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TAngleterre par un traité qui lui livrait l'Italie, subit longtemps l'angoisse de l'incertitude entre son trône, ses devoirs secrets, ses devoirs publics envers la France, et son honneur de guerrier, de beau-frère et d'ami. L'acte imprudent qu'il avait commis en écoutant l'Autriche et en se liant contre son devoir pesait sur lui. Les regards de Napoléon et du monde , les soupçons des généraux français, de sa cour et de son armée, l'intimidaient également. Il crut pouvoir concilier misérablement en lui deux hommes : le général et le souverain. Comme guerrier, lieutenant de l'empereur, il se décida à partir pour l'armée et à combattre encore avec lui; comme roi, il crut pouvoir reprendre, après avoir combattu, ses conventions particulières avec l'Autriche. Infidèle ainsi à deux causes, faute d'en avoir embrassé une, combattant du bras avec Néipoléon, du cœur contre lui; honteuse et déplorable situation où le salut n'est pas moins perdu que l'honneur.
iiQ MUBAT.
Le maréchal Ney , son fidèle émule de gloire, et ses amis de Paris lui écrivirent que sa lenteur scandalisait l'armée. Le comte de Mosbourg et la reine le conjurèrent de partir. Il leur avoua, sous la pression du moment, le traité secret signé entre lui et lord Bentinck, vice-roi réel de l'Angleterre en Sieile. Cet acte ténébreux avait été conclu, comme on trame un crime, dans Tîle solitaire de Ponza, sur la côte déserte de rÉtat romain. La reine, ambitieuse et pleine de feintes, parut approuver tout haut une faute qu'elle blâmait tout bas. Elle aida son mari à tout concilier en lui conseillant de partir, mais de lui laisser, à elle, la régence, et en lui promettant de faire marcher en Italie l'armée en son nom de régente et, comme à son insu, au signal convenu. Le roi, embarrassé dans ses propres astuces, partit le lendemain pour la campagne de Dresde , laissant derrière lui ce nœud d'intrigues à dénouer, compliqué encore de l'ambition de sa femme et des jalousies de pou-
voir qu'il nourrissait contre les conseillers de la reine.
A peine le roi était-il parti que lord Bentinck, voyant dans son départ une rupture des conventions secrètes et une hostilité, quitta F île de Ponza et regarda le traité comme non ratifié.
Murât cependant, emporté par son ancien enthousiasme, volait à la rencontra de l'empereur en Allemagne. Il tombe dans ses bras. Napoléon le reçut en ami réconcilié et le vit combattre comme aux plus grandes journées de sa vie militaire, à côté de lui, à Dresde et sur tous les champs de bataille de cette dernière campagne. A la tête de trente mille cavaliers, Murât enfonça T armée coalisée sous les murs de Dresde et refoula les Prussiens, les Autrichiens et les Russes. Trente mille prisonniers furent le fruit de ses exploits. L'empereur et l'armée le reconnurent à son héroïsme. Bientôt ces victoires aboutissaient pour Napoléon au soulèvement général de l'Allemagne et à la déroute de Leipsick. Murât repartit plus indécis que jamais pour ses États. Il sentait crouler l'appui de sa vie, il voulait en chercher un sur lui-même.
A peine arrivé à Naples, il réunit en conseil secret ses plus intimes confidents, et délibéra avec eux sur la fidélité ou l'infidélité à son bienfaiteur, choses sur
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lesquelles rhoniieur et le sentiment sont les seules délibérations. Les conclusions furent qu'il fallait se conformer à la fortune et sacrifier l'amitié à la politique et au trône. Fouché, qui avait toujours conservé l'ascendant d'une intelligence supérieure sur un esprit facile à subjuguer, accourut de Rome pour avoir des conférences secrètes avec Murât, sous prétexte de le retenir à la cause de Napoléon. On croit que les conseils secrets furent différents des démarches publiques, et qu'il fit envisager à Murât la chute de Napoléon comme imminente et le royaume de Naples comme entraîné dans cette chute, s'il ne cherchait pas un autre soutien. Un traité fut signé le 11 janvier 1814 entre l'Autriche et Murât. Par ce traité, Murât se rangeait, pour racheter sa couronne de la coalition, au nombre des ennemis de la France. Il promettait de fournir trente mille hommes opérant en Italie; l'Autriche en fournissait soixante mille. Ces deux armées seraient commandées par Murât en personne, et combineraient leur mouvement contre le vice-roi Eugène Beauharnais, commandant l'armée française à Milan. Le prix de cette défection était pour Murât le trône de Naples, abandonné par le roi Ferdinand, garanti à lui et à sa dynastie par les puissances coalisées. Héritage d'une ingratitude et d'un aveuglement que le temps ne pouvait ratifier.
