SCENE V
ALFUED, CLAIRE D'ALBE.
Xi.h KED , i^uit/nciU, après ai'oir regardé pnrloul. L excellent liomme que Lajaunay! nous laissser cuscmble! . . . Gest une ruse de vous , j'en suis sûr.
CLAIRE
Clint! je vous dirai cela.
ALFRED
Oh ! nous sommes seuls. . . Eh bien ! depuis ce malin , comment vous trouvez-vous?
CLAIRE
Oh! bien inquiète; je tremblais que ma lettre 'e vous fût pas parvenue à temps.
ALFRED
Oh si! la voilà. . , Dix fois Je l'ai relue, je l'ai pressée contre mes lèvres..... Mais pourquoi cet ordre? Je suis parti, j'ai obéi sans hésiter. . . Cependant nous ne devions pas venir. . . Et ce rendez-vous dans le pavillon? ( Mouf^enient de Claire.) Ali ! hous en étions convenus.
CLAIRE
11 est vrai... C'est M. Lajaunay qui m'a tourmentée; j'avais presque refusé d'abord ... et puis une réflexion, une crainte involontaire.. .
ALFRED
Laquelle?
CLAIRE
Je n'ose la dire. . . Vous me trouverez bien folle ; n'importe, pas de secrets avec vous... Eh bien! un mouvement de jalousie.
Comment?
CLAIRE
Oui; il assure que vous êtes amoureux de sa femme.
ALFRED
Moi! de madame Lajaunay?
CLAIRE
Elle est bien jolie I
ALFRED , la regardai!/.
Mais non, je ne trouve pas. . . Et vous avez pu croire...
CLAIRE.'
Oh! j'ai ri d'abord de cette idée; et puis, après sondépart , elle m'est revenue à l'esprit. . . elle s'est emparée de moi ; je n'y tenais plus , j'avais besoin de vous voir , de vous observer avec elle.
Air d' Aristippe.
Et maintenant ëtes-vous rassurée ?
CLAIRE
Un peu, je crois. Mon ami , loin dç vous , Par des soupçons je me sens déchirée : Mon cœur vous rêve infidèle ; entre nous , 11 aime trop pour n'être pas jaloux.
Mais je vous vois , je crois à la constance. Si mou bonheur , que la crainte troubla , Fut incertain , hélas 1 en votre absence , Il ne l'est plus dès que vous êtes là.
ALFRED
Ainsi, la complaisance de ce bou Lajaunay, qui éloigne tout ie monde ensemble?. . .
Vous ne comprenez pas?. ... Il veut que je cause avec vous, que je pénètre vos secrets, que je sache si vous aimez sa femme. . . et pour cela , il nous ménage un tête à tête. . . Au dîner, au concert, au bal, il vous placera près de moi ; c'est une grâce qu'il me demande. ( Lui tendant la main.) Dois-je refuser?
ALFRED , lui baisant la main.
Que je suis heureux !
CLAIRE
Yrai!... plus que si vous étiez près de madame Lajaunay?
ALFRED
Quelle idée! Oh! non, mon cœur est sincère, et tu ne peux douter. . .
CLAIRE , avec effroi.
O ciel! Monsieur, y pensez-vous !... ici!. . . Je ne doute pas de votre amour. . . je serais trop malheureuse! . . .
ALFRED
Jamais ! jamais par moi. . . C'est à vos pieds que. . .
CLAIRE
On vient! ( Ils se séparent vivement. )
ALFRED , prenant un livre sur une table. Ah ! ce livre ... ( Claire s'assied de l'autre côté.)