REPUBLIQUE OCCIDENTALE
Ordre et Progrès — Vivre pour autrui Vivre au granJ Jour
ADRESSÉE PAR L'AUTEUR DU SYSTEME DE PHILOSOPHIE POSITIVE ET DU SYSTÈME DE POLITIQUE POSITIVE
A CHAQUE COOPÉRATEUR DU LIBRE SUBSIDE SPONTANEMENT INSTITUÉ POUR LE SACERDOCE DE l'HUMANITÉ
Paris, le mardi i5 Moïse 68 (i5 janvier i856).
Monsieur,
L'insuffisance du subside positiviste, déjà signalée par ma précédente circulaire, s'est encore aggravée pendant l'année qui vient de finir. Quoique le minimum normal ait été strictement atteint, ce résultat, outre le noble renouvellement de quelques efforts exceptionnels, a surtout exigé le généreux patronage d'un de mes plus éminents disciples, qui, dès qu'il a su ma détresse, a quintuplé son large tribut habituel. Si le nombre total des coopérateurs a peu diminué, c'est parce que treize nouveaux souscripteurs ont presque compensé la retraite de dix-sept anciens.
Ma sixième circulaire avait prévu cette perte, comme propre à l'année exceptionnelle oii la terminaison de ma construction religieuse devait naturellement étein-
dre une partie des adhésions surgîes avant que le positivisme fût assez jugeable. Quoique la plupart des convictions antérieures aient supporté cette épreuve de manière à devenir maintenant définitives, elles n'ont pas suffisamment régénéré les habitudes, même chez ceux dont les sentiments sont vraiment modifiés. Les souscripteurs qui, pauvres ou riches, contribuent réellement en proportion de leurs moyens, forment à peiné le quart du nombre total ; et les quatre cinquièmes au moins des divers adhérents au positivisme restent entièrement étrangers au protectorat volontaire.
Ce double contraste est surtout marqué dans la partie de l'Occident où la nouvelle synthèse a le plus retenti. L'ensemble du milieu britannique, tant américain qu'européen, fournit seulement neuf souscriptions, qui réunies n'équivalent pas à l'annuité posthume du noble Wallace. Dans cette coopération, on ne voit aucunement figurer les deux littérateurs dont la renommée fut surtout obtenue en initiant le public anglais à la philosophie positive. J'avais d'abord espéré que la torpeur britannique se trouverait essentiellement dissipée d'après le juste succès d'une incomparable traduction. Mais ce retentissement n'a point diminué l'apathie, malgré la noble conduite de ma puissante auxiliaire.
Suivant les explications de ma précédente circulaire, la lenteur générale de l'installation du positivisme doit être surtout attribuée à la fatalité qui le fit surgir dans le milieu le moins favorable à son essor. Une doctrine essentiellement destinée à reconstruire l'ordre n'a pu jusqu'ici pénétrer que chez les partisans exclusifs du
progrès. Cette fausse position conduit à mal apprécier le subside positiviste, dont l'insuffisance est spécialement résultée de son imparfaite institution.
Fondé dans des vues trop étroites, quoique en un temps de larges aspirations, il fut d'abord représenté comme une garantie personnelle, et même temporaire, destinée à compenser une infâme persécution. Il est encore envisagé sous ce seul aspect par la plupart des coopérateurs, sans excepter ceux qui Térigent en devoir social. Ce motif devait d'abord sembler suffisant, vu l'iniquité de ma spoliation, le mérite des services, spéciaux et généraux, que j'avais déjà rendus, et l'importance de ceux qu'on pouvait encore attendre de moi . Mais l'expérience a manifesté la faiblesse d'un tel sentiment, en un temps où la dissolution radicale de la morale publique laisse partout prévaloir l'individualisme, surtout dans le milieu systématiquement dégradé qui pouvait le mieux apprécier ce cas. Les plus nobles infortunes ne peuvent maintenant inspirer une sollicitude durable qu'en se liant aux besoins généraux de la situation occidentale.
Voilà pourquoi je me suis toujours efforcé, dès ma première circulaire, de représenter le subside positiviste comme ayant surtout une destination sociale, à titre de garantie permanente pour l'indépendance nécessaire au sacerdoce dont l'avènement peut seul terminer la révolution moderne. Mais ces efforts n'ont pu jusqu'à présent faire assez prévaloir une telle appréciation, parce que, l'institution du positivisme restant insuffisante, il ne pouvait trouver d'accès que chez le parti qu'il doit surmonter ou transformer, et dont les
chefs lui sont nécessairement hostiles. Quoique la nouvelle doctrine ait bientôt été regardée comme llqrgane le^^gljjs ayancé du^ogrès humai n^Ue ne p^ijo^a^ citer que dejares ou faibles sympathies parmi les progressistes actuels. Car ils bornent le perfectionnement à dissoudre l'ancienne discipline, tandis qu'elle le fait consister à régler toutes les forces suivant leurs lois naturelles. Néanmoins, si les intentions de nos révolutionnaires eussent, en général, été plus pures, ils auraient vivement accueilli la doctrine qui pouvait seule ranimer et consolider l'esprit d'émancipation en le dégageant du joug rétrograde que notre situation impose aux sceptiques. Une telle affinité n'a pu surmonter la répugnance qu'inspire Tavénement d'une règle universelle, qui ne pourra jamais être éludée parce qu'elle restera toujours démontrable. Les honteux succès momentanément obtenus par deux sectes également immorales, l'une plus corruptrice, l'autre plus dégradante, ont achevé de prouver que l'activité révolutionnaire émane aujourd'hui des impulsions égoïstes, dû moins chez les meneurs.
