LETTRE CCXIX
a. IBLFQIUI, à M* iovautiCB.
KardI, 6 Jain.
Quoique je n'aie guère à me louer jusqu'à présent du succès de mes Eepréseatatiofis, mon cœur me force de pceodre encore une fois la plume «n faveur de celte divine fille, sans que je puiasH expliquer d^où vient le xèle qui me fuit prendre parti pour elle avec une ardeur si aincèra.
|Wa4u lecoRnais teoteen mérite ; tu n'avoues pas meinsta méobanoelé^ at lu «es même an faire gloire ! Quelle espérance de tewQbar ua cœur si «eodormî Cependant, comme il n'est pas trop tard, et fua tu ap|H:och9s néanmoins de la crise, je suis résoki d^essayeff quel sera Teffei d'une aonucdile leliie« S* je n'en tire aue«in irait, je n'aurai penlu que ma peine ; et si lu le laiaaesvaiftcpa, Je suis sûr que, dm» Ift euite, Au erejeas «i*evoir une eiln§me«iÉîfalioik
BaiaoBQiv lavne tai aenii une folie ; le a^ «e demande itoint de lai- «mnemeat. éotmetéduia par oanaéqtiBBt à le coDJvrar de ne pas faire pndre à ia>plun eicettaole 4e toniBs les fUiea le prix de sa Tîgiianee et de
lesniè(pcmiiBiW(qu'il.flfyieift Jamais de liheetimi m ahandonnén quUls n*aîent remis leur léformalioii à quelque ifp éa iaor viet et je demande 4e*oi qqev 4dm toatltf tepartaote leocaiioo, In fasaea ea que iu dm pour
196 Xl^kBISSB BAILOVB.
rendre quelque jour ton repentir aussi oisé que (a souhaileras alors de l'avoir fait. Si tu trabandonnes pas ton détestable dessein, il ne faut pas douter que, de manière ou d*auire, celte affaire n'ait une fin tragique. Une femme si extraurdinaire doit ioiéressi r dans sa cause les dieux et les hommes, ftlais ce que j'appréhende le plus, c'e^t que son ressentiment après l'outrage no la porte, comme une «lutre Lucrèce, à rendre un témoignage sanglant de la pureté de son cœur; ou que, si sa piété la sauve de a*tte violence, la force de sa douleur nVbiègo Lieniôi sa vie. Dans l'unit l'autre cas, le souvenir d'un crime perpétuel et d*un triomphe passager ne sera-l-il pas pour ioi la plus cruelle de toutes les tortures?
C'est un malheur extiême, après tout, qu'une personne de co mérite soit tombée entre des mains aussi perverses et aussi impitoyables que les tiennes; car, depuis le berceau, comme je te l'ai entendu confesser plus d'une fois, tu t'es toujours fait un plaisir cruel de tourmenter jusqu'aux animaux que tu as aimés, et ^ur lesquels tu as eu quelque pouvoir.
Que le cas de cette incomparal)le femmo ressemble peu à celui de tant d'autres que tu as séduites I est-il besoin que j'insiste sur une si prodigieuse différence? Justice, gratitude, intérêt, seimens, qui s'accordent à t'engager; Um amour même, autant que lu es capable d'amour, qui te l'a fait mettre au dessus de tout son sexo, un combat iné^^al entre le crime armé et l'innocence nue; ses talens supérieurs aux ti«?ns, comme tu l'avoues, dans tout ce qui n'est pas ruse, duplicité, noirceur infernale, et son sort, mille fois plus déplorable quo celui d'aucune autre de tes malheureuses victimes, si tu ne cèdes pas enfin à tes remords!