2dO MURAT.
A peine le traité était-il signé que la rumeur s'en répandit dans toute Tltalie, et que le cri d'indépendance qui couvait dans tous les cœurs italiens éclata dans la péninsule. Murât favorisait ce mouvement d'opinion, qui devait dans ses idées faire de lui non l'auxiliaire de l'Autriche, mais le libérateur de l'Italie et le souverain de ce vaste empire auquel il allait rendre la liberté et l'unité, ce réveil du long sommeil de l'Italie. Mais sa pensée même était comprimée en lui par sa situation. Les garnisons de Napoléon à Florence, à Rome, à Ancône, se défiaient de lui, l'Autriche l'observait avec inquiétude, l'Angleterre se réservait de le contenir dans les limites du traité qui lui assurait le royaume de Naples. Il tenta de tromper toutes ces puissances par la rapidité et le caractère équivoque de ses mouvements. Il rassura le général Miollis, commandant à Rome, le commandant d' Ancône, Barbou; il lança ses colonnes sur les États romains, sous prétexte de demander seule-
MURAT. m
ment passage. Les généraux français se renferment dans les citadelles. Pressé par les Autrichiens de tenir sa promesse, il ordonna à ses troupes de forcer les Français à évacuer les places fortes. 11 partit luimême de Naples à la tête d'une seconde colonne de vingt mille hommes, mais sans trésor, sans vivres, comptant sur le hasard, les sympathies, Tinsurrection, pour se recruter. Il s'avança ainsi sur Bologne. Pendant sa marche, Rome, Ancône, Civita-Vecchia capitulaient, et les garnisons se repliaient libres sur la France. Lord Bentinck opérait en même temps un débarquement de troupes anglaises dirigées sur Gênes et portant sur leurs drapeaux : « Liberté et indépendance de Tltalie. »
Tout annonçait un choc prochain entre les Napolitains, les Autrichiens, les Anglais coalisés, contre Eugène, occupant encore la basse Italie pour Napoléon avec cinquante mille hommes de troupes françaises et italiennes aguerries sous un vice-roi fidèle.
Lorsque Murât fit avancer ses troupes en Italie, sous prétexte de se joindre au vice-roi, mais, en effet, pour le combattre, les Français de la garde napolitaine, ne pouvant plus douter de sa défection, déclarèrent qu'ils ne passeraient pas Rome où déjà ils étaient arrivés. Les menaces, les prières, les séductions furent inutilement employées auprès d'eux , il fallut les ramener à Naples. De nouveaux efforts furent tentés et les trouvèrent inébranlables. Ils demandaient à être renvoyés en France. On les désarma, on les déclara prisonniers, et ils furent renfermés dans la forteresse de Gaëte.
Deux frégates françaises avaient quitté Ancône à l'approche des ennemis et s'étaient réfugiées à Brindisi. Elles se croyaient en sûreté dans un port soumis à la domination du beau-frère de l'empereur. Bientôt les commandants apprirent que le gouvernement de Naples avait décidé de s'en emparer. Bloqués par des bâtiments anglais d'une force supé-
rieure, ces oiTiciers français furent réduits à mettre le feu à leurs frégates, pour qu'elles ne tombassent pas au pouvoir d'un allié perfide. Us traversèrent, à la tête de leurs équipages formés en bataillons, les États du prince déloyal, chez lequel ils étaient venus chercher un refuge.
