‹ Circulaires annuelles d'Auguste Comte [microform]Chapitre 6 sur 10 · CINQUIÈME CIRCULAIRE ANNUELLE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME CIRCULAIRE ANNUELLE

ADRESSÉE PAR L'AUTEUR DU SYSTEME DE PHILOSOPHIE POSITIVE

A CHAQUE COOPÉRATEUR DU LIBRE SUBSIDE EXCEPTIONNELLEMENT INSTITUÉ

POUR LUI

Paris, le 22 Moïse 66 (dimanche 33 janvier 1854).

Monsieur,

L'année qui vient de finir a suffisamment réalisé les espérances exprimées dans ma précédente circulaire envers l'accroissement nécessaire du noble subside auquel vous concourez. D'après le résumé numérique cijoint, le minimum normal de sept mille francs (ou plutôtjvingtjrancs par JQur)^jest^trouvé, pourja^première fois, atteint en i853.

Suivant mon appréciation antérieure, ce résultat décisif représente un tel patronage comme une institution sociale, spontanément surgie, à travers Tanarchie actuelle, afin de consolider Tavénement du nouveau pouvoir spjrituel, sejil capable 3ê^ terminer la révolution occidentale. Tant que l'intervention collective parut uniquement destinée à compenser une infâme spoliation, elle resta très insuffisante, vu le peu d'éner-

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gîe que comportent aujourd'hui les sentiments civiques, surtout dans le milieu profondément e'goïste où la persécution s'accomplit. La protection n'est devenue assez efficace que quand je Tai directement rattachée au principal besoin de notre siècle. Même les dignesadversaires, dont j'y dois toujours honorer la participation exceptionnelle, sympathisent réellement avec la mission à laquelle j'ai constamment voué ma vie, quoiqu'ils diffèrent de moi sur les moyens convenables. A plus forte raison, cette coopération est-elle obligatoire aux yeux de ceux qui, sans accepter la politique et la religion positives, ont sincèrement adopté ma philosophie, à moins que l'infériorité morale n'accompagne chez eux l'incohérence mentale.

Parmi les positivistes complets, auxquels le subside sacerdotal devra de plus en plus sa principale consistance, ce concours constitue une fonction sociale, où chaque âme régénérée contribue, selon ses forces, à préparer le régime final en secondant l'initiative théorique. En publiant l'opuscule qui systématise notre propagande, j'ai directement représenté les serviteurs de l'Humanité comme venant dignement saisir la direction générale des affaires terrestres, d'après une séparation fondamentale entre le conseil et le commandement. Cette proclamation sans exemple se trouve, depuis quinze mois, spontanément ratifiée par le silence décisif de toas les partis actuels, dont chacun a tacitement reconnu la suprématie naturelle de la solution positive. Nul ne peut aujourd'hui contester ni la nécessité de concilier radicalement l'ordre et le progrès, ni l'aptitude exclusive du positivisme envers une telle

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harmonie. Voilà comment une compression empirique se trouve involontairement conduite à respecter l'essor continu de la doctrine régénératrice. Quiconque peut assez se placer au point de vue de la postérité doit déjà regarder Ja^ réorganisation occidentale comme ayant vraiment commencé, depuis que la religion universelle est pleinement caractérisée. En faisant librement surgir des convictions complètes sous une fluctuation anarchique et rétrograde, le sacerdoce positif disposera bientôt les classes dirigeantes à transférer partout le gouvernement aux seuls praticiens capables de surmonter une imminente dissolution.

Telle est la sainte ligue que le développement du subside positiviste vient spontanément organiser entre les deux forçes^^ctive et spéculative, dont le digne con-j cours doit présiderà^la reconstruction moderne. Vouées I à cette grande destination, toutes les âmes d'élite se rallieront graduellement autour du positivisme, pour dominer le dix-neuvième siècle, comme les esprits forts conduisirent le dix-huitième siècle d'après l'encyclopédisme. Une semblable coopération peut seule les dégager de l'oppression exceptionnelle où les plonge une anarchie exclusivement favorable aux médiocrités de tout genre. Or la première condition d'un tel résultat consiste à toujours mériter, par nos sentiments et notre conduite, personnelle, domestique, ou civique, la prépondérance à laquelle notre doctrine nous appelle ouvertement. Le régime final est jiestiné surtout à régler convenablement toutes les forces humaines, tant privées quejpubliques, assez développées dans l'évolution prég^aratoire. Il exige donc que ses dignes promo-

teurs prouvent d'abord sur eux-mêmes l'efficacité générale de la discipline positive.

Déjà la foi démontrable a partout prévalu mentalement sur les croyances chimériques, qui ne sont plus recommandées en vertu de leur réalité, mais seulement au nom de leur utilité. Pour compléter son ascendant, le principe positif doit donc constater, par une expé- • nence continue, que son efficacité morale et sociale est en pleine harmonie avec son aptitude intellectuelle C'est ainsi que les vrais positivistes peuvent tous concourir à l'avènement graduel de leur religion, en remplissant mieux que les divers théologistes, d'abord leurs fonctions spéciales, puis leur sage participation à l'économie générale.