En France, la situation disposait les lettrés à sentir que ma Philosophie positive, sous une apparence purement intellectuelle, tendait à fonder un nouveau pouvoir spirituel, dont mes opuscules primitifs leur avaient directement annoncé l'avènement nécessaire. C'est pourquoi, dès le début, leur silence, autant concerté que spontané, tenta d'étouffer une doctrine radicalement incompatible avec le crédit usurpé que leur procurait, depuis un siècle, l'interrègne théorique. Des conditions encyclopédiques qu'ils ne pouvaient pas plus éluder
que remplir devaient aggraver leur antipathie, en leur ôtant tout espoir de s'incorporer au nouveau sacerdoce. Moins stimulés, moins clairvoyants, et moins avertis, les lettrés britanniques se laissèrent aller à la séduction que le positivisme offrit aux âmes émancipées en les dégageant de l'oppression anglicane. Leur accueil brisa, même en France, la conspiration du silence, avant qu'ils fussent assez éveillés sur la destination sociale d'une philosophie encore plus hostile à toute métaphysique qu'à toute théologie. Ils ne se tournèrent contre elle que quand le début décisif de ma seconde élaboration vint leur apprendre que mes travaux avaient toujours eu pour but de terminer la révolution occidentale par la reconstruction de la discipline spirituelle. Afin d'échapper à la contradiction résultée de leur première approbation, ils introduisirent le sophisme qui consiste à représenter le développement de ma carrière comme une déviation.
Quelque grossière que soit cette tactique, elle a jusqu'à présent réussi dans un milieu trop peu sollicité par les aspirations sociales : les âmes mêmes qu'elles préoccupent le plus ignorent encore l'existence de ma Politique positive. La seconde conspiration du silence est mieux ourdie que la première, parce que les lettrés britanniques, surtout européens, restant étrangers aux rivalités politiques de leurs collègues français, concertent davantage les intérêts communs à toute la classe littéraire. Sous leur esprit d'émancipation, on peut toujours reconnaître leur tendance prépondérante à prolonger indéfiniment un interrègne spirituel qui favorise leurs prétentions sans gêner leurs goûts, sauf
leur adhésion, au moins passive, à l'hypocrisie anglicane. Cette disposition se trouve nettement caractérisée dans le scandaleux mensonge solennellement formulé par le plus intelligent et le plus hardi de mes prôneurs britanniques.
Malgré leur aversion pour le théologisme, les métaphysiciens seconderont, aux États-Unis comme en Angleterre, sa résistance au positivisme, jusqu'à ce que les besoins sociaux aient partout poussé vers la seule doctrine capable de surmonter l'anarchie moderne. Tel est, sans doute, le motif qui fit récemment cesser le noble concours fourni, pendant trois ans, au subside positiviste, par deux^ dermes adyersaires jyTiéjdLCains ; les antipathies de secte ont finalement dominé l'élévation personnelle.
On peut cependant assurer que la seconde conspiration du silence aura moins de succès et de durée que la première, puisque les meneurs de la double presse britannique ne sauraient longtemps empêcher leur public de connaître la seule doctrine vraiment conforme à ses vœux sociaux. Les lettrés français purent, pendant une demi-génération, détourner leurs lecteurs d'une philosophie qui semblait d'abord amortir l'élan rénovateur, en représentant la grande crise comme plus spirituelle que temporelle. Mais leurs collègues britanniques s'efforceront vainement de cacher Tapplication sociale d'un système qu'ils ont intellectuellement propagé. Pour surmonter leur habile tactique, il suffira peut-être de la traduction anglaise du Catéchisme positiviste, actuellement élaborée par l'un de mes meilleurs disciples. J'ose, du moins, affirmer que ces ténébreux
i'il
efforts ne tésiste raient point à la digne réalisation du projet, déjà formé, de traduire séparément le tome troisième de ma Politique positive, sous son titre propre de Philosophie de Phistoire. Une telle publication peut seule rectifier l'opinion officielle qui représente la révolution anglicane de 1688 comme devant préserver l'Angleterre de la crise aujourd'hui commune à tout l'Occident. En expliquant Tavortement de la vraie révolution anglaise, la saine théorie historique fera partout sentir que son prolongement nécessaire consiste dans la révolution française, destinée à réaliser la régénération prématurément tentée sous le grand Cromwell.