Il est vrai que, lorsque tu m'as pi-ocuré l'occasion de la voir, et jusqu'au moment où mes observations m'ont fuit pénétrer plus loin que les apparences, je ne Pavais pas crue partagée d'un jugement fort au dessus du commun. Tu m'avais préparé néanmoins k lui trouver beaucoup de sens et de lecture; mais, au premier coup d'ceil, je me crus obligé de faire grâce de quelque chose à sa jeunesse, aux cliarmes de sa personne et à l'air galant de sa parure, qui devaient avoir dérobé une partie de son temp5 aux occupations sérieuses. Le choix qu'elle a fait d'uu homme tel que notre ami, et pnr des voies si dangereuses, me disais-j^ encore è moi-même, confirme assez que son esprit manque d'une certaine maturité, qui ne peut venir que des années et de l'expérience. J'en concluais que toutes ses connaissances devaient se réduire à fa théorie; et que la vivacité de son âge étant toujours accompagnée de beaucoup de complaisance, une jeune personne si peu expérimentée ne manquerait pas de se prêter, du moins sans dégoût, aux discours libres qui pouvaient nous échapper malgré tes sages instruciioifs.
Dans cette supposition, je me donnai carrière ; et ne reconnaissant de supérieur que toi parmi les convives, le désir de passer h ses yeux pour un galant du premier ordre me fit hasarder quantité de folies, par lesquelles je crus briller beaucoup. Si mes ridicules plaisanteries rouirent ta Sinclair et la Partington, sans faire sourire miss Harlove, je me figurai d'abord que cette réserve venait de sa jeunesse ou de quelque affectation, ou d'un mélange de l'une et de l'autre, et peut-^tre d'un certain empire sur les traits de son visage. J'étais fort éloigné de m'imaf^r que je n'excitais alors que son mépris.
Mais, lorsqu'elle eut commencé h parier, œ qu'elle ne fil qu'après aous avoir approfondi tous, lorsque j'eus entendu son sentiment sur deux ou
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troii SQJels, et qae j*eus observé cet œil perçant, qai pénétrait jusque dans les recoins de noseslravagans cerveaux, sur ma foi, elle me lit regarder autour de ma chaise ; et commençant h me recueillir en moimême, i*eus honte de tout ce qui était sorti de ma bouche. En un mot, je pris le parti de me taire, jusqu'à ce que tout le monde eût jeté spn premier feu, pour mo donner le temps de prendre une amienancc moins lolle. Ensuite je Us naître divers sujets qui pouvaient mériter son attention, et qui exciièrent en effet toute la force naturelle et tout Tagrément de son espris jusqu*è nous causer à toiis de la surprise et de ,1a confu- . sion. Toi-môme, Lovelace, qui es si connu par la finesse et la vivacité de tes réparties, et (ar un fond de badinage qui fait les délices de tous ceux qui vivent avec toi, je vis tes talons obscui-cis par Téclat dos siens ; et ta ne fus capable, comme nous, que d'applaudissement et d'admiration.
Ah! Lovelace, quel fut al>>rs à mes yeux le triomphe de la modestie, de l'esprit solide et de la véritable politesse, sur d'impertinentes bouffonneries, et sur d'obscènes équivoques, dont le sens cause tant de honte à ceux même qui les emploient, qu'ils n'osent le dévoiler qu'à demi. Je ne daigne pas éendre atie réflexion jusqu'aux deux ftmmes do l'assemblée, qui, loin de pouvoir prétendre à Thonneur que tu leur as procuré de vivre familièrement avec miss Clarisse Harlove, ne sont pas dignes de ses regards, ni de lui rendre les plus vils offices.
Charmante fille! si le hasard, pensais-je alors comme aujourd'hai, lui faisait seulement apprendre quel est le lieu qu'elle habite, et quelles sont les vues qu'on a sur elle, couîbien la mort ne lui paraltrait-elie pas préférable à cette horrible situation? et de quelle force ne serait pas son exemple, pour armer tout son sexe contre les protestations et les sermons du iiôtre?