Une telle supériorité leur procurera partout un respect habituel, sans qu'ils soient jamais forcés d'altérer une morale qui leur prescrit surtout de vivre au grand jour. Le caractère toujours relatif de leur doctrine doit d'ailleurs les préserver de toute hostilité déplacée envers les croyances dont ils sont irrévocablement affranchis, quoiqu'ils ne puissent attendre la même justice d'adversaires dirigés par des opinions absolues Outre qu'une telle attitude constitue le meilleur privilége du positivisme, elle devient indispensable aux régénérateurs occidentaux, qui, devant également guérir les a^rcjiistes^ksrétrogrades, ne saurïîiiitpourï^t hésiter désormais à préférer~ceux-ci. Depuis que la ( çris^iranç^^ontanément posé la question orgafj ^ nique, les révolutionnaires ont irrévocablement perdu Vleur office passager, surtout chez le peuple central, où leur intervention ne fait plus qu'entraver, à tous égards,

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Télaboration décisive. Au contraire, les conservateurs tandis^^ils maintiennent Tordre matéiLeK préservent d'une entière indiscipline des âmes chez lesquelles les convictions les plus arriérées sont très préférables, même mentalement, au pur scepticisme. Sans accorder jamais aux croyances surnaturelles une prépondérance incompatible avec la solution occidentale, le positivisme ne peut succéder au théologisme qu'en glorifiant toujours ses services antérieurs et respectant son efficacité présente, malgré son insuffisance radicale. Il faut donc transformer le système d'hypocrisie en un système de ménagement, en préférant l'état rétrograde à l'état négatif, dans une génération 'dont les directeurs peuvent seuls atteindre déjà l'état normal.

Cette attitude des positivistes envers les partis actuels se trouva caractérisée, dès 1826, quand je publiai, sur le pouvoir spirituel, un opuscule décisif, suscitant aussitôt les reproches des déistes et les éloges des catholiques. Suspendue, en apparence, pendant que j'élaborais ma fondation philosophique, elle s'est développée, avec une énergie croissante, à mesure qu'a surgi ma construction religieuse, surtout depuis l'abolition du régime pariementaire en France. Mon récent volume sur la philosophie de l'histoire consacre irrévocablement une telle disposition, comme devant habituellement distinguer notre siècle du précédent. Je dois la motiver spécialement quand je vais caractériser l'avenir humain et la transition extrême, dans le tome final qui sera publié vers le milieu de la présente année. Les positivistes sont tellement appelés à gouverner l'Occident qu'ils doivent déjà préparer leur

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dictature systématique en secondant, à leur manière, une empirique concentration, provisoirement indispensable à Tordre matériel. Une telle assistance peut seule garantir la liberté d'exposition qu'exige l'élaboration occidentale, en transférant l'active défense des principes sociaux à l'unique doctrine qui puisse dissiper i les utopies subversives. En faisant perdre aux rfvolul\ îl^îL^-^^^^^ ^^ prestige de la persécution, le positivisme ^'-^ représentera ce parti comme le plus arriéré de tous, dans un siècle voué nécessairement à la reconstruction. "" Inspirées par l'accroissement décisif du subside sacerdotal, ces réflexions sont pleinement conformes à la vraie nature de mes circulaires annuelles, où je dois désormais adresser des conseils opportuns aux meilleurs adhérents de la Religion de l'Humanité. Mes explications spéciales de l'an dernier me dispenseront toujours de revenir sur mes besoins personnels, auprès de quiconque sent combien l'économie des forces l'emporte sur celle des matériaux, et même du temps. L'augmentation du subside ayant assez ratifié ce préambule nécessaire, je puis maintenant consacrer cette communication périodique à sa destination sociale, sans y mêler aucun éclaircissement privé.

Afin de mieux apprécier une telle extension, il faut remarquer qu'elle est surtout due à des souscripteurs plus nombreux, puisque la moyenne générale n'a point changé sensiblement. Cette multiplicité de coopérateurs serait même plus prononcée si la rigueur numérique ne m'avait interdit d'y comprendre ceux qui, sans renoncer à leur participation, furent empêchés, par des obstacles passagers, de la réaliser en i853,

Mais un tel accroissement est surtout devenu décisif en s'accomplissant malgré l'irrévocable retraite de plusieurs souscripteurs qui furent toujours plus révolutionnaires que positivistes. D'après l'estime qui déjà s'attache à cette dernière qualification, on doit désormais la réserver soigneusement aux vrais adhérents de la religion universelle, où conduit notre philosophie et d'où procède notre politique. Si l'on continuait d'accorder ce titre aux âmes dont l'évolution est incomplète, il faudrait bientôt le laisser prendre par les esprits voués aux spécialités positives. Car leur aveugle répugnance envers toute généralisation et systématisation n'offre que l'entier développement de l'empirique inconséquence des prétendus positivistes qui veulent empêcher la nouvelle philosophie d'aboutir à la vraie religion. Quiconque ne s'élève point jusqu'à cette conclusion synthétique ne comporte envers le positivisme que d'insuffisantes sympathies, incapables de résister, dans la vie réelle, au moindre ébranlement, public ou privé.

