LETTRE XC
Mardi , t neuf heures du matin.
Si je vous aime encore! M'est-il possible de ne vous pas aimer quand je le voudrais? Vous pouvet vous hgurer comment je suis demeurée interdite en ouvrant votre lettre, qui m'apprend la première nouvelle... Grand Dieu du ciel et de la terre ! Mois... mois que puis- je dire? Je mourrai d'unpauuaceei vous me faites irop attendre vos explications.
Que le cielait pitié de moi! Mais est-il possible...
Ma mère sera sans doute bien étonnée. Comment lui annoncerai-je cet événement? Hier au soir, h l’occasion de quelques défiances que votre insensé d'oncle lui avait inspirées, je rassurais encore, fondée sur vos propres déclarations, que ni homme, ni diable ne vous feraient jamais faire un pas qoi ne fOt conforme aux plus scrupuleuses lois de l'honneur.
Mais, encore une fois, est-il possible .. Qnelle femme à ce compte... Mais je prie le ciel qu’il vous conserve.
N’omettez rien dans vos lettres. Adressez- les -moi néanmoins chez M. Knolles, jusqu’au premier éclaircissement.
Observez, ma chère, que toutes mes exclamations ne sont point une manière de vous blâmer. Je ne vois de coupables que vos amis. Cependant je ne conçois pas comment vous avez pu changer de résolution.
Mon embarras est extrême pour faire cette ouverture à ma mère. Cependant, si je lut laisse le temps d'Étre informée par un autre, et qu'elle apprenne ensuite que je l’ai été plus Iftt qu’elle, je ne lui persuaderai jamais quo je tt’aie pas eu de part à votre évasion. Que je meure néanmoins si je sais quelle voie prendre !
Mais c’est vous causer de ta peine , quoique assurément sans en avéir
rinieotlon.
1» gaim-tlban» ni «m petite villa A vingt tnillca au Dont de tondre».
CLARIS*» HARL0YI.
Je dois vous répéter mon dernier conseil : si vous n’étes point encore mariée, gardez-vous de différer la cérémonie. Dans l’état où sont les choses, je souhaiterais qu'on pflt penser que vous étiez mariée secrètement avant votre départ. Si les hommes font valoir, et souvent pour notre malheur, le terme d’autorité lorsque nous sommes à aux, pourquoi n’en tirerions-nous pas quelque avantage, dans un cas tel que le vôtre pour le soutien de notre réputation , lorsqu'ils nous engagent à violer des droits plus naturels que les leurs?
Ce qui me chagrine presque autant que tout le reste, c'est que votre frère et votre sœur sont au comble do leurs désirs. Je ne doute pas qu’à présent, le testament ne soit altéré à leur gré, et que le dépit ne produise d'autres effets de cette nature.
On m'avertit à ce moment que miss Lloid et miss Biddulph demandent à me voir. On me dit que leur impatience est extrême. Vous jugez aisément du motif qui les amène. Je verrai ma mère avant que de leur parler. Le moyen do me justifier est de lui montrer votre lettre. 11 me sera impossible de lui dire un mol, jusqu'à ce qu'elle se soit mise elle-même hors d’haleine. Pardon, ma chère , c’est la surpriso qui me dicte tout ce que j'écris. Si votre messager était moins pressé, et si je n’avais pas ici nosdeui amies qui m’attendent, je ferais une autre lettre, dans la crainte que celle-ci ne vous afflige.
Je remets votre linge au messager. Si vous désirez quelque chose qui ne me soit pas absolument impossible, donnez des ordres sans réserve à votre fidèle
Anne Howe.