Mais permets que je le conjure encore une fois, mon cher Lovelaœ, si tu respectes uu peu ton honneur, pour celui de ta famille, pour le repos de ta vie, ou pour lopinion que j'ai de toi (quoique je ne prétende pas être tant remué ici par principe que par Téclai d'un mérite auquel ta devrais être encore plus sensible), de te laisser toucher... d'être... d*être humain, voilà tout; de ne pas faire honte à notre humanité commune!
Tout enduici que tu es, je sais que ce sont tes infâmes hôies^es qui te soutiennent dans ta résolution. Âhl pourquoi la prudente Clarisse, avec tant d'mnocente charité dans le cœur, a-t-elle été si ferme à tenir ces rois femmes dans réloignemeniY Que n'a-t-elle consenti plus souvent à manger avec elles. Malgré toute leur adresse h déguiser les apparences, elle n'aurait pas eu besoin de huit jours pour les pénétrer. Eile aurait abandonné leur maison comme un lieu infecté. Mais, avec un homme aussi déterminé que toi , celte découverte aurait peut-être hâté sa ruine.
Je sais que tu es délicat dans tes amours ; mais n'y a-t-il pas des milliers de fimmes, qui, sans être tout à fait abandonnées, se laisseraient^ prendre par les qualités extérieures? Fais-toi, si tu veux, un jeu des principes, avec celles qui n*en ont pas une idée plus sérieuse.
Si ton unique but é.ait l'épreuve, comme lu t'en es fait d'abord on
prétexte, n'as-iu pas assez éprouvé ce modèle de vertu et de vigilance ?
Mais je te connais trop bien pour t'avoir cru capable de t'arrêler à ce point*
Les hommos de notre classe, lorsqu'ils entreprennent de séduire une
, femme» ne renoncent à leurs vues que par impuissance. Je savais qu'un
yS6 ' cmxtsst m&BLOvfe*
KVanfiige obfenti tVti terarit (enter un outre ; je coamriftais trop fiieii tau Ancienne averâion pour le mariage : et ne m^as-tu pas avoué l^espératm ^e tu avais de lui Inspirer le gorftt d'un commerce libre, dans la lettie Hiême oà tu me donnais Tépreure comme ta prfincipâe rue? Uais tesrmmords mêmes, tes remords forcés ne te Gonrainquent-ilft pas que cetla espérance est une présomptueuse chimère, qui tio se léalisera jamaisT Pourquoi donc, lorsque tu Taimes assez pour Touloir Tépotiscr p!utAt que de la perdre, pourquoi t'exposera n'obtenir d*dl6 qif «me iudse éternelle T
Vais si tu médîtes effectivement la derni^e épreuve, c*est-h-dîre, nae i^reuve personnelle, et que ta sincère résolution soit de proportionnera técortipense à sa conduite, je te demande en grâce de la tirer du mtoîfis de celte infâme maison. Ce sera rendre le combat égal entre die et ta oooscience. La pauvre abusée se repose maintenam avec tant de cou* fiance sur les fausses idées dont tu l'as remplies, que tu ne dois pfds craindre qu'elle pense à fuir^ ou qu'elle ait recours à ce système de miss Howe, qui t*a fait employer <ce que tu appelles tes coups de maître.
Enfin quelque résolution que tu prennes, et si je n\ii plus le temps de f écrire avant que tu aies jeté le masque, gurde-toi, si tu veux éviter la malédiction du genre ^humain, et lOi ou tard celle de ton propre cceury garde-toi, Lovelace, de laisser un instant le moindre pouvoir sur elle à cette détestable femme, qui a, s'il est possible, plus de dureté que luimême, avec moins de remords, et qui a vieilli dans la pratique de ruiœr rinnoceuce. Ahl cruel ami, combien celte mégère pourrait-elle raconter ff horribles histoires de son sexe ; et voudiais-tu que celle de ta Clarisse grossit la liste? Mais c*6st une prière que j'aurais pu m'épargner. Tout perverti que tu es, . il y a des excès dont je ne le crois pas capable. Tu ae trouverais pas de satisfaction dans un triomphe qui blesserait ton ar^ gueil et qui déshonorerait l'humauiié.