L'impuissance pratique, et même Tinstabilité théorique, de ces convictions incomplètes sont devenues pleinement irrécusables d'après la crise dictatoriale de i85i, où les positivistes religieux surent seuls juger d'avance comme la postérité, malgré leurs émotions passagères. Je fus alors abandonné par tous mes autres prétendus adhérents, destinés, sans doute, à mourir en regrettant le régime parlementaire. Cette épuration spontanée augmente la consistance du vrai parti positiviste, et l'on voit déjà qu'elle n'a pas entravé son extension.

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Rien n'est plus propre à dissiper les préventions empiriques qui, du moins en France, détournent la plupart des conservateurs de la seule doctrine qui consacre et systématise leurs aspirations. Faute d'une telle base, ceux qui, depuis soixante ans, veu- , |. lent sincèrement concilier Tordre et le progrès, n'aboutissent qu'à perpétuer simultanément Panarchie et la rétrogradation afin de pouvoir toujours opposer Tune à Tautre.

Voilà comment le positivisme, également dégagé des sympathies vicieuses et des aveugles antipathies qu'il dut d'abord susciter, tend désormais à régénérer directement la politique actuelle, en devenant la doctrine propre aux conservateurs systématiques. Ses dignes adeptes pourront ainsi, les uns par le conseil, les autres par le commandement, prévenir de nouvelles catastrophes dans le centre occidental, et préserver les peuples adjacents d'une agitation naturellement propre à la nation investie de l'initiative moderne.

Mon appréciation du subside de i853 resterait incomplète si j> laissais ignorer que l'accroissement du nombre des souscripteurs n'aurait pas suffi pour réaliser le minimum normal sans le zèle exceptionnel de plusieurs coopérateurs. Un digne appel, suscité par une détresse imprévue, produisit, dans le dernier trimestre, un admirable élan, qui permit d'atteindre ce taux décisif, mais d'après un surcroît d'efforts sur lequel je ne saurais habituellement compter. Néanmoins, la plénitude du subside me semble désormais assurée, parce que l'accroissement continu du nombre des souscripteurs doit déjà dispenser de tout supplément.

Les coopérateurs par grâce ou caprice s'étant heureusement retirés, je n'ai plus que des patrons qui regardent leur intervention comme un véritable devoir, toujours développable avec leurs moyens effectifs. Je ne signale donc cette généreuse anomalie qu'afin d'en témoigner publiquement ma juste reconnaissance, et surtout pour constater l'aptitude de la foi positive à susciter déjà les sentiments qu'exige sa destination sociale.

On doit finalement regarder un tel symptôme comme concourant avec tous les indices qui, dans cette même année, viennent de manifester spontanément l'efficacité morale du positivisme. Une épreuve décisive a spécialement montré la puissance de la vraie religion envers le perfectionnement des devoirs privés, en appliquant dignement la loi du veuvage et la règle qui prescrit à l'homme de nourrir la femme. En même temps, l'élimination des révolutionnaires a permis un développement général de la vénération et de la fraternité, jusqu'alors entravées par la défiance et l'insubordination propres au négativisme. De nouvelles célébrations ont confirmé l'aptitude naturelle du culte positif à consacrer profondément tous les liens^omestiques. Le progrès public de la doctrine régénératrice a^correspondu dignement à son extension privée, surtout d'après le plein avènement d'un foyer irlandais, déjà comparable au noble noyau qui se développe, depuis huit ans, en Hollande.

Tous les caractères, intellectuels et moraux, du mouvement positiviste se trouvent heureusement réunis dans le pas décisif qui termina l'année i853. Un travail

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sans exemple, où la conscience et le talent sont toujours en harmonie, vient de procurer une nouvelle vie à mon ouvrage fondamental, qui devra désormais, chez la plupart des lecteurs, être e'tudié, de préférence, d'après cette traduction exceptionnelle. Quoique destinée surtout à la population britannique, cette précieuse publication deviendra bientôt commune à tout l'Occident, de manière à systématiser partout les tendances spontanées vers le positivisme. L'efficacité naturelle d'une telle opération doit d'ailleurs augmenter d'après les nobles dispositions qui l'ont préparée et complétée. Dès son début, un digne patronage, maintenant brisé par la mort, pourvut généreusement à tous les frais qu'elle exigeait. Après sa réalisation, mon éminentc collègue, ignorant mon irrévocable renonciation aux profits quelconques de mes ouvrages, m'a, par un admirable scrupule, réservé spontanément un bénéfice égal au sien ; de manière à fournir un nouvel exemple de la supériorité des mœurs positivistes.

Quelle que soit l'importance directe de cet événement, son mode d'accomplissement doit donc le rendre plus décisif, surtout comme émané d'une femme. Un tel concours dissipera bientôt les préjugés pédantesques contre l'aptitude philosophique du sexe le mieux disposé pour le seul point de vue vraiment universel. Ainsi surgit spontanément l'alliance fondamentale entre le sexe affectif et la classe contemplative, afin de diriger convenablement la réorganisation occidentale. Ma construction religieuse commença sous une angélique impulsion, dont l'inaltérable efficacité, consolidée et développée par la mort, est de plus en plus appréciée.

