‹ Civilisateurs et conquérants--Chapitre 6 sur 19 · II. i · texte numérisé non relu

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Potemkin affectait, depuis son retour à Pétersbourg, Tattitudô d'un roi plus que d'un sujet. Sa cour était aussi nombreuse que celle de sa souveraine. Il cachait sous des somptuosités, sous des fêtes et soUs des amours d'ostentation, le chagrin qui minait son âme. Son crédit n'était plus qu'une apparence. L'impératrice, dominée tout entière par Zoubof et par les ministres du choix de ce favori, ne laissait à Potemkin les dehors de la toute-puissance que par la crainte qu'elle avait de lui, ou par la pitié qu'on a pour une vanité mourante.

Établi dans- le palais Taurique dont elle lui avait fait don, Potemkin se complaisait à étaler aux yeux des étrangers et des Russes sa pompe au lieu de sa puissance. Il voulut y donner à l'impératrice une fête monumentale, dont la description historique fut une des merveilles de sa fabuleuse vie.

Une façade décorée de colonnades, et surmontée d'une coupole, présente l'idée d'un temple plus que

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d'une habitation humaine aux regards. Quand en en franchit le seuil, on s'égare des yeux à travers de longs vestibules, d'immenses rotondes dont les corniches portent des tribunes, et des forêts de piliers et de colonnes entrelacés. Les murs lambrissés de cristal multiplient l'espace^ les décorations, les spectateurs, en les réfléchissant dans leur glace. Des lustres à mille branches de feux y répandent, en s'allumant, les scintillements du jour dans les eaux. Des urnes colossales de marbre et de porphyre sculptées y rappellent, comme des captifs de l'art grec dans ces âpres climats, les triomphes de la Russie sur la Tauride. Au delà de cette rotonde on entrevoit, à travers les interstices d'autres colonnades, un jardin d'hiver. Des palmiers de pierre en supportent le ciel factice ; des haleines chaudes, soufflées par des foyers invisibles, y transforment l'hiver en étemel été; des eaux attiédies, jaillissantes ou courantes, y arrosent les plantes du Midi, frissonnantes du froid de la Russie. De blanches statues de Paros semblent respirer dans cet Elysée; un obélisque égyptien creux, dont les quatre faces sont de cristal transparent, répète ces fleurs et ces statues, et en porte l'image jusqu'au plafond. Les parfums enivrants des parterres y amollissent les sens. La statue de Catherine II, en marbre pentélique, semble régner encore, par la

beauté autant que par le sceptre, sur ce séjour, don de l'amour et de l'orgueil.

La fête fut digne de la divinité à qui Potemkin en faisait la dédicace. Vêtu d'un habit de pourpre recouvert d'un vaste réseau de dentelle brodé de pierreries, étincelant de tous les diamants que la Perse, le Kouban, la Tauride, la Pologne, la Turquie avaient jetés dans son trésor, il ne pouvait en porter le poids. Ses aides de camp étaient obligés de lui prêter leurs bras pour soutenir les pans de

son habit, surchargé d'or et de perles; il semblait vouloir étaler en lui le prix fabuleux dont sa souveraine et sa maîtresse avait payé son amour et ses services.

Les deux petits-fils de Catherine, Alexandre et Constantin, exécutèrent devant elle des danses symboliques. Un éléphant monté par un Persan, les harnais couverts de rubis et d'émeraudes, apparut portant les écrins du favori. Des tables à perte de vue, dressées dans les salles et dans les jardins, reçurent des milliers de convives. Potemkin, debout derrière l'impératrice, la servit comme un esclave volontaire. Au moment où elle se retira, il tomba à ses pieds et les arrosa de larnies. Elle s'attendrit elle-même au spectacle de sa propre grandeur et au souvenir de son amour éteint pour l'homme qu'elle

avait fait trop grand pour un sujet, pas assez pour un empereur.

Ce fut le dernier regard de T impératrice à Potemkin et de Potemkin à sa bienfaitrice. L'inquiétude, l'envie, la maladie, le chagrin, le chassaient de séjour en séjour, comme un homme qui marche sur un terrain miné sans vouloir s'avouer son danger. On apprit, le lendemain, à Pétersbourg qu'il venait de repartir bouillonnant de colère contre le prince Repnin , son subordonné , qui venait de remporter, sur les frontières du Kouban, une victoire trop éclatante sur le seraskier Batul-Bey. 11 gourmanda Repnin, et se rendit au congrès de lassy pour y presser la conclusion de la paix avec les Turcs.

