RETRAITES
des versements de la mère de famille^ en vue de sa retraite, pendant le temps de la maternilé, jusqu'à ce que le plus jeune de ses enfants ait atteint Tâge de sept ans.
Les chefs d'industrie pourraient aussi ménager des demi-journées de travail aux mères de famille, ou des journées alternées, de façon à ce qu'une mère de famille puisse remplacer l'autre pour la garde des nfants, pendant une journée sur deux.
Les garderies d'ailleurs deviennent plus nombreuses et permettent aux mères de famille de reprendre tout ou partie de leur travail.
Il ne serait pas juste que des femmes, absorbées par des devoirs de famille et privées par là du bénéfice de leur travail, soient privées en même temps du bénéfice de la retraite.
Il existe toutefois une autre classe d'ouvrières non moins intéressante. Ce sont celles qu'on pourrait appeler « les victimes de l'isolement )>, les ouvrières en chambre et à la tâche qui gagnent vingt ou trente sous avec un travail à Faiguille ou à la machine à coudre, de douze heures par jour. Elles s'étiolent à ce surmenage, pour le profit d'entrepreneurs spéciaux, qui, seuls, les connaissent et prélèvent un fort bénéfice sur l'effort exagéré de chacune. C'est un peu de leur santé et de leur vie qu'on prend chaque jour.
Cette barbarie n'est pas sans soulever l'indignation des honnêtes gens, mais elle semble à l'abri de toute réforme et de toute loi.
Tous les moyens indiqués jusqu'ici pour remédier
à cet état de choses sont vains, parce qn on a affaire à des isolées, à des inconnues. Toutes les lois spéciales qu'on pourrait proposer seraient mauvaises, parce que spéciales.
11 n y a qu'un remède : le syndicat. Que ces ouvrières répondent à Fappel qui pourra leur être fait parla voie des journaux; qu'elles se réunissent; qu'elles s'organisent en syndicat, sans craindre les menaces des entrepreneurs, soutenues par toutes les femmes de cœur qui comprennent leur situation, et elles seront sauvées. Da premier jour, elles fixeront le prix de la journée de huit heures, ou son équivalence pour Touvrage à la tâche, et peu à peu, par étapes, elles arriveront à conquérir le relèvement de leur situation.
Elles ne se connaissent pas ! Là est leur faiblesse et la force des entrepreneurs. Quelles se connaissent ou qu'elles se fassent connaître, et elles seront maîtresses de leur destinée si elles n'exagèrent pas la hausse des prix. Elles pourront môme supprimer les inutiles intermédiaires qui les exploitent, et bénéficier d'autant.
Alors aussi elles pourront faire elles-mêmes les versementspour leur retraite, comme c'est le rôle de l'ouvrier à la tâche, car il est son propre entrepreneur, patron, et ouvrier tout à la fois. Si les patrons s'entendent avec ces ouvrières désormais connues par leur syndicat, pour un salaire à la journée, c'est eux qui devront faire les versements.
L'Etat n aurait à intervenir que si les entrepreneurs délaissaient ces ouvrières pour faire travailler à l'étranger ou à la campagne. Ce serait alors aifaire de droits de douane surélevés pour l'ouvrage façonné, de telle ou telle catégorie. L'indignation des honnêtes
EN ATTENDANT LES RETRAITES
gens et leurs démarches seraient aussi très utiles auprès des commerçants et peut-être efficaces, car le client est toujours le maître. Un comité de patronage, comme il en existe, pourra agir et susciter de ces manifestations, bien que, dans l'Etat actuel, Tégoïsme triomphe un peu partout, avec la veulerie et l'indifférence.
D ailleurs, le syndicalisme tardera peu à envahir les campagnes et l'étranger, quand l'exemple, le bon exemple, sera donné et aura réussi.
Alors l'avenir de la femme, fille, femme, mère ou veuve, pourra être sérieusement garanti.