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DES CHIFFRES

Prenons le recensement de 1901, qui inaugure le vingtième siècle : il y a, en France, dix-neuf millions de travailleurs des deux sexes et de toute occupation, depuis le plus riche financier jusqu'au casseur de pierres le long des routes. C'est la moitié de la population.

Sur ce chiffre de dix- neuf milions de travailleurs, on a trouvé :

Ouvriers et employés travaillant

réguUèrement 9.306.355

Ouvriers travaillant par intermi-

tence 206.075

Patrons-ouvriers travaillant seuls 4.291.000

Total 13.863.430

A défalquer de ce chiffre les employés et ouvriers qui ont déjà

une retraite assurée ,.. 1.358.430

Total des travailleurs sans retraite 12.505.000

Tous, il est vrai, n'arrivent pas à l'âge de la retraite. De ceux qui commencent à travailler à l'âge de

vingt ans, 63 «/o environ arrivent à l'âge de soixante ans. Il faut reconnaître cependant que toutes les tables de mortalité se contredisent, parce que plusieurs sont faites sur la classe aisée, ou tout au moins sur la moyenne de ceux qui courent peu de risques. La table des vingt-trois Compagnies allemandes donne, sur 100.000 individus vivant à Tâge de vingt ans, 55.892 survivants à lage de soixante ans, 49.781, à soixante-trois ans, c'est-à-dire une réduction de moitié à cet âge, et seulement 45.435 à Fâge de soixantecinq ans. C'est une donnée très sérieuse, parce que ces Compagnies s'adressent à toutes les professions, ou peu s'en faut. Nos Compagnies françaises admettent la réduction de moitié à soixante-cinq ans, dans leur table A. F. et à soixante-neuf ans seulement dans leur table R. F.

Si nous prenons la table de mortalité inscrite dans r Annuaire du Bureau des longitudes et dressée d'après les chiffres officiels du recensement de 1901, et d'après les relevés de l'Etat civil, nous voyons que sur 100.000 naissances, il ne reste de survivants des deux sexes, à vingt ans, que les trois quarts environ, soit 74.076 personnes. Il en reste 46.264 à l'âge de soixante ans, 39.282 à soixante-cinq ans. Le chiffre correspondant à l'âge de vingt ans n'est réduit de moitié qu'à l'âge de soixante-six ans passés.

Mais aucun de ces chiffres ne nous donne le nombre de retraites à servir. Pour l'évaluer, il faut chercher la proportion du nombre des survivants entre soixante ou soixante-cinq ans jusqu'à cent ans et le nombre des travailleurs de vingt à soixante-cinq, selon l'âge adopté pour l'entrée dans la vie. active et la retraite.

LES RETRAITES OUVRIERES

Comme beaucoup d'ouvriers, dont le labeur est pénible, réclament leur retraite à cinquante-cinq ans, et que d'autres peuvent travailler jusqu'à soixantecinq et plus, nous prendrons une moyenne de quarante années de travail entre vingt et soixante.

Dans ces conditions, quelle sera la proportion du nombre des retraites de 60 à 100 ans, relativement au nombre des travailleurs de 20 à 60 ans?

Pour résoudre ce problème, il suffît d'additionner, année par année, le nombre toujours décroissant des travailleurs, de 20 à 60 ans, d'en faire autant pour le nombre toujours décroissant de 60 à 100, de ceux qu'on peut appeler «les retraitables », et il suffira ensuite de diviser le premier chiffre par le second, pour avoir cette proportion. Nous aurons en effet le nombre des années vécues de part et d'autre par les deux groupes. Ce sont deux comptes ouverts, l'un à l'entrée de la vie de travail, l'autre à l'entrée de la retraite, et fermés, l'un par la retraite, l'autre par la mort.

Le nombre d'années vécues par le premier groupe est de 2.562.449; celui du second groupe est de 669.735. Si nous divisons le premier nombre par le second,nous obtenons, à peu de chose près, une proportion d'un quart pour le second groupe, relativement au premier, ce qui donne un cinquième sur l'en, semble des deux groupes.

Une autre difficulté surgit : quand la statistique du recensement nous donne 12.505.000 travailleurs en France, s'agit-il de ceux qui travaillent effectivement de 18 à 65 ans, en moyenne, ou de tous ceux qui font partie de la classe des travailleurs de tout âge ?

La commission sénatoriale, qui a eu des chiffres

vérifiés, estime le nombre des travailleurs en activité pouvant réclamer une retraite à 10.810.000. Ce chiffre, si exact qu'il soit dans le présent, sera erroné dans l'avenir, car le nombre des travailleurs aspirant à une retraite augmentera sans cesse , mais cette augmentation ne changera pas les données du problème, et nous nous en tiendrons aux chiffres du Sénat.

Nous prendrons donc le quart de 10.810.000 pour évaluer le nombre des retraitables à l'heure présente, et le nombre des pensions de retraites à servir. Ce quart est de 2.702. 500. Nous nous en tiendrons à ce chiffre, qui correspond d'ailleurs à ceux d'une autre statistique qui compte, en France, 127 hommes de soixante ans et plus, contre 525 de vingt à soixante. C'est encore le quart, à très peu de chose près.

En nous tenant à ce chiffre de 2.702 500 retraites à servir, si Ton admet, comme minimum de la pension de retraite, 360 francs par an, il faudrait trouver annuellement dans le budget 972.960.000 francs ; disons un milliard. Ce n'est pas, il est vrai, de quoi embarrasser les socialistes, pour qui le contribuable est le serf taillable etcorvéableà merci, mais ceserait de quoi troubler la prospérité publique et compromettre les ressources même du budget.

Si l'on se borne à accorder, au lieu d'une retraite gratuite pour laquelle personne n'aurait rfen versé jusqu'ici, une allocation viagère de 120 francs par an, c'est encore une dépense annuelle de 324.300.000 fr., pour laquelle rien n'est préparé.

Pour amoindrir ces résultats inévitables dans les données que nous venons d'énoncer, la commission sénatoriale a fixé à soixante-cinq ans l'époque de la retraite. C'est agir prudemment, et c'est réduire la

LES RETRAITES OUVRIÈRES 151

somme Décessaire annuellement pour l'allocation viagère. Mais l'avenir, encore une fois, dépassera toutes les prévisions, avec la souplesse de cette loi qui se prête parfaitement au régime du chantage ■ électoral et des recommandations parlementaires. On peut en juger par les résultats de la loi d'Assistance aux vieillards, et par ce qui est arrivé en Angleterre avec une loi semblable. Toutes les prévisions sont toujours dépassées.

Notre budget appartient au nombre; il dépend de ceux qui ne le paient pas, et les députés sont les serviteurs du nombre. Dans ces conditions, on peut tout prévoir, sauf les ressources nécessaires.

11 faut donc, autant que possible, faire une loi générale avec des chiffres et des conditions aussi peu variables que possible, pour éviter les faveurs inutiles qui ne peuvent qu'aigrir ceux qui n'en sont pas l'objet, et compromettre le succès de l'œuvre.

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