Je vais maintenant l'achever après avoir acquis l'active assistance d'une femme vraiment supérieure, dont la noble initiative déterminera bientôt de dignes imitations, qu annonce déjà le concours naissant du sexe affectif à ma protection collective.

Suivant l'ensemble des indications précédentes, la marche du positivisme tend désormais à réaliser la généralisation que je proclamai. Tan dernier, dans la destination, d'abord personnelle, du subside que j'ai toujours qualifié de sacerdotal, afin d'en signaler l'extension normale. Ma propre subsistance étant maintenant assurée, la prochaine terminaison de mon principal traité me permettra de compléter dignement ma carrière par la paisible exécution de tous les ouvrages promis à la fin de mon livre fondamental. Pendant cette élaboration finale, je dois activement préparer le développement du sacerdoce pleinement institué dans la construction que j'achève. Il faut, d'une part, garantir l'existence des jeunes théoriciens que j'ai déjà représentés comme sérieusement voués à la formation du clergé positif, depuis qu'ils combinent assez leur amélioration morale avec leur initiation encyclopédique. En même temps, il convient déjà d'organiser l'intervention du comité permanent auquel, dès 1842, je réservai, sous ma direction, la systématisation graduelle de la transition occidentale. Ce double besoin m'autorise pleinement à réclamer ici toute l'extension possible du subside sacerdotal. Mon insistance à cet égard se trouve d'autant mieux motivée que j'ai proclamé, l'an dernier, ma résolution de ne jamais dépasser personnellement le taux maintenant réalisé, comme

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le prouvera toujours la publicité de mes opérations quelconques.

Salut et Fraternité.

Auguste COMTE,

(7 0, rue Monsieur -le- Prince. ) Né, à Montpellier, le 19 janvier 1798.

Résumé général des souscriptions pour le subside sacerdotal en i8S3.

g / ( Minimum, 3 fr. 65 c. \

H,«- l '^^ françaises 3,720 fr. J Moyenne, 78 fr. J

n.S ) ' Maximum, 3oo fr. I

g > i l Minimum, 25 fr.

*" " f 22 autres occidentales... 2,85o fr. ] Moyenne, i3o fr.

t^ \ { Maximum, 5oo fr,

; Minimum, 4 fr.

21 anonymes, de diverses nations. 83o fr. î Moyenne, 40 fr.

f Maximum, 200 fr.

Total. 91 souscriptions 7,400 fr. | Moyenne, 82 fr. |

N. B. Fondé le 12 novembre 1848, le subside sacerdotal fournit 3,ooo francs en 1849, ^/3oo en i85o, 4,200 en i85i, et 5, 600 en i852.

Ordre et Progrès — Vivre pour autrui Vivre au grand jour

SIXIÈME CIRCULAIRE ANNUELLE

adressée par L'AUTEUR DU SYSTEME DE PHILOSOPHIE POSITIVE ET DU SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE

A CHAQUE COOPÉRATEUR DU LIBRE SUBSIDE SPONTANÉMENT INSTITUÉ POUR LE SACERDOCE DE L'HUMANITÉ

Paris, le lundi i5 Moïse 67 (i5 janvier i855).

Monsieur,

D'après le résumé numérique placé ci-dessous, l'année qui vient de finir n'a point réalisé les espérances indiquées, dans ma précédente circulaire, envers Taccroissement décisif du noble subside auquel vous coopérez. Cette institution n'a pu jusqu'à présent commencer à s'étendre au delà de sa destination initiale. Quoique le minimum normal qu'exige le but primitif ait encore été strictement atteint en 1854, ce résultat a nécessité le généreux renouvellement de quelques efforts exceptionnels, que j'avais crus bornés à i853.

Le patronage collectif dont je suis l'objet ne sembla d'abord destiné qu'à réparer l'infâme spoliation accomplie envers moi. Mais, dès le début, on sentit que cette

persécution était surtout dirigée contre une philosophie iqui, complétant la préparation objective, faisait irrévo- -^ cablement prévaloir la synthèse sur l'analyse, de manière à discréditer^iqus les théoriciens actuels. Ainsi surgit le caractère essentiellement social que manifesta de plus en plus un protectorat toujours émané de ceux qui s'intéressent à mes travaux, sans aucune participation du milieu spécialement renseigné sur l'iniquité commise. Sous cette digne tutelle, le coup frappé pour m'éteindre m'a finalement conduit à consacrer exclusivement mon temps et mes forces à ma mission exceptionnelle, dont l'essor décisif consolide le patronage qui Va permis. Néanmoins, le subside positiviste ne sera pleinement apprécié comme une institution sociale, destinée à fonder l'indépendance du sacerdoce régénérateur, que lorsqu'il aura notablement dépassé létaux qui me suffit personnellement.

