ESSAIS
Combien dure le jour? Parce que demain je veux galoper dix tfeues sur un cliamp semé de cadavres.
( Shakspeare.)
la physionomie de la république était telle que nous l'avons décrite en 1825, époque à laquelle le gouvernement de Buenos-Ayres invita les provinces à se réunir en congrès pour se donner une forme de gouvernement générale (1). Cette idée fut partout ac-
(1) Après la tourmente générale de 1820, toutes les provinces, y compris celle de Buenos-Ayres, convinrent de convoquer un congrès, et , en 1821 , il commença à se réunir à Cordova, où se rendirent les députés de Buenos-Ayres (Juan-Cr.uz Varela O en faisait partie). Rivadavia devint ministre, et une de ses premières démarches fut de proposer à la salle des représentants que Buenos-Ayres ne concourût pas à ce congrès. Son idée fondamentale était que Buenos-Ayres ettoutes les provinces devaient d'abord s'occuper de s'organiser, de former leurs rentes , de se
(*) V. la note UU, a la ûn de l'ouvrage.
t'JkCttJf&O QLiKOGA
cqeiUie avec approbation , soit que chaque partisan comptât se constituer partisan légitime de sa province, soit que l'éclat de Buejaos-Ayres offusquât tous les re^ gards et qu'il ne fût pas possible de se refuser sans scandale à une prétention si rationnelle. On a imputé comme une faute , au gouvernement de Buenos-Ayres, d'avoir soulevé cette question, dont la solution doit être si funeste pour lui-même et pour la civilisation , et qui, comme les religions mêmes, peut se généraliser, se propager. Un bomme croirait mal s'il ne désirait que tout le monde crût comme lui.
donner des institutions (et observez, par ce que je dirai plus loin, que c'était appuyer le fédéralisme) , et qu'ensuite viendrait pour elles le moment de se réunir. 11 y eut dans la salle une très-lonçuc discussion et une grande opposition : mais à la (In Rivadavia triompha, aidé de l'éloquence et des lumières du docteur D. Julian, S. de Àgûero qui, depuis 1820 , se distinguait dans la salle. Les députés de Buenos-Ayres se retirèrent , ce qui amena la dispersion des autres : chaque province chargea Buenos-Ayres des relations extérieures , et plusieurs d'entre elles cherchèrent à s'organiser en imitant Buenos-Ayres. En 1823, Rivadavia envoya une mission spéciale (le respectable doyen, docteur Zavaleta, ayant pour secrétaire le docteur D. Francisco Gil), afin d'aller par les autres provinces, voir si elles voulaient encore du congrès, quelles étaient leurs idées d'organisation nationale : toutes demandèrent le congrès. Ensuite, au temps de Las Hcras, outre le décret qui ordonnait de payer pour Buenos-Ayres l'entretien et le voyage de tous les députés provinciaux , Garcia (*) envoya aux gouvernements des circulaires de prévenances, d'avertissements, de conseils. Enfin, on mit tout en œuvre pour que la nouvelle réunion fût décidément formée et profitable. Il en résulta que le congrès s'ouvrit le 1G décembre 1824 avec la meilleure cordialité, l'union et l'intention la plus parfaite, et sous les auspices les plus beaux et les plus flatteurs.
Alsina.
0 V. la uote YV, à la On de l'ouvrage.
FACUNDO QUmOGÀ.
Facundo reçut l'invitation à la Rioja et accueillit l'idée avec enthousiasme, peut-être par ces sympathies que les esprits hautement dotés ont pour les choses essentiellement bonnes.
En 1825, la république se préparait à la guerre du Brésil, et on avait recommandé à chaque province la formation d'un régiment pour l'armée. Dans ce but , vint à Tucuman le colonel Madrid, qui, impatient d'obtenir les recrues et les éléments nécessaires pour lever son régiment , n'hésita pas beaucoup à renverser les autorités trop lentes et à prendre le gouvernement pour faire les décrets convenables. Cet acte subversif mettait le gouvernement de Buenos-Ayres dans une position délicate. Il y avait de la défiance chez les gouvernements, des jalousies de provinces, et le colonel Madrid, arrivant de Buenos-Ayres et renversant un gouvernement de province , faisait paraître celui-là comme instigateur aux yeux de la nation. Pour faire disparaître ce soupçon , le gouvernement de Buenos- Ayres prie Facundo d'envahir le Tucuman et de rétablir les autorités provinciales. Madrid explique au gouvernement le motif réel, quoique bien frivole sans doute, qui Ta poussé, et proteste de son adhésion inaltérable. Mais il était trop tard : Facundo était en mouvement et il fallait se préparer à le repousser; Madrid put disposer (1) d'un armement qui passait par
(1) Le gouvernement dut donner une satisfaction au pays et contredire ces faits dans une circulaire, dans laquelle il condamna fortement cet acte et invita, non pas Facundo individuellement, mais les provinces voisines du Tucuman, à contenir Madrid. C'est ce qui eut lieu, j'en suis très-sûr ; car à cause delà
FACUNDO QUIROGA. 149
Salta , mais par délicatesse , et pour ne pas aggraver les charges qui pesaient contre lui , il se contenta de prendre cinquante fusils et autant de sabres , suffisants selon lui pour en finir avec les forces envahissantes.