C'est ainsi que doit bientôt cesser l'anomalie qui rend le plus hostile au positivisme social le pays où le positivisme intellectuel fut le mieux accueilli. Quoique cette contradiction soit conforme au régime le plus contraire à la séparation des deux puissances, les vrais théoriciens britanniques ne tarderont pas à développer des aspirations religieuses , secondées par un sexe secrètement lassé de la sécheresse protestante. Le peuple où le matérialisme, scientifique, esthétique, et politique, s'est le plus développé doit davantage apprécier la seule religion qui le surmonte dans son principe théorique. Même avant que les prolétaires britanniques se soient dégagés de la torpeur anglicane, le positivisme complet pénétrera chez les lecteurs anglais déjà familiarisés avec sa base philosophique. Toutefois, il ne pourra vraiment s'installer en Angleterre qu'en s'étendant au delà du public théorique, quand les dignes praticiens, éveillés par les sollicitudes sociales,
invoqueront son aptitude organique. Pour sentir la supériorité des adhésions pratiques, il suffit d'opposer, à l'exiguïté du contingent britannique, la noble munificence des sept souscripteurs hollandais, qui seuls fournissent le sixième de mon subside habituel, outre leur coopération prépondérante aux suppléments exceptionnels. Indépendamment du mérite personnel, ce zèle et cette persévérance, dans un milieu mal disposé, résultent d'une situation qui pousse à juger les doctrines philosophiques d'après leur efficacité sociale et détourne des prétentions incompatibles avec la subordination spirituelle.
Ayant obtenu, malgré les influences protestantes, des succès qui manifestent son aptitude organique, le positivisme, désormais purifié de son origine révolu- y^ tionnaire, doit trouverun accueil plus décisif chez les populations catholiques. Outre qu'il a seul apprécié l'ensemble des services du catholicisme, il en fait aujourd'hui sentir l'importance habituelle, soit pour résister aux dispositions subversives, soit pour entretenir une culture morale dont l'imperfection est toujours préférable à sa désuétude. Sous ce double aspect, le positivisme doit bientôt devenir le défenseur systématique des habitudes catholiques contre les impulsions protestantes, dont la réaction, théorique ou pratique, a déjà cessé d'offrir aucune compensation de leur inconséquence mentale et de leur danger moral. Dans ce • milieu plus normal, où le sentiment de l'unité ne s'est jamais perdu, les positivistes, développant la construction ébauchée au moyen âge, feront aisément reconnaître que la révolution occidentale ne peut se terminer
que par rétablissement de la religion universelle. Ils se trouveront là dispensés de réfuter les thèses, protestantes ou déistes, sur l'avènement d'une religion sans culte et sans sacerdoce ; comme si la sociologie ne répugnait pas, davantage que la biologie, aux fonctions sans organes. Tandis que le protestantisme accorde au dogme une vicieuse prépondérance, le catholicisme tend à faire spontanément prévaloir le culte, auquel il s'est presque réduit chez les Méridionaux. Le positivisme ayant systématisé cette préférence empirique, où l'instinct moral surmonta la pensée théologique, il doit bientôt susciter d'activés sympathies au sein des populations dont il rétablit la préséance occidentale. Il faut donc regarder l'influence acquise au nom du progrès comme un prélude nécessaire, pour la doctrine universelle, à sa destination envers Tordre, qu'elle peut seule protéger à la fois contre la rétrogradation et l'anarchie. Elle dut obtenir le premier résultat quand elle se trouvait à l'état purement philosophique, tandis qu'elle ne peut réaliser le second office que depuis qu'elle est devenue pleinement religieuse. Ce mode final doit désormais diriger la propagation du positivisme, qu'une suffisante élaboration rend capable de satisfaire notre principal besoin, la reconstruction systématique de l'ordre spirituel, pendant que les gouvernements maintiennent empiriquement l'ordre matériel. . Au début de ma construction religieuse, je représentai I le^ serviteurs de l'Humanité comme venant dignement y ^ saisir la direction, évidemment vacante, de l'ensemble des affaires terrestres. L'assentiment tacite de tous les
partis a, depuis quatre ans, ratifié cette proclamation
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décisive, ébauchée dans mes opuscules primitifs, et justifiée par l'institution complète de Tunité positive. On doit peu s'étonner que les défenseurs du catholicisme gardent, à cet égard, le respectueux silence que leur inspire l'attitude toujours organique de la nouvelle synthèse. Mais il faut noter que les métaphysiciens, seuls ennemis réels de la religion universelle, n'ont pas protesté contre la proclamation positiviste, même dans leur ignoble attaque de janvier i855.
Une telle déclaration avait besoin d'être complétée d'après mon récent Ap^elaux cœisermteurs, où l'atti- J tude^fituelle , des vrjkj>osm vist£s,§ejr^^ ment fixée, en décomposant leur avènement social en deux phases nécessaires, l'une spirituelle, l'autre temporelle. Leur intervention purement consultative dans l'inauguration de la transition organique doit faciliter leur ascendant décisif au centre de l'Occident, en dissipant toute rivalité politique envers la nouvelle religion. Si, pour régler une existence indivisible, on ne peut méconnaître la nécessité de subordonner les vues de détail aux conceptions d'ensemble, on ne saurait davantage contester le privilège actuel du positivisme quanta l'unité réelle. D'après une telle supériorité, quand les vrais croyants seront au niveau de leur mission, ils auront bientôt obtenu la confiance et le respect des gouvernés et des gouvernants, également dépourvus de véritables principes de conduite. Cette lacune s'est récemment spécifiée en dirigeant l'expédition occidentale vers un démembrement aussi vicieux que celui qu'elle dut empêcher, et par la puérile exhibition destinée à développer les préoccupations matérielles
dans un milieu qui souffre de leur prépondérance. Malgré des intentions irréprochables, les deux cas n'ont pu même compenser les déviations politiques ou morales en resserrant les liens occidentaux, puisque ces événements ont aggravé la funeste tendance du centre occidental à préférer le Nord au Midi. Tous les mouvements de notre époque, soit qu'ils émanent des populations ou des gouvernements, font spécialement sentir qu'un tel milieu ne peut éviter les fautes qu'en s'abstenant d'agir, jusqu'à ce que l'interrègne spirituel ait dignement cessé.
