‹ Clarisse HarlowChapitre 12 sur 62 · LETTRE CLXXV · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXV

■■8 HOWB, 4 «198 CUUSSB SAlLOfB.

MeicredI, 10 nal.

J'approuve la résolution où vous êtea de fuir, si %om «ece¥6f la moindre encouragement de la part do volse oncle, et je^ suis d^autant plus pour ce parti que, depuis deux heures, j*ai appris sur le compte de votre homme quelques histoires bien attestées qui doivent le Dpûre reg ar* der comme le plus méchant personnage qui respire, du moins è Tégard de notre sexe. Je vous assure, ma chère amie, qu'e(U-fl une douaaifle de

iriiB, iitont ce qn'on dit est vrai, il derrsit fes ar<^ feriu UmÊm^ «I nîlti* fins au men^ depuis vingt erffiies.

Iftioiis daignez jamais Ini rendre la permission de fomeiilcfllemr fapnril^rement, demandez-4tii des nonrelles de miss Betterion, «i es qu'eUe est devenue; s'il a recours à des évasions , faites-lui les mènes qaettinis sur miss Lockyer. Âfai ma chère, cet homme n*est qtt'un fiiis6nMe.

^Ire oncle sera sondé, comme tous le déshrez , et mns tnxpm délai : maîB je doute du suceès par quantité de raisons. Il n'est pas aisé de da» TÎMr quel effet le sacrifiée de votre bien pourra produôe sur oertaineB gens : et si Toffaire en était à ce point, je ne devrais pas vous permeltie de f0«8 dépouiller volontairement.

Qomme votre Hannah ne se réiablit point, je vouBConseillenis, sautai possible, d'attacher Dorcas à vos in(éréts. Ne lui avez^-vous pas «Banque Uop de dédain Y Vous auriez manqué de pditiquo.

Je voudrais aussi que vous puissiez vous procurer quelques lettres de valie ijwan. Un homme d'un caradère aussi négligeât que le sien n'est pas toujours sur ses gardes. 6^il a des attealions extraordinaires , et si voBS ne pouvez engager votre Dorcas à vous servir , ils me sont toua deux suspects. Faites-lui dire de monter lorsqu'il a la plume en main, OH ilersqu il a ses papiers autour de lui, et surpronei-ile dans^quelque négUgence. Ces soins , je ravoae , reâaen^lent à oeax qu'on prend daaa une hdieilerie, lorsque la cnûnte des voleurs fait visiter tous lescaias, et qu'on serait morleilomoat effrayée néanmoins si Ton ea découvrait un. Mais il vaui mieux le tro«v«r tandis qa'«a est debout et les yeux ouverts , que d'être ^litaqnée la nuii dans son lit et pendant ie sommeil.

Je suis charmée que vous ayez vos habits. Poiat d'argent, comme vous voyez, point de livre3, à l'ex^plion de Spira, de B^xel, d'uœ Pratiqué dfi piété. Ceux qui vous les envoient en auraient grand besoin pour euxm&nes. Mais déiournoos les yeux de cet odieux su^et*

Vous m'avez eitrômejveDt alarmée par le réoit de son entreprisa pour se saisir d'une de mes lettres. Je sais , par mes nouvelles iniormations » qu'il est le chef d'une troupe de brigands (ceux entre lesquels il vous a ^pacatire étaient apparemment du nombre) qui se prêtent la main pour trahir d'innucenles créatures, et qui ne font pas difûcullé d'employer la violence. S'il venait à savoir avec quelle liberté je le traite, je ne voudrais plus sortir sans escorte.

9e «uis fâchée de vous l'apprendre : mais j'ai de Tartes raisons de croire que votre frère n'a pas renoncé h son extravagant complot. Une sorte de mateSot à face brûlée, qui me quitte à ce moment, m'est venu dire, avec un air de mystère, que le capitaine Singleton aurait un grand service à voos rendre, ^il pouvait obtenir Thonneur de vous parier. J'ai répondu que j^orais votre retraite. Cet homme était trop bien instruit pour me laîaser pénétrer le sujet de sa commission.

J'ai passé deux heures entières à pleurer , après avoir lu celle de vos lettres ^ui accompagnait Texhortation de votre cousin ^orden. ftla très chèfe amie , ne vous manquez pas à vous-même. Permettez à votre Anne Howe de suivre le mouvement de cette tendre amicié , qui ne fait de neus qu'une seule flme, et d'employer tous ses efforts pour vous donner an peu de consolation.

