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DROITS ET DEVOIRS NATURELS

ner simplement le coupable à l'exil, à la condition expresse qu'il s'engage à porter sa mauvaise parole chez ceux dont nous pouvons craindre une attaque. Ce serait au moins donner une utilité à de tels hommes.

Il n'est pas pire trahison que de préparer la désertion en cas de guerre : c'est faire le jeu de l'ennemi; c'est lui ouvrir la place.

Il s'est trouvé des socialistes pour prétendre que les droits de l'individu passent avant ceux de la société. Ils nient par là tout principe de solidarité; ils sont les protagonistes de l'individualisme dont nous souffrons ; ils sont les pires ennemis de leurs propres principes, car le socialisme ne repose que sur la solidarité des intérêts, des droits et des devoirs. C'est le lien social plus étroitement resserré et, par là, plus impérieux.

L'anarchie actuelle excuse bien des fautes, bien des erreurs, bien des extravagances ; elle n'excuse ni cette folie, ni ce crime anti-social.

Ceux qui préconisent la lâcheté devant l'ennemi, ne sont pas les pionniers de l'avenir; ce sont les pires réactionnaires, puisqu'ils vont à lencontre du mouvement invincible qui emporte chaque peuple vers la cohésion et l'union solidaire.

Dira-t onque ces renégats de la patrie préparent la république universelle ?

Ce n'est pas la république universelle qu'il faut vouloir, car la forme des gouvernements importe peu; ce n'est que l'étiquette sur une bouteille : le contenu a plus d'importance que l'étiquette. Il y a des monarchies plus libérales que notre république : telles l'Angleterre et la Belgique. Il y a des monar-

chies, comme l'empire allemand, où les réformes sociales sont plus avancées que chez nous.

Ce qu'il faut vouloir c'est l'entente et l'union des peuples dans un but de paix et de prospérité, à l'abri des mêmes principes et non des mêmes lois, car les climats, les races et les mœurs ne comportent pas les mêmes règlements.

La fraternité des peuples sera longtemps un vain mot : on peut arriver du moins à l'arbitrage^ à l'entente, à l'union dans une large mesure. Cette union ne viendra pas d'une défaite humiliante, de la lâcheté suprême, du refus de combattre, mais d'une égalité dans la force, le courage et la civilisation. Elle sera le résultat d'un sublime accord et non de la conquête, à moins que la conquête ne vise à ce but, avec le consentement des peuples, et ne leur apporte les principes qui peuvent les sauver eux-mêmes.

SOLIDARITÉ

Le troisième principe découle du précédent :

Si chacun se doit à tous, tous se doivent à chacun.

Et c'est la solidarité.

Nous sommes tous solidaires. On le sent mieux à rétranger, en rencontrant un compatriote, qu'on ne le comprend en restant chez soi.

Nous sommes solidaires dans le présent, dans le passé, et dans l'avenir.

Ne sait-on pas que, dans les familles, le même nom constitue une responsabilité collective, que la gloire ou Tinfàmie de l'un rejaillit sur les autres; qu'on se vante ou qu'on soufFre des ancêtres, et qu'on lègue à ses descendants un nom honorable ou taré ?

On supprimerait les noms de famille pour les remplacer par des nombres, nous nous appellerions comme les fiacres, le 2.366 ou le 3.684, que nous n'en serions pas moins sujets aux pénibles héritages du sang, aux lares physiques venues des ascendants, aux tendances bonnes ou mauvaises léguées par l'atavisme ; et nous léguerions encore à nos enfants ce même héritage qu'on ne peut ni refuser ni accepter sous bénéfice d'inventaire.

La solidarité est partout, dans les professions, dans les origines, dans les partis, dans les groupements

de toute sorte ; elle vient du sang, de l'éducation, du tempérament, des intérêts, des barrières interposées, de l'esprit ou du cœur, et la plus forte solidarité est encore celle qui vient de nos affections : une femme, une famille, une patrie.

Soit que nous aimions, soit que nous haïssions, nous éprouvons la pensée d'une solidarité certaine avec ceux qu'on nous désigne comme amis, contre ceux que nous savons être nos ennemis.

Soit que nous cherchions la vérité, soit que nous puissions croire que nous l'avons, nous nous estimons solidaires de ceux qui pensent comme nous.

Soit que nous tentions une entreprise, soit que nous poussions devant nous la routine du travail, comme un wagonnet sur ses rails, nous nous sentons solidaires de ceux qui partagent notre audace ou notre vie monotone et paisible.

La solidarité commence avec la vie et ne finit pas avec elle. Longtemps elle plane sur les tombes et tout à rencontre des sources qui descendent et ne remontent pas, elle remonte à ses origines pour les atteindre et les dévoiler comme responsables du présent et de l'avenir.

C'est folie de renier l'ancienne France et d'enseigner aux enfants que l'histoire commence avec la Révolution. Nous sommes solidaires de toute notre histoire dans tout le passé, comme notre présent peut influer sur l'avenir.

