‹ Clairières dans le ciel, 1902-1906Chapitre 11 sur 32 · ACCABLÉ, JE M'ÉTAIS ASSIS · texte numérisé non relu

ACCABLÉ, JE M'ÉTAIS ASSIS

Accablé, je m'étais assis, tant les ajoncs

étaient impénétrables.

Quand j'eus équilibré mon fusil contre un arbre,

je relevai le front.

Ce n'était que le ciel, ce n'était que des cimes

où se posaient mes yeux, les cimes et le ciel, c'était toute ma vie

et toute ma douleur.

0 toi qui veux g-oûter ma tristesse sans borne :

viens me voir vers midi, lorsque mon pauvre chien me fixe d'un œil morna^

caressant et soumis,

I06 CLAmiÈRES DANS LE CIEL

Laisse derrière toi ce rire qui sommeille,

abeille sur du miel, dans ton cœur, dans ton cœur, même quand tu t'écriea

que tu voudrais mourir.

Avant que de venir me trouver dans la lande,

ne te regarde point.

Oublie tes g-enoux hauts et tes yeux de lavande

et ta goTge de coing.

Car l'on ne parlera d'amour ni de passion,

ce jour-là, dans la lande.

Il ne s'ag'ira pas de savoir si ton front

est plus doux que tes jambes.

Et tu ne mettras pas autour de mes épaules

ces fruits roug-es des haies doiit la tige s'enlace ainsi que s'enlaçait,

ag-ilement, Mamore.

Mais tu reg-arderas cette âpre poésie :

ce chien et ce chasseur, ces cimes et ce ciel qui sont toute ma vie

et toute ma douleur.

A Madame Blanche Rousseau.

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