Pour développer une discipline qui ne peut rien régler sans tout embrasser, il faut, depuis que la religion positive est suffisamment instituée, que le sacerdoce de l'Humanité ne se réduise plus à moi seul. Or les nouveaux prêtres ne sauraient obtenir assez d'indépendance et de dignité que d'après leur exclusive consécration à des fonctions qui, d'ailleurs, vont bientôt absorber leur temps et surtout leurs forces. Cette condition exige que l'accroissement du subside positiviste permette au Grand Prêtre de l'Humanité d'assurer la subsistance de ceux qui, comme moi, se trouvent entièrement dépourvus de fortune personnelle, suivant le cas le plus ordinaire, principalement aujourd'hui.
Tant que le positivisme resta purement philosophique, je pus, sans inconséquence ni dégradation, pourvoir à mon existence matérielle, en exerçant, dans l'économie actuelle, des fonctions secondaires, soitpratiques, soit même théoriques. Cette possibilité cessa quand ma' doctrinejj£révoçableiner^ religieuse, tendit
directement à régler la vie humaine, en instituant un
pouvoir apte à discipliner les Ypjontés^aujjeu d^mposer les actes, suivant le but assigné, dès l'origine, à l'ensemble de ma carrière. Alors tout office pratique m'aurait nécessairement mis en contradiction permanente avec le principe fondamental du régime positif sur la séparation normale des deux puissances. L'opposition, quoique moins sensible, eût été plus profonde, en acceptant, par des fonctions théoriques, une incorporation subalterne au triple pouvoir spirituel, théologique, métaphysique, et scientifique, auquel nous sommes officiellement soumis, et dont je viens délivrer rOccident. Sans me dégager d'un tel joug, l'enseignement privé devait y joindre une double dégradation, en m'assujettissant aux caprices individuels pour vendre des services dont j'ai systématiquement proclamé la gratuité normale. On peut ainsi mesurer la justice et la sincérité de ceux qui, vivant au milieu des souscriptions, repoussent mon subside au nom d'une dignité qu'ils ne sauraient comprendre puisqu'ils la confondent avec l'orgueil. Une équivalente appréciation convient au prétexte qui prévaut en France, où, suivant l'habitude nationale, on attend que le gouvernement me fournisse un appui contraire à ma destination, sans que les auteurs de ces vœux concourent à me faire provisoirement vivre.
Mes spoliateurs n'ont donc abouti qu'à me pousser par nécessité, mieux que je ne l'eusse fait par choix, vers le mode d'existence le plus conforme, d'abord à la construction, puis à l'installation de la religion rationnelle et sociale. Dans le même temps, une autre conséquence de ma pauvreté m'a bientôt conduit à com-
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pléter mon attitude personnelle en instituant le meilleur mode de publication de mes écrits. Il tend à me dégager, autant que possible, de l'ignoble régime que la vénalité révolutionnaire a graduellement introduit, surtout en France, envers la prétendue propriété littéraire. Pour cela, je me suis trouvé conduit, dès le début de ma construction religieuse, par Timpossibilité d'avoir un éditeur, soit privé, soit public, à renoncer aux profits personnels de mes écrits quelconques, en consacrant leur vente au payement des frais typographiques. Une scrupuleuse pratique a toujours confirmé rengagement systématique que je pris, à cet égard, en i85o, afin de me rapprocher des mœurs normales autant que me le permet la transition actuelle. C'est ainsi que j'ai graduellement fondé mon crédit typographique auprès d'un honorable chef (M. Thunot), de manière à surmonter le dernier vœu d'une infâme persécution, qui, n'ayant pu détruire ma personne, espérait, du moins, éteindre ma voix. Bornée d'abord à chaque volume séparément vendu, cette garantie devint bientôt mutuelle entre les divers tomes d'un même ouvrage, et je l'ai finalement rendu réciproque envers mes productions quelconques, y compris celles qui précédèrent cette institution.
Le subside positiviste et le fonds typographique, telles sont les deux bases, profondément connexes, de mon existence normale, à la fois privée et publique. Pour en avoir assez compris l'économie, il faut étendre chacune de ces conditions à l'ensemble de mes dignes auxiliaires permanents. D'après la marche générale des destinées humaines, je dus exceptionnellement réunir
SEPTIÈME CIRCULAIRE j5
deux offices, mal distingués jusqu'ici : l'un, principal mais temporaire, comme fondateur de la religion universelle; l'autre, accesoire mais continu, comme Grand Prêtre de l'Humanité. Si j'obtiens la longévité de Fontenelle, ou seulement celle de Hobbes, ou du moins celle de Voltaire, je rendrai cette distinction pleinement sensible, par un long exercice du second office quand j'aurai, dans sept ans, accompli le premier. C'est uniquement envers le second que je puis et dois avoir un successeur, qui se trouvera, j'espère, parmi les dignes théoriciens que je pourrai directement vouer au sacerdoce universel : le premier ne comporte que des adjoints, passagers comme lui, mais actuellement nécessaires.