Soit remords de combattre ses anciens compagnons d'armes, soit défiance de T Autriche, soit attente de quelque grande insurrection nationale de l'Italie qui viendrait lui livrer la scène et améliorer les conditions de son traité. Murât, immobile à Bologne avec la moitié de son armée, consumait les jours, impatientait F Autriche, portait ombrage aux Anglais à Gênes, et semblait s'arrêter à moitié chemin de sa défection, pour voir de Tautre côté des Alpes de quel côté se déclarerait la fortune. Il flattait tout le monde, et même Napoléon, d'avoir levé dans son intérêt le drapeau de l'indépendance. Les peuples d'Italie ne s'y rallièrent pas, voyant dans ces étrangers des instruments de la domination française dont ils étaient las en ce moment. Car pour une partie de ces malheureux peuples, la liberté n'est qu'une alternative de servitude, et la tyrannie présente est toujours la plus détestée. Murât, à la fois audacieux et timide, faisait régir les provinces traversées par
ses deux armées, comme si elles étaient destinées à former bientôt une vaste unité italique sous son sceptre. Les Anglais et les Autrichiens répandaient pai'tout au contraire les promesses de la restauration des anciens États distincts et indépendants sous les princes de la maison de Savoie, de la maison d'Esté, du grand-duc de Toscane et du pape , captif alors à Fontainebleau. Dans cette ambiguïté de leur sort prochain, les populations restaient spectatrices en apparence désintéressées de la scène. La ville de Naples seule, rouverte au commerce anglais et ivre de l'espoir de la domination sur les États rivaux, s'exaltait des triomphes promis à son roi.
Mais cette longue immobilité du roi de Naples à Bologne laissait s'amortir l'élan et s'affaisser le ressort de son armée. Les généraux français le quittaient pour rester purs d'une guerre parricide contre leur patrie. Les généraux napolitains, quoique fidèles, aguerris, formés à l'école de nos grandes guerres, se subordonnaient mal à un souverain guerrier, il est vrai, mais qu'ils avaient toujours vu le second d'un grand homme. Ils l'obsédaient de leurs dissensions et de leurs conseils. Murât fléchissait et résistait tour à tour; l'impulsion s'amollissait dans tant de mains. Nul n'apercevait assez clairement les motifs, le but, les résultats de cette expédition. L'ambiguïté de la politique donnait de l'incohérence aux actes. Les généraux sommaient le roi de s'expliquer. Lord Bentinck exigeait qu'il lui remît Livourne comme gage de l'indépendance de la Toscane. Le pape, d'un autre côté, délivré par Napoléon de la captivité afin de restituer Rome au siège du catholi-
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cisme européen, s'acheminait vers sa capitale au milieu des populations italiennes ivres et prosternées. Le pontife approchait de Bologne, et Murât ne savait pas encore s'il le recevrait en prêtre qui va réclamer son temple ou en souverain qui vient réclamer ses États. Surpris dans cette indécision par le pape, Murât fut obligé de feindre le commun enthousiasme pour le captif de Napoléon, de lui témoigner un respect extérieur qui jurait avec son ambition secrète de garder Rome; il l'escorta jusqu'à Gésène.
it.
A la même heure, les carbonan de Naples, secte mystérieuse, célèbre depuis par rexplosioo de 1820 et par le soulèvement révolutionoaire de Kaples et du Piémont, mais secte alors inspirée et remuée par la reine Caroline, femme de Ferdinand, roi de Sicile, agitaient les deux Galabres, proclamaient la déchéance de Murât, la restauration de la maison de Bourbon, et s'emparaient de ces deux provinces, les plus belliqueuses du royaume de Naples. Ces nouvelles et les derniers succès de Bonaparte en Champagne, exagérés par la distance, décidèrent un moment Murât à se réconcilier et à s'unir avec le prince Eugène Beauharnais. Il envoya de Bologne à Milan des négociateurs confidentiels à ce prince. Ces négociateurs furent repoussés comme les émissaires d'un traître. Ce refus de négociation, et les vives instances des généraux autrichiens et des commissaires anglais et russes qui l'assiégeaient, forcèrent Murât à attaquer les Français. 11 attaqua, il fut vainqueur, il
cerna les Français refoulés dans Reggio ; mais au lieu de poursuivre son triomphe et de saisir le fruit de sa victoire, il accorda une capitulation aux troupes enfermées dans la ville, les laissa reprendre la route de Milan, et accrut ainsi les ombrages entre les Autrichiens et lui.