Le général Madrid est un de ces types naturels du sol argentin. A l'âge de quatorze ans, il commença à faire la guerre aux Espagnols , et les prodiges de sa valeur romanesque passent les limites du possible ; il s'est trouvé dans cent quarante rencontres; dans toutes l'épée de Madrid s'est retirée ébréchée et tachée de sang*, Todeur de la poudre et les hennissements des chevaux le transportent matériellement au point que son couteau frappe tout ce qui est devant lui , fantassins, cavaliers, canons, quoiqu'on perde la bataille. Je disais que c'est un type naturel de ce pays, non pour cette valeur fabuleuse, mais parce qu'il est officier de cavalerie et en outre poëte. C'est un ïyrtée qui anime le soldat avec des chansons guerrières; le chanteur font j'ai parlé dans la première partie , c'est l'esprit gaucho, civilisé et consacré à la liberté. Malheureusement, ce n'est pas un général carré comme le demandait Napoléon ; la valeur prédomine sur les autres qualités du général dans la proportion de cent à un. Si vous ne le croyez pas, voyez ce qu'il fait à Tucu-
guerre avec le Brésil , le gouvernement venait d'établir des bureaux *- outre ceux des provinces — de l'intérieur et des relayons extérieures : et moi , qui étais au ministère des finances depuis 1821 , je passai à la nouveUe et nationale institution de 1 intérieur et rédigeai , dans ce caractère , la circulaire susmentionnée. C'était vers la fin de 1825.
Alsina.
FACUNDO QU1ROGÀ.
man; il peut réunir des forces suffisantes , mais non, il présente la bataille avec une poignée d'hommes, et accompagné du colonel Diasvelez, aussi vaillant que lui. Facundo amenait deux cents fantassins et ses colorados (rouges) de cavalerie ; Madrid a cinquante fantassins et quelques escadrons de milice. Le combat commence ; il repousse la cavalerie de Facundo et Facundo lui-même , qui ne retourne sur le champ de bataille' que quand tout est fini. Cependant son infanterie est restée en colonne serrée; Madrid veut la faire charger ; il n'est pas obéi et la charge seul. Vraiment ! lui seul attaque la masse d'infanterie ; on lui renverse son cheval , il se redresse, retourne à la charge, tue, blesse tout ce qui est à sa portée, jusqu'à ce que cheval et cavalier tombent percés de balles et de coups ; de baïonnette , de sorte que l'infanterie décide la victoire. Une fois par terre, on lui enfonce dans l'épaule une baïonnette de fusil, on lui en tire un coup ; balle et baïonnette le transpercent et le feu de la lumière le brûle. Facundo revient enfin prendre son drapeau noir qu'il a perdu et trouve une bataille gagnée et Madrid mort, bien mort. Ses vêtements sont là; son épée, son cheval, rien ne manque, excepté le cadavre, qu'on ne peut reconnaître parmi le nombre d'hommes mutilés et dépouillés qui gisent sur le champ de bataille. Le colonel Diasvelez, prisonnier, dit que son collègue \ avait un coup de lance dans une jambe ; il n'y a pas là de cadavre avec une blessure semblable. Madrid > criblé de onze blessures, s'était traîné jusqu'à des bruyères où son aide le trouva délirant sur la bataille et répondant au bruit des pas qui s'approchaient : « Je
FÀCINDO QUIROGA.
ne me rends pas! » Jamais le colonel Madrid ne s'était rendu jusqu'alors.
Voilà la fameuse action de Tala, premier essai de Quiroga hors des bornes de la province. Il y a vaincu le brate des braves -, et il conserve son épée comme trophée de la victoire. S'arrêtera-t-il là ? Mais voyons la force qui s'est suscitée contre le côlonel Uù régiment numéro 13 (1) qui a renversé un gouvernement pour équiper son corps. Facundo arbore à Tala un pavillon qui n'est pas argentin, qui est de son invention : c'eist un drap hoir avec une tête de mort et des os en croix au centre: C'est son pavillon qu'il a perdu au commencement du combat, et qu'il t< va reprendre, » dit-il à ses soldats dispersés, « quand ce serait à la porte de l'enfer. » La mort , l'épouvante ; Peufiefr se présentent sur le pavillon et dans la prdclâtaatton du général des llanos; N'avez-vous pas Vu ce mêriie dràjj mortuaire sur le cercueil des morts $ quand le prêtre chante : A porta inferi ? Mais il y a encore quëlqiie chose de plus qui révèle dès lbra l'esprit de là force pastorale* arabe * tartatë qui va détruire les flllëà. Les couleurs argentines sont le bleu et le blanfc, lé eiel transparent d'un jour Serein et la luinièrë pure du disque du soleil ; la paix et la justice pour tous Nous haïssons tant la tyrannie et la violence j qué notre pavillon et nos armeà repoussent le blason et les tro^héës deë guferriefs : déux mains en signe d'unidn soutiennent le bonnet phrygieb de la liberté) les vlllës unies, dit ce symbole , soutiendront 1* liberté acquise } le
(!) Le régiment commandé par Madrid.