La maladie morale, la disgrâce, dont il fuyait en vain le sentiment, l'y poursuivit. Ses bizarreries d'esprit l'agitaient jusqu'à la démence. Il voulait braver, par la vigueur invulnérable de son tempérament, les souffrances sourdes qui le révélaient à lui-même mortel. Ses excès de table et de sensualités de toute nature redoublaient avec ses langueurs. Son intempérance égalait sa massivité colossale : chacun de ses repas, semblables à ceux de Vitellius, engloutissaient deux fois par jour une cuisse de bœuf, un jambon de porc, une oie, un faisan, des flacons de vins, d'eau-de-vie de Dantzig, de liqueurs corrosives.

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Ue régime accéléra la fièvre lente qui le consumait.

Il s'imagina que le mouvement et le changement d'air évaporeraient sa langueur. Le 15 octobre 1791, U éveilla ses serviteurs dans la nuit, et partit presque sans suite pour Oksakof. Sa nièce favorite, la comtesse Branitska, l'accompagnait. A quelques lieues de lassy, au moment où l'aurore, en se levant, répand le frisson de la fièvre dans l'air de ces plaines, il se sentit mourir. On arrêta la voiture, il se fit transporter sur le bord de la route, au pied d'un arbre, pour reprendre ses sens. A peine y était-il enveloppé de son manteau, qu'il rendit le dernier soupir, la tête sur les genoux de sa nièce, son dernier attachement sur la terre. On le rapporta à lassy. On chercha sur son corps les traces du poison : le poison, c'était la satiété, et enfin la disgrâce.

Ainsi mourut l'homme étrange, plus que grand, qui avait étendu d'un tiers le territoire de sa patrie. Il ressemble plus k un héros de la Fable qu'à un génie de l'histoire. C'est un de ces hommes disproportionnés en masse comme en petitesse, qu'il faut voir de loin pour les admirer. Le lointain est la perspective des colosses. Potemkin fut le colosse de la faveur, de l'imagination, delà fortune, de la disgrâce, de l'ambition, du dégoût, de la démence des grands favoris/Catherine, la Russie et lui se complétèrent.

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11 fallait à cet homme chimérique une souveraine aussi hardie dans ses caprices que Catherine ; il fallait à Catherine un favori aussi désordonné de conception que Potemkin ; il fallait à Catherine et à Potemkin une nation aussi grandiose et aussi obséquieuse que la Russie de 1776, pour contenir et pour supporter une Catherine II et un Potemkin.

L'impératrice n'aimait plus Potemkin, mais elle se souvenait de Tavoir aimé. Sa mort lui rappela tout ce qu'elle perdait en lui d'amour et de génie. Un vide immense lui apparaissait dans sa jeunesse évanouie. Elle perdit plusieurs fois ses sens, en apprenant la nouvelle de cette fin inopinée sur la poussière d'où elle l'avait élevé jusqu'au trône. Elle lui érigea un tombeau où a gloire de son règne parut être ensevelie avec lui.

L'héritage des titres, des commandements et des ministères de Potemkin fut partagé entre Besborodko, Markof, Soltikof et Zoubof, les uns ministres, le dernier favori de plus en plus absolu de Catherine.

La Pologne avait cherché un appui perfide dans la Prusse, depuis la mort du grand Frédéric. Elle avait de plus promulgué, à l'imitation de la France, une constitution de 1791 qui Témancipait de l'étranger. Ces deux prétextes décidèrent l'impératrice à déclarer la guerre aux Polonais. La diète et le roi Poniatowski lui-même parurent s'élever un moment à la hauteur du danger; mais avant que la Pologne eût le temps de réunir les cinquante mille hommes qui composaient toute son armée nationale, cent mille Russes inondaient ses provinces. Le nombre écrasa le courage. Le jeune Kosciusko se fit son premier nom de patriote et de héros dans ces luttes inégales.

Trahie par ses propres enfants, la Pologne, déchirée au dedans pendant qu'elle était envahie du dehors.

vit les Branitski, les Félix Potocki, les Rzewuski, les Kassakowski, les Radzivil, aristocratie parricide, trafiquer de leur consentement à Tanéantissement de leur patrie dans une confédération polonaise de nom, russe de cœur. Rassemblés à Grodno, ces patriciens polonais laissèrent l'ambassadeur de Catherine s'asseoir sous le dais du trône qu'il venait renverser. L'ambassadeur lut devant eux l'acte d'incorporation à l'empire russe de toute la Pologne envaliie. Le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume, incorpora de son côté le lambeau de Pologne saisi par ses troupes. L'ombre de roi, Poniatowski, assistait encore à Varsovie à cette déchéance qui lui laissait une capitale. Pendant deux ans il aida, par ses proclamations et par ses condescendances, les Russes et les Prussiens à triompher des confédérations patriotiques renaissantes en vain sous Kosciusko.