Cet accroissement doit bientôt résulter de la construction religieuse que je viens d'achever, et dont l'ensemble ne pouvait être suffisamment compris avant la récente publication du tome final, qui seul institue directement la synthèse universelle. Après avoir expliqué le passé, le positivisme a déterminé l'avenir et régularisé le présent, de manière à satisfaire autant les besoins sociaux que les exigences intellectuelles. On peut ainsi juger son aptitude à terminer la révolution occidentale en ralliant et réglant les âmes d'élite par la seulefoi susceptible (^universalité^ comme de perpgjuité. La formation du sacerdoce positif, jusqu'ici réduit au fondateur de la Religion de l'Humanité, devient alors la première condition d'une régénération non

moins indispensable à l'ordre qu'au progrès. De plus en plus sentie, cette nécessité doit rapidement développer un subside sans lequel ne pourrait surgir la classe dignement contemplative qui, pure de toute ambition temporelle, inspirera partout une sage politique, toujours fondée sur l'ensemble des affaires humaines, passées, futures, et présentes.

Il ne faut point s'étonner, ni surtout s'inquiéter, de la lenteur qu'offre encore l'essor d'une telle garantie, qui, d'abord spontanée, ne pouvait devenir systématique avant l'entière terminaison de ma construction religieuse. L'aptitude du positivisme à dominer l'avenir, même prochain, lui suscite, dans le présent, de puissantes entraves. Car, depuis sa naissance, il lutte directement contre l'anarchie mentale et morale, sur laquelle, au contraire, s'appuyaient les aberrations éphémères dont le facile succès fit la honte du dix-neuvième siècle. A la vérité, le positivisme appelle ouvertement ses dignes adeptes, théoriques ou pratiques, à la domination, spirituelle ou temporelle, qu'exige le développement de la régénération humaine. Mais leur ascendant nécessaire ne peut reposer que sur une vraie supériorité de cœur, d'esprit, et de caractère, supposant une préparation difficile, et prescrivant une conduite, personnelle, domestique, et civique, toujours conforme au type normal qu'ils proclament. Un tel empire ne peut inspirer beaucoup d'attrait à ceux qui le posséderont, tandis qu'il doit profondément choquer les hommes destinés à le subir. Quoique la réorganisation intellectuelle et, morale soit généralement désirée, son essor décisif soulève d'activés antipathies parmi ceux qui se senti-

raient ainsi forcés de régler leur conduite et d'abaisser leurs prétentions.

Telle est la principale source des entraves secrètes qu'éprouve, surtout en Angleterre, le développement complet du positivisme, chez la plupart des esprits qui d'abord accueillirent dignement sa base philosophique. Si, renonçant à la mission que mes opuscules fondamentaux avaient caractérisée, j'eusse dirigé mes travaux vers une destination purement intellectuelle, ces /É premières sympathies auraient bientôt acquis une ^ I grande extension, aussi favorable à ma sécurité qu'à ma 'célébrité. Car, sans imposer aux libres penseurs une reconstruction difficile et gênante, je leur aurais ainsi permis de prolonger le dix-huitième siècle au milieu du dix-neuvième, en les dégageant du joug que la logique rétrograde faisait peser sur eux depuis que leur impuissance organique était constatée. Mais je ne pouvais oublier que l'ensemble du passé, surtout français, m'assignait une mission sociale, à laquelle ma philosoghie devait seulement fournir une base systématique. Quand mon principal office, après avoir été suffisamment préparé, fut directement poursuivi, ces affinités se trouvèrent bientôt transformées en antipathies, chez ceux qui voudraient borner ma carrière à la phase que j'avais toujours représentée comme purement préliminaire. Je dois pourtant reconnaître qu'une disposition analogue peut quelquefois indiquer seulement l'insuffisance d'évolution, surtout quand le milieu fait peu sentir l'urgence sociale. Néanmoins, la plupart des prétendus positivistes qui se qualifient d'intellectuels n'asgirent^qu^

perpétuer la situation révolutionnaire; aussi s'abstiennent-ils de coopérer à mon subside, quoiqu'un tel devoir se trouve assez motivé par les services qu'ils me reconnaissent.

Quelle que soit l'influence de ces divers obstacles, la lenteur des progrès du positivisme résulte surtout de la fatalité qui Je força de naître dans le milieu le moins/ / favorable à son développement. Dès mon début, je dus attaquer le principe révolutionnaire plus systématiquement que n'avait pu le faire aucun rétrograde. Néanmoins, je ne pouvais d'abord obtenir de succès que dans le camp correspondant, seul assez accessible aux innovations philosophiques et sociales. Par l'aveugle inertie des conservateurs empiriques, la doctrine qui concilie radicalement l'ordre et le progrès se trouve encore repoussée du milieu le plus propre à l'appliquer. Les conversions décisives que le positivisme a maintenant obtenues chez les meilleurs révolutionnaires concourent même à le rendre suspect dans Tautre camp, qui jusqu'ici ne sait point y voir une irrécusable épreuve de l'aptitude organique de la nouvelle synthèse.

On reconnaît ainsi que, pour hâter l'essor de la doctrine régénératrice, il faut aujourd'hui la transplante parmi les conservateurs, qui seuls présentent les dispo sitions et les habitudes qu'exige son installation. Malgré leurs empiriques répugnances, ils ne peuvent, faute de dogmes qui leur soient propres, s'empêcher d'ouvrir leurs rangs à tout digne défenseur des institutions fondamentales de la société, non moins compromises par la rétrogradation que par l'anarchie. C'est à ce titre

que les vrais positivistes y transplanteront bientôt leur foi, seule capable de procurer une consistance décisive à des résistances jusqu'ici restées radicalement insuffisantes.

