‹ Cite? futureChapitre 17 sur 47 · GOMMENT TROUVER UNE SOLUTION · texte numérisé non relu

GOMMENT TROUVER UNE SOLUTION

Si Ton ajoute aux sommes indispensables pour les retraites les sommes qui seraient nécessaires pour le chômage, la maladie, les veuves et les orphelins, en un mot pour ce qu'on pourrait appeler « la péréquation de la vie », ou autrement dit « l'assurance universelle », il faudrait compter sur des sommes fabuleuses, peut-être trois milliards par an.

Tant que l'Europe restera divisée, nous serons obligés de consacrer une bonne partie de nos ressources à la sauvegarde de notre indépendance, depeurqu'un

barbare ne vienne écraser pour toujours, sous sa botte, la douceur de vivre et l'espoir du progrès.

L'avenir ne se décrète pas : il commence à tout instant et l'on y arrive lentement, pas à pas, par une suite d'horizons nouveaux, ainsi que sur la route, le chemineau. Et l'éternel chemineau, c'est l'humanité, la foule incapable de prévoir, prenant toujours ses rêves pour la réalité, ou se tassant, lassée, découragée, dans le sommeil du fossé.

Réveillons également les somnolents et les rêveurs.

Si nous voulons nous rendre compte du chemin à parcourir, comparons ce qui est avec ce qui devrait être: nous n'avons aucune sécurité du lendemain, ni dans la fonction que nous occupons, ni dans la possibilité de vivre à l'abri de la misère quand nos forces physiques et intellectuelles auront décliné. Ce sont là deux points essentiels par où ce qui est tombe dans labarbarie ; deux points essentiels dont la modification s'impose à bref délai, sans trouble, sans contrariété, même pour ceux qui possèdent et dont l'égoïsme s'imagine parfois que l'immobilité est le plus sûr garant de leur paisible jouissance de la vie.

Qu'ils se détrompent : l'heure est semblable à celle de 1789, plus grande encore, car on ne fit alors qu'une révolution politique, et c'est l'organisme social qui est en jeu à l'heure actuelle. L'humanité se cherche.

Que les endormis comprennent qu'il vaut mieux, comme le disait le poète latin, « donner la moitié que de perdre le tout (1) ». Et pourtant il ne s'agit ni de la moitié, ni du quart, mais seulement d'un effort. Qu'ils se rappellent le mouvement invincible de 1789,

(1) Dimidium donare mavis quamperdere iotum.

LES RETRAITES OUVRIÈRES

mouvement clairement tourné vers la justice et l'humanité, si inhumainement dévié vers Tinjustice et le crime, et pour cela si justement privé de ce qui devait en résulter de meilleur.

Nous avons dit comment le statut personnel ou (( commissionnement », légalement obtenu après un stage, garantirait le travailleur contre la tyrannie patronale parfois très douce , parfois révoltante et autrement immédiate pour la masse miséreuse que la tyrannie politique. Nous avons dit aussi comment l'arbitrage gratuit, choisi par le patron et le travailleur en dehors de leurs intérêts, donnerait toute sécurité à l'un comme à l'autre, dans leurs discussions inévitables, et comment cet arbitrage obligatoire rendrait inutiles toute manifestation bruyante, toute révolte.

Examinons maintenant comment on peut organiser les retraites pour l'avenir.

Nous avons dit que le patron doit le minimum de la retraite, la subsistance du travailleur dont les forces sont épuisées. Ce minimum peut être estimé à un franc far jour, somme suffisante pour vivre dans certaines localités rurales éloignées des chemins de fer. Mais comme on ne peut imposer au retraité d'aller vivre ici plutôt que là, il faut augmenter cette somme et arriver à une moyenne un peu plus forte, soit 500 francs par an.

La loi sur les retraites ouvrières élaborée par le Sénat et amendée par le ministre du Travail pose les bases de calcul que voici :

LA CITl': FUTUHE

Pour les mineurs de 16 à 18 ans, le patron et l'employé paieront chacun 4 fr. 50 par an, ensemble 9 francs.

Pour les ouvrières de tout âge, le patron et Touvrière paieront chacun 6 francs par an, ensemble 12 francs.

Pour les ouvriers, le patron et l'ouvrier paieront chacun 9 francs par an, ensemble 18 francs.

Ce sont trois types de versements : neuf, douze et dix-huit francs par an, ce qui ne sera pas sans exiger une comptabilité compliquée.