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soleil commence à éclairer le théâtre de ce serment, et la nuit disparaît peu à peu. Les armées de la République qui portent partout la guerre pour rendre effectif cet avenir de lumière et changer en jour l'aurore qu'annonce l'écu d'armes, revêtent le bleu foncé e en diverses pièces de leur habillement , rëvêtent l'Europe. Eh bien! au sein de la République, du fond de ses entrailles , s'élève la couleur rouge ; c'est de cette couleur qu'on fait l'habit du soldat , le pavillon de l'armée, et en dernier lieu, la cocarde nationale que tout argentin doit porter sous peine de perdre la vie.
Savez-vous ce que c'est que la couleur rouge ? Je ne le sais pas non plus, mais je vais réunir quelques souvenirs.
J'ai sous les yeux un tableau de toutes les nations du monde. Il n'y a qu'une nation (1) européenne civilisée chez laquelle le rouge domine malgré l'origine barbare des pavillons de ces nations ; mais il y en a d'autres rouges. Je lis: Alger, pavillon rouge avec une tête de mort et des os ; Tunis , pavillon rouge ; Mogol , idem ; Turquie , pavillon rouge avec un croissant ; Maroc , Japon , rouge avec le couteau exterminateur ; Siam , Surate, etc. , la même chose.
Je me rappelle que les voyageurs qui cherchent à pénétrer dans l'intérieur de l'Afrique s'approvisionnent de drap rouge pour faire des présents aux princes nègres. « Le roi d'Elve , » disent les frères Lander, «portait un surtout espagnol de drap rouge et des » pantalons de la même couleur. »
(1) L'Angleterre.
FACUNDO QUIROGA.
Je me rappelle que les présents que le gouvernement du Chili envoie aux caciques d'Arauco (1) consistent en vêtements rouges , parce que cette couleur plaît beaucoup aux sauvages.
Le manteau des empereurs romains qui représentaient la dictature était pourpre , c'est-à-dire rouge.
Le manteau royal des rois barbares d'Europe élait rouge.
L'Espagne a été le dernier pays européen qui ait répudié le rouge qu'elle portait en manteau écarlate.
Don Carlos, en Espagne , le prétendant absolu , prit un drapeau rouge.
Le règlement royal de Genève (2) disposant que les sénateurs porteront la toge pourprée , rouge , prévient que cela se pratique ainsi particulièrement : « in ese- » cuzione di giudicato criminale ad efletto de incutere » colla grave sua decorosa presenza il terrore e lo spa- » vento nel cattivo » (3).
Jusqu'au siècle passé , le bourreau de tous les États européens était vêtu de rouge !
Artigas ajoute au pavillon argentin une bande fasce diagonale rouge.
Les armées de Rosas revêtent le rouge* Son portrait s'imprime sur un ruban rouge. Quel lien mystérieux unit tous ces faits? Est ce par hasard qu'Alger,
(1) V. la note XX, à la ûn de l'ouvrage.
(2) M. Alberdi me fournit cette donnée, prise dans son voyage en Italie. (L'auteur.)
(3) Dans l'exécution du jugement criminel, à l'effet de porter par leur présence grave et pleine de décorum la terreur et l'épouvante chez le coupable.
Î54 FttCTJNDO QlJIROGJt.
Tunis , le Japon * le Mardd, la Turquie , Slim, V Afrique , les sauvages , les Nérofts romains , les rois barbares , il terrore e lo spavenlo (la terreur et l'épouvante) , le bourreau et Rosas se trouvent vêtus d'une couleur proscrite aujourd'hui par les sociétés chrétiennes et civilisées ? Est-ce que le rotfgfc n'est pas le symbole qui exprime violence, sang et barbarie? Sinon , pourquoi cette concordance ?
La révolution dé l'indépendante argentine se symbolise en deux raies bleues et ttàe blanche; c'est comme si on disait : justice , paix , justice ! I
La réaction commencée par Facundo et continuée par Rosas se symbolise en un ruban rouge qui dil : terreur, sang, barbarie!
L'espèce humaine a donné dans tous les temps cette signification à la couleur écarlate, rouge, pourpre : allez étudier le gouvernement chez les peuples qui montrent cette couleur, et vous trouverez Rosas et Facundô ; lai terreur, la barbarie, le sang coulant tous les jours. Chez les iMarocains, l'empereur a la singulière prérogative de tuer lui-même les criminels. Il faut que je m'arrête sur ce point. Toute civilisation s'exprime par ies vêtements , et chaque vêtement indique tout un système d'idées. Pourquoi portons-nous aujourd'hui toute la barbe? C'est le résultat des études qu'on a faites dans ces temps-ci sur le moyen âge : la direction imprimée à la littérature romantique se réflète dans la mode. Pourquoi celle ci varié-t elle tous les jours ? Cela provient de la mobilité de la pensée européenne : fixez votre pensée, rendez-la esclave, et vous aurez un habillement invariable ; ainsi , en Asie où
FACUNDO QtîHOOA.
l'homme vit sous des gouvernements comme celui de Rosas, il porte 16 vêtement traînant depuis le temps d'Abraham.
Il y a même plus : chaque civilisation a eu sein vêtement* et chaque changement dans les idées, chaque révolution dans les institutions a amené un changement dans la maùière de se vêtir. La civilisation romaine a en uii vêtement , le moyen âge un atitre ; l'habit ri' a commencé en Europe qu'après la renaissante des sciences ; la nation la plus civilisée petit Sëûle imposer la diode a* monde; ttitfe lés peuples ehfôtiens revêtent l'habit, et quand le Sultari de Tuhpiié Abdui Medjld veut introduire la civilisation européenne dans ses États* tl dépose le turban , le caftan et les babouches pour prendre l'habit, le pantalon et la fcravatè.
