‹ Civilité du premier âgeChapitre 6 sur 11 · QUATRIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME SOIRÉE

De &z Promenade,

Mme DE SAINTE - LUCIE.

Nous avons vu, les jours précédens, mes bons amis, ce que-Ton doit observer de plus essentiel et d'après nos usages, pour se bien conduire âtable et en visite ; voyons aujourd'hui comment il faut se comporter à la promenade; car il y a aussi des bienséances à garder dans les lieux publics , où l'on vous juge rigoureusement selon la manière dont vous vous conduisez.

Je dirai d'abord à mon Charles, qu'à la promenade, et en général dans les lieux publics, on doit

parler fort bas, et le moins possible : parler à la promenade coin me si l'on étoit chez soi, sent un peu l'écolier ! soit dit en passant.

Nelsie se souviendra que les enfans qui commencent à grandir, doivent éviter de manger dehors; cela n'est tolérable que dans les plus petits.

( En regardant Mimi. ) Rien n'annonce la gourmandise , et ne donne plus mauvaise idée d'un enfant, que de l'entendre, hors de chez lui , demander des gâteaux ou autre friandise, surtout à des étrangers. Si une autre personne que son papa ou sa maman lui offre soit des joujoux, soit des bonbons, il doit les refuser poliment, et ne les accepter que lorsque son père ou sa mère lui en a donné la permission.

Quant à toi, Paul, écoute ceci :

un enfant doit éviter de marcher la tête basse, les bras pendans, en leur donnant le mouvement d'un balancier, il faut marcher ferme, portant bien sa tête, en regardant devant soi d'un air décent et aisé.

Il n'y a que les étourdis qui regardent à droite et à gauche, lèvent le nez en l'air, et se heurtent à tous ceux qui passent, par défaut d'attention.

Il est contre la bienséance de tenir ses mains sur son dos. Il ne faut pas marcher en dansant , ni traîner les pieds, ou chasser devant soi les cailloux ou les pierres pour les faire sauter : toutes ces choses sont opposées à la bonne éducation.

Quand un enfant se trouve dans une foule, il ne doit point pousser

ceux qu sont devant lui pour les faire avancer; il suffit qu'il se garantisse avec la main, sans toucher à qui que ce soit.

]V est-il pas vrai, maman, qu'il ne faut montrer personne au doigt en parlant? Vous nous l'avez dit.

Mmc DE SAINTE - LUCIE.

Nelsie jette une pierre dans ton jardin, Charles; tu t'es fait remarquer aujourd'hui pour cela. Souviens-toi , mon ami , de ne plus retomber dans cette faute : il ne faut pas même nommer la personne de qui l'on parle ; car si l'on vous entendoit , on pourroit croire que vous vous amusez aux dépens de votre prochain, en tournant les autres en ridicule.

CHARLES

Maman, je montrais ce petit papier attaché à la robe à'Emzlie.

Mme DE S ATNTS - LUCIE»

N'importe : ces mauvaises plaisanteries sont indignes d'être relevées, îl n'y a que les polissons qui osent insulter les personnes honnêtes par des hardiesses de tous genres, soit en agaçant leur chien , soit. en faisant d'autres malices , comme de mettre un rat sur le schall d'une dame, ou d'attraper y dans de certains temps, des personnes respectables : ces sortes de jeux ne sont tolérables que d'écolier à écolier; mais revenons à ce qui vous convient particulièrement.

Les en fans doivent sal uer toutes

les personnes de leur connoissance, sans attendre que Ton commence :

plus Ton doit de respect à quelqu'un , plus la révérence doit être profonde.

Si un enfant rencontre une personne liée d'amitié avec ses parens, qui ait l'air de le remarquer, il doit la saluer d'abord : si on l'arrête, il faut qu'il demande poliment des nouvelles de la santé de cette personne et de ceux qui l'intéressent, n'oubliantpas de commencer ainsi :

Monsieur , ou Madame > comment va V état de voire santé? Ensuite, il répondra poliment aux questions qu'on lui fera.

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