Quoique ma construction religieuse exige le complément synthétique que je vais commencer, elle est assez développée pour devenir pleinement applicable, dans une situation tellement urgente que, dès le début de mon principal ouvrage, mon travail de fondateur fut quelquefois suspendu par mes fonctions de pontife. Souvent invoquées désormais, ces fonctions ont déjà besoin d'organes spéciaux, qui puissent, sous ma direction, non seulement enseigner et prêcher, mais principalement consacrer et discipliner, au nom de l'Humanité. Comme fondateur, il me faut aussi des auxiliaires dignement soumis, capables de seconder l'installation spontanée de ma doctrine par des cours et des livres, soit généraux, soit surtout spéciaux, dont je leur indiquerais le but et le plan. De tels apôtres, esthétiques ou théoriques, peuvent beaucoup faciliter la régénération occidentale, sans être pourtant incorporés au sacerdoce
positif, faute d'en pouvoir assez remplir les conditions encyclopédiques. Ils représenteront aujourd'hui les pensionnaires propres à l'état normal, avec cette double différence que leur office aura maintenant plus d'importance et leur mérite plus de valeur, leurs lacunes scientifiques étant ordinairement dues à leur situation davantage qu'à leur nature.
C'est ainsi que le subside positiviste et le fonds typographique doivent maintenant m'assurer deux sortes d'auxiliaires permanents, dignement voués â seconder, les uns le fondateur de la religion universelle, les autres le Grand Prêtre de l'Humanité. Le positivisme ne pouvant pas, avant la fin du siècle actuel, convertir au delà d'un millième des chefs de famille, ce qui lui suffit pour reconstruire l'occidentalité, la corporation régénératrice doit seulement comprendre, dans le même temps, cinquante philosophes, tant apôtres que prêtres. Quelque petit que semble ce nombre, sa proportion à celui des vrais croyants excède le double du taux normal, comme l'exige maintenant un service plus difficile et moins aidé. Si je vis suffisamment, j'empêcherai que le clergé positif ne dépasse une telle extension, afin que tous ses membres, indirects ou directs, outre les préparations convenables, soient, de cœur, d'esprit, et même de caractère, au niveau de la mission que je leur assigne au nom du Grand-Etre. On peut ainsi déterminer le développement que doit acquérir le subside positiviste, jusqu'à ce qu'il se transforme en budget central du sacerdoce universel, quand les gouvernants et les gouvernés seront assez convertis à la vraie religion.
Envers le fonds typographique, il suffit de compléter son institution en étendant à tous les auteurs régénérés la mutualité que j*ai maintenant poussée jusqu'à mes divers écrits. Quoique un tel complément ne dépende pas immédiatement de moi, j'espère bientôt l'établir, d'après les avantages évidents qu'il procurera, dès [son début, à la communauté littéraire, où j'apporterai fort au delà de ce que j'en retirerai d'abord. Ainsi dégagés de la librairie et du journalisme, les auteurs positivistes, outre la dignité due à leur renonciation à la vénalité révolutionnaire, obtiendront une indépendance actuellement incompatible avec d'ignobles marchés, qui toujours empêchent la vraie police des publications. Puisque le fonds typographique suffit maintenant à sa destination, il doit naturellement continuer d'y suffire à mesure qu'elle s'agrandira; car les ressources y croîtront suivant une progression nécessairement supérieure à celle des besoins, plus qu'en tout autre cas de vraie réciprocité. Destiné, comme le subside positiviste, à la transition organique, il est autant susceptible de préparer l'état normal, en faisant graduellement surgir, sous forme de livres, le trésor du pontife universel pour toutes les dignes publications.
Je puis ici faire directement sentir, envers ces deux institutions connexes, que le zèle de mon public est maintenant inférieur aux services que pourraient déjà rendre mes vrais auxiliaires, s'ils étaient assez soutenus. L'apostolat, et même le sacerdoce, sont actuellement susceptibles d'une ébauche décisive, puisque j'ai trouvé, pour chaque classe, un fonctionnaire aujourd'hui digne d'être entretenu, sous ma responsabilité, par le
subside positiviste. Il m'est également permis d'assurer que plusieurs écrits, déjà projetés d'après mes inspirations, pourraient utilement seconder la régénération occidentale, si leurs auteurs avaient la faculté de les élaborer et publier convenablement. Envers la formation la plus difficile et la plus importante, j'ose annoncer, d'après l'état où je vois mes meilleurs théoriciens, que, dans quelques années, j'y trouverai sept dignes membres du sacerdoce universel, de manière à pouvoir instituer un premier collège positiviste, sauf les vicaires. Un second groupe encyclopédique aurait même pu dé)à commencer, si je n'eusse pas perdu récemment, au milieu de sa trentième année, un éminent disciple, dont le talent, plus poétique que philosophique, émanait d'un noble cœur, malgré l'insuffisante énergie de son caractère.