Je ne suis pas étonnée des réflexions mélancdllques que je vaisrépan-

64 CLAU8SB HABLOYB.

daes dans vos letlres, sar la démarche à laquelle tous ayez été poussée d'un côté parla violence, et de Tautre par Fartilice. Étrange fatalité 1 il semble que le dessein du ciel soit de montrer la yaniic de tout ce qu'on appelle pri^dence humaine. Je souhaite , ma chère , que vous et moi , comme vous le dites , nous ne nous soyons pas trop enflées du témoignage intérieur de notre supériorité sur beaucoup d'autres. Je ne vais pas plus loin. Les ftmes faibles sont portées à chercher des raisons au dehors pour expliquer tous les événemens extraordinaires. Il est plus juste et plus sûr de nous en prendre à nous et à nos plus chers amis , qu'à la Providence, qui ne peut avoir que des vues sages dans toutes les dispensations.

Mais ne croyez pas , comme vous me l'avez marqué dans une de vo& lettres , que votre disgrâce ne soit propre qu'à servir d'avertissement. Vous serez en même temps un aussi excellent exemple que vous aviez jamais espéré de Têtre dans des suppositions plus heureuses. Ainsi y rhistoirede vos malheurs aura une double force pour ceux qui en seront informés; car, s'il arrivait qu'un mérite tel que le vôtre ne vous assurât point un traitement généreux de la part d'un libertin , qui s'attendrait jamais à trouver la moindre ressource d'honnêteté dans les hommes de ce caractère?

Si vous vous croyez inexcusable d'avoir Mt une démarche qui vous expose à la mauvaise foi d'un homme , sans avoir eu l'intention de fuir avec lui, que doivent penser d'elles-mêmes toutes ces créatures étourdies qui, sans la moitié de vos motife, sans aucun respect pour la bienséance, sautent les murs, descendent par les fenêtres, et passent dans un même jour de la maison d'un père au lit de leur séducteur?

Si vous vous reprochez avec tant de rigueur d'avoir résisté aux défenses des plus déraisonnables parens du monde , à des défenses même qui n'ont eu d'abord que la moitié de leur force , que doivent faire ces filles endurcies, qui ferment volontairement l'oreille aux plus sages conseils , et dans des circonstances peut-être où leur ruine est visiblement le fruit d'une indiscrétion préméditée?

Enfin vous serez , pour tous ceux qui apprendront votre histoire, un excellent exemple de cette vigilance et de cette réserve, par laquelle une personne prudente, qu'on suppose un peu égarée du chemin, s'efforce de réparer son erreur, et sans perdre une fois de vue son devoir, fait tout ce qui dépend d'elle pour rentrer dans le sentier hors duquel on peut dire qu'elle a plutôt été poussée qu'elle ne s'en est éloignée.

Rappelez votre courage, ma très chère amie ; occupez-vous seulement de ces réflexions : et, loin de tomber dans l'abattement, ne cessez pas de travailler de toutes vos forces à rectifier ce que vous regardez comme un sujet de reproche. Il peut arriver qu'à la fin votre égarement no mérite pas le nom d'infortune , surtout lorsque votre volonté n'y a pas eu plus de part.

Et je dois vous dire , en vérité , que si j'emploie les termes d'ë^arefMni et d'erreur, c'est pour me conformer à la disposition qui vous porte vous-même à vous accuser si librement , et par respect pour l'opinion d'une personne à qui j'en dois beaucoup : car je suis persuadée, au fiimd de ma conscience, que votre conduite peut être justifiée sur tous les articles , et qu'il n'y a de bUUnable » dans votre aventure , que ceux qui

CLAEISSB BABLOVB. tt

n'ont pts d'antre moyen, pour s'excuser, que d'en rejeter sur tous tout le blâme.

Gepe&dant je préTois que les tristes réflexions qui sortent trop souvent de roire plume se mêleront loujourâ à tos plaisti-s, quand vous deviendries laiemmo de Lovelace, et qâand tous y trouveriez le meilleur do touB les maris.

