‹ Clarisse HarloveChapitre 27 sur 127 · LETTRE XXV · texte numérisé non relu

LETTRE XXV

MISS CLARISSE IURLOVE, A MISS MORE

Mardi, 7 mars.

Ma dernière lettre doit vous avoir appris cumin -ni je suis traitée, et que votre amie n’est plus qu’une pauvre prisonnière. Nul égard pour ma réputation. Tout le fond de ma cause est à présent devant vous. Croyez-vous qu’on puisse revenir de ces excès de rigueurs? Pour moi, je me persuade qu’on ne pense qu'à tenter la voie de la terreur, pour me faire entrer dans les vues de mon frère. Tonte mon espérance est de pouvoir icmpori er jusqu'à l'arm é ; de mon cousin Mordcu, qu’on attend bientôt lie Florence. Cep oidunl, s'ils sont résolus u'abréger le temps, je doute qu’il arrive a»-*/, tôt pour me sauver.

Il paraît clairement, par la lettre de m m frère, qu nia mère ne m’a point épargnée dans le rapport qu elle a fait de nos conférences. D’un autre cô’é, néanmoins, elle a eu la bonté do m'informer que mon frère, avait d s vues qu’ell ■ souhaitait que je pris e faire manquer. Mais elle s’était engagée à rendre un c impie lilèlo de ce qui se passerait entre elle et moi. Elle ne pouvait pas balancer sans doute dans le choix d’abandonner une fille, ou de désohl ger un mari et toute un • famille.

Ils sc figurent qu'ils ont tout gagne en congédiant ma pauvre llannah, mais aussi long-temps que j’aurai la liberté du jardin et ma basse-cour, ils se trouveront trompés. J’ai demandé à Betty si elle avait ordre de m’observer cl de me suivre? ou si je devais avoir sa permission pour descendre, lorsque je voudrais rué promener au jardin et donner à manger à mes banUms 1

— Mon Dieu, miss, vous voulez vous réjouir par cette question. Cependant elle m’a couf .ssé qu'il lui était revenu que je ne devais pas paraître

CLARISSE HARLOYE.

au jardin, lorsque mon père, ma mère ou mes oncles y seraient. Comme il est important pour moi de savoir h quoi je dois m’en tenir, je suis descendue aussitôt, et j’y ai passé plus d’une heure, sans aucun obstacle, quoique j’aie employé la plus grande partie de ce temps à me promener devant le cabinet de mon frère, où j’ai remarqué que ma so'ur et lui étaient ensemble. Je ne saurais douter qu'ils ne m’aient ru, car j’ai entendu plusieurs éclats de rire, dont je suppose qu’ils ont voulu me faire insulte. Ainsi cette partie de la contrainte où l’on me tient est sans doute un essai de l’autorité dont on a revêtu mon frère. L'avenir m'en promet peut-être de bien plus ruorlilians.

Hardi au soir.

Depuis que j’ai écrit ce que vous venez de lire, je me suis hasardée à faire passer une lettre par les mains de Chorey jusqu'à ma mère, avec ordre de la lui remettre en mains propres, et sans être vue de personne. Jo vais en joindre ici la copie. Vous verrez que je cherche à lui faire croire qu’à présent qu’Hannah n’est plus dans la maison, il ne me reste aucune voie pour mes correspondances. Je suis bien éloignée de me croire irréprochable en tout. N'est-ce pas là un petit artifice qui n’est pas trop digne de mes principes? mais cette réflexion ne m’est venue qu’après. La lettre était déjà partie.

o Madame et ma très honorée mère,

«Vous ayant confessé que j’ai reçu de M. Lovclaccdes lettres pleines de ressentimens, et que j'y ai répondu dans la seule vue de prévenir de nouveaux désastres, et vous ayant communiqué les copies do mes réponses, que vous n'avez pas désapprouvées, quoique après les avoir lues vous ayez jugé à propos do me défendre la continuation decello correspondance , jo crois que mon devoir m’oblige de vous avertir que j’ai reçu depuis une autre lettre par laquelle il demande avec beaucoup d'instance la permission do rendre une visite paisible à mon père, ou à vous, ou à mes deux oncles, accompagné de milord M.... Je demande là-dçssus vos ordres.

