LETTRE XXIV
MISS CLARISSE BARLOVK, A MISS IIOWE.
Lundi, \ ers midi.
Je viens de recevoir la lettre que vous trouverez sous celte onvelnppe. Mon frère l’emporte h présent sur tous les punis qu’il s’est proposés. Je vous envoie aussi une copie de ma réponse : c’ost tout ce que je puis vous écrire en ce moment :
« Miss Clary.
» Par l’ordre exprès de votre p ie et de votre mère, je vous écris pour vous défendre de vous présenter devant eux , et de paraître au jardin lorsqu’ils y seront : ou quand ils n'y scronl pas, d’y paraître autrement qu’avec Relly B.irrics , si vous n'obtenez d'ailleurs quelque permission particulière.
» Sous peine de b>ur disgrâce, on vous défond aussi toute correspondance avec ce vil Lovelace , avec qui l’on sait que vous n’avez pas cessé d’en avoir, par le ministère de votre rusée servante, qui n’a été congédiée que par cette raison, comme il était convenable.
a Point de correspondance avec miss llowe, qui s’est donné depuis peu de fort grands airs . cl qui pourrait fort bien prêter son entremise pour votre commerce avec ce libertin , ni en un mot avec qui que ce soit, sans une permission expresse,
» Vous ne paraîtrez point devant l’un ou l’autre do vos deux oncles sans en avoir obtenu d'eux la permission. Après la conduite que vous avez tenue h l'égard do votre mère, c’est par un sentiment de miséricorde pour vous que votre père refuse de vous voir.
» Vous ne paraîtrez dans aucun appartement do la maison, oit il n’y a pas long-temps que tout était soumis à votre gouvernement, que vous ne receviez ordre de descendre.
« En i n mot, vous vous tiendrez exactement renfermée dans votre chambre, a l’exception de quelques tours de jardin qu'on vous permet de faire par intervalles, sous les yeux de Betty, comme je vous l'ai déjà dédoré. Alors, on vous ordonne de vous y rendre directement, sans vous arrêter nulle part , c’est-à-dire de descendre et de remonter par le plus court chemin , afin que la vue d'une jeune personne si perverse ne cause pas à tout le monde une augmentation de chagrin.
» Les menacescontinuellcs de votre Lovelace et votre obstination inouïe vous serviront à expliquer la conduite qu’on t ent avec vous. Quel fruit la meilleure de toutes les mères a-t-elle recueilli de son indulgence, elle qui a plaidé si long-temps pour vous, et qui avait entrepris de vous rani 'tior au dovotr, dans le temps même que vos premières démarches en faisaient perdre l’espérance à tons les autres? Quelle doit avoir été votre obstination, puisqu’une telle mère a pu se résoudre à vous abandonner? File s'y croit obligée, ot vous ne fierez plus espérer de vous rétablir dans ses bonnes grâces, qu'en faisant les premiers pas pour revenir à la soumission.
n Pour moi, qui suis peut-être fort mal dans voire esprit, niais en fort
CLARISSE IURLOVE.
lit
lionne compagnie, si cela est, et c’est nia consolation, j’étais d’avis qu'on vous laissât la liberté de suivre vos propres inclinations (il n’est pas besoin d’autre punition pour certains esprits), et que la maison ne fût point embarrassée par une personne dont la présence y est d’autant plus filcli 'iise qu'elle a mis tout le monda dans la nécessité de l’éviter.
» Si vous trouvez dans tout ce que jo viens d'écrire quelque chose de dur ou de rigoureux, il dépend encore de vous , mais il n’en dépendra peut-être pas toujours, d'y apporter du remède : vous n'avez besoin que d’une parole.
» Betty Bornes a ordre de vous obéir dans tout ce qui pourra s’accorder avec l'obéi -ance qu'elle doit ii ceux auxquels vous en devez comme elle.
» James Harlovf.. »
« Monsieur,
« Ce que j’ai à dire uniquement, c’est que vous devez vous féliciter voiis-meme d'avoir si parfaitement réussi dans toutes vos vue;, que vous pouvez a présent faire de moi tous les rapports qu'il vous plaira, et que je ne suis pas plus en étal de me défendre que si j’étais morte. Cependant j’attends de vous une faveur, c’est de ne pas m’attirer plus de rigueurs cl d • disgrâces qu'il n’en est besoin pour 1 • su’c's de vnsaulrcs desseins, quels qu’ils puissent être, contre votre malheureuse so’ur.