La solidarité est donc le régime de la réciprocité des droits et des devoirs. Si la nécessité publique l'em-

SOLIDARITÉ

porte sur les droits de chacun, en revanche chacun a droit, pour les sacrifices auxquels il est appelé, et niême sans ce motif, par le seul fait qu'il fait partie d'une société d assurances mutuelles qu'on appelle la Patrie, à la sollicitude, à l'aide de tous, dans la mesure de ses mérites et des possibilités.

Sa force, son intelligence, ses aptitudes comptent moins que le seul fait de la vie et de la solidarité. Seule son infamie doit le mettre hors cadre, dans des conditions spéciales de pénalité.

Nous revenons ici à la question du service militaire ; il faudra y revenir encore, car c'est une question des plus graves, au point de vue des droits naturels.

Ce qui manque aujourd'hui à la loi du service obligatoire, et ce qui a inconsciemment contribué à la révolte de quelques-uns, c'est que cette loi et ce devoir sont sans réciprocité. Là, comme ailleurs, notre société est inorganique. Aucun droit ne correspond à ce devoir : chacun se doit à tous, mais tous ne se doivent pas à chacun. La société se désintéresse de l'individu ; elle en secourt quelques-uns par l'Assistance publique, mais si maigrement et si « par faveur » qu'autant dire qu'elle ne fait rien.

L'injustice est tellement évidente qu'il faut s'étonner de la voir supportée par la masse avec autant de résignation.

S'il n'y a pas de devoirs sans droits, il fallait conclure de ce devoir universel envers la patrie, au devoir de la patrie envers chacun. On l'a oublié!...

Il faudra désormais qu'on y songe, et comme rien de sérieux ne se peut faire sans une organisation sociale, il faudra nécessairement aboutir à l'organisation par syndicats et associations qui seule donnera

LA CTTÉ FUTURE

la classification sociale à côté de la classification géographique qui ne donne plus rien, dans un temps de déracinement et de divagation.

Quand les gens vivaient et mouraient dans le village, ou la ville qui les avait vus naître, chacun connaissait son voisin, ses besoins, sa situation. Aujourd'hui qui connaît ceux qui l'entourent? L'un vient du Nord, l'autre du Midi ; l'année qui s'écoule en a amené d'autres de l'Est et de l'Ouest, et l'année qui vient verra le départ de l'un ou de l'autre, si bien que qui revient au pays, après vingt ou trente ans d'absence, n'y retrouve pas la moitié de ceux qu'il a connus. Il se sent dépaysé chez lui. C'est plus que le déra cinement : c'est le bouleversement du sol et du foyer. On a vieilli, et tout a rajeuni.

Il faut donc mettre chacun dans le cadre de ses intérêts où, mieux que nulle part ailleurs, il sera connu et apprécié à sa juste valeur. Les syndicats et les mutualités feront le plus sûr de la besogne. Quant à ceux qui seront tombés hors cadre, parleur faute, il faudra encore, après leur peine, assurer leur subsistance par le travail et une organisation spéciale. Mais il faudra surtout aux familles des soldats blessés ou tués, et aux infirmes qui ne peuvent pas g-agner leur vie, comme aussi aux orphelins, tous les effets de la solidarité.

Nécessairement découle de cette pensée la nécessité d'organiser l'Assistance publique en Assistance nationale, départementale et communale, et aussi la nécessité de renvoyer la mendicité aux communes d'origine ou à l'étranger, si elle en est venue. Paris et les grandes villes ne doivent pas être le refuge de tous les paresseux qui cherchent aventure, ou qui eomp-

SOLIDARITÉ

tent sur l'aumône, et qui, à bout de ressources, sont prêts parfois à tous les mauvais coups.

Vainement on décuplerait la police dans Tanarchie actuelle ; jamais on n'arriverait à surveiller un tel désordre. La police n'est bien faite que lorsqu'elle est en quelque sorte automatique et que tous les citoyens y contribuent. Le métier d'espion, d'agent déguisé, de délateur, a quelque chose qui répugne à la plupart des hommes ; il n'y aura plus d'espionnage, ni de délation, quand le syndicat fera lui-même sa police, quand le livret individuel de la retraite donnera les preuves d'honorabilité de l'individu, ou, s'il y a lieu, ses condamnations ou leur effacement par la réhabilitation.

L'organisation de la police ne sera jamais inutile, mais, devenue nationale au lieu d'être urbaine, elle verra sa tâche singulièrement facilitée par l'encadrement des intérêts. Les isolés seront le plus souvent ceux qui auront craint l'obligation du travail dans un syndicat, et auront préféré le vice ou le vol.

