggression, Taveugle déisme émané du dix-huitième^ siècle pousse aujourd'hui lès Occidentaux à méconnaître to"utelîîîation historique pour ne laisser prévaloir qu'une sauvage solidarité.
Dans cette orageuse situation, plus ou moins commune à tout rOccident, les vrais conservateurs ne tarderont pas à comprendre l'importance de la seule doctrine^ qui systématise la notion et le sentiment de la continuité. En se préoccupant dignement de l'ordre profondément compromis, on reconnaîtra q^ue les positjvistes^omplets, c^estiàndirerdigieux, peuvent seuls devenirsesappuis normaux, vu le caractèrë^piïûrou moins an archique~q n'offrent aujourd'hui tous lès'âutres partis. C'est surtout d'une telle conviction que j'attends désormais l'extension décisive du subside sacerdotal, où les purs révolutionnaires participeront de moins en nioîns, comme étant, au fond, les principaux ennemis du positivisme. Mes dignes patrons temporels se sentiront ainsi liés de plus en plus par une grande destination commune, qui partout les poussera, sous ma direction, à saisir convenablement la surintendance
des affaires occidentales, à mesure que leurs convictions se compléteront. Telle est déjà la disposition spontanée des vrais positivistes, même britanniques, surtout depuis la récente propagation de ma doctrine en Irlande, où l'agitation sociale interdit de se borner au positivisme intellectuel.
Néanmoins, à quelque phase que s'arrêtent mes divers adhérents, je suis autorisé maintenant à réclamer solennellement leur juste assistance. Car, j'ai pleinement réalisé déjà toutes les conditions d'abnégation personnelle qu'exigeait mon essor complet. En même temps, malgré les embarras matériels encore inhérents à l'insuffisance de mon subside, une expérience décisive vient de confirmer mon aptitude à bien employer le noble loisir propre à ma situation finale. Pendant^ l'an-. née i852, la première dejaut&.inâ-Y.iejaù j'aie pujlibrcment disposer de mon temps et de mes forcgs^^j^i construit et publié le volunie le plus décîsif^dejnon principal traité. Quelques mois après son apparition,' j'ai dignement composé l'opuscule exceptionnel que j'avais promis pour systématiser la propagation décisive du positivisme. Malgré ce double effort, je publierai, vers le milieu de la présente année, le tome troisième de ma Politique positive, dont le volume final paraîtra Tan prochain. Après cet immense construction, je me sens capable d'exécuter convenablement les trois traités moins étendus, mais très importants, que je promis également en terminant, en 1842, ma première vie. Quoique je commence maintenant ma cinquantesixième année, j'ose assurer que tous ces services seront accomplis avant l'âge normal de ma sage
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2o CIRCULAIRES ANNUELLES
retraite, si d'ignobles entraves ne surgissent pas de mon injuste détresse matérielle.
C'est pourquoi je somme tous les Occidentaux capables de sentir, d'une manière quelconque, la vraie portée de mes travaux, de concourir loyalement, suivant leurs moyens respectifs, au digne protectorat institué pour moi. Si les positivistes incomplets persistalent à motiver leur coupable indifférence sur leurs divergences partielles envers l'ensemble de ma doctrine, je dévoilerais aisément l'égoïsme mal caché sous ce vain prétexte. Car les principes qu'ils admettent déjà sont plus que suffisants pour mériter au fondateur un juste abri contre la misère, quand même tous ses autres travaux devraient être oubliés.
Un tel dédain d'une obligation sociale, dont les motifs sont irrécusables, résulte trop souvent de la secrète aversion qu'inspire l'avènement d'un sacerdoce capable d'établir enfin une discipline réelle et complète. La morale positive se trouve appelée, dès sa naissance, à la principale épreuve de sa force, pour surmonter ( aujourd'hui l'universelle insurrection des vivants contre -^ Vlïnxç^^jm^'wç: des morts, en tirant de rensëinble du passé le seul point d'appuldésonnais efficace. Quand elle aura suffisamment accompli cet officTdécisif, déjà réalisé chez les âmes régénérées, nul ne pourra plus douter de sapuissance contre les perturbations quelconques. Par un secret pressentiment de cette autorité naissante, toutes les influences vicieuses redoutent maintenant le pouvoir qui, venant enfin juger irrévocablement les morts, n'hésitera jamais à juger aussi les vivants, d'après l'extension nécessaire des mêmes principes.
