MAI GU£R1TE
Air de Céline.
J'ai trompé le maître que j'aime.
Furieux , la mort dans ces traits , Cachant mal son désordre extrême , Jl était là ! moi je tremblais.
Au trouble où sa douleur le plonge , A mon triste pressentiment , J'ai deviné que le mensonge Était encor du (iévoùmeut.
MARÔUEKITE.
J'ai meuli pour vous , ce qui ne nie sernit pas arrivé pour moi-même. . . Il se passe ici des choses que je ne veux pas connaître... Je vous suis trop attachée pour cela. . . Aussi je m'en irai, Madame.
CLAIRE
Toi , Marguerite, qui ne in'as jamais quittée! toi sur qui je comptais ! . . .
MARGUERITE , baissant la voix.
Comme ce matin , peut-être ! . . . Non , Madame , non ; ce sont là des services que je ne puis rendre à personne. . • Monsieur a e'tabli mes enfans : c'est chez eux qne je me retire. J'y ferai des vœux pour kii , et pour vous, Madame , fjui vous préparez bien des chagrins!
CLAIRE, rappelant tout ion courage.
Marguerite !
MARGUERITE
Adien, Madame! (^ Elle s'éloigne lentement. )
CLAIRE
Elle aussi . . . elle qui m'a élevée . . . ( Elle regarde Marguerite , qui s'est arrêtée , et qui se précipite sur sa main pour l'embrasser. ) Elle me méprise !
mÈNE lï.
M'"^ LAJAUNAY , SOUFB'LOT , CLAIRE.
M"*^ LAJAUNAY.
Non , c'en est trop ! . . . je ne puis supporter ! . . . Ah ! Claire, c'est vous , je vous cherchais. . . M. Soufflot , restez , restez , il faut que je vous parle.
SOUFïLOT.
A moi?
M™^ LAJAUNAY.
On dit dans le salon que M. de Surgy quitte Paris demain , cette nuit peut-être. . .
CLAIRE
Ah!
Oh! j en suis désolé !
( '^8 ) ]\l™^ LAJAUNAY.
Cela m'est parF.iiteinent ëgal.
SOUFFLOT
Et h moi aussi
M™e tAJAuNAY.
Ce qui ne me lest p.is, c'est qne son de'part me laisse exposée à des calomnies qu'il m'importe de détruire. . . ( Mouvement de Claire.) Oui, il est question d'une intrigue dont on a les preuves , et c'est moi qui en suis l'he'roïne... J'ai voulu rire d'abord de tout cela j mais c'est plus grave que je ne pensais. .. Les soupçons se re'pandent , s'enveniment. . . et pour l'honneur de mon mari, pour le mien , je dois de'couvrir la source de ces traits insultans , et renvoyer la honle à celle qui m'a si ge'ne'reusement laissé mettre à sa place.
SOUFFLOT
Vous avez raison. , . { A Claire. ) Madame a raison.
CLAIRE
Y pense/.-voi!S?. . . c'est attacher beaticoap trop d'importance. . .
M"°e LAJAUNAY.
A ce qui me deshonorel . . . Vous n'étiez pas dans votre salon pour voir tout ce que j'ai souffert d'humiliation et de mépris! . . . J'entends le nom d'Alfred sortir de tous les groupes. . . A mon approche, on s'écarte, on semble me fuir... les femmes en pinçant dédaigneusement leurs lèvres; les hommes avec un rire insultant. . .
Ah ! c'est une indignité !
M'"^ LAJAUNAY.
Sans doute! aussi M. Alfred ne s'éloignera pas avant de m'avoir accordé l'explication que j'exige de lui. ( Regardant Soitfflol. ) Mais comme cette démarche pourrait être fort mal interprétée par des gens qui ne respectent rien, j'ai
voulu qu'elle ne fût un secret pour personne et ,
pour cette raison, c'est vous, M. Soufflot , que je charge
d'aller trouver M. de Surgv , avant son départ ce
soir, à linstant même demandez-lui pour moi nue
heure d'entretien en présence de ma sœur et. . . ( Tendaut la main à Claire. ) dune amie... Après cela, qu'il s'éloigne 5 qu'il parte. . . c'est tout ce que je veux.
Air du Charlatanisme.
Monsieur , piiis-je compter sur vous?
Puis-je espérer ce bon office ?
SOUFFLOT
J'y cours. Madame... Il m'est bien doux Que vous aviez besoin d'un tel service.
Jl faut , en cette occasion,
Dans l'intérêt de la morale, !
Une bonne explication Qui soit publique, et fasse explosion...
Moi , je n'aime pas le scandale.
( // sort, )