LE DROIT A LA VIE

Le droit de vivre est le premier droit de Fêtre humain. Il est sacré jusqu'à concurrence de la nécessité publique, et comporte diverses obligations de la part de la collectivité, en échange des sacrifices que celle-ci peut imposer

Le droit de vivre n'existe pas dans le régime individualiste que la Révolution a porté à son apogée. C'est un vain mot que le droit de vivre, là où ce droit ne correspond à rien, si Ton peut mourir de faim. Qu'est-ce qu'un droit qui ne crée de devoirs à personne ?

Il faut le proclamer bien haut : une société oii un seul homme peut mourir de faim n'est pas une société civilisée. On pourra se récrier et demander SI, dans de telles conditions, il existe une seule nation civilisée. La réponse est facile : nous n'avons encore qu'une civilisation de surface, un miroitement de superbes progrès matériels et intellectuels; nous sommes encore loin d'une civilisation morale. Pourquoi hésiter à le dire? Dans trois siècles, on parlera de notre époque à peu près comme nous parlons du Moyen-Age.

Le droit de vivre comporte donc deux restrictions inspirées toutes deux par la nécessité publique, et il

LE DROIT A LA VIE

comporte de nombreux devoirs de solidarité et d'hygiène publique, de la part de la collectivité nationale.

La première restriction vient des exigences, du salut public en face de l'étranger ou des révoltés.

L'ennemi peut venir du dehors, ou du dedans, et la société doit être armée pour résistera ces deux menaces. Sans doute la guerre est odieuse, et la guerre civile plus encore; mais s'il était interdit de tirer sur des citoyens en révolte, il en résulterait qu'une infime minorité pourrait faire la loi à tous, et que tous les quinze jours nous aurions une nouvelle révolte triomphante. Personne n'envisage, sans sourire, une telle conclusion, et ceux qui, dans leur colère, crient aux soldats : « Ne tirez pas ! ï> seraient les premiers à tirer contre d'autres révoltés, s'ils devenaient les maîtres. C'est l'histoire de toutes les révolutions, et il faut être bien naïf pour se laisser prendre à des formules humanitaires qui ne sont qu'un moyen d'arriver au pouvoir. Qu'on se rappelle les hommes de la Commune, en mars 1871, criant aux soldats de Montmartre : « Crosse en l'air ! », et aussitôt fusillant deux généraux, et le lendemain tirant, place Vendôme, sur de pacifiques manifestants. La leçon vaut qu'on la retienne.

L'usage de la force n'est pas un droit, c'est un devoir, chaque fois que la force est appelée à garantir la paix publique et les droits de chacun. L'employer dans la mesure nécessaire, avec les moyens les moins durs, c'est le devoir d'un gouvernement, et si l'on peut réprimer une émeute avec des pompes à incendie, comme le fît le maréchal Lobau, c'est de quoi se féliciter. Si des poings solides y suffisent, c'est encore une excellente solution ; il faut parfois

des coups de plat de sabre ; mais contre ceux qui emploient le revolver, il n'y a de réponse qu'à coups de fusil.

En matière de révoltes, les moyens de défense sociale doivent être proportionnés aux moyens de l'attaque, mais plus forts et plus prompts, car les plus courtes aventures de ce genre sont toujours les moins funestes, et c'est sauver beaucoup de révoltés que de les réduire aussitôt à l'impossibilité de nuire.

La paix est le droit de tous, à l'intérieur du pays, et le droit de tous passe avant le droit de chacun.

La sécurité de tous comporte encore les pénalités légitimes et nécessaires à l'égard de ceux qui ne respectent ni le bien, ni la liberté, ni la vie des autres. La peine de mort est odieuse ; nul droit moral ne peut aller jusque-là, si ce n'est ila nécessité de se défendre. Il faut la réserver pour les êtres incontestablement nuisibles, mais de cela il sera question plus loin.

Si le danger public vient du dehors, d'une nation dont les ambitions cherchent à nous nuire ou à nous assujettir à ses lois, un seul principe apparaît : le devoir de tous, le devoir de sacrifier ses intérêts et sa vie pour le salut commun. Ce devoir cependant est le plus contraire au droit naturel dans nos sociétés qui n'ont pas été organisées dans ce but. La loi naturelle veut que celui qui vit du travail des autres, c'est-àdire le riche, se batte et se fasse tuer, au besoin, pour celui qui le fait vivre. Si l'Europe admettait ce principe, le service obligatoire serait réduit aux seuls riches, et le peuple en serait exempt. Les armées seraient minuscules, et les guerres, s'il y en avait encore, se passeraient en rencontres au coin d'un

LE DROIT A LA VIE

bois ou d'un champ, sans faire de grands dégâts. On verrait de beaux duels et peu de morts.

Malheureusement on ne peut guère compter sur un tel accord de toutes les puissances. C'est la Prusse qui a inauguré le service obligatoire pour tous, pour les pauvres et les soutiens de famille, aussi bien que pour les riches, et à elle seule revient la responsabilité d'une telle injustice sociale.

