SCENE ÏII
Dans la chambre de Denis et de Lucie. Seule, de tout le chœur, la première jeune fille, vêtue de deuil, est dans la chambre. Ella n'est visible que pour Denis qui est agenouillé près du berceaaà côté de Lucie.
PREMIÈRE JEUNE FILLE, à Denis :
Mon frère, l'air est lourd et devient orag-eux ;
les bois laissent pendre leurs feuilles. La colline est bleuâtre et la pluie se recueille
dans les outres g-onflées des cieux.
LUCIE, elle prie.
« ...protection, n'ont jamais été abandonnés...»
PREMIÈRE JEUNE FILLE
C'était par une nuit pleine de pruniers roses qu'il naquit d'un de vos baisers.
Lucie laissa sur toi lentement se poser son front grave comme les choses.
LUCIE
Dieu! l'avoir élevé avec un tel amour!
Dieu! pourquoi permis-tu qu'on lui donnât le jour 1
PREMIÈRE JEUNE FILLE
Il avait le sourire inconscient qu'ont les ailes
des beaux papillons fatig'ués.
Son regard bleu dormait comme l'eau sur les gués
où se plaignent les tourterelles.
LUCIE
Je l'aime! II était beau ! Que je souiïrc! 0 mon Dieu!
Ayez pitié de moi, mon Dieu! C'est odieux !
Les onze jeunes filles du chœur, qui étaient restées à la porte, entrent en silence, se tiennent debout autour du berceau, puis se mettent lentement à sangloter. Enfin Lucie se relève, très calme, tandis que Denis, toujours agenouillé, pleure avec le chœur. Elle va à l'armoire, l'ouvre, y prend un linceul. Et, le dépliant de toute la largeur de ses bras en croix, elle s'avance vers l'enfant pour l'ensevelir.