Vous étiez extraordinaîrement heureuse avant que de ravoir oonna ; luiireuse au delà des bornes de la condition humaine ; tout le moodo «vait pour vous une espèce d'aduraiioo. L*envie même, qu*on a vue lever dans ces derniers temps sa tête venimeuse contre vous , éiaii forcée au silence , à i'udmiration , par la supériorité de votre mérite. Vous étiez i*âine de toutes les compagnies où vous paraissiez. J*ai vu des personnes d'un autre âge que vous refuser de donner leur avis sur un sujet avant que vous eussiez expliqué. le vôtre, souvent pour b'épargner la mortifi* catioQ de se rétracter après vous avoir entendue. Ospendaut, avec tous ces avantages, la douceur de vos manières, votre modestie, votre afkbv lité» rendaienl la déférence que tout le monde avait pour vos seotimeos H pour votre Supériorité, égaiemeni prompte et sincère. On voyait sensiblement que vous n'étiez pas tentée de vous en fuire un triomphe. Vous aviez, sur tous -les points vu vous i*emportiez , quelque chose d'à* gréable à dire, qui relevait le cœur de ceux h qui vuus aviez fermé la bouche, et qui laissait chacun satisfait de soi-même, en vous cédant la palme.

Si Ton parlait de beaux ouvrages, c'étaient les vôtres qu'on citait, ou qu'on montrait pour exemples. On n'a jamais nommé de jeunes personnes qu'après vous, pour la diligence, récoaomie, la lecture, récriture, le langage, le goût et l'exercice des beaux arts et pour les grâces même plus enviées de la ligure et de l'ajustement, dans lesquelles on vous reconnaissait une élégance et des agrémens inimitables.

Les pauvres vous bénissaient à chaque pas que vous faisiez. Les riches vous regardaient comme leur gloire, et faisaient vanité de n'êu-e pas obligés de descendre de leur classe, pour donner un exemple qui lui fit honneur.

Quoique tous les désirs des hommes fussent tournés vers vous, quoique leurs yeux ne cherchassent que vous, il n'y en a pas un de ceux qu*on vous a présentés, qui, s'il n'eût été encouragé par des vues sornides, eût osé porter ses espérances et ses prétentions jusqu'à vous.

Dans une situation si fortunée, et faisant le bonheur de tout ce qui avait quelque rapport à votre sphère^ pouviez-vous croire qu'il ne vous arriverait rien qui fût capable de vous convaincre que vous u'oiiez pas dispensée du sort commun ; que vous n'étiez pas absolument parfaite ; et que vous ne deviez pas vous attendre à passer au travers de cette vie, sans épreuve, sans^ tentation et sans infortune?

Il faut avouer que vous ne pouviez être attaquée plus tôt, ni avec plus do force, par aucuue tentation digne de vutis; vou$ étiez supérieuie è toutes les tentations communes. Ce devait être quelque homme fait exprès, ou quelque esprit plus méchant, sous la forme d'un homme, qui fut envoyé pour faire le siège de votre cœur; uindis qu^ quantité d'autres esprits de même espèce, au môme nombre qu'il y a de peisonoes dans votre famille, auraient la permission de s'emparer à quelque heure

T. II. a

€6 CLARISSE HARLOVE.

xSnébreuse, des cœurs de tous vos proches, do s'y établir peut-être, et d'en fégler (04is les iti'ouvevieos sur ceux du séduideur, peiir vomslfvîlery vous exciter, vous pousser à la fatale entrevue.

Ainsi, tout examiné, il semble, comme je Vu M souireot, qv'îi y ait une sorte de destin dans votre erreur, si e*en est une ^ et qu'elle lirait pent-^tfB été permise que pour donner par vos souttrances, un exemple plus utile que vous ne Teussiez donné dans une vie pkis paisible : car Vaéi>eT9iié, ma chke, est volrf maison MUonte, ei je vois évidomnent fu^elIe vous fera dévoiler des grâces et des beautés qe*oo n'aunit |aisais aperçues dans ce cours de prospérités qui vous ont acoompagttée depuis le berceau ; quoiqu'elles vous convinssent admirabiement, et 4|ue< tout le monde tous en ait jugée digne.

Le malheur est que cette épreuve sera Qéœssairement douknueuse. Bile le sera pour vous, ma chère, pour moi, et pour tous ceux qui, tous aimant comme je fais, ne voyaient dans vous qu'nn parfait modèleide toutes les vertus, un objet d'admiratioo, contre lequel il est éCewMtnt <l«eFeBvieait osé lancer ses traits.

Que toutes ces réflexions aient pour tous le poids qu'elles méritent. Alors, comme les imaginations ardentes ne sont pas sans un mélange d'enthousiasme, votre Anne Howe, qui croit remarquer, l^nt sa lettre, plus d'élévation qu'à Tordinaire dans son style, se flattera d'avoir été comme inspirée, pour la consolation d'une amie souffrante, qui, dans Fabattement de ses foroes et dans le nuage de sa tristesse» ne pénètre pas les ténèbres qui lui cachent Tauroro d'un plus beau jour.

