‹ Civilité du premier âgeChapitre 3 sur 11 · DE LA CIVILITÉ · texte numérisé non relu

DE LA CIVILITÉ

Mes en fans, la Civilité est la manière d'agir et de parler dans le monde avec honnêteté et bienséance.

La Civilité a. ses règles et son cérémonial selonle pays oùl'on est ; c'est pourquoi il faut la connoître pour ne point manquer aux usages reçus.

La Civilité nous engage à veiller sur nous-mêmes : elle nous empêche de mettre nos défauts au jour, et nous fait montrer de l'indulgence pour ceux des autres : elle force les hommes à se donner des signes extérieurs d'estime et de bienveillance,

qui entretiennent entre eux la douceur et la paix.

Du Lever.

La Civilité s'étend sur toutes les actions du jour, à commencer par îe lever.

Viens ici, Mimi, que je te donne des bonbons; tu t'es conduite ce matin comme une fille raisonnable ; en l'éveillant, et sans qu'on te le dise , tu as donné ton cœur à Dieu; ce qui est très bien : un enfant ne doit jamais manquer à ce devoir s'il veut que Dieu le bénisse. A la suite de cette courte prière , il faut qu'il prenne la résolution d'être bien obéissant et d'éviter les fautes auxquelles il est le plus sujet. Revenons à ma petite Mimi.

A près avoir rendu à Dieu le tribut d'hommage et de reconnoissancc

qui lui est dû, tu t'es levée sans te le faire dire deux fois; n'imitant point ces petites paresseuses qui aiment à garder le lit, et mécontentent leur maman ou leur bonne. J'ai vu aussi ayec plaisir que tu t'es habillée avec autant de décence qu'une grande personne : tu ne restes plus en chemise comme autrefois; tu évites de paroître les jambes et les pieds nus f ou à moitié habillée, comme font les petits enfans.

ÎÏELSIE ^ (en baisant les mains àe sa maman. }

Ma chère maman , âï-je manqué ce matin à quekjues uns de mes devoirs? Veuillez bien me le dire:

j'y ferai la plus grande attention.

TVi^e BB SAIKTE-IUCXE,

Je n'ai rien à vous reprocher, nia chère petite ; je vous ferai seulement

observer qu'il est contre la décence de mettre ses jarretières devant quelqu'un , de prendre ses souliers, de les attacher; ayez soin pour toutes ces choses de passer dans une autre pièce, ou de vous retirer à l'écart, en tournant le dos à la compagnie. Une petite fille qui se permet ces libertés est encore plus iautive qu'un garçon, parce qu'elle blesse les bonnes mœurs, qui sont extrêmement sévères sur tout ce qui tient à la modestie.

PAUI.

Vous savez, maman, que depuis six mois je m'habille tout seul; je ne sors jamais de ma chambre sans mon habit.

Mme DE SAINTE-LUCIE.

Il seroit honteux à un garçon de huit ans, d'avoir encore besoin de

sa bonne; mais avant de mettre cet habit, il faut, mon cher, ne rien omettre de ce qui tient à la propreté. Jean, dont la petite tournure est si originale, a aussi un habit; cependant voudrois-tu loi ressembler? Non.

La propreté est nécessaire à la santé; elle fait aussi partie de la bienséance; car sans elle on est pour les autres un objet de dégoût.

Un enfant doit donc avoir soin de se laver les yeux, la bouche et les mains; de s'essuyer les oreilles, de se débarbouiller, de se peigner, et cela tous les jours ; de tenir ses pieds nets , de se couper les ongles , de nettoyer ses habits, de n'avoir sur lui ni trou, ni tache; d'avoir ses bas bien tirés, ses souliers bien propres; d'être enfin vêtu avec assez de soin pour donner bonus

opinion de lui; car le désordre de la toilette paroît une suite de la nonchalance de lame.

Maman, je ne pleure plus quand on me débarbouille , quoique l'eau soit bien froide! et je me cache pour mettre mes jarretières!

Mme DE SAINTE-LUCIE.

Ma bonne amie, il faut veiller de même sur beaucoup de choses que tu négliges! car tu as cinq ans!

Ecoute bien :

11 est mal de porter les mains â sa tête pour se gratter, ou pour toucher à ses cheveux.

Il est très sale de fourrer les doigts dans son nez.

il faut se moucher autant de fois qu'on sent en avoir besoin , et le

faire assez proprement pour ne pas révolter ceux qui vous regardent;

Il est contre le bon usage de se moucher fort, en faisant la trompette.

Un enfant bien élevé prend son mouchoir, l'étend sur sa main, se mouche au milieu, le ferme proprement, et se garde bien de l'ouvrir ensuite.

Il est aussi déplacé d'éternuer fort de manière à faire retentir la maison. L'enfant qui a reçu les meilleurs principes de politesse , ne se fait ni entendre ni remarquer.

Quand on éternue, il faut mettre sa main ou son mouchoir devant sa figure , et prendre bien garde de faire sauter de la salive à droite ou à gauche, ou sur ses habits.

Un enfant doit éviter de prendre l'habitude de cracher. Si la néces-

site l'y oblige , il ne doit jamais cracher à terre, quelque part qu'il soit, ni par la fenêtre, ni dans le feu ; on doit toujours cracher dans son mouchoir , et ne point l'ouvrir ensuite pour regarder dedans.

11 ne faut point toucher la main ni les habits d'une personne avec des mains sales, et se bien garder de les porter ainsi *à sa ligure.

On voit desenfans qui , les mains toutes barbouillées, les appliquent sur la robe de leur maman et l'emplissent de taches.

On en voit d'autres qui rongent leurs ongles par défaut de contenance. Tout cela n'est pas pardonnable passé l'âge de trois ans.

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