Il s'avança cependant vers Plaisance, pendant que le comte de Bellegarde, commandant les Autrichiens, menaçait Milan.
•ino MU H AT.
Telle était l'attitude de Murât, cherchant à dévorer les jours et les semaines dans une expectative dont toutes les éventualités Talarmaient également, quand un courrier de Paris le rejoignit le 13 avril 1814, à midi, sous les murs de Plaisance. 11 se promenait en cet instant avec le général Coletta dans le jardin d'une maison de campagne, près de la ville où il avait établi son quartier général. Il ouvrait son âme pleine d'anxiété, de desseins contradictoires et de remords, au général Coletta, homme de bon conseil, de talent remarquable et de résolution, mais Napolitain attaché avant tout à sa patrie. Murât ouvrit la lettre qu'apportait le courrier, lut en silence, pâlit, s'éloigna subitement de Coletta, fit çà et là quelques pas au hasard, comme un homme frappé d'un coup mortel, leva les mains au ciel, regarda ensuite tristement la terre, puis se rapprochant de Coletta et de quelques autres généraux de sa suite, accourus et interdits de cette attitude, il leur annonça la prise de
Paris, la déchéance et la captivité de Napoléon à Fontainebleau, la chute irrémédiable de TEmpire, et il pleura. L'ennemi, le despote, le tyran avait disparu à ses yeux; dans Bonaparte il ne voyait plus que l'ami succombant enfin sous les coups de la fortune, et succombant en le croyant infidèle et eu le voyant lui-même au nombre de ses ennemis. Son émotion inspira pitié et attendrissement à ses généraux.
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Une heure après, soit qu'il n'eût pas le courage de poursuivre en commun avec les alliés la ruine des Français en Italie, soit qu'il pensât à son propre trône et à sa famille, que le contre -coup d'une pareille catastrophe pouvait atteindre subitement à Naples, il ordonna la suspension de toutes les hostilités à ses troupes, et se retira désarmé et déconcerté à Bologne. De là, après avoir disposé le retour de son armée dans ses États et laissé un de ses meilleurs lieutenants, le général Carascosa, avec six mille hommes dans les Marches, il partit lui-môme pour sa capitale. Il la retrouva calme et fidèle. La reine, sa cour et le peuple le reçurent en vainqueur, et déguisèrent sous des fêtes multipliées les tristesses sourdes et les craintes intimes qui couvaient déjà dans tous les cœurs. Le pressentiment de la chute prochaine de cette royauté vassale de Napoléon était dans l'air. La famille des anciennes monarchies ne pouvait tolérer longtemps, encore moins protéger cette usurpation
sans base à Naples, pendant que Ferdinand réclamait son trône, et que le principe de la légitimité des cou* rennes devenait le droit public de l'Europe. Les services d'ailleurs rendus par Murât dans la dernière campagne à la coalition étaient si intéressés, si douteux, si faibles, qu'on pouvait sans trop d'injustice . le traiter en ami ou en ennemi des alliés. Son trône tremblait comme sa conscience. Il n'avait pas même la consolation des revers, la fidélité à une cause, vaincue, il y avait du remords dans son adversité.
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U affecta de n'y pas croire, pour enlever à ses peuples le prétexte de l'abandon. Inquiet des résolutions du congrès de Vienne et des complaisances de M. de Talleyrand pour les Bourbons de Sicile, dont les Bourbons de France devaient vouloir à tout prix la restauration afin de fortifier leur principe, Murât envoya à Vienne deux ambassadeurs, le duc de Gampo-Ghiaso et le prince Gariati. Ils y furent reçus avec défiance, exclus des conférences, réduits au rôle d'observateurs de qui Ton se cache, solliciteurs importuns d'un trône déjà secrètement donné à un autre compétiteur. Suspects aux cours légitimes, odieux aux Français de la cause de Napoléon, ces envoyés déguisaient mal à leur maître les périls dont il était menacé. Ils ne tardèrent pas à connaître ou à soupçonner le traité secret conclu entre l'Angleterre, la France et l'Autriche pour l'expulsion de Murât du trône de Naples. Murât s'obstina contre la cession de . sa couronne. Il crut qu'avec l'amour de son peuple,
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le nombre et la valeur de son année, la force naturelle de ses frontières et le patriotisme italien réveillé à sa voix, il pourrait braVer l'Angleterre, TAutriche et la France, et conquérir son trône sur le sol même où il l'avait fondé.