Les Argentins savent la guerre Obstinée que Facundo et Rosas ont faite à l'habit ët à la mode. En 1840 , un groupe deittashorqueros(l) eutotrfe dans l'obscurité de la nuit un individu en redingote, qffl allait par lès rues de Buenos-Ayres. Les couteaux sofit à deux doigts de sa gorge. « Je suis Simon Pereyra, » crie-t-il. rf&enor, » Celui qtii éort ainsi vêtu s'expose.- — C'est pour » cela que Je m'habillè ainsi; quel autre que moi sort » eh redingote? Je lé fais pour qu'on me reconnaisse * de loin. Ce taohsieur éist cousin et associé de ftotô Juan Manuel Rosas. Ma» pour terriiiflèr les explications que je me propose de donner sur lat eoulénr rouge, qui a commencé à Facundo, et éclairer par ses
(1) Voyez la note YY, à la fin de l'ouvrage.
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symboles le caractère de la guerre civile, je dois rapporter ici l'histoire de la cinta colorada (1) qui va aujourd'hui se montrant partout* En 1820 , parurent à Buenos-Ayres avec Rosas les colorados de las Conchas (2); la campagne envoyait ce contingent Vingt ans après , Rosas revêt enfin de rouge la ville , les maisons , les portes, les vaisselles , les tapis , les rideaux, etc. .. En dernier lieu, il consacre officiellement cette couleur et l'impose comme une mesure d'État.
L'histoire du ruban rouge est très-curieuse. Au commencement, ce fut une devise adoptée par les enthousiastes ; on ordonna ensuite à tout le monde de la porter pour prouver l'uniformité d'opinion. On désirait obéir, mais on oubliait de changer de vêtement. La police vint aider la mémoire : on distribua des mashorqueros dans les rues et surtout à la porte des temples, et à la sortie des dames, on distribuait sans miséricorde des coups de fouet ou de nerf de bœuf. Cependant il y avait encore beaucoup à régler. Si quelqu'un portait la cinta attachée négligemment, — des coups de fouet! C'était un unitaire. — La portait-il petite ? — des coups de fouet ! Il était unitaire. — S'il ne la portait point, — on l'égorgeait par contumace. La sollicitude du gouvernement et l'éducation publique ne s'arrêtèrent pas là. Il ne suffisait pas d'être fédéral et de porter la cinta, il fallut de plus montrer le portrait de l'illustre restaurateur des
(1) Ruban rouge que Rosas avait forcé les Argentins de porter.
(2) Les rouges de las Conchas. V. la note ZZ, à la fin de 'ouvrage.
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f lois (1) en signe d'amour intense , et porter la devise : Mort aux sauvages immondes unitaires !
On croira que là se borna l'œuvre d'avilir un peuple civilisé et de le faire renoncer à tonte dignité personnelle? 11 n'était pas encore bien discipliné. Un matin | on vit au coin d'une rue de Buenos-Ayres une figure peinte en papier, avec un ruban flottant de 2 pieds, î Au moment où quelqu'un la voyait, il retournait épouvanté, portant partout l'alarme; on entrait dans le premier magasin et on en sortait avec un ruban flottant de 2 pieds. Dix minutes après , toute la ville se présentait dans les rues , chacun ayant sa cinta flottant de 2 pieds. Un autre jour, une autre figure ! paraissait avec une légère altération dans le ruban : | même manœuvre. Si quelque demoiselle oubliait le ! mono (2) rouge , la police lui en fixait un gratis sur la f tête avec de la poix fondue ! C'est ainsi qu'on est parvenu à rendre l'opinion uniforme ! Demandez dans toute la république argentine s'il y a quelqu'un qui ne croie pas, qui ne soutienne pas qu'il est fédéral... Il est arrivé mille fois qu'un habitant est sorti à la porte de sa maison et a vu balayer le haut de la nie ; il y a envoyé balayer de suite , son voisin l'a imité, et en une demi-heure la rue entière a été j balayée, croyant que c'était par ordre de police. Un I marchand hisse un pavillon pour appeler l'attentiou ; on voisin le voit , et craignant d'être accusé de lenteur
* (1) V. la note a , à la fin de l'ouvrage.
(2) Le mono est un nœud de ruban que les femmes devaient porter, comme les hommes portaient la cinta.
138 FACUimO QmHÔGÀ.
par le gdtfvetnement, 1! hisse lé sien, ceux d'en face l'imitent, toute la rue en fait autant; cela passe aux autres rues, et en un instant Buenos-Ayres est couverte de pavillons. La police s'alarme et recherche quelle nouvelle heureuse on â reçue et qu'elle ignore sans doute... Et c'est le peuple qui avait forcé ùnze cents Anglais à se rendre dans les rues et qui avait envoyé ensuite cinq armées chasser les Espagnols du continent américain ! !
