‹ Citoyens, animaux, phénomèmesChapitre 8 sur 39 · UN PIGEON VOYAGEUR · texte numérisé non relu

UN PIGEON VOYAGEUR

Un des plus intéressants journaux de sport a été la Revue des Sports^ qui n'existe plus aujourd'hui. La Revue des Sports portait en sous-titre les noms de ses difïérentes rubriques : Cyclisme, Yachting, Rowing, Athlétisme, Colombophilie, Tir aux pigeons.

Je n'ai jamais su si c'était le môme rédacteur qui s'occupait de la Colombophilie et du Tir aux pigeons.

J'ai eu pour ami un tireur aux pigeons qui, à la façon constante dont il épargnait les pigeons, a senti se révéler en lui des instincts jusqu'alors inconscients de colombophile.

Déposant la carabine, il installa donc un

colombier dans sa petite maison de Neuilly. Mais il y a des sportsmen qui sont malheureux toute leur vie. Celui dont je parle avait élevé des chevaux. Les poulinières de grand sang qu'il s'était procurées restèrent stériles, à l'exception d'une seule, qui mit au monde un petit mulet rachitique dû à la rencontre accidentelle d'un âne pas très bien portant.

Bien que le colombier de mon ami fût installé d'après les prescriptions les plus savantes, ses pigeons n'y revenaient jamais. Il fut obligé de leur attacher à la patte des fils légers. Et, faute de mieux, il convia ses amis à des ascensions de pigeons captifs, qu'il laissait s'envoler à deux, cents mètres, et qu'il ramenait ensuite doucement aU colombier, en tirant sur la ficelle.

Mais, le mois dernier, je fis la rencontre de mon colombophile qui, cette fois, rayonnait de joie. 11 s'était procuré un nouveau pigeon qui ne s'échappait pas du colombier et qui môme, lâché à une faible distance, avait consenti à y revenir. Enhardi par cet essai, il

PU PIGEOH TOTâGBUR ii

ayaii engagé son pigeon, nommé Fidèle, dans une de ces courses de pigeons voyageurs qui qf)t lieu entr« Bruxelles et Paris. Fidèle avait accompli le parcours dans un temps pat très rapide, assez honorable cependant.

-^ Depuis, il a recommencé cet exploit deux fois, me dit mon ami. Détail curieux : qu'il parte de Bruxelles à huit heures, neuf heures ou dix heures du matin, il arrive régulièrement h Paris à sept heures du soir, noir de poussière, mais pas du tout fatigué.

Bref, mon ami me parla de Fidèle avec tant d'éloges que je consentis à raccompagner à Bruxelles avec son pigeon. Fidèle, au départ de Paris, fut enfermé dans un panier et placé dans le fourgon à hagages.

Le lâcher eut lieu le lendemain. Les pigeons s'élevèrent, tournèrent un instant dans le ciel et partirent dans la direction du Sud.

lime sembla qu'un pigeon ne les suivait pas et se posait sur le toit de la gare du Midi.

^ aand nous prîmes le train, à onze heures quarante, j'aperçus un pigeon, — était-ce le même? — sur le wagon restaurant.

— C'est peut-être Fidèle? dis-je à mon compagnon.

— C'est vrai qu'il lui ressemble. Mais ce ne peut être lui. >

A la douane de Feignies, le pigeon alla se poser sur un arbre, où il attendit patiemment qu'on eût terminé la visite des bagages.

Nous oubliâmes ce fortuit compagnon de route et nous parlâmes de sujets divers pendant que le train, tout à son idée fixe, nous entraînait vers Paris. Arrivés à la gare du Nord, mon compagnon héla une Victoria dans la rue de Dunkerque.

A peine installés, nous vîmes un oiseau tournoyer au-dessus de notre tête et se poser sur le siège. C'était Fidèle qui, noir dépoussière, se payait encore le trajet de la gare à Neuilly, à côté du cocher.

LA VKAIE NOBLESSE

— Les chevaux de pur-sang, c'est la seule vraie noblesse qui nous reste, dis-je au major Heitner, qui me rasait un peu avec son aristocratique famille, le marquis de Stapy et autres grands de Hollande.

On est sûr qu'il ne s'est pas produit de mésalliance dans l'ascendance d'un pur-sang. Leurs grands-pères n'ont pas commis de fredaines. On les a mariés avec des personnes de race. Et leurs grand'mères ne s'en sont pas laissé conter par des rustres de labour ou des chevaux des Tramways-Sud.

Cette élégante pouliche, qui se vante sur les programmes d'être une fille de Richelieu, est

une fille authentique de Richelieu, et descend de Monarque et du fameux Eclipse...

Ainsi causant, le major Heitner et moi nous arrivâmes chez le coiffeur. Un seul fauteuil était libre. Je m'en emparai poliment.

Il faut vous dire que c'est être impoli vis-àvis du major que de lui rappeler, par des égards et des prévenances, son âge un peu avancé.

Il s'assit à mes côtés, prit sur la table du coiffeur un journal de courses, dont il médita silencieusement les pronostics...

Rien ne ressemble à une prise de voile comme l'opération un peu banalisée de la coupe des cheveux, qui a certainement moins d'importance aujourd'hui qu'aux temps mérovingiens. Le blanc linceul dont l'opérateur vous entoure, le mystère des vaporisateurs et des flacons... Seule, la serviette autour du cou vulgarise un peu cet appareil solennel.

Cependant, les ciseaux volaiçnt autour de ma tête avec un bruit de bec et d'ailes métalliques. Mon linceul se couvrait d'innombrables petits morceaux de cheveux (noirs, madame).

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