» Je ne vous dissimulerai pas, madame, que si la défense n'avait pas été renouvelée, et si d’autres dispositions n’avaient pas fait renvoyer llannah si subitement de mon service, jo me serais hâtée de faire réjionse à cette lettre, pour dissuader M. Lovelace de son dessein, dans la crainte de quelque accident, dont la seule pensée me fait frémir.

» Ici, je ne puis retenir les marques de ma douleur, en considérant que toute la peine cl tout le blâme tombent sur moi, quoiqu'il me paraisse que j’ai servi utilement à prévenir de grands maux, et que je n’ai été l’occasion d’aucun. Car a-t-on pu supposer que je fusse capable de gouverner les passions do l'un ou de l'autre des deux adversaires? A la vérité, j’ai eu sur un quelque légère influence, sans lui avoir donné raison, jusqu’à présent, de penser qu'elle lui ait acquis le moindre droit sur ma reconnaissance. Sur l'autre, madame, qui peut se flatter d'eu avoir aucune?

» C'est pour moi une peine des plus sensibles de ma voir dans la nécessité de rejeter tout le mal sur mon frère, quoique ma réputation et ma liberté soient sacrifiées à son ressentiment cl à son ambition. Avec de si justes sujets de douleur, ne m’esl-il pas permis de parler?

» L’aveu que je vous fais, madame , étant également respectueux et

volontaire, j'ose humblement présumer qu'on n'exigera point de moi que je produise la lettre. Il me semble que la prudence et l’honneur me le défendent, parce que lo style en est violent ; M. Lovelace ayant appris, (pard’autres voies, je vous en asmre.quepar la mienne ou parcelle d'Hannah) une partio des rigueurs avec h squellt s je suis traitée, se croit autorisé i les mettre sur son compte, par quelques discours de la mémo violence qui sont échappés à quelques uns de mes proches.

» Me dispenser de lui répondre, c'est le mettre au désespoir, et lui donner lieu de croire tous ses ressenltmens justifiés, quoique je sois fort éloignée d’en avoir la même, opinion. Si je lui fais réponse, et si, par considération pour moi. il prend lo parti de la patience , ayez la bonté , madame, de considérer les obligations qu'il se flattera de m’avoir imposées. Je no vous prierais pas de faire celte réflexion, si j’étais aussi prévtnue qu’on le suppose en sa faveur. Mats, pour vous marquer enco ro mieux combien je suis éloignée de la prévention qu'on m'attribue, je vous demande en grâce . madame , do considért r si l’offre d'embrasser le célibat , que je vous ai faite à vous-même, et que j’exécuterai religieusement, n’est pas, après tout, le meilleur moyen de nous délivrer honnêtement de ses prétentions. Renoncer à lui, sans déclarer que je ne serai jamais il SI. Solmes, c’est lui faire conclure que dans le- fâcheuses circonstances où je suis, j’ai pris le parti de me déterminer en faveur de suit rival.

» Si ces représentations ne paraissent d’aucun poids, il ne reste, madame, qu'à faire l'essai des systèmes de mon frère, et jo me résignerai à ma destinée, avec toute la patience que jo tâcherai U’obtcnir du ciel par mes prières. Ainsi, laissant tout à votre prudence, avec le soin d'examiner s’il convient ou non de consulter mon (ère et mes oncles sur ce que je prends la liberté de vous écrire, si je dois répondre ou non à la lettre de M. Lovelacc, et par qui, dans le [rentier cas, ma réponse lui doit être envoyée, je demeure, madame, votre très malheureuse, mais toujours très obéissante tille.

» Clarisse IIahlove. »

Mercredi au malin.

On m’apporte h ce moment la réponse de nia mère. Elle m’ordonne, comme vous verrez, de la jeter au feu ; mais comme je la cois en sûreté entre vos mains, et que vous vous garderez bien de la faire voir à personne, ses intentions n’en seront pas moins remplies. Elle est sans date et sans adresse :

» No dites pas que tout le blâme et toute !a peine tombent sur vous. J’ai plus de part que vous <t l'un et Jt l'autre, et je suis bien plus innocente. Lorsque votre opiniâtreté est égale à la passion de tout autre, no blâmez pas votre frère. Nous avions r. ison de croire qti'IIannnh servait à vos correspondances. A présent qu’elle est congédiée, et qu'apparerament vous no pourrez plus écrire à miss Ilowe, ni elle à vous, sans notre participation. c’est une inquiétude do moins. Je n'avais d'ailleurs aucun mécontentement d’ilannah. Si je ne le lui ai pas dit h (Ile-même, c'est que je pouvais être entendue lorsqu'elle est venue prendre congé de moi. J’ai élevo la voix pour lui recommander, dans qu Iqne maison qu’elle puisse servir, s’il s'y trouve de jeunes filles, de ne pas entrer dans leurs correspondances clandestines. Mais je lui ai glissé dais guinées dans la

tu

main, et je n’ai pas été fâchée d’apprendre que vous avez été beaucoup plus libérale.