C'est que la terreur est une maladie de l'esprit qui afflige les populations comme le choléra-nSorbus * la petite vérole * la fièvre scarlatine. A la fin, personne ne se délivre de la contagion, Et quand on a déjà travaillé dix ans à se l'inoculer, personne n'y résiste encore, pas même les vaccinés. Né fiez dônc pas, peuples hispano-américains, à la vue de cette dégradation , songez que vous êtes Espagnols et qfue C'est ainsi que l'inquisition éleva l'Espagne ! Noùs portons cette maladie dans le safig ! ,
Reprenons le fil des faits. Facundo entra triom-
phant à Tucuman , et retourna à la Rioja , après y avoir passé plusieurs jours sans commettre d'aictes remarquables de violence et sans imposer de contributions, parce que la régularité constitutionnelle de Rivadavia avait formé une conscience publique qu'il n'était pas possible d'affronter d'un coup.
Facundo retourna à la Rioja; quoique ennemi delà présidence , le général Quiroga ne savait que dire précisément sur le motif de cette opposition à la présidence, ce qui est très-naturel; lui-même n'aurait pu s'en rendre compte. « Je ne suis pas fédéral, »
fÀCtW&O Ql'IROGA.
disait-il toujours, « croyez- Vôus qtie jë sois si bête?» — «Savez-vous, disait-il une fois à D. Dalmatio Vêlez, pourquoi j'ai fait la guerre? Pour cela!» Et il montrait une once d'or. Facundo inentait.
Une autre fois , il disait : « Carril , gouverneur de » San -Juan, m'a fait une mauvaise grâce en ne fai- » sant pas attention à ma recommandation pour Carita, * et c'est pour cela que je me suis lancé dansl'opposi- » tion au congrès. » Il mentait ; ses ennemis disaient qu'il avait beaucoup d'actions dans l'hôtel de la monnaie , on proposa de le vendre trois cent mille piastres au gouvernement national. Rlvadavia repoussa cette! proposition parce que c'était un vol scandaleux; Facundo se rangea dès lcra parmi ses enneinis.
Le fait est certain , mais ce ne fut pas là le motif. On croit qu'il céda aux suggestions de Btistos et Ibarra pour se mettre dans l'opposition , mais il y a ira document qui accrédite le contraire. « Quand je fus invité » par les très-nuls et bas Bustos et Ibarra , ne les con- » sidérant pas capables de faire opposition avec prô- » fit au despote président D. Bernardino Rivatdàvia , » je les méprisai ; mais le colonel D. Manuel del Cas- » tillo , aide de camp de feu Bustos , m'ayant assuré » que vou6 étiez d'accord dans cette affaire et que vous » y étiez le plus intéressé, je n'hésitai pas un moment » à me décider à agréer tout engagement , comptant » uniquement sur votre épée pour atteindre un heu- » reux résultat... Quel fut mon désappointement ! »
Il n'était pas fédéral, et comment pouvait-il l'être ? Quoi! faut-il être aussi ignorant qu'un partisan de campagne , pour connaître la forme de gouvernement
160 FACUNDO QUIROGA.
qui convient le plus à la république ? Est-ce qu'un homme est d'autant plus capable de juger les questions ardues de la baute politique, qu'il a moins d'instruction? Étaient-ce des penseurs comme Lopez, comme Ibarra, comme Facundo qui, par leurs études historiques , sociales , géographiques , philosophiques, légales, allaient résoudre le problème de l'organisation convenable d'un État? Eh !!! Laissons de côté les vaines paroles par lesquelles on s'est moqué des imprudents avec tant d'imprudence. Facundo donna contre le gouvernement qui l'avait envoyé à Tucuman par la même raison qu'il donna contre Aldao qui Ta* vait envoyé à la Rioja ! Il se sentait fort et avec la volonté d'agir : il y était poussé par un instinct aveugle, indéfini , et il y obéissait ; il était le commandant de campagne, le méchant gaucho, ennemi de la justice civile, de l'ordre civil, de l'homme élevé, du savant, de l'habit, de la ville en un mot. La destruction de tout cela lui avait été recommandée d'en haut, et il ne pouvait abandonner sa mission.
Dans ce temps-là, une singulière question vint compliquer les affaires. A Buenos-Ayres , port de mer, résidence de seize cents étrangers , le gouvernement proposa d'accorder à ces étrangers la liberté des cultes , et la partie la plus illustre du clergé soutint et sanctionna la loi : les couvents avaient été déjà régu- j larisés et les prêtres pris à solde (1).
(1) La réforme amena de grandes discussions; mais appuyée, entre autres notabilités ecclésiastiques, par le doyen docteur Zavaleta, le prêtre don Valentin Gomez , le curé de la cathédrale
FACUNDO QVJIROGÀ.