L'Angleterre a donné ce magnifique exemple du respect de la vie et de la liberté de ses sujets ; mais l'Angleterre est une île, et les mercenaires recrutés au petit bonheur ont remplacé les riches dans le service du pays, ce qui est un mauvais principe. Encore serat-elle obligée bientôt de suivre le mouvement militaire européen et de se constituer une forte armée par la conscription ou le service obligatoire.

Ce qu'on n'a pas encore compris, c'est que le service universel résulte d'un devoir universel de solidarité, et qu'il crée cette solidarité de façon plus étroite. On en fait un devoir sans se préoccuper du droit qu'il constitue. Il appelle la solidarité sous toutes ses formes; il y oblige.

On ne doit rien au riche qui est blessé ou tué pour le salut commun, parce que c'est le devoir correspondant au droit de propriété. On ne lui doit que des récompenses honorifiques, des témoignages de sa valeur. On les doit aussi au prolétaire, mais avec une juste indemnité.

Le jour où cette justice sera proclamée, nos armées seront plus fortes.

Mais la solidarité peut exister sans le service obligatoire. Elle est de droit supérieur et intangible. Le service obligatoire n'est qu'un moyen transitoire, une

barbarie nécessaire en face de l'Europe ramenée à la barbarie par l'exemple de l'Allemagne.

Quelques naïfs ont cru que le service obligatoire était un excellent moyen dMnculquer à un peuple l'esprit de discipline. lisse sont grossièrement trompés. Tout d'abord, ce n'est pas l'esprit de discipline qu'il faut inculquer aux masses, car cette pensée implique l'esprit de domination. Il ne s'agit plus de dominer, mais d'établir et de maintenir le règne de la justice. Ce qu'il faut aux peuples ce n'est plus l'autorité pour l'autorité, ni l'autorité capricieuse d'un César, d'un parti ou d'une majorité populaire, mais un ordre social, un organisme du travail dont chacun sera le défenseur, et un pouvoir au sommet,. pour maintenir l'équilibre entre les forces du pays, et empêcher par la force que la force ne l'emporte sur le droit de chacun et de tous.

Quel résultat a-t-on obtenu avec le service universel ? L'indiscipline préchée par des énergumènes qui ne pouvaient se plier à la discipline ; le dégoût du travail des champs amené par le casernement dans les grandes villes et les plaisirs faciles ; la révolte fatale de certains intellectuels placés dans les rangs inférieurs, sous la férule de gradés peu intelligents qui sont rares, mais qu'on rencontre çà et là dans quelques régiments.

L'armée est une école de discipline pour ceux qui en sont susceptibles ; c'est un sujet de révolte pour d'autres. Elle donne pleine satisfaction à certains tempéraments ; elle ne peut se concilier les autres. Ce devrait donc être une carrière, plutôt qu'une règle universelle. L'égalité mathématique a toujours tort avec le cœur humain.

LE DROIT A LA VIE

Mais ce n'est pas l'antimilitarisme qui aura raison du service obligatoire. C'est au contraire le militarisme le plus fort et le plus habile, celui qui nous aura donné la victoire, qui nous permettra de désarmer dans raccord de tous les Etats européens.

Le droit à la vie a besoin d'être appuyé par la force, et les nations sont comme les hommes : leurs droits ont besoin de la force, jusqu'à ce qu'il y ait un tribunal et une justice pour elles, comme il y en a une pour les individus.

Où trouvera-t-on un tel tribunal et une telle justice, avec assez de force pour pouvoir disposer des limites des nations et assurer l'autonomie de toute province qui la réclamera ?

Il faut souhaiter un tel aboutissement de la civilisation ; il faut y travailler ; mais il serait puéril et imprudent de l'espérer prochain. Si nous voulons que la France y contribue par son influence, ayons toujours présente à l'esprit la nécessité d'être fort pour acquérir cette influence. Nous ne serons puissants, pour la paix, qu'en étant puissants pour la guerre.

L'Europe est en anarchie, comme les peuples. Dans un tel état, être faible, c'est perdre toute raison de vivre. Etre fort, avec la paix générale comme but, c'est acquérir toute raison de vaincre.

Un peuple qui n'a plus d'idéal est un peuple qui meurt.

LA LIBERTÉ

Il n'est peut-être pas de terme plus mal défini, ni d'idéal plus différemment compris. Chacun Yeut la liberté pour soi, pour ses idées, et la refuse à son voisin. Tout le monde l'aime, mais on l'aime trop jalousement, comme .une maîtresse qui n'est pas pour les autres.

A l'origine du mot, on trouve l'idée d'une délivrance. Lier et libérer, ligare et liberare ont une racine commune. C'est l'affranchissement des liens. D'oii ces sens divers appliqués à l'affranchissement d'une race ou d'un peuple, à la concession d'une Constitution dans une monarchie, h une révolution qui renverse une monarchie, ou un gouvernement.