Si lu t'imaginais que le trisie spectacle que j'ai sans cesse devant les jeux m'a rendu plus sérieux que je ne le suis ordinairement, peui-êtrene .te tromperais-tu pas. lUais la seule conclusion qu'on en puisse lirer, quand 4e recommencerais à mener mou ancienne vie, c'est qu'aussiiôt que la Iroide saison des réflexions sera venue, so.t qu'elle arrive à Toccasion de nos propres désastres ou de ceux d'auirui, nous ne manquerons pas, si jDûus sommes capables de penser, ou si nous en avons lo temps, de penser tous de ffiême^ Quelque emportement que nous ayons pour le plaisir, au- £mx de nous n'est assez fou pour attribuer son existence au hasard, ou j>9ur croire que nous ne soyons au monde que pour y faire tout le mal dont nous sommes capables. Je n^ai pas honte d*avouer que, dans les
Gièros que mon oncle mourant me prie quelquefois de réciter près de ii pendant l'absence d'un honnête ministre qui lui rend ordinairement ce service. Je n'oublie pas de mettre un mot on deux pour moi même. Si tu en ris, Lovelace, la raillerie sera plus conforme à tes actions qu'à ta^royauce. Le diable croit et tremble; vois situ es plus abandonné que lui. J*ajouLerai qu'à la vue du pauvi^e moribond, je souhaiterais souvent que lu fusses témoin du même spectacle, une demi-heure seulement chaque jour. Ma foi, ses inquiétudes pour l'avenir sonr une singulière leçon. Cependant, il faut s'en rapporter à son propre témoignage, pen- r dant soixante-dix-sept ans qu'il a vécu, 11 n'a pas à se reprodier la
CUraOl BAIUJ0T9. tffi
mmlié des désorfres que aous a?0D3 commis toi et mou ces dix 4}a sept dernières années.
Bu ÛDissaQt, je recommande à tes plus sérieuses réflexions (out ce que ie Yieivs d*écrire» comme sorti du cœur et de TÂme de ion vériiable ami.
BtLFOaD.
tETTRECCXX.
M* IfiYVUat k K, BELFOBD.
Les difficultés ne finissent point pour celte maudite permission, J*ai toujours baï, et je haïrai toujours ces officiers spirituels et leur cour.
A présent, Belford, si je n*ai pas assuré la Ticioire» je me suis du moins ouvert une belle relraile. Mais, qu'aperçois-je? ton laquais avec uQt lettre*., et de quelle longueur I quoiqu'elle n'ait pas Fair d'une narration.
Encore une apologie pour ma charmante ! N'as-tu pas honte de perdre 1$ temps, qui est un bien si précieux? Chemin faisant, je t'avais bissé la liberté de me dire, avant la crise, (out ce qui pouvait faire honneur h ton esprit. Est-il temps de revenir à la charge, lorsque je touche à la fin de mes travaux ? Cependant je veux bien m'amuser un moment à disenter avec toi le même point.
Tu me débites quantité d'impertinences : les unes, que ta ftd$ de toi* même, d'autres que je savais déjà.
Tout ce que tu me dis, à l'avantage de cette charmante fille, n*approdie pas de ce que je l'ai dit ou écrit sur ce sujet inépuisable. Sa vertu, sa résistance, qui sont ici son mérite, sont un aiguillon pour moi. Ne te Tai^ je pas vingi fois répété?
Que les femmes me traitent de diable tant qu'elles voudront, en quoi le suîs-je, si ce n'est dans mes inventions? Je ne le suis pas plus (ju'utt autre dans la fin que je me propose : car lorsque je suis parvenu au point, ce n'est jamais qu'une séduction. Peul-être les difficult<^ que je trouve à celle-ci m*en ont-elles épargné plusieurs, où j'aur;^ été plus heureux dans Tintcrvalle.
