‹ Clarisse HarloveChapitre 89 sur 127 · LOVELACE, A ». BELFORD · texte numérisé non relu

LOVELACE, A ». BELFORD

Que faire avec une femme qui est au dessus de la flatterie , et qui méprise les louanges, lorsqu’elles ne sont point approuvées de son propre cœur?

Mais pourquoi celte admirablo créature presso-t-elle sa destinée ? Pourquoi brave-t-elle le pouvoir dont elle est absolument dépendante? Pourquoi souhaiter, devant moi , de n’avoir jamais quitté la maison de son père? Pourquoi me réfuser sa compagnie, jusqu’à me faire perdre patience et me mettre dans le cas d’exciter son ressentiment? Enfin, pourquoi, lorsqu'elle est offensée , porte-t-elle son indignation au plus haut point où jamais une beauté méprisante, dans le fort de son pouvoir et de son orgueil, ail pu la porter?

Trouves-tu que dans sa situation il y ait de la prudence à me dire, et à me répéter, « que d'heure en heure elle est plus mécontente et d’ellemême et de moi ; que je ne suis pas de ces hommes qui gagnent à être mieux connus (cette hardiesse, Bolford, te plairait-elle dans la bouche d’une captive?) ; qu’un mauvais sort l'a jetée dans ma compagnie; que, si je la crois digne des chagrins que je lui donne, je dois m'applaudir des artifices par lesquels j'ai précipité une personne si extraordinaire dans le plus grand excès de folio ; qu'elle no se pardonnera jamais à ellemême de s'être rendue à la porte du jardin , ni à moi de l’avoir forcée de me suivre (oc sont ses propres termes) ; qu’elle veut prendra soin d’elle-même; que mon absence lui rendra la maison de ruadamo Sorlings plus agréable; et que je puis aller à Bcrks, à Londres , ou dans tout autre lieu, au diable, je suppose, où elle m'envoie du tout son cœur! »

Qu'elle entend mal ses intérêts! Tenir ce langage à un esprit aussi vindicatif que le mienl à un libertin te! qu’elle me croit , au pouvoir

CLARIH5F. RARLOVE.

duquel elle est actuellement ! J'étais indéterminé, comme tu sais. La balance penchait tantôt d'un côté , tantôt de l'autre. Je voulais voir à quoi son penchant pourrait la conduire, et quelles seraient mes propres inclinations. Tu vois comment les siennes se déclarent. Douterais-tu qu’eltes ne déterminent les miennes? Ses fautes n’étaient-ellos pas en assez grand ncmbre? Pourquoi m'oblige-t-elle de regarder en arrière?

Je veux examiner celte grande affaire à têto reposée, et je t’informerai du résultat.

Si tu savais, si tu pouvais voir quel vil esclave elle a fait de moi 1 Elle m’a reproché d'avoir pris de grandi ain; mais c'étaient des airs qui lui prouvaient mon amour , qui lui faisaient connaître que je ne pouvais vivre hors de sa présence. Ello s’en est vengée néanmoins. Elle a pris plaisir b me mortifier. Elle m’a traité avec un dédain... Par ma foi, Belfort, h peine ai-je trouvé un mot pour ma défense. J’ai honte de te dire 4 quel sot elle m’a fait ressembler; mais dans un autre lieu, où jo ne désespère pas encore de la conduire, et dans d'autres circonstances, j’aurais pu sur-le-champ humilier son orgueil.

C’est donc b ce temps, où je compte qu'elle ne sera plus libre do me fuir, que je remets les épreuves et l’essai do mes grandes inventions ; tantôt humble, tantôt fier ; tantôt attendant ou demandant ; tantôt me réduisant à la complaisance et h la soumission, jusqu'à ce qu'elle soit fatiguée de la résistance. Je t’en dis assez. Je pourrai m’expliquer davantage, à mesure que je ine confirmerai dans mes desseins. Si jo la vois obstinée à faire revivre ses mécontentemcns... si ses hauteurs... mais brisons. Ce n’est pas encore le temps des menaces.

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