Le prisonnier voit la liberté hors de sa prison ; le travailleur la voudrait souvent dans la fortune qui libère de la besogne journalière ; le soldat la convoite hors de la caserne ; le mari, hors du mariage; le collégien, hors du collège ; le jeune homme, hors de la tutelle familiale; le serviteur, dans l'absence du maître ; l'employé la rêve en vacances ou dans sa retraite.

Toujours on a rêvé de la liberté par opposition à un autre terme : ce n'est jamais qu'une affirmation relative à une nég-ation quelconque ; ce n'est jamais un

LA LIBERTÉ

terme absolu, car il n'y a pas, il ne peut pas y avoir d'absolue liberté. La nature nous tient par ses lois impérieuses, les lois humaines nous enserrent, et Fanarchie elle-même, après avoir tout détruit, serait soumise à de nouvelles lois inéluctables, celles que créent les nécessités de la vie.

Tous les efforts des peuples vers la liberté n'ont jamais été que le désir de changer de maître, ce qui console pour un temps, comme de changer de côté dans son lit, soulage le malade.

On se croit guéri, et ce n'est qu'un répit.

En 1789, la France a voulu s'affranchir du régime du bon plaisir ; et très sagement l'on a établi une Constitution et une représentation nationale, pour faire contrepoids à l'autorité royale, parce qu'il n'y a de liberté que dans l'équilibre de deux pouvoirs et l'appel de l'un à l'autre, de même que nos droits civils ne sont garantis que par l'appel d'un jugement à un autre jugement. Et il s'est trouvé qu'à peine ce régime établi on l'a renversé, pour remettre tout le pouvoir à un seul, à une assemblée législative qui, dès lors, reprenait le régime du bon plaisir à son compte. Nul despotisme n'a jamais égalé celui de la Convention.

On avait renversé la Bastille pour abolir les lettres de cachet, et tous les abus du pouvoir personnel : la Convention n'a pas eu besoin de lettres de cachet pour emplir les prisons, pour envoyer à l'échafaud quiconque était suspect d'hostilité; elle s'est décimée ellemême, la majorité envoyant la minorité à la guillotine, ce qui est en effet le meilleur moyen d'imposer silence à l'opposition.

La Révolution a donc fait, bien au delà de ce qu'elle

reprochait à la monarchie; et la liberté, à peine entrevue, a glissé dans le sang, étouffée pour longtemps. La Révolution a été césarienne et n'a engendré que le césarisme,à tel point que le despotisme d'un Napoléon a paru être un soulagement.

Où en sommes-nous plus d'un siècle après la Révolution?

La justice n'accorde pas d'indemnité après avoir injustement détenu, après avoir ruiné ou déshonoré un homme, après avoir plongé une famille dans la désolation et la misère, après avoir perdu sa victime dans l'esprit public qui ne manque jamais de dire : « Il n'y a pas de fumée sans feu. »

Qui le croirait? On parle encore d'influences à l'égard de la justice. Le gouvernement dispose en effet de l'action publique, peut la mettre en mouvement ou la retenir à son gré. S'il veut molester ses adversaires ou se rallier des hésitants, il invente un complot et c'en est fait de la sécurité des plus honnêtes citoyens.

Ne sait-on pas aussi que, sur un certificat de médecin complaisant, on peut faire enfermer la personne dont on veut se débarrasser, dans une maison de fous, dans une maison de santé! N'est-ce pas là autant de Bastilles, quand le Directeur d'une telle maison n'est pas trois fois honnête?

Voilà ce que nous avons gagné à la suppression de la Bastille ! Etait-ce bien la peine? Personne ne regrette ces vieux murs crénelés, si ce n'est au point de vue pittoresque : ce serait aujourd'hui probablement un musée des plus intéressants et un monument historique, comme la Tour de Londres.

Ne sait-on pas que, sur les indications du gouvernement, on poursuit tel fraudeur, et non tel autre, parce

LA LIBERTÉ

que celui-ci est un bon électeur et l'autre un opposant? Ne sait-on pas qu'on étouffe tout scandale qui pourrait nuire à un député ami ?

Où est le régime du bon plaisir ? Là-bas, ou ici ?

Où est la garantie de nos droits et de l'indépendance de la magistrature ?

Pauvre magistrature qu'on a « réformée » pour l'avoir plus docile entre les mains du gouvernement, quel'on menace sans cesse d une nouvelle réforme, et qu'on tient en main, malgré l'inamovibilité, par le recrutement, la croix et l'avancement !

Où est son indépendance ?

Les Droits de V Homme ont défini la liberté : « Le droit de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. » D'où l'on pouvait conclure qu'une opposition nuisant au gouvernement, celui-ci avait le droit de la supprimer. C'est bien ainsi que la Convention a entendu cette définition : les Girondins en ont fait l'expérience.