Malgré leur origine révolutionnaire, tous ceux qui sont sincèrement convertis à la Religion de THumanité se trouvent aujourd'hui transformés en conservateurs

systématiques, destinés à devenir les véritables chefs du parti de Tordre, qu'ils vont dégager de ses inconséquences. Seuls ils sont aussi purifiés des tendances anarchiques que des inclinations rétrogrades, puisqu'ils conçoivent la régénération humaine comme consistant surtout à régler les forces graduellement surgies pendant la préparation spontanée qui dirigea l'ancienne foi. Réalisant les vœux conciliables de tous les partis, et dissipant leurs prétentions incompatibles, le positivisme surmonte Phypocrisie théologique, aussi dégradante quand on Texerce qu'oppressive lorsqu'on la subit, sans susciter l'hypocrisie métaphysique, plus nuisible et moins excusable. En appelant ses dignes

/adeptes à gouverner le monde, il proclame que leur avènement politique doit être aujourd'hui précédé, pendant douze ans, d'une influence purement philosophique , qui disposera les chefs actuels à leur transmettre sagement le pouvoir. Ainsi doit partout surgir une classe de véritables hommes d'État, qui manquent surtout au centre occidental, soit en vertu des difficultés propres à la mission française, soit d'après la marche de notre préparation. Le cours des événements fait de plus en plus ressortir l'intime connexité de toutes les populations humaines, de ma-

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nière à manifester le danger de l'irrationnelle politique qui considère chaque peuple isolément. Or le positivisme peut seul compléter et consolider cette régénération des vues sociales, en étendant à l'ensemble des temps la liaison ainsi sentie entre les divers lieux.

Faute de pouvoir embrasser l'ordre collectif, la théologie et la métaphysique ne surent jamais inspirer une politique vraiment rationnelle, dont l'institution était nécessairement réservée à Tesprit positif, principale-1 ment caractérisé par la construction de la sociologie/ Établissant l'unité spirituelle, et dissipant toute aberration envers l'unité temporelle, la religion positive fera partout prévaloir l'ensemble des affaires humaines, sans altérer la spontanéité des impulsions spéciales. Transformant Paris en patrie adoptive des âmes d'élite, la foi nou YeJle fonde T^^scendant intellectuel et moral de la métropole universelle sur sa digne renonciation à la domination matérielle, même dans le milieu français.

Pour terminer la révolution occidentale , il faut irrévocablement constituer la division fondamentale des deux puissances , prématurément ébauchée au moyen âge d'après une doctrine insuffisante. Le principe révolutionnaire consiste surtout dans l'absorption > du pouvoir spirituel par les forces temporelles, qui ne' reconnaissent d^autre autorité théorique que la raison individuelle, du moins envers les questions les plus importantes et les plus difficiles. Tous les partis actuels méritent ainsi d'être également qualifiés d'anarchiques et de rétrogrades , puisqu'ils s'accordent à demander aux lois les solutions réservées aux mœurs. Cette perturbation est devenue tellement universelle et

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profonde, que les meilleurs amis de la liberté n'hésitent jamais à recourir aux moyens matériels pour faire prévaloir leurs opinions quelconques. Voilà comment le pouvoir théorique se trouve forcé de surgir dans un milieu brutal, où la moindre dissidence l'expose toujours à subir un refus de subside, que Tordre normal réserve aux chefs pratiques, et borne aux conflits exceptionnels.

Le sacerdoce positif doit donc surmonter des difficultés devenues presque autant morales que mentales, puisque le trouble des pensées a gravement altéré les sentiments. Sans doute, la révolution moderne est principalement intellectuelle, tandis que celle qui s'accomplit au moyen âge fut essentiellement sociale. Mais, pendant les cinq siècles de l'anarchie occidentale, et surtout depuis l'explosion de la grande crise qui doit jàla terminer, le désordre de Tesprit a de plus en plus >^l affecté le cœur. C'est d'après celui-ci qu'il faut mainte-

nant définir la maladie révolutionnaire, consistant dans une surexcitation continue de l'orgueil et de la vanité, par suite d'une tendance, éminemment contagieuse, |vers l'infaillibilité personnelle. Ainsi se trouve directement compromis le principal résultat de l'ensemble du régime théologique : le développement de la vénération, seule base de la vraie__disdgline^ef garantie nécessaire es deux autres instincts sympathiques. Il faut que le positivisme fonde ses meilleurs titres au gouvernement spirituel sur la reconstruction décisive de ce grand sentiment, plus essentiel et plus altéré qu'aucun autre. Un tel succès n'appartient qu'à la religion universelle, puisque toutes les croyances arriérées ont

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réellement aggravé ce désordre, sans excepter le catholicisme, qui ne peut vénérer qu'un essor de dix siècles dans une seule moitié du monde romain.

