LA TOUR DE BABEL
Quand le projet d'une tour qui serait appelée la Tour de Babel et qui, aux termes de la délibération, devait « atteindre le ciel » fut mis au concours par une municipalité en délire, presque tous les entrepreneurs du pays haussèrent les épaules et déclarèrent, à qui voulait les entendre, qu'on les croyait absolument fous, si on les supposait capables de soumissionner pour une entreprise pareille.
Pourtant il s'en trouva un, nommé Mathusalem et arrière-petit-flls du célèbre recordman, qui, î\ la stupeur générale, fit des propositions.
Il proposait même un chiffre raisonnable :
quatorze millions de chichtis, soit cinq millions de francs de notre monnaie.
On parla de le faire interdire, et l'opinion générale se traduisit par ces mots : Voraïm zouzoum tlacK (il y laissera ses culottes).
Pourtant, Mathusalem avait fait inscrire dans son contrat une petite clause qui aurait dû faire réfléchir les malins. Celte clause spécifiait qu'en cas d'interruption des travaux pour un cas de force majeure, les versements effectués resteraient acquis au soumissionnaire.
Mathusalem, d'ailleurs, se fit faire l'avance de la presque totalité des fonds. Ses fournisseurs de matériaux, disait-il, désiraient être payés comptant, étant donné l'audace particulière de l'entreprise.
Cependant, la tour s'édifiait peu à peu. Les fouilles furent rapidement faites. (Les spécialistes s'étonnèrent même qu'on ne mît pas plus de temps à établir les .fondations d'un monument si important). Bientôt, la tour atteignit la hauteur de quatre étages qui, d'après la hauteur des plafonds de l'époque, représentaient environ huit étages de notre monnaie.