» Je suis fort embarrassée sur ce qui concerne votre réponse h cet homme violent. Que pensez-vous, do lui voir prendre un empire de cette nature sur une famille telle que la nfllrc ? Pour moi, je n'ai fait connaître à personne que je fusse informée de votre correspondance. Par votre dernière hardiesse (c'en est une bien étonnante, Clary ! d'avoir osé continuer devant SI. Sotmes un sujet que j'avais été forcée d’interrompre), vous m’avez fait craindre que, pour votre défense, vous ne fussiez capable d’alléguer qtie j'ai autorisé vos correspondances secrètes, cl d’augmenter par conséquent, la petite altercation qui est entre votro père et moi. Vous étiez autrefois toute ma consolation. Vous m’aidiez h supporter mes peines. Aujourd'hui!... Mais je vois quo rien n’est capable de vous ébranler, et je no vous en parlerai plus. Vous êtes à présent sous la discipline de votre pèie. Il ne so laissera pas donner la loi, ni fléchir par dos prières.

» J’aurais été bien aise de voir la lettre dont vous me parlez, comme j'ai vu toutes les autres. L’honneur et la prudence, dites- vous, vous défendent de me la montrer. O Clarisse! vous recevez donc des lettres quo l’honneur ci la prudence ne vous pern.ellent pas de montrer h une mère! mais il ne me convient pas de la voir, quand vous seriez disposée h me l'envoyer. Je ne veux pas être de votre secret. Je ne veux pas savoir que vuus entreteniez des correspondances. Et pour ce qui regarde la réponse, suivez vos propres lumières. Mais qu'il sache au moins que c’est la dernière fois que vous lui écrirez. Si vous lui faites une réponse, je ne veux point la voir. Cachetez-la, si vous en faites une. Vous la donnerez à Chorey, et Chorey... Mais ne croyez pas que je vous permette d'écrire.

» Nous no voulons entrer dans aucunes conditions avec lui, ot l'on ne consentira pas non plus que vous y entriez. Votre père et vos oncles ne seraient pas maîtres d'eux-mêntcs s'ils le voyaient à leur porte. Quelles raisons avez-vous de vouloir l'obligor, en renonçant il M. Solmes? Ce renoncement no servirait-il pas, au contraire, à nourrir ses espérances? et tandis qu'il en conservera, serons-nous jamais délivrésde scs insultes? Quand il y aurait quelque reproche à faire h votre frère , c’est un mal invincible; et le devoir permet-il à une sœur d’entretenir des correspondances qui mettent la vie de son frère en danger? Mais votre père a mis son propre sceau a l’aversion de votre frère. C'est à présent l'aversion de Totre père, celle do vos oncles, la mienne el celle de tout le monde. Qu'importe la source?

» A l'égard du reste, votre obstinatiou m’a été le pouvoir de rien entreprendre en votre faveur. Votre père se charge de toutes les suites. Ce n’est plus à moi, par conséquent, qu'il faut vous adresser. Je veux me réduire à la simple qualité d’observatrice ; heureuse si jo pouvais l’ètrc avec indifférence. Tandis que j’avais quelque pouvoir, vous ne m'avez pas permis d’en faire l'usage que j'aurais souhaité. Votre tante a été forcée de s’engager à no se mêler de rien sans la participation de votre père. Attendez-vous à de rudes épreuves. Si vous avez quelque faveur à espérer, ce ne peut être quo do la médiation de vos oncles, eljo les crois même aussi déterminés que les autres ; car ils ont pour principe (hélas! ils n’ont jamais eu d'enfans!) qu’une fille qui, dans l’article du mariage, ne se gouverne point par l'avis de ses parens, est une créature perdue.

CLAMSSE HARLOVE.