Cet événement ne fit pas de bruit à Buenos- Ayres, parce que c'était un point sur lequel les opinions étaient d'accord et dont la nécessité était patente. La question de la liberté des cultes est en Amérique une question de politique et d'économie. Qui dit liberté des cultes dit émigration européenne et population. Ce fut un fait qui fit si peu d'impression à Buenos-Ayres, que Rosas ne s'est hasardé à rien toucher de ce qu'on ac-
tion Julian Segundo de Âgûero, elle fut adoptée par la salle. La réforme n'amena en effet aucun bruit , aucun désordre à Buenos-Ayres : elle donna plus tard à Rosas un prétexte à une démonstration armée contre le gouvernement. Dans la nuit du 19 mars 1823 , Buenos-Ayres fut envahie par les milices de Caôuelas , aux ordres de leur commandant Hilarion Castro, compère de Rosas, à l'instigation de celui-ci qui s'en fut quelques jours avant sous certains prétextes à Santa-Fé , y porter ce résultat. Le cri des séditieux était : Vive la religion! Ils arrivèrent à la grande place et furent repoussés ; quelques-uns moururent , d'autres furent pris , jugés publiquement et solennellement exécutés (c'est là que fut fusillé Peralta). — Puisque je parle de ceci, j'ajouterai en passant que, du temps de la présidence en 1826, ! Rosas arma un autre soulèvement dans la campagne et s'en fut encore avant à Santa-Fé : mais il ne réussit pas parce qu'il éclata en désordres à Lujan , et le colonel lzquierdo le repoussa à coups de sabre ; les complices allèrent chercher asile dans l'estancia de Rosas. Le gouvernement fut très-négligent, on regarda cela avec mépris
Quant à la liberté des cultes ; elle fut proposée par le gouvernement de Las Heras à la salle provinciale en 1825. L'opposition, libérale en tout pays , y résista : mais elle fut facilement vaincue dans la discussion , et la loi fut sanctionnée , naturellement pour la seule province de Buenos-Ayres. La même année , le congrès approuva le traité avec l'Angleterre , dans lequel cette liberté fut accordée à tous les sujets britanniques , alors pour toute la république. Tout cela n'amena point la moindre nouveauté , et le peuple vit avec indifférence la construction du premier temple protestant.
Alsina.
JG2
FACimDO QUIROGA.
corda alors , et il faut qu'une fchose Soit d'une absurdité incroyable pour que Rosas ne la tente pas. Ce (ut cependant dans les provinces une question de
religion , de salut et de condamnation éternelle. Iniagifoez-vous comment elle fut reçue à Côrdova ! A Côrdova, on établit une inquisition. San-Juan éprouva un soulèvement catholique, parce que le parti prit ce nom des libertinos (1) , leurs ennemis. Cette révolution étouffée à San-Juan , on apprend un jour que Facundo est aux portes de la ville avec un pavillon noir partagé par une croix couleur de sang , avec cette devise : Religion ou la mort!
Le lecteur se souvient-il que j'ai copié dans un manuscrit que Facundo ne se confessait jamais ? n'entendait jamais la messe , ne priait pas et disait lui-même qu'il ne croyait à rien ? Eh bien ! l'esprit de parti conseilla à lin célèbre prédicateur de l'appeler l'envoyé de Dieu et d'engager la multitude à suivre ses drapeaux. Quand ce même prêtre ouvrit les yeux et abandonna la croisade criminelle qu'il avait prêchée, Facundo dit que ce qu'il regrettait le plus , c'était de ne pas le tenir dans ses mains pour lui donner six cents coups de fouet.
A son arrivée à San-Juan, les principaux de la ville, les magistrats qui n'avaient pas fui viennent à sa rencontre et se forment sur deux files daiis une rue. Facundo passe sans les regarder ; ité le suivent à distance , troublés, se regardant les uns les autres dans
(1) Libertinos (de libertad, liberté), nom sous lequel on désignait les partUang de la liberté des cultes.
FACUTOO QUIROGA
l'humiliation commune 9 jusqu'à ce qu'Us arrivent à un polrero (1) de luzerne , logement que le général pas-* teur, ce moderne hicso, préfère aux édifices ornés de la ville. Une négresse qui l'avait servi dans son enfance se présente pour voir son Facundo ; il la fait asseoir à son côté , converse affectueusement avec elle , pendant que les prêtres et les notables de la ville sont debout sans que personne leur adresse la parole, sans que le chef daigne les renvoyer.
Les catholiques durent douter un peu de l'importance et de la valeur du secours qui leur venait d'une manière si inespérée. Peu de jours après , sachnnt que le curé de la Conception était libertino, il le fait amener par ses soldats , qui le vexent pendant le trajet , lui fait mettre les fers et lui ordonne de se préparer à mourir. Parce qu'il faut que mes lecteurs chiliens sachent qu'il y avait alors à San- Juan des prêtres libertinos , curés , clercs , moines , qui appartenaient au parti de la présidence, entre autres le prêtre Centeno > très-connu à Santiago > fut avec six autres un de ceux qui travaillèrent le plus à la réforme ecclésiastique. Mais il fallait faire quelque chose pour justifier la devise du pavillon. Dans un but si louable , il écrivit à lin prêtre qui lui était dévoué pour lui demander conseil sur la résolutidn qu'il a prise , dit-il, de fusiller toutes les autorités 5 pour n'avoir pas encore décrété la dévolution du temporel.
Le bon prêtre, qui n'avait pas prévu l'importance qu'il y a à armer le crime au nom de Dieu , eut au
(t) Pdtreto (de polro, poulain) , lieu où l'on élève des poulains.
164 FACUNDO QUIBOGA.
moins un scrupule sur la forme dans laquelle on allait faire la réparation , et obtint qu'on leur envoyât un avis pour leur demander ou leur ordonner de le
faire.