Aujourd'hui on ne guillotine plus, on emploie d'autres moyens : on intimide ou l'on promet des faveurs, et le nombre des faveurs augmente sans cesse. Avec neuf cent mille employés de l'Etat, des Communes et des Départements, on tient à peu près toutes les familles ; avec les faveurs on fait entendre aux paysans que, s'ils votent pour le candidat de l'opposition, ils n'obtiendront rien, ni pour leurs enfants, ni pour leur commune ; et l'on obtient ainsi la création de fiefs électoraux. C'est une nouvelle féodalité parlementaire qui s'organise.

C'est Barras, de marquis devenu simple bourgeois, et Bonaparte devenu empereur qui symbolisent les résultats de la Révolution : l'argent et Tépée, la corruption et la violence.

Et de fait, depuis lors, nous n'avons eu que violences par en haut ou par en bas, révolutions, guerres, coups d'Etat, et, planant au-dessus des masses, l'argent devenu maître et César, sans obstacle, sans responsabilité, devenu Dieu par la négation de l'autre, de celui qui demandait des comptes après la mort, et pour qui rien n'était caché.

Voilà la liberté qu'on nous a faite^ et l'on croit l'avoir donnée entière avec la liberté de la presse et des réunions publiques, sachant bien que la colère qui a dit tout ce qu'elle avait à dire est à moitié désarmée. Il ne faut craindre que la colère qui se tait.

La Vérité plane, quoi que fassent les hommes ; elle est par elle-même. La Liberté dépend de nous, et elle rampe.

La vérité ne connaît que la sottise et l'hypocrisie des hommes ; la liberté sait tout le reste : leur lâcheté, leur orgueil, leur égoïsme, leur servilité, leur conscience à l'encan, et aussi leur sottise et leur hypocrisie.

Tant de fois on l'a invoquée comme une déesse, tant de fois on l'a promenée comme un drapeau, dans les batailles ou sur les barricades, et jamais on ne l'a « vue à l'honneur, après l'avoir vue à la peine » !

Pauvres gens qui se sont fait tuer pour elle ! Ils ont fait de leurs cadavres des marche-pieds.

— La liberté, disent les vainqueurs de la veille? Oui, nous la proclamons. Puisque nous voici au pouvoir, c'est la liberté !

LA LIBERTÉ

— Mais non, vous l'aviez promise et nous ne l'avons pas.

— Chut ! ne la réveillez pas : elle dort !

— Vous vous moquez de nous !

— Eh bien, quoi? que voulez-vous? que le gouvernement soit désarmé, pour pouvoir le renverser à votre tour ? N'y comptez pas. « J'y suis, j'y reste. » La liberté, c'est un mot; le gouvernement en est un autre plus réel, et le réel l'emporte toujours sur la fiction.

En un mot, la liberté n'est bonne que dans l'opposition. C'est une compagne de misère dont on se débarrasse une fois marié avec le pouvoir. On serait gêné de conserver, après un aussi beau mariage, une maîtresse aussi compromettante.

On ne sait même pas déflnir la liberté et nul ne s'y attarde. Son imprécision favorise toutes les interprétations.

Tant qu'on placera la liberté dans le triomphe d'une caste, d'un parti, d'un dogme ou d'une haine, il n'y aura pas de liberté.

La liberté n'est pas exclusivement le droit de dire ou de faire ; c'est, dans une société organisée, l'équilibre des droits et des devoirs ; c'est avant tout « le libre exercice de nos droits naturels, civils et politiques, et leur garantie ».

Accorder des droits sans garantie, c'est élever la tête pour se moquer des gens ; c'est offrir ce qu'on doit, et retirer la main ; c'est signer un billet et ne pas le payer.

La liberté cependant est limitée, non seulement par les droits du voisin, mais encore par l'utilité et la nécessité publiques, avec de légitimes compensations.

Elle doit exister non seulement pour l'individu, mais aussi pour le groupe avec le droit d'association et ses conséquences, lorsque l'association a pour but des intérêts matériels ou moraux qui ne peuvent pas nuire à la société.

La liberté ne peut donc résulter que d'une organisation sociale qui n'oblige personne dans ses intérêts, et lie tout le monde par son propre intérêt; c'est dans l'équilibre de nos droits et de nos devoirs, dans leur réciprocité, que nous pouvons trouver la vraie liberté. Tout le reste n'est que mots en Tair et trompel'œil.

Et quand nous aurions toute justice et, par là, tout ce qu'on peut attendre de la liberté, il faudrait encore nous résigner à céder, en mainte occasion, quelque chose de notre droit strict et de notre liberté, pour l'agrément de la vie. N'est-ce pas notre droit de garder notre droite sur un trottoir étroit, et d'obliger une femme qui vient en sens contraire à descendre dans la boue ou la bagarre de la chaussée; nous sommes libres d'exercer tout notre droit, et cependant nous ne le faisons pas. C'est donc que notre liberté et notre droit absolu nous apparaissent, en certains cas, comme une injure envers d'autres. Summum jus, summa injuria.

