‹ Citoyens, animaux, phénomèmesChapitre 38 sur 39 · ROMÉO · texte numérisé non relu

ROMÉO

Fort heureusement, dans cette rue-là, il n'y avait pas de glaces aux boutiques. En me présentant brusquement mon image, une glace eût glacé les ardents discours qu'oublieux de mon obésité et de ma démarche lourde, j'adressais à Mme Ghernuzon.

La glace m'eût dit clairement : « Tu pèses dans les 200 livres anglaises et tu es aussi haut que large dans ton pardessus marron. Laisse donc la belle Ghernuzon tranquille, et ne lui propose plus de voyages en berline. Tu parles d'aller retrouver la grande nature qui se fiche de toi. Et tu as en vue un poétique et charmant village I Mais t'es-tu seulement in-

formé et sais-ta si le boucher de l'endroit a de la viande fraîche tous les jours ? Au bout de vingt-quatre heures, tu seras d'une humeur farouche, faute de ton rumsteack quotidien. »

Malheureusement, aucun miroir ne m'envoya cet avis profitable. Je continuai à parler à Mme Ghernuzon de ma passion emportée et des beaux projets romantiques que j'avais formés, au cas où elle donnerait suite à la chose.

Je ne me voyais plus que grand et mince, élégant, et mes yeux n'apercevaient pas ma barbe vénérable. Sur le bitume sec, les talons de mes snowboots sonnaient comme des éperons d'or. J'étais le beau Lindor, et j'étais Roméo.

C'est alors que Mme Ghernuzon éclata de rire, car une volée de plâtras avait éclaboussé mon chapeau.

Et, levant la tête, nous aperçûmes Roméo lui-même, en cotte et en bourgeron. Suspendu à son échelle, il grattait méthodiquement une façade.

NOUVEAUX FAITS D'ARMES MAllITIiMES

Les détracteurs systématiques de noire marine nationale ont dû faire, hier, une singulière figure, quand ils ont lu dans les journaux du soir cette triomphante information :

a Les dépêches que nous recevons des différents ports de guerre annoncent que le Vendredi Saint a été célébré, avec le cérémonial ordinaire, sans incident notable. »

La mention sans incident a une certaine portée, quand on songe que, dans le rude langage maritime, le mot incident remplace généralement, — ou plutôt amiralement — le mot accident :

« Partout, les navires ont mis leurs pavillons

en berne, et le canon de l'arsenal a tiré de demi-heure en demi-heure. »

La mise en berne d'un pavillon, ça n'a l'air de rien, mais c'est une manœuvre assez difficile, et qui ne s'exécuterait pas commodément si nos navires ne jouissaient d'aucune solidité, comme on s'est plu souvent à le dire.

Mais on nous promet pour aujourd'hui des manœuvres encore plus extraordinaires et, il faut l'avouer, un peu imprudentes :

« Samedi, à midi, les vergues seront redressées et les batteries de salut tireront une salve de vingt et un coups de canon. »

On ne nous dit pas si c'est encore le canon de l'arsenal qui sera chargé de cette délicate mission, ou bien si ces belles salves seront tirées témérairement à bord des cuirassés, dans les bassins de radoub.

Puisque nous parlons de notre marine, il n'est pas inopportun de préciser une information au sujet des achats de vaisseaux récemment effectués en Italie par une com-j mission des Etats-Unis.

On s'est demandé pourquoi les Américaii

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ne se sont pas adressés à nous, qui sommes toujours prêts à céder quelques-uns de nos vaisseaux. La commission a visité nos bâtiments de guerre, et les a, disons-le, beaucoup admirés. Malheureusement, on s'est aperçu qu'ils n'étaient pas démontables, et on s'est demandé en vain à l'aide de quels moyens de transport on pourrait les amener de l'autre côté de l'Atlantique.

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