Ce jeune héros, ramassé mourant sur le champ de bataille avec ses compagnons de patriotisme et de gloire, Ignace Potocki, Zajonczek et Niemcewitz, poète politique et soldat, alla languir dans les cachots de Pétersbourg. Souvarof, que le massacre d'Ismaïl signalait à Catherine comme l'exterminateur sans pitié des capitales, emporta d'assaut le faubourg révolté de Vai'sovie, Praga, et y massacra froidement trente mille victimes, sans s'informer de l'innocence,

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de Tige, du sexe. Varsovie le reçut le lendemain, couvert du sang de Praga. La capitale fut incorporée comme le reste. Poniatowski, chassé du palais et relégué à Grodno sous une escorte russe et sous la protection du prince Repnîn, alla y végéter d'une pension de rimpératrice. Trop voisin de sa honte, il demanda asile à Pétersbourg et y mourut dans le mépris des deux nations et de la postérité.

L'assassinat de Gustave III, roi de Suède, par Ankastrôm, bien qu'étranger à la révolution française, avait redoublé la colère de Catherine et de sa cour contre les Français. « Je suis aristocrate de situation, et je dois faire mon métier, » répondait-elle au ministre de France qui faisait appel à ses anciennes opinions libérales.

Les émigrés français, cherchant partout asile, pitié, secours ou vengeance pour leur cause, remplissaient son palais et nourrissaient ses ressentiments contre la révolution. Les princes français y étaient représentés par le prince Esterhazy, leur ambassadeur, complaisant de Zoubof. Il flattait ce favori du titre de sauveur des trônes. Les Bombelle, les Choiseul- Gouffier, les Saint-Priest, les Galonné, les Langeron, les Richelieu, les Roger de Damas, les d'Escars, gentilshommes d'élite de l'émigration française, le comte d'Artois lui-même, depuis Charles X, apportaient à

Pétersbourg leurs hommages, leurs ardeurs civiles, leurs illusions.

Ils obtinrent d'elle, en 1794, des promesses, des subsides, des armements contre la France. Koutouzof fut envoyé par elle à Constantinople pour obtenir du sultan l'expulsion de tous les Français qui propageaient la liberté et Timpiété dans le monde. Elle se décide enfin à joindre aux flottes anglaises contre la France une escadre de seize vaisseaux et de huit frégates. Elle rêvait sur mer et sur terre la lutte inégale du vieux despotisme russe et de la liberté naissante ; elle ne doutait pas du triomphe. La mort la prévint.

Rien n'annonçait en elle non-seulement la caducité, mais le déclin. Quoique âgée de soixanle-huit ans, la majesté mêlée de grâce qui caractérisait sa beauté dans sa jeunesse était encore répandue en souvenir sur ses traits. On comprenait, au premier aspect, que cette femme avait voulu séduire autant que régner. Une certaine mollesse des lèvres et des joues, empreinte des longs excès, affaissait le bas du visage. Ses dents tombées de bonne heure déformaient et creusaient la bouche; le menton triple et relevé, comme celui d'Agrippine, annonçait la solidité de Tesprit et l'habitude fière de Tempire. Sa taille, un peu massive, mais bien proportionnée, portait légèrement sa forte tête. Ses yeux, souvent baissés pour recueillir sa pensée, éclairaient en s* ouvrant sa physionomie d'une intelligence scintillante et pour ainsi dire visible. Elle cherchait à donner ordinairement à son visage l'expression d'une douceur maternelle, telle qu'il convenait à une mère de l'empire;

mais, dans les moments où elle cessait de s'observer, les plis involontaires de son front semblaient envelopper des pensées cachées et profondes. Un sillon creux entre ses deux sourcils révélait l'astuce, le souci ou le remords. Dne toilette toujours recherchée, des cheveux encore blonds, disposés avec artifice pour rappeler le diadème, le fard , les fleurs, les pierreries, les parfums , les étoffes soyeuses ou veloutées, les fourrures touffues, attestaient en elle le désir suranné de plaire au favori qui était honteusement chargé d'aimer, après le temps, celle qui voulait commander même à la nature et à l'amour.

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Dans la matinée du 4 novembre 1796, Catherine, parée comme à Tordinaîre, sortit de son appartement, où elle venait de passer quelques heures avec Zoubof, pour déjeuner avec sa cour la plus familière, qu'on appelait le petit Ermitage. La joie rayonnait dans ses yeux et sur ses traits; tout lui était, ce jourlà, d'heureux augure, comme si la mort eût voulu lui cacher, sous des triomphes, son dernier pas dans la vie.