Sous de telles impulsions, j'ai jugé maintenant op. portun d'instituer le système d'épreuves philosophiques qui devra toujours garantir, au pontife comme au public, l'aptitude théorique des aspirants au sacerdoce positif, quand leur valeur morale sera suffisamment constatée. Il consiste en sept thèses imprimées, mathématique, astronomique, physique, chimique, biologique, sociologique, et morale, successivement présentées, à des intervalles d'un à trois mois, et publiquement suivies chacune, sept jours après son admission, d un examen oral sur la science correspondante. Les difficultés propres à la transition actuelle pourront exceptionnellement exiger, pour ne pas écarter d'éminentes natures, surtout morales, que je dispense, sous ma responsabilité, de quelques thèses cosmologiques.
sans que je croie pouvoir jamais dispenser des trois thèses extrêmes. J'espère vivre assez pour faire ainsi surgir enfin de véritables philosophes, capables de terminer la progression, de plus en plus révolutionnaire, qui devait, en Occident, séparer, pendant trente siècles, la théocratie initiale et la sociocraûç.flnak.*J Tant qu'elle resta sacerdotale, la philosophie fut direc tement appliquée à sa destination pratique que son nom rappelle, et dont elle tendit graduellement à s'écarter pendant sa préparation spéculative, nécessairement indisciplinée. Elle doit maintenant reprendre ce grand office, avec une efficacité supérieure, en réglant la vie humaine, dont les lois sont assez appréciables depuis qu'on a suffisamment dévoilé, d'abord celles du Monde, puis celles de l'Humanité, qui dominent toujours l'existence individuelle. Mais un tel office exige des prêtres capables de surmonter le matérialisme théorique, en procurant aux études les plus nobles leur prépondérance normale, à la fois logique et scientifique, dans un milieu préoccupé des spéculations les plus grossières.
Il faut maintenant compléter cette circulaire en indiquant les divers progrès de l'avènement positiviste pendant une année exceptionnelle. Elle est devenue, comme pour moi-même, un temps de recueillement, mais non d'inertie, chez mon public, qui, s'y trouvant privé de l'impulsion annuelle jusqu'alors résultée d'un nouveau tome, a dû pareillement s'occuper d'appréciation et de préparation. Cette suspension a permis de saisir l'ensemble de ma construction religieuse, dont chaque partie avait successivement inspiré des ré-
flexions trop exclusives. Tous les positivistes ont ainsi senti, comme leur chef, la confiance que suscite la £l§- «nitude et Thomogénéité d'une doctrine enfin parvenue j à présenter, sur toutesjles questions esseruidioâi des *solmions décisives, toujours d'accord entre elles. La puissance que comporte une telle supériorité, dans un milieu profondément divisé, devint alors, chez mes meilleurs disciples, pleinement conciliable avec les ménagements qu'exige Tétat, anarchique et rétrograde, des Occidentaux. Ainsi se prépare le digne ascendant des âmes d'élite, qui doit bientôt réaliser, épurés et combinés, l'empire universel que Mahomet promit aux vrais croyants, et le règne général que Cromwell annonçait aux saints. Gênée, dans l'antiquité, par l'hérédité sacerdotale et militaire, la domination normale des natures supérieures fut ébauchée sous la chevalerie et la papauté ; le positivisme l'institue, suivant les pressentiments du jésuitisme et du jacobinisme, en liguant et guidant les véritables chefs.
Une telle coalition a réellement commencé quand le subside positiviste a fait assez surgir de dignes dévouements, en leur assignant une destination directe, précise, et continue. Au prix de quelques souffrances, j'ai pu, suivant la naïve remarque de ma fille adoptive, mieux juger les âmes destinées à prévaloir, et même les attirer davantage, que si la position de Buffon, de Cavendish, ou de Lavoisier, m'eût entouré de flatteurs. Sept ans d'épreuves continues m'ont ainsi permis de constater que la^religion universelle a déjà rallié des âmes d'élite, dont la fraternité mutuelle et la commune vénération n'exigent, pour obtenir un irrésistible
essor, que les contacts résultés d'un même dévouement.
La postérité regardera l'état normal de l'Humanité comme ayant spirituellement commencé pendant l'année qui vient de finir, puisque la religion positive, pleinement instituée Tannée précédente, s'est alors appliquée à rinstallation politique de la transition finale. Quoique mon Appel aux conservateurs n'ait encore profité qu'aux positivistes, quelques adhésions décisives m'ont déjà permis d'espérer qu'il atteindra bientôt ses lecteurs spéciaux, sans attendre que la doctrine régénératrice soit directement invoquée au secours de l'ordre. Il manifeste l'avènement du pouvoir occidental, éclairant les gouvernements nationaux sur la marche propre à surmonter à la fois les rétrogrades et les révolutionnaires, en utilisant chaque parti selon sa nature. J'y réduis l'appréciation directe de la régénération positive à ce fait général, indépendant de toute controverse : « En rapportant tout à V Humanité, V unité devient ^/ plus complète et plus stable qu'en s'efforçant de tout rattacher à Dieu, » Mais il témoigne aussi la vénération que l'ancienne synthèse inspire au philosophe qui pourrait borner sa bibliothèque au poëme de l'Imitation,^ complété par les épopées de Dante et d'Homère, en condensant la progression occidentale dans sa 'principale [représentation. Cet opuscule fait profondément sentir ma constante disposition à respecter le gouvernement, en quelque main qu'il réside, quoique je ne doive jamais cesser de lui conseiller une meilleure conduite, consistant surtout à ne point sortir de sa mission actuelle. Elle se borne à résister
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sans pousser, jusqu'à ce que la réorganisation spirituelle ait assez rectifié les aspirations subversives et guidé les inspirations organiques.