Ainsi, lajnaladie occidentale exige un traitement ] plus affectif qu'intellectuel, depuis queJ^e^rTt a rem"pli 7^ s^ principal office en construisant la philosophiej positive d'après la fondation de la sociologie, appuyée sur l'ensemble des sciences préliminaires. Quoique les positivistes aient dû d'abord monter de la foi vers l'amour, ils doivent désormais préférer la marche, plus rapide et plus efficace, qui descendde l'amour à la foi. Le sentiment étant moins troûbiié' que l'intelligence, c'est surtout de lui que dépendra le rétablissement de l'ordre occidental. Seul capable de compléter et de consolider les convictions émanées de l'esprit, le cœur peut même en dispenser à beaucoup d'égards, du moins envers l'assistance générale qu'exige toute grande construction. Je ne regarderai le subside positiviste comme ayant acquis assez de consistance que lorsqu'il reposera principalement sur des impulsions sympathiques, au lieu de dépendre d'adhésions intellectuelles, toujours flottantes au moindre choc.

Invoquant le cœur plutôt que l'esprit pour consolider et développer cette institution naissante, je dois en •agrandir la base en y provoquant la participation de toutes les âmes qui, quelle que soit leur foi, sentent dignement le besoin d'une réorganisation spirituelle. Leur ralliement continu peut seul préserver les Occidentaux de la dégradation vers laquelle ils tendent de plus en plus en négligeant la culture morale pour développer le progrès matériel. Mais ce concours sym-

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pathique ne saurait être présidé par aucune des croyances théologiques, puisque leur nature absolue les rend directement inconciliables. Toutes peuvent, au contraire, se subordonner au positivisme, qui, toujours relatif, les consacre nécessairement, chacune dans son milieu, comme autant d'institutions provisoires que l'Humanité fit spontanément surgir afin de diriger son initiation. Sous leur inanité théorique, elles conservent, à divers degrés, une efficacité morale que la religion positive honore et développe, en reconnaissant que les plus imparfaites sont aujourd'hui devenues, quand elles rallient, préférables au scepticisme dispersif. Aucun fanatisme spécial ne disposant, de nos jours, à négliger le but pour les moyens, toutes les âmes vraiment religieuses peuvent se réunir contre les dangers universels de l'irréligion. En respectant avec sagesse la réserve provisoire de leurs solutions respectives, le positivisme peut utiliser leurs dispositions organiques en les faisant dignement concourir à surmonter les tendances révolutionnaires.

Je suis ainsi conduit à terminer cette circulaire en osant directement placer le subside positiviste sous la sympathique assistance des théo^ogistes sincères qui I regardent l'avènement d'un pouvoir spirituel comme le premier besoin de notre temps. Après avoir assez rempli toutes les conditions intellectuelles qu'exige désormais une telle construction, j'en ai loyalement réalisé les conditions morales, tant privées que publiques. Une carrière vouée, dès son début, à la réorganisation spirhueUefut, en temps opportun, complétée par l'intime régénération résultée de l'influence fémi-

nine, d'après un type angélique, que la mort consolide et développe. Mon indépendance théorique se trouve pleinement garantie en vertu d'une irrévocable renonciation à toute existence officielle, à toute pension, et même aux profits matériels de mes travaux quelconques. L'aptitude décisive de ma doctrine à glorifier l'ensemble des temps et des lieux, déjà caractérisée d'après mon appréciation abstraite du passé, devient irrécusable depuis ma systématisation concrète de la commémoration occidentale.

Voilà comment je puis maintenant espérer que les âmes vraiment religieuses, disposées à la synthèse parN la sympathie, sauront bientôt surmonter les discor-/j/j^ dànces dogmatiques pour encourager le seul effort de\ notre siècle envers la religion universelle. Dès mon début, le célèbre écrivain qui défendait alors le catholicisme témoigna dignement cette affinité, qui ne cessa que lorsqu'il devint un déplorable auxiliaire des doctrines anarchiques. Le développement de ma carrière a fait spontanément surgir, au sein du protestantisme, d'équivalentes manifestations, dignement caractérisées par une noble coopération au subside positiviste. En même temps, j'ai directement constaté mon active sympathie envers les cultes utiles et sincères, d'après un engagement solennel d'alimenter le budget catholique, quand il sera seulement fondé sur de libres souscriptions. Ainsi, de tous côtés, ont déjà surgi les germes essentiels de la grande alliance que les principaux besoins du dix-neuvième siècle doivent bientôt développer entre les âmes religieuses contre les instincts irréligieux.

Mi

pathique ne saurait être présidé par aucune des croyances théologiques, puisque leur nature absolue les rend directement inconciliables. Toutes peuvent, au contraire, se subordonner au positivisme, qui, toujours relatif, les consacre nécessairement, chacune dans son milieu, comme autant d'institutions provisoires que l'Humanité fit spontanément surgir afin de diriger son initiation. Sous leur inanité théorique, elles conservent, à divers degrés, une efficacité morale que la religion positive honore et développe, en reconnaissant que les plus imparfaites sont aujourd'hui devenues, quand elles rallient, préférables au scepticisme dispersif. Aucun fanatisme spécial ne disposant, de nos jours, à négliger le but pour les moyens, toutes les âmes vraiment religieuses peuvent se réunir contre les dangers universels de l'irréligion. En respectant avec sagesse la réserve provisoire de leurs solutions respectives, le positivisme peut utiliser leurs dispositions organiques en les faisant dignement concourir à surmonter les tendances révolutionnaires.

