PROLOGUE. XLV
lennelle f la plus sublime et la plus triste de l'espèce humaine, autant pour les peuples qui ont été ses victimes que pour les nations, les gouvernements et les politiques européens ou américains qui ont été acteurs ou témoins intéressés dans ce drame.
Les faits sont ici consignés, classés, prouvés, appuyés de documents; il leur manque cependant le fil qui doit les lier en un seul fait, le souffle de vie qui doit tous les affermir en même temps à la vue du spectateur et les convertir en tableaux vivants avec des premiers plans palpables et des lointains nécessaires; il leur manque le coloris qui fait le paysage, les rayons du soleil de la patrie ; il leur manque l'évidence que fournit la statistique qui compte les chiffres , qui impose silence aux puissants imprudents.
Il me manque, pour tenter cela, d'interroger le sol et de visiter les lieux de la scène; d'entendre les révélations des complices, les dépositions des victimes , les souvenirs des vieillards, les histoires douloureuses des mères qui voient par le cœur; il manque d'écouter l'écho confus du peuple qui a vu sans comprendre; il manque la maturité du fait accompli et le passage d'une époque à une autre , le changement des destinées de la nation pour retourner nies regards en arrière avec fruit en faisant de l'histoire un exemple et non une vengeance.
Imaginez-vous, mon cher ami, si, désirant pour moi ces trésors avec ardeur, je prêterai grande attention aux défauts et aux inexactitudes de la vie de Juau Facundo Quiroga ou à quoi que j'aie abandonné à la publicité ! Il y a une justice exemplaire à faire et une gloire à acquérir comme écrivain argentin, fustiger le monde et humilier
atvi PROLOGUI.
les grands de la terre, qu'ils Rappellent savants ou gouvernements. Si j'étais riche, Jé fonderais un prix Montyon pour celui qui le ferait.
Je vous envoie donc Facundo sans autre excuse; et faites qu'il continue l'œuvre de réhabilitation dn juste et du digne que j'ai eue en vue au commencement. Nous avons ce que Dieu accorde à ceux qui souffrent , des années devant nous et l'espérance; j'ai un atome de ce qu'il accorde à vous, à Rosas, quelquefois au crime et à la vertu , la persévérance. Persévérons, monsieur, mouron?, vous là-bas i mol ici? mais qu'aucun acte, aucune parole de nous ne révèle que nous avons la conscience de noire faiblesse et qu'il y a des tribulations et des dangers qui nous menacent aujourd'hui ou demain.
Votre affectionné camarade.
Domingo F. Sarmibnto.
Yungai, 7 avril 1851.
FACUNDO QUIROGA.
FACUNDO QUIROGA.
ASPECT PHYSIQUE DE LA RÉPUBLIQUE ARGENTINE, ET CARACTÈRES, COUTUMES ET IDÉES QUI BN DÉCOULENT.
Le continent américain se termine au sud par une pointe dont l'extrémité forme l'un des côtés du détroit de Magellan ; à l'ouest , et à peu de distance de l'océan Pacifique , s'étendent les andes du Chili , dans one direction parallèle à la côte. Les terres qui se trouvent à Test de cette chaîne de montagnes et à l'ouest de l'océan Atlantique , en suivant le Rio de la Wata et remontant l'Uruguay, forment le territoire qui a porté le nom de Provinces-Unies du Rio de la