Ce respect continu pour le pouvoir temporel devient une obligation spéciale chez la puissance spirituelle qui, venant instituer Poccidentalité, doit aujourd'hui se regarder comme implicitement associée à tous les gouvernements occidentaux, et surtout à celui du peu- /pie central. Elle ne peut dignement régler la vie hu- ( maine sans offrir, dans sa propre conduite, un type (/ J anticipé des mœurs normales au monde profondément (^ troublé qu^elle veut régénérer. Sous un aspect plus spécial, le clergé positif doit aujourd'hui sentir que toute commotion politique entrave la réorganisation religieuse, en faisant toujours prévaloir d'abord l'anarchie, puis la rétrogradation, jusqu'à ce que le retour du calme ait rétabli le cours des préparations suspendues. D'après leurs missions respectives, les deux pouvoirs se trouvent d'ailleurs animés d'une commune antipathie, spontanée ou systématique, envers la classe radicalement subversive où Ton commence sa carrière par s'ériger en juge universel. Avec une entière liberté d'exposition et de discussion, le sacerdoce le plus favorable à l'essor intellectuel aurait bientôt délivré l'Occident d'un fléau que la compression matérielle perpétue et développe depuis quarante ans.
Outre ce pas général et direct vers l'avènement de la saine politique, le positivisme a récemment fait de précieux progrès dans l'application de la propagation de la vraie religion. Trois mois se sont à peine écoulés depuis que j'ai consacré, pour la première fois, entre
deux nobles prolétaires, le chaste préambule par lequel je venais de compléter le mariage positiviste, dont il fournit un caractère aussi décisif et plus fréquent que le veuvage correspondant. Chacun peut ainsi sentir combien le positivisme a déjà touché les deux éléments nécessaires de l'immense milieu sur lequel il doit surtout s'appuyer; quoique le journalisme et la littérature entravent des contacts contraires à leur anarchique influence. [Rien ne pourra bi^tôt empêcher le peuple de sentir que le positivisme assure, mieux que le com- [ y munisme, le bonheur et la dignité des travaill^u^^^ r ' en développant la prépondérance des entrepreneurs, j Il sera pareillement impossible de cacher aux femmes l'avènement décisif de la seule religion qui, sans les retirer du sanctuaire domestique, consacre leur juste ascendant et réalise toutes leurs dignes aspirations, tant esthétiques que morales. A mesure que les contacts s'établiront, elles reconnaîtront que le positivisme systématise la double culture du sentiment, de manière à la faire toujours prévaloir, surtout chez le peuple, où résidera le meilleur type féminin. Les prolétaires des deux sexes doivent, de cœur et même d'esprit, mieux sentir que les lettrés la vraie philosophie de l'histoire, en appréciant la transition affective qui, sous le catholicisme et la féodalité, combinés dans la chevalerie, fit pleinement surgir les deux principaux éléments de la sociabilité finale.
En même temps que le positivisme perfectionnait son culte domestique au sein de la métropole universelle, son efficacité religieuse commençait à se manifester parmi les plus anarchiques de tous les Occiden-
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taux. D'après une délégation spéciale, j'ai pu récemment conférer, à travers l'Atlantique, le premier sacrement social à la nouvelle fille qu'un couple régénéré vient de donner à l'Humanité. Grâce au zèle continu d'un éminent apôtre, notre naissante Église américaine a déjà pris une attitude décisive, surtout depuis qu'elle s'est enrichie d'un noble prolétaire, au centre des divagations protestantes et de l'agitation mercantile.
Pendant que le positivisme manifestait, sur une échelle restreinte .'mais décisive, son aptitude normale ^j;égler la vie humaine, tant privée que publique, parmi les deux principaux éléments de l'ordre final, Il témoignait aussi sa puissance envers les classes transitoires. Sans m'arrêtera celles qui doivent radicalement s'éteindre, il me suffit ici de considérer la mieux disposée de celles que la régénération occidentale oblige seulement à se transformer en s'élevant. Depuis sa naissance, la systématisation positive a toujours trouvé des sympathies croissantes, d'abord passives, puis actives, parmi les médecins, surtout en France où leur défaut de discipline collective facilite l'évolu' tion individuelle. Cette affinité s'est surtout développée chez les purs praticiens, mieux susceptibles que les prétendus théoriciens de sentir la nature et les conditions de la synthèse médicale, normalement inséparable de la reconstruction universelle. Il n'appartient qu'à ceux-là d'apprécier assez les perturbations cérébraies et les rapports continus entre le physique et le moral pour reconnaître combien le positivisme ennoblit leur office en rendant l'homme toujours inséparable de la société. Renonçant à des positions acadé-
miques ordinairement échues à des fortunes dégradantes, les vrais médecins, surtout français, sont éminemment susceptibles de seconder la régénération occidentale, et même de fournir quelques dignes prêtres de l'Humanité. J'ai vu récemment accomplir la noble transformation d'un officier de marine en médecin ^ positiviste, capable de concourir, "avecd'autres déjà surgisTà constituer, en médecine, une école synthétique, que plusieurs dignes préparations tendent à consolider bientôt.