» Gardez-vous qu’on von* trouve cet'o lettre. Brillez-'o. Elle se sent trop de la tendresse d'une mère pour une fille dont l'obstination no peut être justifiée.

» Ne m'écrivez plus. Je ne puis rien faire pour vous. Mais vous pouvez tout pour vous-même. »

Hevcnons, ma chère, à mon triste récit. Après cette lettre, vous vous imaginez bien que je n'ai pas dtl me promettre beaucoup d’effet d'une tentative directe auprès de mon père; cependant j’ai cru qu'il était convenable do lui écrire, ne fù'-;:e que pour me rendre témoignage à motnième que je n'ai rien néglige. Voici ma lettre :

« Je n'ai pas la présomption de vouloir entrer en dispute avec mon père. J’implore seulement sa bonté et son indulgence sur un point d'où mon bonheur dépend pour cette vie. et peut-être pour l’autre. Je le supplie do ne pas faite un crime à sa fille d'une aversion qu'il lui est impossible de surmonter. Je le conjure de ne pas permettre qnejesois sacrifiée à des projets et h des possibilités éloignées. Je me plains du malheur que j'ai d'être bannie de sa présence, cl prisonnière dans ma chambre. Surtout autre point, je lui promets un respect aveugle et une résignation parfaite à toutes ses volontés. Je répète l’offre de me borner an célibat, et je ne crains pas de le prendre à témoin lui-même que je n'ai jamais donné sujet de soupçonner ma fidélité. J-1 demande en grêce qu'il me soit permis de paraître devant lui et devant ma mère, et de les avoir tous deux pour juges de ma conduite ; faveur d’autant plus chère pour moi, que j’ai trop de raisons de croire qu’on me dresse des pièges, et qu'on emploie l’artifice pour tirer avantage de mes discours j fendant que je n'at pa« la liberté tb- parler pour ma défense. Je finis, avec l'espérance que les instigations de mon frère ne feront pas perdre à nne malheureuse fille la lendressa et la bonté de son père. »

Il faut vous foire part aussi de la cruelle réponse. Elle rn’a été envoyée ouverte, quoique par les mains de [I liv Barnes, qui m’a fait connaître a son air qu’elle n’en ignorait pas le fond.

Mercredi.

o Je vous écris, fille perverse, avec toute l'indignation que votre désobéissance mérite. Demander le pardon de votre faute, avec la résolution d’y persévérer, c'est une hardiesse insupportable et sans exemple. Est-ce mon autorité que vous bravez? Vos réflexions injurieuses contre un frère qui fait l'honueur de la famille, méritent nam plus vif ressentiment. Je vois combien vous faites peu de cas des devoirs du sang, et jeu devine facilement la cause. J'ai peine à supporter les refiexions que cette idée offre d'elle- même. Votre conduite a l'égaid d'une mère trop tendre et trop indulgente... Mats la patience m'échappe. Continuez, fille rebelle, de vivre loin de mes yeux , jusqu'à ce que vous ayez appris à yous conformer à mes volontés. Ingrate créature ; votre lettre n'est qu'un reproche do mon indulgence passée. Ne m’écrivez plus, que vous ne sachiez mieux ce que vous faites, et que vous n’ayrz reconnu co que vous devez à un père justement irrité. »

Celte furieuse lettre était accompagnée d’un billet de ma mère, ouvert aussi et sans adresse. Ceux qui prenneut tant de peine à liguer tout le inonde contre moi l'ont obligée apparemment do rendre témoignage contre sa malheureuse fille. Mais ce qu’elle m’ecru n’étant qu'une répé-

tition do ce qu’elle m’a dit do plus dur dans nos conférences, il est inutile de vous fatiguer par des redites. J’ajouterai seulement qu’elle donne aussi dos louanges à mon frère, et qu’elle tne blâme de parler si librement de lui.

LETTRE XXVf.

■ISS CLARISSE HARLOVE, A MISS HOWT.

Jeudi au soir, 9 mars.

M. Lovelace ne se rebute pas de mon silence. J'ai reçu de lui une autre lettre, quoique je n’aie pas répondu à la précédente.

Quelque moyen que cet homme ait l'art d'employer, il est instruit de tout ce qui se passe dans notre famille • ma prison, le départ d’Hanuah, plusieurs circonstances, que j’ignore moi- même, du ressentiment et des résolutions de mon père, de mes oncles et de mon frère, il est informé de tout, au moment que les choses arrivent ; ce n’est point par de bonnes voies, ma chère, qu'il peut se procurer ces informations.