LETTRE CLXXVL

■ISS CLAHiSSB HAALOTE, A HISS HOWS.

Je dois rae taire, ma noblo amie, en recevant dos louanges qui me font sentir vivement combien j'en suis indigne; quoiqu'on môme temps votre généreuse intention ait la force de relever mon courage. Il est charmant de se voir estimée des personnes qu*on oime,etde trouver des âmes capal}lesdc porter l'amitié au deîh des disgrâces humaines, au delà du corps, au delà des liens du sang. Qucl^uo temps, ma chfeie, qu'on doive nommer ma saison brUlantCy rodversilc d'une amk? est la rôire. Je ne sais s'il m'est permis de regretter mes afflictions, lorsqu'elles vous donnent occasion d'exercer si glorieusement des qualités, qui non seulement anoblissent notre setc, mais qui élèvent la dignité de la natare humaine.

Souffrez que je passe à des sujtîts moins ngréafolc?. lo suis fâchée que TOUS nyisz sujet de croire que les projets do Singleton subsistent encore. fiais qoi sait ce que le matelol avait à proposer? Cependant, si l'on awiit eu quelque vue favorable, il n*j a pas d'apparence qu'on eût employé cette Toie.

Sojez sûre, ma chère, qu'il n*y a aucun danger pour tos lettres. J'ai plis occasion de l'entreprise hardie de M. Lovelace, consme je vous ai floarqné que je me proposais, pour le lenir éloigné depiis, dans la Tue d'attendre ce que j'ai h me promettre de mon oncle, et de me conserver U libesté d'einbrasser les ourertnies favorables que je ne cesse pas d'es-

CLARISSE BARLOVB. ^7

pérer. Gepencbtnt il n)a (ort îroportunéo ; et je n*ai pu l'empêcher de m'aroener deux fois M. Metinell, qui est venu de la part de mflfdamê FrtftchviU pour m'entreteoir de la maison. "^ j'étais obligée de faire la paix avec lui, je ne me croirais propre qu'à me causer sans cesse du mal à moi-même.

A l'égard de ses crimes uouvellement découverts, et du conseil que vous me donnez de me procurer quelqu'une de ses lettres et de m'atta- €lier Dorcas, ces soins demanderont plus ou moins d'attentions^ suivant les espérances que je recevrai du côté de mon oncle.

La contiuuatioQ des infirmités d'Hannah me chagrine beaucoup. Ayez Ift bonté, ma chère, de vous informer pour moi si sa situation ne l'exiiose pas à quelque besoin.

Je ne fermerai pas cette lettre jusqu'à demain : car je'snis résolue d'aller à Téglise, aulant pour remplir mon devoir, que pour essayer si i'aila Kberté de sortir quand fl me plait, sans être accompagnée.

Dixpapcbe, 14 mai.

n ne m*iL pas été possible d'éviter un petit débat avec M. Lovelaocu J'avais donné Ardre qu'on ùi venir un carrosse à la porte. Apprenanl qu'il y éjAit, je suis descendue de ma chambre pour m'y rendre ; mai^ j'ai rancMtré mon argus, un livre à la main, sans épée et sans chapeau. Il m'ademacifié d'un air fori .grave, quoique respeeèHeuKt si j'allais sortir. Je lui Ai dit que c'élaii aiou dessein. U m'a priée de permettre qu'il «l'accompagDAt, si j'allais k l'église. Je Vai refusé. 11 s'est plaint anoère-* nMnt de la noADière^ont je le traite; et pour le monde entier, n)'a?*t-il dit, il ne vx)udraii pas avoir, une seconde semaine à passer, telle ^iie te dernière.

Je lui ai eonfessé natnrBllement que j'avais fait quelque dématohovdu oMédena laniiiie, si que j'étais résolue de ne voir personne, jusqu'à ce que j'eusse appris le résultat. Il a rougi ; il a marqué de réiâBoer ment. Bfiflâa* étouffant <|Qelque chose qu'il paraissait prêt à dire, il m'a représenté à quoi j'allais m'exposer de la part de Singloton, et conibien je devais craindre de sortir sans être accompagnée. Ensuite il s'est plaint de madame FretchviU^ qui £oi»haite dç passer -quinze jours de plus dans sa maison.