Un navire, arrivé dans la nuit de la Baltique, lui avait apporté la nouvelle de la retraite des Français sous le général Moreau au delà du Rhin. Elle avait écrit en badinant au ministre d'Autriche, Cobentzel, un petit billet familier pour l'informer de ce bonheur et de cette gloire des armes de l'Autriche. Ce billet respirait la joie, assaisonnée d'une légère ironie et d'un sanglant sarcasme. Elle avait provoqué ensuite à ses bouffonneries ordinaires son grand écuyer et son histrion de cour, Léon Narischkin, déguisé pour

lui complaire en marchand ambulant, vendant et marchandant des futilités de femme. Elle s'était amusée à lui faire peur de la mort, dont il affectait de redouter jusqu'au nom, en le forçant à entendre les détails de la mort du roi de Sardaigne, son protégé, qu'elle venait aussi d'apprendre. Le déjeuner finit dans un fou rire qui éclata jusqu'aux larmes. L'impératrice, riant encore, se leva de table et sortit en se plaignant à Narischkin de l'excès de rire, qui lui causait, dit-elle, des convulsions dans les entrailles. Ses familiers attendirent longtemps et en vain son retour. Ses femmes, étonnées d'une absence qui se prolongeait plus que de coutume à cette heure de délassement après le travail et le déjeuner, entrèrent dans son appartement, et heurtèrent du pied le corps étendu sur le plancher. Un cri d'effroi répand la consternation dans le palais. On court prévenir Zôubof, dont l'appartement communiquait à celui de Catherine. Les médecins de la cour arrivent, couchent l'impératrice sur un matelas au grand air près d'une fenêtre, lui prodiguent vainement tous les secours de l'art, ne discernent plus que quelques faibles palpitations de vie dans le pouls, et prononcent l'arrêt fatal au favori, aux courtisans et aux ministres, agenouillés près de sa couche. Zoubof, pour éloigner de lui tout soupçon d'avoir voulu tramer quelque corn-

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plot de cour contre le droit héréditaire du trône, envoie son propre frère, Valérien Zoubof , prévenir le grand-duc à sa maison de campagne de Gatchina. En attendant, un demi-silence, interrompu seulement par quelques chuchotements indiscrets, empêche le secret du palais de transpirer dans la capitale.

Le grand-duc , absent de Gatchina , était allé à trois lieues plus loin visiter un moulin qu'il faisait construire. Zoubof poursuit sa course jusqu'au moulin et annonce à voix basse l'événement au grand-duc. Le fds de Catherine, sans donner aucun signe de joie malséante ou de douleur simulée pour la perte d'une femme moins mère que tyran pour lui depuis son enfance, franchit en quatre heures la distance de seize lieues entre le moulin et Pétersbourg. Les ministres, le favori, les familiers s'éloignent respectueusement de lui, ne sachant s'ils sont dignes à ses yeux d'amour ou de haine. Le grand-duc, son épouse, ses trois fils, ses filles, debout ou agenouillés autour du matelas, versent des larmes, les unes feintes, les autres pieuses.

Suspendue entre la mort et la vie, l'impératrice fait attendi'e une nuit, un jour et la moitié de l'autre nuit, son dernier soupir. Les uns tremblaient, les autres espéraient qu'elle reprendrait la vie et la

parole pour écarter du trôae un fils qu'elle n'avait jamais aimé, et pour le léguer à son petit-fils Alexandre. Une femme de chambre assurait qu'elle avait senti un serrement de main convulsif, et surpris un regard encore intelligent de l'impératrice. Mais la parole ne revint sur ses lèvres que pour jeter, au milieu de la seconde nuit, un cri déchirant qui remplit le palais d'horreur. Ce cri fut son départ de la vie, ou son entrée dans l'éternité. Ceux qui l'entendirent crurent y discerner l'accent du condamné qu'on traîne à don juge.

Son jugement était commencé sur la terre. Elle avait mérité son surnom de Grande^ grande dans le crime, grande dans le vice, grande dans l'empire, grande dans l'admiration^ mais grande aussi dans l'horreur des hommes. Elle avait civilisé, elle avait illustré, elle avait étendu l'empire^ mais elle avait perverti la Russie. Quand l'histoire n'affectera plus de se séparer de la conscleiiceî elle dira si une fettiftie infidèle et conspiratrice ^ maîtresse et complice deà assassins de son mari, usurpatrice du trône, marâtre de son fils, meurtrière à froid d'un compétiteur involontaire de l'empire, l'îiinocent Ivan, conquérante par ruse de la Crimée, spoliatrice par violence de la Pologne, courtisane achetant au lieu de vendre, présentant aux regards dé son peuple douze favoris suc-

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cessifs, étages comme des cariatides obscènes sous les marches du trône, impie en France, hypocrite à Moscou, fomentant la révolution dans ses doctrines et la proscrivant dans ses actes, femme à trois faces et à trois langages, barbare avec les barbares, libérale avec les philosophes, révolutionnaire avec les peuples, contre-révolutionnaire avec les rois, comédienne souvent, tragédienne quelquefois, actrice toujours, mais grande actrice; l'histoire, à ce point de vue de l'honnêteté morale, qui est le point de vue de la véritable politique, dira si une telle femme doit être comptée au rang des bienfaitrices de son peuple ou des corruptrices de l'humanité.

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