Son inquiétude parait extrême. Il me parle de sa passion pour moi, et de son ressentiment contre ma famille dans les termes les plus ardens. fl me presse beaucoup de lui engager ma parole que je no serai jamais à M. Solmes. Je crois qu'honnêtement je puis faire celte promesse.

Il me prie « de ne pas croire qu’il cherche à se faire un mérite aux dépens d'autrui, puisqu'il se propose d’obtehir mon cœur par le sien; ni qu’il pense à m’attirer dans ses intérêts par la crainte. Mais il déclare que le traitement qu'il reçoit de ma famille est si insupportable, que tous ses amis, sans excepter milord M...et ses deux tantes, lui reprochent perpétuellement do ne pas s’en ressentir; et s'il a le malheur, dit-il, de ne recevoir de moi aucun sujet d’espérance, il ne peut me répondre des extrémités auxquelles son désespoir est capable de le porter. »

Il ajoute <t qu’à la vérité ses proches, surtout les dames, lui conseillent d’avoir recoure aux lois, mais quel moyen, pour un homme d'honneur, de répondre par celle voie à des injures verbales, do la part de gens qui ont droit de porter une épée? »

Vous voyez, ma chère, que ce n’est pas sans raison que ma mère appréhende, comme moi, quelque nouveau malheur, et qu’elle m’a offert indirectement le ministère de Chorey pour porter ma réponse.

11 s'étend beaucoup sur les sentimensde bonté dont les dames de sa famille sont remplies pour moi. Je n’en suis pas connue personnellement, excepté de miss Patly Monlaigu, que je me souviens d’avoir vue une fois chez madame Knolly. Il est naturel, je m’imagine, de chercher à se faire de nouveaux ami', à proportion qu’on voit baisser l’affection des anciens. Mais j'aimerais mieux paraître aimable aux yeux de ma propre famille et aux vêlres, qu’à ceux de l’univers entier. Cependant les quatre dames de sa famille ont une réputation si bien établie, qu'il doit être agréable pour tout le monde d’avoir quelque part à leur estime. N'y aurait-il pas quelque moyen, par l’entremise de madame Fortescue, ou par celle deM. Hicktnan, qui connaît milord M..., de s’informer (secrètement neanmoins) quelle est leur opinion sur les circonstances présen'es, et sur le peu d’apparence qu’il y a désormais, que l'alliance qu’elles ont autrefois approuvée puisse réussir. Q.r mon côte, assurément, je n’ai pas assez bonne opinion de moi-même pour m’imaginer qu'elles puissent souhaiter

de Tûir persévérer leur neveu dans ses vues, malgré tant de rebuts et de mépris. Nun que je prenne beaucoup d'inléréi aux conseils qu'elles peuvent lui donner là-dessus; mais il semble que milord ayant signé sa lettre précédente, et toute leur famille me faisant assurer de leur amitié, je ne dois pas être mal dans leur esprit. Je ne serais pas fichée que ces assurances fussent confirmée» par quelque personne indifférente; d’autant plus qu’ils mettent, comme on lésait, un fort haut prix à leur alliance, à leur fortune et à leur noblesse, et qu’ils le plaignent, avec raison, d’être compris dans le traitement que M. Lorelace a reçu de ma famille.

Jusqu'à présent, la curiosité est mon seul motif, et je promets bien de n’en avoir jamais de plus fort, malgré les prétendus battemens de coeur dont vous m’avez soupçonnée : oui, ma chère, quand il y aurait moins de reproches à lui faire qu’il n’y en a effectivement.

J’ai fait réponse à ses lettres. S’il me prend au mot, ma curiosité n’aura pas besoin d’être si vive, pour savoir ce que ses parens pensent do moi, quoiqu’il soit toujours fort doux d’être estimé des honnêtes gens. Voici la substance de ma réponse.

« Je lui marquo mon étonuement de le voir si b en et si tôt informé de tout ce qui se passe ici. J'assure que quand M. Lovelace ne serait pas au monde, je ne serais jamais à M.Solmes. Je lui dis, que rendre, comme j’apprends qu’il le fait, défis pour défis à mes proches, c’est me donner une fort mauvaise marque de sa politesse et de la considération qu’il prétend avoir pour moi ; que si j’apprends qu’il se présente à la porte d’aucun de mes parens, pour leur rendre une visite sans leur consentement, je prendrai la ferme résolution de ne le voir de ma vie, si je puis l’éviter.