— Elle voit, m'a-t-il dit, que j'ai peine à me déterminer pour conclure; •t qui sait «ur quoi Ton peut compter avec «n« femme si (vaponsuse ? Cetio eemaine, fMdemeiseUe, est assurément bien malheureuse» Si je n'étais pas «si mal dans vos bonnes grflees, vous seriez matiresse è pré^ flcml de cette maison ; et vraisemblablement voue y ami» déjà ma cou» sinelfontaigQ, ouma tante même avec vous.

<— Ainsi, monsieur, lui ai-je répondu, voire consine ne peut donete^ Bîr chez madame Sinclair! Quelles font, je vous prie, sesobjeetions CDOtre madame Sinclair? Une maison, dans laquelle vous croyez que je cuis passer un mois ou deux ne oonvient-eKe à aucune de vosiwreiKteafKNè quelques jours^ Et puis, que dois- je penser des retards de madame FretchvlUf Là-^éessus, fe l'ai poussé, pour me faire un passage,^ fé eeniinué de marcher 'ittra la porte.

n a élevéla Yê$x pour se ferre apporter son épée dt son «hipeau, tt^ se hâtant de marcher devant moi, il s'est placé ebtre moi et la porte^^Là il m*a!8uppHée eneorede lui iKCOrder la permission de'm*aocoinpetfMr

iu .:*

68 CUBiaSB HABLOVB.

Madame Sinclair est venue à Tinslant. Elle in*a demandé si je sortirais sans avoir pris le chocolat. — Ce que je souhaiterais, lui ai-je dit, c'est ^ue vous voulussiez engager M. Lovelace à le prendre avec vous; j'ignore si j*ai la liberté de sortir sans sa permidSion. Et, me tournant vers lui, je l'ai prié de m*apprendre si j*éiais ici sa prisonnière. Son valet de chambre lui ayant dp(.orié son éyéc et son chapeau, il a lui-même ouvert la porte; et, pour toute réponse, il m'a pris la main, malgié ma résistance, et m'a conduite fort respectueusement au carrosse. Les passans m'ont paru s'arrêter avec quelques marques de surprise. Mais il est d'une figure si gracieuse et toujours mis si galamment, qu'il attire sur lui les yeux de tout le monde. Jo souffrais de me voir exposée aux regards. Il est monté dans le carrosse^ après moi, et lo cocher a pris le chemin de Saint-Paul.

Il n'a rien manqué à ses attentions dans le voyage et pendant l'oflQoe. Je me suis tenue dans la plus grande réserve ; et sans m'expliquer davantage, à notre retour, je me suis retirée dans ma chambre, où j'ai dtné seule, comme j'avais fait pendant la plus grande partie de la semaine. Cependant, lorsqu'il ma vue dans cette résolution, il m'a dit qu'il continuerait à la vérité de garder un respectueux silence, jusqu'à ce que je fusse informée du succès de mes démarches ; mais qu'ensuite je devais nj'at tendre qu'il ne me laisserait pas un moment de repos jusqu'à ce que j*eusse ûxé son heureux jour, pénétré comme il était, jusqu'au fond du cœur, de mon humeur sombre, de mes ressentimens et de mes délais. Le misérable! lorsque je puis lui reprocher, avec un double regret, que le sujet de ses plaintes vient de lui-même! Ah! plaise au ciel que je reçoivo d'heureuses nouvelles de mon oncle!

Adieu, ma très chère amie. Cette lettre attendra l'arrivée de votre messager, et celle qu'il m'apportera de vous en échange décidera sans doute de mon sort.

CtaniasB Uaelo¥b.

LETTRE axxvn.

mSS HOWB, A HADAHB NORTOIf.

Jeodi, 17 mal

Ne pourriez- vous, ma bonne madame Norton, sans m'en attribuer le dessein, à moi qui suis haïe dans la famil!e, trouver quelque moyen de faire savoir à madame Harlove que, duris une compagnie où le hasard nous a fait rencontrer, vous m'avez entendue dire : « Que ma chère amie languit de se voir réconciliée avec ses proches; que, dans cette espérance, elle a refusé jusqu'à présent de prendre les moindres engagemens qui pourraient être un obstacle; qu'elle voudrait éviter de donner à M. Lovelace le droit do chagriner sa famille, par rapport à la terre de de son grand-père; que tout ce qu'elle demande encore est la liberté de vivre fille, et qu'à cette condition elle soumettra sa conduite et sa terre à la volonté de son père; que M. Lovelace et tous ses amis la pressent continuellement de conclure son mariage; mais que je suis sûre qu'elle a si peu de goût pour cette alliance, à cause de ses mœurs et de l'aversion qu'elle connatt pour lui à tous les Harlove, qu'avec un peu d'espérance de réconciliation, elle cesserait d'y penser pour se jeter uniquey* ttent 8008 la protection de son père; maisqao leur résolution ne doit