Je suis ainsi conduit à terminer cette circulaire en osant directement placer le subside positiviste sous la I sympathique assistance des théologistes sincères qui "regardent l'avènement d'un pouvoir spirituel comme le .premier besoin de notre temps. Après avoir assez rempli toutes les conditions intellectuelles qu'exige désormais une telle construction, j'en ai loyalement réalisé les conditions morales, tant privées que publiques. Une carrière vouée, dès son début, à la réorganisation spirituelle fut, en temps opportun, complétée par l'intime régénération résultée de l'influence fémi-

nine, d'après un type angélique, que la mort consolide et développe. Mon indépendance théorique se trouve pleinement garantie en vertu d'une irrévocable renonciation à toute existence officielle, à toute pension, et même aux profits matériels de mes travaux quelconques. L'aptitude décisive de ma doctrine à glorifier l'ensemble des temps et des lieux, déjà caractérisée d'après mon appréciation abstraite du passé, devient irrécusable depuis ma systématisation concrète de la commémoration occidentale.

Voilà comment je puis maintenant espérer que les âmes vraiment religieuses, disposées à la synthèse par"\ la sympathie, sauront bientôt surmonter les discor-A/^ dances dogmatiques pour encourager le seul effort dè\ notre siècle envers la religion universelle. Dès mon début, le célèbre écrivain qui défendait alors le catholicisme témoigna dignement cette affinité, qui ne cessa que lorsqu'il devint un déplorable auxiliaire des doctrines anarchiques. Le développement de ma carrière a fait spontanément surgir, au sein du protestantisme, d'équivalentes manifestations, dignement caractérisées par une noble coopération au subside positiviste. En même temps, j'ai directement constaté mon active sympathie envers les cultes utiles et sincères, d'après un engagement solennel d'alimenter le budget catholique, quand il sera seulement fondé sur de libres souscriptions. Ainsi, de tous côtés, ont déjà surgi les germes essentiels de la grande alliance que les principaux besoins du dix-neuvième siècle doivent bientôt développer entre les âmes religieuses contre les instincts irréligieux.

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Une génération tout entière s'est maintenant écoulée depuis ma découverte fondamentale des lois sociologiques, en 1822, jusqu'à ma construction décisive de la religion positive, en 1854. Ce long enfantement a dû susciter, envers la synthèse universelle, des sympathies et des antipathies qui ne pouvaient être que provisoires. Devenu maintenant appréciable, son ensemble va partout déterminer les dispositions définitives auxquelles je subordonnerai l'avènement du sacerdoce de l'Humanité. Surmontant, par la vénération, toute divergence secondaire, les vrais positivistes, plaçant le cœur audessus de l'esprit, sauront activement développer les convergences fondamentales. Partout devenus les directeurs systématiques de Tordre et du progrès, ils laisseront les dissidents retomber, plus que le vulgaire, dans un cours stérile d'oscillations empiriques entre l'anarchie et la rétrogradation. Le conflit de ces mouvements doit bientôt procurer à chaque élément du subside positiviste une persistance morale essentiellement équivalente à la fixité légale dignement instituée par le malheureux Wallace. Envers une coopération où les plus minimes cotisations sont admises, l'inconstance ne peut résulter que de l'instabilité des convictions, due surtout à l'insuffisance des sentiments.

D'après la préface de mon volume final, on sait que je consacrerai la présente année, soit au repos qu'exige ma construction religieuse, soit à la préparation des trois traités qui doivent la compléter, et dont le premier est annoncé pour i856. Mais, outre le cours déjà promis, et qui peut-être sera toléré, je suspendrai ce chômage en publiant, vers le milieu de l'année actuelle.

SIXIÈME CIRCULAIRE 6l

un opuscule exceptionnel (d'environ cent pages in-8<*). Préparé par ma lettre au tzar, cet Appel à tous les vrais conservateurs doit directement développer les principales considérations que la présente circulaire ne pouvait qu'indirectement signaler.

Salut et Fraternité.

Auguste COMTE,

( / 0 , rue Monsieur -le- Prince. ) Né le 19 janvier 1798, à Montpellier.

Résumé général des souscriptions pour le subside positiviste en 1854.

i Minimum, 5 fr.

Moyenne, 63 fr.

Maximum, 3oo fr.

i Minimum, lo fr.

21 autres occidentales 2,480 fr. j Moyenne, 118 fr.

1 Maximum, 5oo fr.

Plus 5 anonymes, de diverses nations. 1,164 fr.

Total 79 souscriptions 7»«04 fr» | Moyenne, 89 fr. \

N. B. Fondé le 12 novembre 1848, le subside positiviste fournit 3, 000 francs en 1849, 3,3oo en i85o, 4,300 en i85i, 5, 600 en i852, et 7,400 en i853.

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