PROLOGUE. XLtll
mitire ne disparût avec la gaieté et l'audacieuse volonté d'une conception sans ordre.
Ce livre, comme beaucoup d'autres qu'a fait naître la lotte de la liberté, ira bientôt se confondre dans l'immense fatra&de matériaux, du sein desquels sortira un jour, libre de tout vice, l'histoire de notre patrie, le drame le plus fécond en leçons, le plus riche en péripéties et le plus vivace qu'ait présenté la dure et pénible transformation américaine. Heureux si , comme je le désire, je puis me consacrer avec succès à une aussi grande tâche! Je jetterais alors volontiers au feu toutes les pages que j'ai laissé échapper précipitamment dans le combat dans lequel vous et tant d'autres courageux écrivains ont cueilli les lauriers les plus frais en blessant de plus près et avec des armes mieux trempées le plus puissant tyran de notre patrie.
Ta\ supprimé l'introduction comme inutile, et les deux derniers chapitres comme oiseux aujourd'hui , me rappelant une indication de vous à Montevideo en 1846, dans laquelle vous m'insinuiez que le livre était terminé à la mort de Quiroga.
J'ai une ambition littéraire, mon cher ami, et je consacre à sa satisfaction beaucoup de veilles, d'investigations prolixes et d'études méditées. Facundo mourut de corps à Barranca-Yaco; mais son nom pouvait s'échapper dans l'histoire et survivre quelques années sans châtiment exemplaire comme il le méritait. La justice de l'histoire est déjà tombée sur lui, et la suppression de son nom et le mépris des peuples conservent le repos de sa tombe. Ce serait offenser l'histoire que d'écrire la vie de Rosas et humilier notre patrie que de lui rappeler, après sa réha-