LES ORPHELINS
La loi sur les retraites ouvrières votée par les Chambres a prévu des subventions en faveur des orphelins, à raison de cinquante francs par mois pendant quelques mois. Et ensuite... néant; la misère, l'oubli. Pourquoi cette sollicitude temporaire, qui semble supposer qu'un orphelin grandira de quinze ans en six mois ?
Mieux vaudrait organiser une assurance spéciale dont la prime annuelle serait faible, payable par tous les ouvriers pères de famille.
Il y a lieu, en effet, de distinguer entre l'orphelin de mère, l'orphelin de père et l'orphelin de père et de mère, qui est le plus rare.
L'orphelin de mère n'a droit qu'à un secours correspondant à des soins mercenaires, si le père continue son travail.
L'orphelin de père a droit à un secours plus important jusqu'à l'âge de dix-sept ans, mais ce secours peut être partagé avec l'Assislance publique.
Quant aux orphelins de père et de mère, c'est à l'Assistance publique de s'en charger entièrement, soit qu'elle les recueille, soit qu'elle les confie à une parente ou amie des parents décédés, ce qui coûterait peut-être moins cher.
Enfin la Caisse de mutualité devrait intervenir selon ses moyens et ses ressources qui augmenteront peu à peu de dons et de legs ; car c'est là encore une transformation sociale réservée à l'avenir, la transformation de la charité en solidarité. Pourquoi ■donner aux inconnus qui souvent exploitent la charité et en font un métier? C'est aux collectivités qu'il faudra donner, parce que rangés par groupes, les hommes se connaissent et feront un meilleur usage de la générosité individuelle. Ce ne sera plus la charité, dont l'œuvre si touchante qu'elle soit, marque toujours un désordre social, mais la pensée plus juste de la solidarité humaine ; et la bonté sera plus encore une marque de vertu, puisqu'elle sera plus anonyme envers l'individu, plus dénuée de tout espoir de vanité ou de reconnaissance.
Quelle prime exigerait une assurance sur la vie des parents en faveur des orphelins ? — C'est un calcul qu'on ne peut établir que sur des statistiques spéciales, mais il est probable qu'un versement de tous les pères de famille, en raison de trois francs par an, suffirait aux subsides, sinon à la subsistance entière des orphelins. Cinq sous par mois ne seraient pas une lourde charge. Si nous l'ajoutons aux versements ouvriers pour les trois caisses de réserve, de mutua-
EN ATTENDANT LES RETRAITES
lité et de garantie, soit dix-huit francs par an, ce sera pour les pères de famille un versement total de vingt et un francs par an, soit un franc soixante-quinze par mois, un peu plus d'un sou par jour. On pourrait même imposer cette cotisation à l'ouvrier célibataire, aussi bien et plutôt qu'à l'ouvrier marié, car celui qui repousse toute charge de famille doit au moins coopérer par une petite contribution, à ce qui doit assurer l'avenir de la race.