QUATRIÈME CIRCULAIRE 3l
L'obligation de concourir au subside sacerdotal est devenue tellement irrécusable , pour quiconque se i reconnaît positiviste, que je l'érigerai prochainement*^ en condition^ préliminaire d'june teUe qiialjficaticmj^ Quelque peu répandue que soit jusqu'ici ma doctrine, le moment me semble déjà venu de distinguer formellement ses vrais adhérents d'avec ceux qui prennent indûment un titre destiné bientôt à^ procurer l'estime publique. C'est pourquoi je ne tarderai point à soumettre tous les prétendants au système d'épreuves régulières dont la récente publication du Catéchisme positiviste fournit la base naturelle. Mais, avant d'être ainsi jugé, chacun d'eux devra s'engager à participer, selon ses moyens, au subside sacerdotal. L'entière impuissance, qui seule dispenserait d'une coopération quelconque, est extrêmement rare envers une souscription dont le minimum fut fixé, dans ma première circulaire annuelle, au taux d'un centime quotidien, que j'ai vu quelquefois se réaliser dignement. Ma Politique positive a systématiquement établi le caractère social que doit maintenant développer la propriété matérielle pour obtenir enfin une consistance inébranlable. Je dois donc empêcher désormais que ceux qui sollicitent une telle transformation tentent eux-mêmes d'en éluder les conséquences normales, dans leurs relations personnelles avec le sacerdoce régénérateur.
Avant de terminer cette circulaire décisive, il y faut expliquer convenablement à mes patrons temporels l'état présent du subside et ses prochaines exigences.
En l'instituant, on fixa la somme i^sept mille francs pour le minimum total de ma dépense annuelle, y
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compris une pension exceptionnelle de deux mille francs que je regarde comme moralement obligatoire. J^ai toujours accepté dignement cette détermination primitive, et je ne demanderai jamais qu^elle soit notablement dépassée. Quand la souscription sera parvenue au delà, j'appliquerai Texcédant, soit au juste soulagement des vrais aspirants au nouveau sacerdoce, soit à faciliter mes publications, soit à tous autres usages positivistes, constamment assujettis à des comptes spéciaux. Mais, malgré l'accroissement continu du subside pendant les quatre années écoulées depuis sa fondation, il n^a point encore atteint ce minimum jugé d'abord indispensable. Devenu Tunique base de ma subsistance, son insuffisance m'aurait récemment suscité de graves embarras sans la restitution inattendue des retenues officielles que subit longtemps mon dernier traitement polytechnique. Ce secours accidentel, qui combla presque la lacune de i852, ne peut plus se renouveler, |et je ne dois en espérer aucun autre. Il faut donc queje subsjdejuffise^seul djs 1 853. Les d^îffV^Td^essous indiqués prouvent que cette condition exige un accroissement actuel égal à celui de l'année précédente. J'ai donc lieu de présumer que le patronage va devenir complet, d'après la stimulation continue d'une impérieuse situation, qui désormais pousse simultanément les populations et les gouvernements vers le positivisme, comme seule garantie systématique de l'ordre et du progrès.
La morale positive me prescrivant de vivre au grand jour, je crois devoir ici m'expliquer une seule fois sur une apparente anomalie de ma dépense personnelle,
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OÙ, contre l'usage naturel, le logem^nt^oinpte daA^ tage que la nourriture. En évitant tout détail superflu, ma vraie dignité ne souffrira point d'un tel éclaircissement public, qui préviendra des reproches irréfléchis, et peut-être même une ignoble malveillance.
Quoique Tappartement que j'habite depuis douze ans excède réellement mes besoins matériels, je regarderais comme un profond malheur l'obligation de le quitter, d'après l'ensemble des divers souvenirs incomparables qui m'y lient de cœur et d'esprit. Je ne pourrai jamais oublier que là fut écrit, en 1842, le volume décisif qui termina mon ouvrage fondamental par la systématisation directe de la nouvelle philosophie. Mais ce domicile doit surtout m'être devenu sacré, trois ans après, comme le lieu de la régénération morale que me procura, pendant une année sans pareille, Tangélique impulsion qui dominera toujours ma seconde vie. Vu les fruits décisifs que l'Occident en a déjà recueillis, j'oserais taxer d'ingratitude tous ceux qui, participant aux bienfaits, publics et privés, de la religion nouvelle, me laisseraient matériellement ravir le siège de sa fondation. Ces saintes murailles, à jamais empreintes de l'image adorée, m'aidèrent à développer journellement le culte intime de la meilleure personnification du vrai Grand-Etre, pendant ces années déjà nombreuses où sa glorieuse éternité subjective succéda trop tôt à sa triste existence objective. Là s'établit, sous cet irrésistible patronage, une telle harmonie entre ma vie privée et ma vie publique, que les progrès de chacune purent aussitôt s'étendre à l'autre ; de manière à me faire sentir la vraie théorie de l'unité longtemps avant de la
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formuler. Aussi la même enceinte où je fus d'abord régénéré se trouva-t-elle consacrée bientôt par plusieurs célébrations décisives des principaux sacrements sociaux.