Y eut-il question religieuse dans la république argentine? Je le nierais fortement, si je ne savais que plus un peuple est barbare et par conséquent irréligieux , plus il est susceptible de céder au préjugé et au fanatisme. Mais les masses ne s'émurent pas spontanément , et ceux qui adoptèrent cette devise , Facundo, Lopez, Bustos, etc., étaient complètement indifférents. Ceci est capital. Les guerres religieuses du xv e siècle, en Europe , sont soutenues des deux côtés par des croyants sincères, exaltés, fanatiques et décidés jusqu'au martyre, sans vues politiques, sans ambition. Les puritains lisaient la Bible au moment de combattre, priaient et se préparaient par des jeûnes et des pénitences. Le signe auquel se reconnaît surtout l'esprit des partis, c'est qu'ils réalisent leur but quand ils viennent à triompher , même au delà de ce qu'ils espéraient avant la lutte. Quand cela n'arrive pas, il y a déception dans les paroles. Quand le parti qui s'appelle catholique eut triomphé dans la république argentine , que fit-il pour la religion ou les intérêts du sacerdoce?
Tout ce que je sais , c'est qu'il chassa les jésuites et tua quatre prêtres respectables (1) à Santos Lu-
(l) Ces prêtres étaient : le curéVillafane, de la province de Tucuman ; deux curés de Frias , poursuivis de Santiago del Estero , établis dans la campagne de Tucuman, l'un âgé de soixante-quatre
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gares (1) , après leur avoir écorché le sommet de la tête et les mains; qu'il mit auprès du très-saint-sacrement le portrait de Rosas et le porta processionnellement sous un dais ! Le parti libertino a-t-il jamais commis d'aussi horribles profanations?
Mais c'est assez m'anrêter sur ce point Facundo passa son temps à San-Juan à jouer, laissant aux autorités le soin de lui réunir les sommes nécessaires pour le dédommager des frais que lui occasionnait la défense de la religion. Tout le temps qu'il y resta, il occupa une tente au centre du potrero de luzerne et montra (parce que c'était ostentation de sa part) la chiripa (2), défi et insulte qu'il faisait à une ville où la plus grande partie des habitants montaient sur une selle anglaise , et où les habillements et les goûts barbares de la campagne étaient d'autant plus détestés que San- Juan est une province agricole. Une autre campagne dans le Tucuman contre le général Madrid compléta le début de ce nouvel émir des pasteurs. Le général Madrid était revenu au gouvernement de Tucuman , soutenu par la province , et Facundo crut de son devoir de le déloger. Nouvelle expédition , nouvelle bataille 9 nouvelle victoire. Je supprime les détails parce qu'on n'y rencontrerait que des futilités. 11 y a cependant un fait remarquable. Madrid avait à la bataille
ans, Vautre de soixante-six: le prêtre Cabrero, de la cathédrale de Cordova , de soixante ans. Us furent conduits tous les quatre à Buenos- Ayres et égorgés à Santos-Lugares, après les profanations précitées, (t) Endroit à trois lieues dans l'ouest de Buenos-Ayres. i (2) V. la note F, à la fin de l'ouvrage.
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del Rincon cent dix hommes d'infanterie; quand faction se termina , il en était mort soixante en ligne , et à l'exception d'un seul , les cinquante restants étaient blessés. Le lendemain , Madrid se représente au combat, et Quiroga lui envoie un de ses aides mal habillé, lui dire simplement que Faction commencera entre les cinquante prisonniers qu'il laissait agenouillés et une compagnie de soldats qu'on lui montrait. A cette intimation , Madrid abandonna toute tentative de résistance, j Dans ces trois expéditions dans lesquelles Facundo essaye ses forces, on remarque encore peu d'effusion de sang , peu de violation de la morale. Il est vrai qu'à Tucuman , il s'empare de bestiaux, de cuirs bruts, de cuirs corroyés et impose de fortes contributions en argent monnayé ; mais on ne donne pas encore de coups aux citoyens , il n'y a pas encore d'outrage aux dames ; ce sont les maux de la conquête, mais encore sans leurs horreurs : le système pastoral ne se dérouie pas sans frein et avec tout le naturel qu'il montre plus tard.
Quelle part avait le gouvernement légitime de la Rioja dans ces expéditions ? Oh ! les formes existent , mais l'esprit était tout clans le commandant de la campagne. Blanco laisse le commandement , abreuvé d'humiliations et Aguero entre au gouvernement, lo jour Quiroga arrête son cheval à la porte de la maison d'Aguero et lui dit: « Monsieur le gouverneur, je viens » vous avertir que je suis campé à deux lieues avec » mon escorte. » Agtiero abandonne le gouvernement 11 est question d'élire un nouveau gouvernement, et à
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la flptiUon des hantants, il daigne leur indiquer Gaivan. On le reçoit, et il est assailli la puit par un parti de soldats -, il sfenfuit et Quiroga rit beaucoup de l'aventure. La junte des représentants se composait d'hommes qui ne savaient même pas lire. Il a besoin d'argent pour ia première expédition à Tuçuman et il demande au trésorier de l'hôtel de la monnaie huit mille piastres pour à-compte de ses actions qu'il n'a jamais payées: à Tucuman, il demande vingt-cinq mille piastres pour payer ses soldats qui ne reçoivent rien, et plus tard, il passe dix-huit mille piastres en wmpte à Dorr^go, pour se payer les frais de l'expédition qu'il avait faite par ordre du gouvernement de Buenos-Ayres. Dorrego s'empresse de satisfaire à une demande aussi juste. Il partage cette somme entre lui et Moral , gouverneur de la Rioja, qui lui avait suggéré [cette idée: six ans plus tard, à Mendoza, il faisait tonner sept cents coups de fouet à ce même Moral Pour le châtier de son ingratitude.
