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REVUE DE L'ARMÉE MONÉGASQUE

L'armée monégasque, que leprincede Monaco a récemment supprimée, avait été passée en revue il y a quelques années par M. Félix Faure.

La précédente revue, passée en l'honneur de S. M. Victoria, n'avait mis en ligne que huit hommes, six officiers et un homme orchestre.

Cette fois, l'effectif était renforcé de trois réservistes et d'un territorial. Ce qui portait à trois hommes l'effectif de chacune des quatre brigades.

D'autre part,le caporalissime étant désormais assisté d'un chef d'étut-minor (nouvelle fonction), le nombre des officiers était de sept, y

compris les deux caporaux de division et les . quatre caporaux de brigade.

Le dernier caporalissime était un officier fort distingué, de belle prestance et de belle mine, malgré ses 88 ans.

On sait qu'à Monaco la limite d'âge du haut commandement était de 90 ans, et de 115 ans pour les caporaux ayant comrxiandé en chef devant l'ennemi.

Le caporalissime avait à son actif treize campagnes et quatre écorchures. (Trois de ces campagnes contre des chiens enragés, et les dix autres pour retrouver des objets perdus.)

La revue de la cavalerie n'eut lieu que deux heures après la revue d'infanterie pour permettre aux hommes de changer de costume.

Elle se termina par une charge en bataille exécutée au petit trot par les hommes et une partie des officiers.

Puis M. Félix Faure, prenant un porte-voix, prononça une allocution qui fut écoutée par toutes les troupes dans un religieux silence, que troublait seul un reste d'essoufflement de quelques vieux cavaliers.

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« La discipline, leur dit-il, étant la force principale des armées, le nombre est en somme un élément secondaire. » Il félicita ensuite l'armée monégasque de sa belle devise : Un contre cent mille, qui eût été qualifiée en temps de guerre de dangereuse folie, mais qui dénotait une attitude simplement très digne en temps de paix.

Walter Galf avait commencé, comme tous les Américains, par vendre des journaux dans les gares. Puis il avait trouvé de l'or.

Il avait trouvé de Tor dans un pays beaucoup plus accessible que le lointain Klondyke. Ce fut, en effet, à New-York môme, dans une des meilleures chambres d'un des plus beaux hôtels. Cet or ne se présentait pas en pépites, sous une forme absolument vierge, mais en petits anneaux soudés qui, par leur réunion, donnaient assez l'aspect d'une chaîne de montre.

La transformation de ce métal en espèces monnayées se fit chez un petit bijoutier que

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connaissait Walter Calf . Puis Calf entra dans la banque, où il s'enrichit rapidement, grâce à des affaires dont le détail ne semblerait guère passionnant aux personnes qui n'ont pas été intéressées directement par un petit tant pour cent à leur réussite. Sachez seulement qu'il y a deux ans, la fortune de Walter Calf, transformée en billets de banque, eût couvert la voie ferrée de New- York à Chicago sur une longueur de six milles, c'est-à-dire, en partant de New- York, jusqu'à deux cents yards plus loin que la deuxième station. (La fortune de Jay Gould n'arrivait que jusqu'au passage à niveau qui précède cette station.)

Walter Calf avait des goûts très simples, et s'il aftichait quelque luxe pour soutenir son renom de milliardaire, l'ordinaire de sa vie était des plus modestes. Il mangeait deux sous de fromage dans de la vaisselle d'or, et son chef de cuisine, qu'il payait deux mille dollars par mois, était occupé à diriger la cuisson d'une côtelette et d'un petit chocolat du matin. Ce petit chocolat était servi, d'ailleurs, à quatre heures précises, au sobre et matineux Waller.

Tout autre était l'existence d'Edwin Calf, indigne neveu d'un oncle si austère. Edwin, à l'âge de dix-sept ans, fit son entrée dans les grands bars, et, descendant la pente glissante, fréquenta bientôt les plus petits de ces établissements et les plus sordides. Après de nombreuses expériences, il avait fait sa compagne habituelle d'une prostituée très âgée. Edwin s'enivrait en compagnie de cette dame et s'il ne rentrait jamais passé deux heures du matin dans la maison de son oncle, c'est qu'il était complètement ivre depuis minuit et que les hioins titubants de ses compagnons ne mettaient que deux heures pour lui faire franchir le demimille qui sépare Toulnose-Bar de la demeure de Walter Calf.

Or, le 7 novembre 1898 (inutile de retenir cette date, qui n'a qu'unie importance secondaire), la porte de chêne de Walter, qui s'écartait chaque nuit avec une certaine honte pour laisser entrer le corps d'un jeune homme ivre-mort, s'oavrit largement au grand jour pour laisser sortir un mort véritable, que l'âge '^t non le cocktail avait amené à ce respectable

état. Le jeune Edwin, très digne et très saoul, avait écouté pieusement les dernières volontés de son oncle.

Elles étaient plutôt gênantes, ces dernières volontés î

Désireuxd'imposer à son neveu une existence régulière, Walter ne lui laissait sa fortune qu'à une expresse condition : il fallait, avait dit le vieillard, que pendant six mois Edwin fût levé tous les matins au moment où.le soleil levant dore les pointes extrêmes de la statue de Bartholdi, qui se trouve dans le port de New- York. C'étaient les termes exprès de l'écrit authentique où étaient consignées les dispositions suprêmes du vieux Galf.

Pendant deux jours les dispositions furent suivies à la lettre par le respectueux et cupide Edwin. Mais, au bout de deux jours, il sentait bien qu'il n'irait pas au bout de l'épreuve.

D'autre part, il ne voulait pas renoncer à l'immense fortune de Walter.

Il prit donc tranquillement le prochain transatlantique et vint s'installer à Paris, où il se lève tous les jours de dix heures à midi.

alors qu'il est à New-York de quatre heures à six heures du matin, et que le soleil, selon les termes du testament, vient dorer l'auréole de l'imposante statue de Bartholdi : La Liberté éclairant le monde 1

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