Nous ne vivons pas pour nous seuls, puisque nous venons d'autres êtres dont nous sommes solidaires par le sang, le nom et les intérêts ; puisque nous aimons et voulons être aimés ; puisque nous donnons la vie à d'autres êtres, puisqu'enfin nous vivons en contact avec la collectivité humaine. Notre ??2oi a donc une liberté restreinte par nos devoirs envers les autres, et il en résulte que la liberté est le droit de faire tout

LA LIBERTÉ

que permettent la morale et la justice. Non pas telle ou telle morale, mais celle qui résulte de la conscience universelle : le respect du droit d'autrui, de l'ordre, de la pudeur, de la décence publique et de la faiblesse.

Mais la première de toutes les libertés, avant celle d'agir, c'est la liberté de la pensée et de la parole, c'est la liberté de conscience.

LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE

Il semble puéril de réclamer la liberté de penser, tant celte liberté nous paraît inviolable. Qui peut pénétrer en notre cerveau et avoir la prétention d'en diriger la pensée ?

Et cependant c'est toujours ce que veulent plusieurs, venus de camps opposés.

Or la liberté de penser ne va pas sans la liberté d'exprimer sa pensée, de n'être ni gêné dans cette manifestation, ni persécuté pour son opinion.

Tout est opinion en ce monde, en dehors des mathématiques et de certaines lois physiques. La vérité métaphysique ne s'impose pas avec une évidence suffisante pour qu'on puisse obliger ctiacun à s'incliner devant celle qui nous apparaît.

Il y a des daltoniens qui voient rouge ce qui est vert, et vert ce qui est rouge ; d'autres qui voient tout de couleur grise.

Tant qu'une opinion ne tend pas à troubler le corps social par des violences, ou à diminuer, ou à avilir la race, ou à trahir les forces et les intérêts de la nation, toutes les opinions philosophiques ont droit à une égale tolérance, à une égale protection .

Ne protégeons-nous pas, en Algérie, la polygamie des musulmans, alors que nos lois l'interdisent et la

LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE

punissent chez nous? Bien mieux : notre gouvernement a en Algérie, en Tunisie, en Cochinchine, au Tonkin, au Congo même, pour les religions du pays, un respect qu'il n'a pas en France pour les opinions religieuses.

C'est encore un témoignage de notre infériorité, on pourrait dire de notre barbarie, que chaque gouvernement persiste à croire qu'il a le dépôt de la vérité, et prétend imposera tous son opinion philosophique. Et chacun do nous reste convaincu que quiconque ne pense pas comme nous est de mauvaise foi !

Rien n'est plus ridicule que cette prétention des gouvernements qui se transforment en apôtres, en même temps qu'en persécuteurs ; rien n'est plus misérable, ni plus pauvre d'esprit que ce doute perpétuel de la bonne foi des autres. Si quelqu'un pouvait lire dans la conscience et le cerveau des hommes, il nous dirait qu'à part les coquins et les arrivistes, qui toujours se soumettent à l'idée triomphante, tout le monde est debonne foi. La grande intelligence comme la sottise, la grande instruction comme l'ignorance sont également de bonne foi. Le grand danger des gouvernements-apôtres est précisément d'avoir pour eux les coquins et les arrivistes hypocrites.

C'est l'orgueil imbécile qui nous porte naturellement à croire que nous seuls avons raison, et nous incite à ne pas supporter la contradiction. Volontiers nous nous bouchons les oreilles pour ne pas apprendre que nous avons tort, et nous fermons les yeux pour ne pas voir la lumière.

L'entêtement est toujours signe de bêtise.

Savoir écouter, discuter et non disputer, accepter la contradiction polie, rendre la sienne acceptable, sont

LA CITÉ FljTURE

preuves d'intelligence, d'éducation, de goût et de civilisation. Combien donnent cette preuve? Pas un sur dix mille.

La première tâche de l'instituteur populaire devrait être Téducation, cette éducation de politesse, d'absence d'orgueil, de sincérité quine serévoltepas. Dans la hâte de Finstructiou publique, on a oublié cette chose essentielle, primordiale : l'éducation! Ce n'estpas de la sincérité de nos adversaires qu'il faut toujours nous méfier, mais plutôt de certains de nos amis qui montrent le bout de l'oreille par leur ambition.

Chacun peut s'efforcer de convaincre les autres de ce dont il est convaincu : l'apostolat est permis à chacun, quand il a pu arriver par l'étude à se faire une conviction raisonnée ; mais les gouvernements n'ont ni ce droit, ni ce devoir, si ce n'est en faveur de la morale universelle. Quand même nous aurions vingt fois raison, ce serait encore une infamie et un crime d'avoir recours aux lois, à la force, à l'argent, à la violence, à la contrainte morale, pour obliger les autres à accepter nos idées ou à paraître convaincus.