Pendant le gouvernement de Blanco , une dispute Engage dans une partie de jeu. Facundo prend son j adversaire aux cheveux, le secoue et lui casse Ilu que. Le cadavre fut enterré et on écrivit dessus : de mort naUtrelle. Au moment (Je partir pour T «CMman, il envoie du monde chez Sarate , propriétaire paisible mais connu par sa valeur et son mépris pour Quiroga ; il sort à sa porte * on écarte sa femmç et ses enfants, et pn le fusille en laissant à sa veuve le s °m d'enterrer le cadavre. De retour de l'expédition, l ' rencontre Gutierrez , ex-gouverneur de Gatamarca et Partisan du congrès , et le prie d'aller vivre à la
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Rioja où il sera en sûreté. Ils passent tous les deux quelque temps dans la meilleure intimité ; mais un jour qu'il Ta vu dans des courses entouré de gauchos amis , on le saisit et on lui donne une heure pour se préparer à mourir.
L'épouvante règne à la Rioja; Gutierrez est un homme respectable qui s'est attiré l'affection de tout le monde. Le prêtre docteur Colina , le curé Herrera, le père provincial Torrina , le père Cernadas , gardien de San-Francisco et le père prieur de Santo-Domingo se présentent à lui pour demander au moins pour le coupable le temps de prier et de se confesser. « Je vois » bien, répondit-il , que Gutierrez a beaucoup de par- » tisans ici. Une ordonnance ! Menez ces hommes en » prison et qu'ils meurent à la place de Gutierrez. » On les y mène en effet : deux se mettent à pleurer, à jeter des cris et à. courir pour se sauver ; il arrive à. un troisième quelque chose de pire que de s'évanouir; les autres sont mis en chapelle. En entendant l'histoire , Facundo se met à rire et ordonne qu'on les mette en liberté. Ces scènes avec les prêtres sont fréquentes chez V envoyé de Dieu. A San-Juan , il fait promener un nègre habillé en prêtre; à Côrdova, il ne désire choisir personne que le docteur Castro Barros , avec lequel il a un compte à régler; à Mendoza, il marche avec un prêtre prisonnier condamné à mort , qu'on assied sur le banc pour le fusiller; à Atiles, il en fait autant avec le curé d' Alguia ; à Tucuman , avec le prieur d'un couvent. Il est vrai qu'il n'en fusille aucun y cela était réservé à Rosas 9 autre chef du parti catholique; mais il les vexe , les humilie , les outrage,
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ce qui n'empêche pas les vieux et les bigotes d'adresser au ciel leurs prières pour donner la victoire à ses armes.
Mais ici ne finit pas l'histoire de Gutierrez. Quinze jours après, il reçoit Tordre de partir pour l'exil avec une escorte. Arrivé à un logement, on allume le feu pour souper , et Gutierrez se met en devoir de le souffler. L'officier lui donne un coup de bâton, il en arrive d'autres, et la cervelle saute dans les environs.
Un exprès part de suite pour informer le gouver-*
neur Moral que le coupable ayant voulu s'enfuir
L'officier ne savait pas écrire, et il avait emporté de la Rioja cet avis cacheté parmi les provisions!
Tels sont les principaux faits arrivés pendant les premiers essais de fusion de la république que fait Facundo , parce que ceci est un simple essai ; le moment de l'alliance de toutes les forces pastorales pour faire sortir de la lutte la nouvelle république n'est pas encore arrivé.^ Rosas est déjà grand dans la campagne de Buenos-Ayres, mais il n'a encore ni nom n» litre : il travaille cependant, l'agite, la soulève. La constitution donnée par le congrès est repoussée par tous les peuples chez lesquels les caudillos ont quelque influence. L'envoyé se présente à Santiago del Estero en habit de cérémonie, Ibarra le reçoit en manche de chemise et chiripa ! Rivadavia se démet de
présidence, parce que la volonté des peuples est en opposition. «Mais le vandalisme va vous dévorer,» aioute-t-il à son départ.
Il fit bien de donner sa démission. Rivadavia avait
pour mission de nous présenter le constitutionalisme
1~0 KACINDO gilROGA.
de Benjamin Constant avec toutes ses paroles creuses, ses déceptions, ses ridicules. Rivadavia ignorait que quand il s'agit de la civilisation et de la liberté d'un peuple, un gouvernement a des devoirs difficiles à remplir vis-à-vis de Dieu et des générations futures, et qu'il n'y a ni charité ni compassion à abandonner pendant trente ans unp nation aux dévastations et au couteau du premier qui se présente pour la dépouiller et l'égorger. Les peuples au berceau sopt des enfants iiui ne prévoient rien , ne croient rien, et il faut que les hommes de baute prévision et de haute compréhension leur servent de pères. Le vandalisme nous a dévorés en effet, et c'est une bien triste gloire que celle de prédire le mal dans une proclamation, et de ne p$s faire le moindre effort pour l'empêcher.
FACtNDO QUTROGA .