Mon année exceptionnelle a confirmé l'ensemble des progrès du positivisme, en manifestant, dans la vente de mon principal ouvrage, un accroissement propre à rassurer envers le subside protecteur. Le coupable silence de la presse anglaise et française n'a point empêché la Politique positive d'acquérir au moins cinq cents lecteurs, d'autant plus sérieux que cette tactique m'a naturellement préservé des attentions frivoles ou malveillantes. Quand leurs convictions seront formées et leurs sympathies suffisamment stimulées, on doit présumer que la moitié d'entre eux concourra régulièrement au subside positiviste, dès lors devenu bientôt capable de soutenir le clergé régénérateur. Une fois que les rénovateurs sont parvenus à ne plus rencontrer que des difficultés pécuniaires, * elles ne tardent point à se dissiper, surtout en un temps où la situation universelle fait continuellement ressortir le besoin d'une doctrine et l'aptitude du système surgi. Si mes embarras excitent moins de dévouement que ceux de mes prédécesseurs, dont la vie et la liberté restaient habituellement menacées, ils deman-
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dent, chez mes patrons, une jnoindre abnégation, et comportent, de leur part, un plus vaste concours.
Rassuré par une telle conviction, je vais commencer, avec une parfaite sérénité, le complément de ma carrière intellectuelle, après laquelle je me livrerai, sans écrire, à mon office social, où je dois jusqu'alors me borner à guider le clergé naissant. Ma Synthèse subjective, ou Système unipersel des conceptions propres à l'état normal de VHumanité, va continuer ma Politique positive, comme celle-ci prolongea ma Philosophie positive, début nécessaire de ma grande trilogie. Si, dans la progression normale que forment ces trois termes d'égale grandeur, quelques sophistes ont nié la continuité du second, j'ose assurer que personne ne contestera celle du troisième. De ses trois éléments • nécessaires, théorique, moral, ej pratique, dont le second aura seul deux tomes, je vais aborder le premier, mon Système de logique positive, ou Traité de philosophie mathématique, que j'espère publier en octobre. Ce travail sera suivi d'une nouvelle année de repos, essentiellement consacrée à la préparation spéciale de la seconde et principale partie du complément synthétique de ma construction religieuse.
Vu l'approche de cette dernière moitié de ma seconde vie théorique, j'ai dû terminer l'année exceptionnelle par le Testament dont j'ai posé les bases générales à la fin de ma Politique positive. Le digne accomplissement d'un tel devoir a retrempé mes forces et consolidé mes espérances, même envers la longévité convenable à ma mission, en perfectionnant mon unité, d après une meilleure appréciation, privée et publique,
de ma subjectivité finale. Quoique je n'aie pu, malgré mes efforts et mes illusions, y remplir la principale destination d'un tel acte en instituant un successeur qui n'est pas trouvé, j'ai pourtant satisfait à toutes ses autres conditions, comme le prouvera sa publicité définitive. Mes treize exécuteurs testamentaires sont tellement choisis que leurs dignes remontrances me permettront d'y réaliser les principales améliorations que pourrait y susciter un contrôle plus étendu mais moins profond et moins pur. Cette opération me procure une nouvelle attitude ainsi définie : « Habitant une tombe a anticipée, je dois désormais tenir aux vivants un u langage posthume, qui sera mieux affranchi des « divers préjugés, surtout théoriques, dont nosdescen- « dants se trouveront préservés. » Ayant dû jusqu'ici parler au nom du passé, quoique en aspirant toujours à l'avenir, c'est de l'état futur, irrévocablement déduit de l'ensemble des divers modes antérieurs, que je dois maintenant occuper le public occidental, afin de discipliner en consacrant. Sans cesser de vivre avec nos meilleurs ancêtres, je vais surtout vivre avec nos descendants, jusqu'à ce que je revive dans eux et par eux, après avoir assez vécu pour eux.
Salut et Fraternité,
Auguste COMTE,
( / 0 , rue Monsieur - le -Prince. ) Né le 19 janvier 1798, à Montpellier.
Résumé général des souscriptions pour le subside positiviste en /855,
... i Minimum, 5 fr.
54 françaises 3,796 f^. Moyenne, 70 fr.
f Maximum, 400 fr.
i Minimum, 5 fr.
18 autres occidentales 3,740 fr. J Moyenne, 1 5 2 fr.
' Maxim., 1,087 fr.
Plus 3 anonymes 52o fr.
Total 75 souscriptions 7,o56 fr. | Moyenne, 94 fr. |
N. B. Fondé le 12 novembre 1848, le subside positiviste fournit 3,ooo francs 1849, 3,3oo en i85o, 4,200 en i85i, 5.6oo en i853. 7,400 en i853. et 70 en 1854. ' "
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Ordre et Progrès — Vivre pour autrui Vivre au grand jour
HUITIÈME CIRCULAIRE ANNUELLE
ADRESSÉE PAR L'AUTEUR DU SYSTEME DE PHILOSOPHIE POSITIVE