Les positivistes trop abstraits que toucherait peu l'importance évidente d'un tel domicile envers mon bonheur personnel devraient, au moins, se reconnaître obligés de concourir à me le conserver comme un précieux instrument de travail. Quiconque sent assez la vraie logique pour ne la point réduire au seul emploi des signes, doit comprendre la puissance philosophique des images et des sentiments que ces murs me rappellent. J'y viens d'accomplir la principale moitié de ma construction religieuse, et l'opuscule décisif où la participation subjective de ma sainte collègue éternelle est déjà reconnue unanimement. Pourrais-je aussi bien achever ailleurs cette élaboration capitale, et même les ouvrages moins importants qui la suivront ? J'ai maintenant atteint l'âge où je dois scrupuleusement ménager mon temps et mes forces pour exécuter, avec une pleine vigueur cérébrale, tout ce que je promis à la fin de mon livre fondamental. C'est pourquoi je repousserai toujours la stupide économie matérielle qui me priverait d'une puissante assistance spirituelle.
Pour compléter cet éclaircissement spécial, il faut d'ailleurs noter que mon anomalie personnelle se borne au simple échange des répartitions usitées, sans affecter réellement ma dépense totale. Son taux primitif fut, en effet, fixé dans la supposition d'une restriction domiciliaire. Néanmoins, je m'y soumis, tout en conservant l'enceinte sacrée, grâce à la réduction exceptionnelle de
mes autres dépenses, et surtout de ma nourriture. Mon heureuse sobriété concourt, sans doute, à ce précieux résultat. Toutefois, il est dû principalement à l'incomparable auxiliaire que déjà chaque vrai positiviste respecte et chérit comme ma digne fille adoptive. D'après son admirable sollicitude, nous sommes nourris tous les deux pour une somme inférieure à celle que coûterait ma propre alimentation si je vivais isolément. Parmi les Parisiens dont la dépense personnelle est de cinq^ mille francs par an, je suis peut-être ïe^seul auquel ^^ le logemenjj:oûte^e/j{e cents francs. Mais réciproque-i ment, aucun d'entre eux, sans 3oute^ ne se borne, comme je le fais, à mille francs pour la nourriture totale de sa maison.
L'auguste destination de ces renseignements privés me permet d'espérer que mon vrai public ne les jugera point indignes de son attention. Ils réduisent définitivement à la seule transposition de deux nombres une apparente irrégularité, qui n'altère aucunement la juste austérité de mes mœurs sacerdotales. C'est pourquoi je me félicite d'avoir été conduit à présenter dignement une explication d'après laquelle tous mes contemporains sauront désormais respecter un domicile destiné, j'ose le dire, à devenir sacré pour la postérité.
Salut et Fraternité.
Auguste COMTE,
( / O , rue Monsieur -le- Prince . ) j Né, à Montpellier, le 19 janvier 1798.
P. S. D'après le but du subside sacerdotal, je dois, en général, inviter chaque coopérateur à m'envoyer, autant que possible, sa souscription dans le premier trimestre de l'année; à moins qu'il ne préfère la fractionner, comme plusieurs l'ont heureusement pratiqué déjà.
Résumé général des souscriptions pour le subside sacerdotal en i852.
/Minimum, 5 fr.i
40 souscriptions françaises 2.400 fr. ^Moyenne, 60 fr.f
'Maximum, 200 fr.)
26 autres occidentales (dont \ /Minimum, 25 fr. ^
I collective de 65o fr. . f 3,i55 fr. ^Moyenne, 100 fr. ^^*" """^"^ ''' *'°'"f
\ y \ Iccte.) i
a Londres) / vMaximum, 5oo fr.. /
4 anonymes 45 fr.
Tôt. 70 souscriptions 5, 600 fr. | Moyenne, 80 fr.|
N. B. Pendant les trois premières années, le subside sacerdotal fournit 3,ooo fr. en ili49, 3,3oo en i85o, et 4,200 en i85i.
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RÉPUBLIQUE OCCIDENTALE Ordre et Progrès — Vivre pour autrui