Que irouves-tu d'extraordinaire dans l'aventure présente? La vigilance date belle, et rien de plus. Malgré toute la passion que j'af pour Fmtrigue et les stratagèmes, crois-iu que je n'aimasse pas mieux vaincre avec moins de peine et plus d'innocence? Je l'apprends que quiconque est aussi ODCchaot qu'il peut Tôtre, est pire que moi. Demande h tout libertia qui aurait résolu de remporter la victoire, s'il aurait été capable d'une si longue patience, et s'il aurait senti les mêmes remords : et sans me borner aux libertins, si chaque homme prenait la plume, comme moi, pour écrire tout cô qui lui entre dans le coeur ou dans la. tête, et pour s^apcuser lui-même avec autant de franchise et de liberté, quelle armée de coupables n^aurais-je pas, pour m'afTermir par l'exemple?
C*est une maxime assez commune, qu'un nomme qui se frouve smà avec une femme, Toffense, s'il ne loi fait pas quelque proposition de g lanlerîe. Ceux qui pensent ainsi sont plus méchans que moi. Quelle ûpi^ ' blon doivent-ils avoir de tout le sexe?
le toux le défendre, ce sexe qui m'est si thitf. 91 ceux qui jugent 4
20O CLAUlSàB BAftLOVB.
mal de lai eroîeni leur maxime généralement vraie, ils doivent avûir ' yécu en fort mauvaise compagnie» ou juger du cœur des femmes par ^' leur propre cœur. Il faudrait qu*upe femme fût bien abanduncée poor se rendre à la première attaque. Une femme, élevée dans la modestie, doit être naturellement froide et réservée. Elle ne peut être aussitôt émue que la plupart des libertins se le persuadent. Elle doit a vo r pris du moins quelque conliance à l'honneur ou à la discrétion d*un homme, avant que ses désirs aient la hardiesse de se déclarer. Pour moi, j'ai toujours gardé la décence avec les femmes, jusqu'au moment oii je me suis cru sûr d'eiiesl Jamais je ne leur ai fait d*oifense considérable, sans avoir éprouvé qu'elles m'en pardonnaient de légères, et qu'elles ne m'évitaient pas après avoir connu mon c^raclère.
La divine Clarisse a mis du désordre diiis mes principe. Je me suis flatté d'abord de la vaincre en Tintiiuidant. Ensuite, je me suis promis une victoire plus certaine de Tamour. Il ne me reste que la surprise à joindre à ces deux voies, et nous verrons ce qu'elles peuvent ensemble.
De qui m'accuseras-lu de vouloir usurper le bien, si je persiste dans mes projets d'amour et de vengeance? Ceux qui avaient des droits sur elle n'y ont-ils pas renoncé 7 Ne ront7ils pus exposée volontairement au danger? Ne devaient-ils pas savoir qu'une créature si charmante serait regardée comme de bonne prise, par tous ceux qui auraient Taccasion de Tattaqner? et quand ils ne l'auraient pas exposée si barbarcment, n'estelle pas fUle ? Faut-il l'apprendre, Bolford, que les gens de noire espèce (j'entends les moins méchans, r^r les autres ne respectent rien) croleDt faire beaucoup de grâce aux maris, de leur laisser leurs femmes, et de omposer pour leurs sœurs, leui s filles et leurs nièces? Je ne désavoue point que atte idée soit choquante en elle-même ; mais c'est le principe de la moitié des hommes, lorsqu'ils ont l'occasion ou lo courage de le suivre; et tu en connais des milliers qui ne seraient pas capables de la générosité que j'ai eue pour mon bouton de rose. Assurément, cesgalans emportés n'ont pas droit de me biflmcr.
