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POURQUOI CE LIVRE V

Ce que cet instinct voit le mieux, il est vrai, ce sont les droits qu'il attribue aux travailleurs. La justice pour lui, c'est la conquête de tous ces droits et il ne songe guère aux devoirs. Il faut être indulgent : jusqu'à la Révolution on n'a parlé à l'humanité que de ses devoirs; depuis lors, elle ne veut plus entendre parler que de ses droits.

Il y a maldonne : il est temps de revenir à un juste équilibre des droits et des devoirs.

Tout commence par le travail ; tout doit être réglé dans la justice ; tout doit être dominé par une idée morale commune à tous, et c'est l'honneur, qui est aussi esprit de justice, de pitié, de bienveil^ lance et de dévouement. Telle est la pensée qui m'a guidé en écrivant ce livre, et c'est pourquoi je l'ai partagé en trois parties : Travail^ Justice, Honneur, devise qui peut convenir à tous les peuples, quels que soient leur gouvernement, leurs mœurs et leurs croyances.

On m'a objecté l'indifférence et la veulerie des uns, l'indéracinable opposition des égoïstes, la routine, ce doux oreiller des paresseux et des craintifs, et surtout les colères haineuses qui ne veulent rien entendre et qui ne désirent que la révolution. Je

suppose aussi que nombre de ceux qui ont étudié les questions sociales n'accepteront pas volontiers les idées d'un homme sans autorité.

Homo sum. Je ne suis qu'un homme quelconque, une entité perdue dans la foule; mais je ne me crois étranger à rien d'humain, faiblesse ou douleur; et c'est ma seule force, mon seul droit d'élever la voix.

J'ai écrit ces pages sans autre passion que celle du vrai et du juste, sans autre espoir que celui de contribuer, si peu que ce soit, à l'étude et à la solution de ces questions troublantes. Je l'ai écrit, comme si je n'appartenais à aucun parti, à aucune catégorie, j'oserai dire à aucune patrie, car toutes ces réformes peuvent s'appliquer avec toutes les formes de gouvernement et parmi tous les peuples civiHsés. Si je parle plus spécialement de la France, c'est qu'il faut parler de ce que l'on connaît le mieux ; c'est aussi que je ne puis me détacher de ses liens, et qu'elle est le terrain le plus propice aux floraisons nouvelles. C'est un champ d'expériences, pour son malheur parfois, pour sa gloire toujours. Et c'est encore la nation où l'égoïsme est le moins fort, la nation généreuse et douce, toujours prête

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