Il sentit que la liberté pourrait seule lui concilier la nation napolitaine, plus éclairée et plus amoureuse alors d'institutions représentatives que le reste de ritalie. Il promit une constitution à ses peuples, il créa en attendant des conseils délibérants, qui donnaient une ombre d'intervention nationale à son gouvernement encore absolu. Il s'attacha les carbonari qu'il avait jusqu'alors traqués par sa police, les protégea et s'en déclara publiquement le chef. Il réduisit les impôts, il ouvrit les ports, il donna la liberté du commerce. Il congédia avec douleur, mais pour complaire au génie du peuple, tous les Français qui occupaient des grades dans ses armées, et les plaça dans son administration. Il rechercha la popularité même par l'ingratitude, il institua de fortes milices civiques, il augmenta l'armée, il prodigua le luxe et les fêtes, il cacha sous une apparence de sécurité et de splendeur les périls et les inquiétudes dont il était dévoré. Les théâtres, les chasses, les revues, l'éclat de sa cour attiraient l'Europe. 11 semblait se hâter de jouir d'un trône qui se dérobait sous lui.
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Des intrigues, sourdes se cachaient aussi daus le palais de Naples sous ces dehors de confiance et de paix. La princesse Pauline Borghèse, sœur de la reine de Naples et de Napoléon, arrivait de Tîle d'Elbe, et concertait une réconciliation entre Murât encore roi et Tempereur exilé. Le cœur et l'intérêt s'accordaient dans le roi de Naples pour lui faire désirer un letour de Napoléon en France. Il voulait racheter le passé, assurer l'avenir. H ne lui avait pas fallu beaucoup de temps pour comprendre que les dernières extrémités de guerre, avec Bonaparte, valaient mieux pour son beau-frère que les ménagements si chèrement achetés et si mal garantis de l'Europe. Infidèle une fois par humeur et par intérêt mal entendu à son devoir et à ses sentiments, il reconnaissait maintenant que son devoir, ses sentiments et ses intérêts lui commandaient une fidélité à mort à l'auteur de sq^
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fortune et au chef de sa dynastie. Il regardait sans cesse du haut de la terrasse de son palais cette mer qui entourait Tile d'Elbe, et d'où quelques voiles à r horizon pouvaient à chaque instant rapporter sur ses côtes ou sur les côtes de France Thomnie qu'il avait trahi et qu'il implorait maintenant des yeux. Mais l'empereur, instruit de son repentir par sa sœur Pauline, quoiqu'il eût pardonné à Murât, et qu'il lui eût fait dire de se tenir prêt et immobile, ne se fiait pas assez à la solidité de son caractère pour se jeter à la merci de son beau-frère en Italie. Sans doute, il y aurait trouvé une armée, mais cette armée avait l'Italie à traverser et l'Autriche à vaincre, avant de franchir les Alpes pour le ramener en France. La promptitude et la surprise étaient les forces sur lesquelles il comptait le plus. Murât paraissait absorbé par les fêtes de cette saison de l'année. 11 était au milieu d'un cercle de ses familiers et de ses généraux dans les salons de la reine, le 4 mars, quand un messager de Tempereur lui apporta la nouvelle de son débai^quement à Cannes, et de sa marche sur Paris. Murât, sans communiquera sa cour la nouvelle qu'il venait de recevoir, emmena la reine dans un appartement retiré du palais, pour concerter avec elle son langage et sa physionomie avant Téclat de cet événement. Il resta longtemps enfermé avec elle, puis