Tu reviens à faire valoir ce que ma belle a souffert de la part de sa iamille. Il faut donc te répéter, comme je Tai f«ùt à chaque lettre, que ce n'est pas four moi qu'elle a soufftrt? N'a-t-elle pns été la victime d'un frère ambitieux et d'une sœur jalouse, qui n'attendaient que l'occasion de la perdre dans l'esprit de ses autres parens, et qui ont saisi la première qui s'est présentée, pour la cliasser de la maison paternelle? Ils l'ont précipitée entre mes bras : mois tu sais avec quelle violence pour ses inclinations.
Si lu me forces de rappeler ses propres péchés, de combien d'offenses cette chère personne n'esl-elle pas responsable à l'amour et h moi ? Ne m'a-t-elle pa^ dit vingt fois, et vingt fois vingt fois, qu'elle ne refusait pas l'odieux Solmes en ma faveur? N'a-t-elle pas t)(fert aussi souvent de renoncer à moi pour se réduire au célibat, si ses implacables parens voulaient la recevoir à cette condition? Dans combien de répétitions m'engag es-lu par ta lâche pitié ?
Jette les yeux un peu plus loin par derrière ; aurais-tu perdu la mémoire de tout ce que j*ai souffert moi-même de cette oigueilleuse beauté, pendant tout le temps de mon esclavage, lorsque j'observais ses mouvemens aux environs du château d'Harlove, et dans la misérable hôtellerie de Neale ? N'ai-je pas promis vengeance à l'amour, et ce vœu n'esi-il pas
jnstiûé parTinildAlté (jen'apportaqiieoe seul ozdinple) qui lui fit rompre une eairevue promiae ?
0 Belford ! quelle nuit je pavai dans le taillis voîsindttparcdesonpère I Mon linge et mes cheveux humides derépaisseur du broui.Lird 1 tous mes membres engourdis! mes doigtsàpeinecapablesde tenir ma plume! obligé de me les frouer ruJemeni, et de me battre les flancs des deux niains, pour les échauffer I un genou plié dans la fange; écrivant sur Tauire, si mes caractères tremblans pouvaient porter le nom d'écriture I mes pieds si glacés, pendant cet ofiice, qu'en voulant me lever, il me semblait qu^iJs eussent pris racine, ou qu'ils ne pussent plus servir a me supporter 1 L'a* mour et la rage tenaient mon ccour en mouvement; sans quoi j'aurais souffert, J'aurais dû souffrir beaucoup plus.
A mon retour, je te communiquai ce que j'avais écrit ; et je te fis voir ensuite b ropiu.'>ede mon tyran. Tu m 'aimais alors; tu eus piiié de ton ami. L'amour, outragé, approuva lui-même le serment de ma vengeance; quoiqu'à présent, au jour de mon pouvoir, oubliant la nuit de mes soufâ:ances, il prenne parti pour elle par ta bouche. Que dis-jof n'est-ce pas lui qui m'amena mon adorable Néméêiê; etne bo rounj\'ni-il8 pas tous deux pour me faire prononcer ce vœu sacré : « Que Je renonçais ao repos, jusqu'au jour où Je ferais consentir cette divinité des Hartove à se livrer à mes embrassemens, en dépit de toute sa llcre faïuilie? » Tu ne peux avoir oublié mon serment. Je t'ai actuellement devant les yeux, avec la triste coulenaDceque tu pris alors : tes gios traits enflammés de oompaasi(m pour moi, les lèvres repliées, ton tout siltoiiué de rides, chaque muscie contribuant de tout son pouvoir k te donner un air de douleur , et ta langue incapable de prononcer un autre mut qu amen pour le succès de mou vœu.
Quelle marque distinguée d'amour ou de canOanoe, quelle faveur aije reçue, qui puisse me le faire rétracter T II est vrai que je ne l'ai pas renouvelé depuis, et que j'étais disposé à l'oublier. Mais la répétition des mêmes offenr^es fait revivre le souvenir de la première ; et si l'ui^y joim les violentes leiircs de missUowe, que je me suis procurées bi nouvellementv que peux-tu dire en faveur d'une rvbelle, qui b'acoorde avec la fidélité que tu duiH à ton ami Y
Laisse à chacun son génie et son caractère. On a nommé Annibal le père des ruses militaires. Si tu supposes qu*Annibaleûi tourné ses inventions contre Tautre sexe, et que les miennes eussent pour objet des ôtres de mon espèce, que je regardasse comme mes enneiiiis, parce qu'ils seraient nés et qu'ils vivraient dans un climat différent, Aimibal aurait fait moins de mal ; Lovelace davantage ; telle aurait été toute la diflérenœ.