L'histoire flétrit justement toutes les persécutions, toutes les contraintes sur l'esprit des hommes et des enfants, en dehors de la famille.

Toute idée qui chemine par d'autres chemins que la douceur et la persuasion se condamne elle-même. L'idée est subtile comme Fair. Lui apporter la force, c'est donner un coup d'épée dans le vent.

On recommence sans cesse le rêve irréalisable et barbare de cette fatale Unité morale ! Rêve de fous ou de tyrans. L'humanité n'est intéressante que par sa liberté d'esprit. Si tout le monde pensait de même, ce serait comme si on ne pensait pas, et la société

LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE

des hommes serait insupportable. On peut s'accorder sur un point, et c'est ce qui arrive par groupes, par nations ou par races. Mais imposer une idée philosophique, religion ou irreligion, c'est le crime de lèsehumanité qui tôt ou tard se paie cruellement, car il amène de fatales réactions.

C'est cette prétention à l'unité morale qui a valu à l'humanité ses pires souffrances et ses martyrs. C'est de cette détestable manie que sont nées toutes les persécutions, et toute l'horreur des guerres de religion. C'est de cette lugubre folie qu'est sortie la Terreur de 1793, et aussi l'Inquisition, la Saint-Barthélemy et la Révocation de TEdit de Nantes. Qu'il vienne de droite, ou de gauche, ce fanatisme est également odieux, et si quelque haine s'imposait à notre droiture, ce serait celle de cette prétendue unité morale, utopie aussi vieille que l'humanité, aussi vaine que la recherche de la pierre philosophale, aussi barbare que la conquête antique qui prenait tout, la terre, les femmes et les enfants.

Elle est ancienne, car ce fut le rêve de tous les despotes orientaux, de tous les Césars romains; elle est val ne, car alors même que nous serions tous d'accord sur un principe philosophique, nous trouverions encore le moyen de nous quereller et peut-être de nous entre-tuer, sur telle ou telle nuance d'opinion. N'avons-nous pas vu les catholiques et les huguenots se faire une guerre longue et acharnée, bien que partant d'un même principe : l'Evangile 1 N'avons-nous pas vu, dans cette même œuvre de la Révolution, la Plaine et la Montagne se prendre à la gorge, les Jacobins l'emporter et envoyer les Girondins à l'échafaud, oii plus tard ils montèrent à leur tour ?

Chaque novateur a été victime de ses idées, tant l'esprit humain s'insurge par orgueil contre ceux qui nient son absolue raison. Chaque parti a été, tour à tour, persécuté et persécuteur, et ces revanches toujours tardives étaient moins esprit de vengeance qu'orgueil de la raison qui se croyait supérieure.

Et pourtant que savons-nous ?

Pourquoi ne pas vivre libres et paisibles, dans la libre et sereine discussion des idées, dans la paisible concurrence des apostolats contenus par la morale universelle ?

Qu'on nous laisse enfln tranquilles avec cette tyrannique et odieuse unité morale et qu'on laisse chacun libre d'enseigner ce qu'il croit, ce qu'il aime, ce qu'il espère : ce n'est pas de quoi se tirer des coups de fusil ou se couper la gorge.

De ce que le monde a été barbare, est-ce une raison pour continuer à l'être ?

Et ce sont les vieux procédés tyranniques qu'on reprend aujourd'hui, sans frapper, sans tuer, mais avec la puissance de l'Etat, avec son argent et son influence.

Si encore la lutte était franche! Malheureusement elle ne l'est pas toujours : on a parlé solennellement de la neutralité de l'école et maintenant on avoue que c'était un moyen opportuniste pour arriver à déraciner de l'esprit humain toute idée religieuse ! M. Viviani l'a dit ; « Il faut en finir avec le mensonge de l'école neutre. » Et avec lui d'autres disent : « Non, l'école ne peut pas être neutre. »

Ils ont raison : aucun homme sincère ne peut volontairement abdiquer sesidées. Quoi qu'il fasse, il en percera toujours quelque chose, et c'est lui impo-

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ser une humiliation que de le contraindre à cacher sa pensée.

Mais alors pourquoi obliger l'instituteur à parler de choses où peut se mêler une opinion philosophique ou politique ?

Pourquoi interdire à quiconque n'est pas instituteur de parler aux enfants de questions qui intéressent ses convictions ?

On ferme les écoles congréganistes, et l'on interdit à un curé faisant le catéchisme de parler des croisades, parce que c'est de l'histoire, et que l'enseignement de l'histoire est réservé à l'instituteur! La Cour de cassation a approuvé cette thèse f

Mais alors pourquoi ne pas interdire au curé faisant le catéchisme de parler de Jésus-Christ? C'est aussi de l'histoire, et l'instituteur aurait seul le droit d'en parler.

Quand un état social en arrive à de telles aberrations, à de telles mesquineries, il se condamne luimême, aux yeux de tous les hommes de bon sens.

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