POURQUOI CE LIVRE III
parti, ou d'un parlement, ou de la masse populaire.
Les institutions ont cependant plus d'importance que les étiquettes de gouvernement et les questions sociales ont autrement d'importance que les questions politiques. Qu'on fasse de bonnes et solides réformes, et tout gouvernement sera bon.
L'Europe, à l'exception de la Russie, de la Turquie, de la Grèce et des provinces balkaniques, est en paix depuis quarante ans, longue période de repos que les peuples ont rarement connue. L'Eu^ rope semble se délasser en une étape, tout en préparant fiévreusement les guerres futures, et cependant ce n'est pas ce qui préoccupe le plus, car les remous que font les masses en cette apparente tranquillité présagent des luttes plus terribles et plus désastreuses que les guerres extérieures.
Ou évolution ou révolution : tel est le dilemme qui se pose devant tous. La grande erreur du jour consiste à croire qu'évoluer, c'est aller sûrement, mais lentement, au programme de la révolution, par le communisme d'Etat, pour éviter le collectivisme révolutionnaire; et l'on ne sait quel est le pire.
L'avenir est au gouvernement et au pays qui, les premiers, feront les justes réformes. C'est le
nœud gordien qu'une cpée ne saurait plus trancher et qu'il faut aujourd'hui dénouer, car la force morale sera toujours plus forte que la force brutale, et c'est l'honneur de l'humanité.
Aux peuples qui cherchent vainement un remède ,à l'anarchie moderne et à l'ég-oïsme social, la France peut encore donner l'exemple et montrer la voie à suivre, pour qu'un jour on puisse dire qu'elle est toujours, à l'avant-g-arde de l'humanité, la grande semeuse d'idées et de progrès.
Pour trouver la route, il faut suivre, pas à pas, dans l'histoire, la marche lente et douloureuse de l'humanité. Il faut écouter ses plaintes, ses cris de colère et étudier ses espoirs. On voit alors que l'instinct populaire va sûrement à son but, et que les masses, souvent entravées par une tyrannie, dévoyées par une folie, illusionnées par un effet de mirage, ont sans cesse cherché la cohésion, l'union professionnelle ou autre, celle qui peut donner une force aux faibles et les amener à une solidarité plus haute.
La vérité et non le rêve, c'est l'instinct populaire allant, à travers tous les obstacles, vers l'organisation du travail et le mieux-être.