Les versements seront mensuels ou hebdomadaires, selon que le travailleur sera payé au mois ou à la journée. Ils dureront jusqu'à lage de soixante-cinq ans, fixé par la loi, pour la retraite.

C'est donc quarante-sept ans de travail et de versements obligatoires de part et d'autre pour arriver à la retraite, si nous négligeons les deux années d'apprentissage de 16 à 18 ans, qui, à raison de 9 fr. par an, donneront, pour ces deux années de versement, 19 fr. 82 c. de pension à 65 ans.

Or ces 47 années de versements à raison de 18 fr. par an pour les hommes donneront, par la capitalisation à 3 1/2 0/0, d'après le barême de la Caisse Nationale des Retraites, une retraite de.. , 392 fr. 98 à laquelle s'ajoutera l'allocation de l'Etat. . 60 fr.

Total 452 fr. 98

C'est là, il faut en convenir, un bon résultat si l'ouvrier accepte son placement à capital aliéné. S'il veut réserver le capital de ses versements, il aura :

LES RETRAITES OUVRIÈRES

Capitalisation des versements du patron ;

à capital aliéné; revenu 196,49

Versements de l'ouvrier à capital réservé ;

revenu.. 124,06

Total : 320,55

auxquels s'ajoutera l'allocation de l'Etat : 60,00 Total de la pension de retraite 380,55

Cela arrivera dans quarante-sept ans, c'est-à-dire en

Ceux qui ont seize ans à l'heure actuelle et auront fait les premiers versements toucheront leur pension de retraite augmentée de 19 francs 82 c. , soit 400 francs, dans quarante-neuf ans, en 1960.

Quant aux femmes, le double versement de 6 francs, soit 12 francs par an, leur vaudra, dans quarante-sept ans, une retraite de 261 fr. 98, plus Fallocation de l'Etat, soit une pension de 321 fr. 98 c.,ce qui est peu.

Pourquoi accorder à la femme moins qu'à l'homme, alors qu'elle est exposée à avoirplus de charges et de dangers? Nous pensons que la femme doit avoir la même retraite que l'ouvrier, et que si, gagnant moins, elle peut moins verser, cet inconvénient disparaîtra par le fait que le patron sera seul chargé des versements pour la retraite, ou du moins pour ce minimum de la retraite.

Ce que la loi a parfaitement compris, c'est la nécessité de ne pas interrompre les versements, et par conséquent le devoir, pour l'Etat, de verser au compte des ouvriers sous les drapeaux, pendant les deux années du service obligatoire. La loi aurait dû ajouter: « et aussi pendant tout autre appel, soit pour une période d'instruction militaire, soit pendant une

guerre. » On peut espérer la paix, mais si une guerre survenait malgré nous, il serait parfaitement injuste de priver nos soldats du bénéfice de la loi, ou de retarder d'autant l'époque de la retraite.

Il ne suffit pas de dire que « le temps du service obligatoire comptera pour des versements », il faut que l'Etat verse effectivement à la Caisse des Retraites la somme nécessaire qui, d'ailleurs, ne sera pas considérable : 7.200.000 fr. par an, pour 400.000 soldats ou sous-officiers.

Ce qu'on peut encore reprocher à la loi, c'est d'avoir des effets dispersés. Elle admet une foule de combinaisons, divers placements, diverses caisses de recouvrement, et aussi des taux de capitalisation différents et des subventions différentes, selon qu'on s'adressera, aux Mutualités qui assument la charge de la retraite, ou à la Caisse Nationale de Retraites pour la Vieillesse.

Ilenrésulteraune comptabilité des plus compliquées, de lourdes dépenses d'administration, un nombre considérable d'employés, et, en définitive, du désordre.

Enfin s'imagine-t-on que les ouvriers n'auront pas tôt faitde rejeter la part de versement quileurincombe, par une grève qui en chargera le patron, et au-delà- Ce sera une source permanente de discorde.

Ce n'est pas tout : les charges de l'Etat seront considérables, exorbitantes, et l'on ne sait encore comment on pourra faire face à de telles dépenses.

Le moyen proposé ici est une réduction de plus de moitié pour les charges de l'Etat.

La loi sur les retraites ouvrières et paysannes est si mal construite, si embrouillée, que l'on ne sait com-

LES RETRAITES OUVRIÈRES

ment s'en tirer pour l'appliquer. On en avait déjà fait quatorze règlements, à la date du i^^ août 1910, et l'on n'était pas au bout.

Il serait plus simple d'avouer qu'on s'est trompé et de refaire la loi

Page 1