» Je lui apprends qu’on a fermé les yeux sur l’envoi de ma lettre (quoique personne n’ait vu ce qu’elle contient) à condition que ce sera la dernière qu’il recevra jamais de moi ; que, s’il veut se le rappeler, il m’a entendu dire plus d’une fois, avant même que M. Solmes eût été présenté à notre famille, que mon inclination me portait au célibat; quo M. Wyerley et d’autres prétendans peuvent lui rendre témoignage que c’était mon choix avant que je l’eusse connu lui-même; que rien n’aurait été capable de m’engager à lui écrire sur le sujet présent, si je n’avais cru reconnaître qu’il en avait usé assez généreusement avec mon frère, et qu’il n’avait pas été bien traité par mes amis ; que, dans la supposition même qu’ils eussent embrassé ses intérêts et que j’eusse pu renoncer à mes projets de célibat, j’aurais eu de grandes objections à former contre lui; et je les lui aurais déclarées naturellement, si j'avais reçu ses assiduités sur un autre pied que les visites ordinaires. Enfin, je lui déclare que, par toutes ces raisons, j’espère que la seule lettre que je veux bien recevoir de lui sera la dernière, et que je ne l’attends que pour y apprendre qu’il se rend à mes désirs, du moins jusqu'à des conjectures plus heureuses. »

J'ai cru devoir ajouter celte restriction, pour ne le pas pousser tout à fait au désespoir. Mais s’il me prenait réellement au mot, je serais délivrée en effet d’un de mes persécuteurs.

Je vous ai promis de vous abandonner toutes ses lettres et mes réponses. Je renouvelle ma promesse, et cette raison m'empêche de donner [dus d’étendue à mes extraits. Mais je ne puis assez répéter combien je souffre de la nécessité où je suis de répondre aux lettres d'un homme dont je n’ai jamais eu dessein d'encourager les prétentions, contre lequel

CLAMSSK IIARI.OVF..

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j’ai mille choses à objecter, surtout à des lettres qui ne respirent qu'une ardente passion, accompagnée d’un air d’espérance, lar, ma diète, vous n’avez jamais connu d’homme si hardi dans ses suppositions. I! rassemble aux commentateurs qui trouvent, dans leur original, des beautés auxquelles l’auteur n’a peut-être pas songé. De même, il me remercie souvent, dans les termes les plus vifs, de diverses faveurs et d’une considération que je n’ai jamais pensé à lui accorder ; de sorte que je suis quelquefois obligée de donnor leur véritable explication à de prétendues bontés, que jo n’aurais pu lui marquer sans m’avilir à mes propres yeux.

En un mot, ma obère, c’est un chetal rétif, qui fatigue In main, qui disloque le bras, pour le tenir on bride : et lorsque vous verrez si s lettres, il ne faut pas croire que vous ne puissiez porter le jugement sans avoir lu mes réponses. St vous n’observez pics cotte précaution, vous aurez souvent l’occasion de reprochera votre amie des illusions d'amour -propre et des battement do cœur. Cependant, cet animal contradictoire se plaint, dans d'autres temps, que je marque aussi peu de bouté pour lui, et que mes amis lui portent autant de haine que s'il avait été l'ng.csseur, ou que si U catastrophe avait été aussi fatale qu'on pouvait le craindre.

Que direz-vous d’un homme qui semble aifector successivement de se plaindre de ma froideur, et de se réjouir de mes faveurs imaginaires? Si le but de cette conduite était, taillât de me faire acquiescer <i scs remerciemens, tanlAt de m’inspirer plus do sensibilité pour ses plaintes ; et si celle contradiction n'est pas l'effet de sa légèreté ot de son étourderie, je le regarderai comme un dos plus profonds el des ;4us artificieux mortels qil’on ait jamais connus, exercé peut-i ire au même degré dans ses dangereuses pratiques; et si jamais j’en étais sûre, je le haïrais, s'il est possible. encore plus que je hais Holmes.

Mais c'est assez parler aujourd'hui de celle inexplicable créature.

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