‹ Clairières dans le ciel, 1902-1906Chapitre 9 sur 32 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

II est cinq heures après midi. Les volets de la maison sont clos. Le chœur est vêtu de sombre. Il se tient au bas du perron et semble écouter ce qui se passe à l'intérieur.

PREMIERE JEUNE FILLE Ils veillent leur enfant qui, au milieu du jour,

fut piqué par une vipère, cependant qu'il dormait tranquille et que l'amour

semblait déborder de la terre.

C'est ainsi, ô mes sœurs ! que rien ne fait prévoir

ce qu'est la fin d'une journée.

Tout semblait si riant qu'il semblait que ce soir

dût être une autre matinée.

Maintenant le silence entre dans la maison. On n'entend plus comme une abeille

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le baiser parcourir la chambre, ni le son

du bercement de la corbeille où repose l'enfant qui est évanoui...

Denis, lui, s'est agenouillé.

Hélas! Il est de ceux qui donnent à la vie

trop de rêve pour résister.

Lucie, elle, est debout, qui verse dans un verre

les poisons qui doivent g-uérir.

Elle est comme une lionne et ne veut pas, ô mères

que son enfant aille mourir.

DEUXIÈME JEUNE FILLE

Que le jardin est triste, ô mes sœurs, aujourd'hui !

Les abeilles sont délaissées.

Denis n'est pas venu, tel qu'un faune masqué,

surveiller les neuves couvées.

PREMIÈRE JEUNE FILLE C'est ainsi qu'un malheur est suivi d'un malheur,

et c'est d'une beauté sacrée de le voir qui s'étend de l'âme de la sœur

à l'âme des sœurs bien-aimées.

La ruche est une amie, la vigne est une amie :

aussi la vigne souftre-t-elle,

comme Tabeiile, que l'enfant soit évanoui sous une piqûre mortelle.

Les jeunes filles du chœur s'agenouillent devant la maison.

GLAIRIEnES DANS LE CIEL

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