CLâUSSB HABLOVB* M

pas traîner en longueur, parce qu'elle so trouverait dans la nécessité de céder à des insiances coniinuelles» et qu*il ne dépendrait plus d'elle de prévenir des procédures dé-sagiéabies. j»

Je vous assure, madame Noriun, sur ma conscience et mon honneur, que noire très chère amie ignore absolument le parti que je prends de vous écrire ; et celte raison m'oblige de vous apprendre, eu conûdepce» sur quels fondemens je m'y suis déterminée.

Elle m'a priée d'engager M. Htckman à faire quelques ouvertures dans la même vue à son oncle Harlove, mais indirectement et comme de luimême, dans la crainte que, si celle démardie était sans succès et que U* Lovelace, qui n'est pas déjà content de se voir si peu avancé dans son affection, vtnt à le découvrir, elle ne se vit privée de la protection de (oui le monde, ei peui-élre exposée à de fflcheux inconvéniens de la part d*un esprit si hauiain. Avec cette commission et le zèle que j*ai pour ses iniéiôis, j'ai cru que si le poids d'une aussi bonne femme, d'une aussi bonne mère et d*une aussi bonne sœur que madame Harlove était joint dans la môme balance avec celui de Jules Harlove, il serait difficile que ces deux forces léunies ne lissent pas une juste impression.

M. H«ckman verra demain M. Jules Harlove. Vous pourriez voir sa sœur daiiS Tintervalle. Si M. H.ckman était écoulé favorablement, il dirait à Fonde que vous avez vu madame Harlove dans les mêmes intentions, et l'engager à délibérer avec elle sur les moyens de loucher les plus endurcis de tous les cœurs.

Voila réiat de l'affaire et le véritable motif de ma lettre. J'abandonne tout à votre discrétion. Le succès sera le plus ardent de mes vœux; car mou opinion est que M. Lovelace ne peut jamais être digne de notre admirable amie; et je ne connais même aucun homme qui mérite une Cemme comme elle.

Prenez la peine de m'iuformer, par quelques lignes, du résultai de votre négociauon. S'il n'est pas tel qu'on peut raisonnablement l'espérer, notre chère amie ne saura rien de la démarche que je fais, et je vous amande en grâce qu'elle ne l'apprenne pas de vous. Ce serait augmenter tas plaies d'un cœur déjà trop blessé. Je suis, ma chère et digne madanîe Norton, votre servante et votre véritable amie.

Ammb Howb.

LETTRE CLXXVIIL

■ADaMB NORTON, A UISS HOVirB.

Samedi, 18 DMi.

Mademoiselle, i*ai le cœur pénétré de la nécessité oh je suis de vous dire que, dans les. dispositions présentes de la famille, il n'y a rien à se promettre des solliciutions en foveur de ma très chère miss Harlove. J'ai reçu d'eUe «oe letue des plus touchantes. Mais il ne m'est pas permis de vous la communiquer. BUe me défend de faire connaître à personne qu'elle m'ait écrit sur le sujet de ses peine?, quoiqu'elle y ait été comme forcée pour •le soulagement de son cosur. Ainsi, je vous le dis en confldeooe. . 4'flspère de la bonté du ciel que ma chère miss s'est conservée sans .tache, et qu'il n'y a pas d'homme au monde qui soit capable d'un si détestable sacrilège. Non, non, il n'y a point de faiblesse à craindre d'une

rertu si sondément affermie. Que Dieu détende on^ iiiî^ sî pure dés* atleit^teâ delà âarpriscct delà violence ISouhgez mon (fcètit, madettoiselle, je vous en conjure, mon cœur trop inqpitt par deux ttots que voiï* âùt*ez là totfté de dontier an porteur, pdUt ir/â^^ûi'er aussi forteriïênt tfCL'il' tous sera possible que l'honiieur de ma chère fille* est l'espetfté. S'tf ue rit pas été, il ftiut renonce<r pour le reste de mes jours à loiïtes Ifeâ consolations de la vie; car je ne connais rieu'cfai doit capable* d'ctf ^t(h

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