Il n'y a point un souverain sur la terre, s'il n'est pas homme de bien et s'il est u'humeur guerrière, qui ne doive faire mille fois plus de mal que moi. Pour4Uoi? parce qu*il a le pouvoir d'en Caira davaniage.
Un honnête homme, diras-tu peut-être, no souhaitera jamais de pouvoir faire du mal. 11 ne le doit pas, lui répondrais-Je fort bien; mais s'il a ce pouvoir, mille à parier contre un qu'il en abusera.
En quoi donc suis-je d'une méchanceté si singulière? Dans mes inventions, diras-tu (car tu es mon écho ), si ce n'est pas dans la fin que je me propose. Mais songo$-tu combien il est difficile h tous les hommes de comhattre une passiou dominanlef J'ai trois passions qui me dominent tour
W8 OUUtfSW BàBMKVSf
désir des conquôtés.
L*inven(ion particuUte^ de Tomlmœn et de Poncla te paraîtra pent- Atro un peu noird* Je ne Taura» pas mise en enivre^ si çea deux fllto ne m*avaieDt Uii natire Tidée de trouver un mari pour leur madame Tewnepod. Un^esi question d^ailleurs que do les prévenir, Mecrois-lu «ipalkie de eouffrir qu^on remporte sur moi pat la ruaeî et celte inven^ aioo même ne ooupe-t-elle paa cour» à quantité de désastres? Peux-la fenser que i*eua6e abandonné tranquillcmLcnl ma déesse h la contre- .^aide de laTownsendt
Quel est le kmt d*uneao(re de tes réflexions* si ce n*est do ruiner ton propre plaidoyer? « Les gens de notre classe, di^tu, ne renoncent à leur nécbanceté que par impuissance» » Tu as donc oublié que CiarLàseesl en mon pouvoir?
Tu ujoutcs « qne je n^ai que trop épiouvéce modèle de Tcrtiu » Erreui^ ear je.n*ui pas encore commencé à à*ëpnmrer. Tout ce que j'ai fidijiBe*^ qpi*à présent n*est qu*une prépamtion à rëpieuTe.
Mais ton inquiétude est ponr les moyens que je puis employer, et par rhonneur do ma bonne foi.
Pauvre esprit que tu esT crois*tu qu*un homme ait jamais trompé ue lèrome, si ce n*est aux dépens de la bonne foit Poarraii-on dire autvsi- •ment, qu'il Ta trompée?
A regard des moyens, tu ne f imagines pas qne j'attende un oonseols^ ment direct. Mon espoir est dans un mdange de coasentemenl el de ré^ sistanoe, sans lequel je suis préi à jurer qu*il n'y eut jamais de vériiaUe w>l, en supposant le combat entre deux personnes. La bonne reine tl^ sabeih d'Angleterre eût été de mon opinion. Il ne serait pas mal k propos ^e le beau sexe fût instruit de ce que nous pensons sur ce poiot. J*aime à Tarmcr de précaution. Je voudrais ôlre le seul heaune qui rétMtt amprès des femmes. Na t*ai»je pas dit* un jour» que tout libertin qpie je anis, je ne suis pas l'ami d'un libertin?
Tu prétends que j*ai toujours eu de ratersion pour le mariagps. D'a4- ^rd, et tu ne devines pas moins juste, lorsque tu afoutes que j'épouseraÎB miss Harlove plutôt que de la perdre. Alais tu me menaces de sa baine éltrnelley si je lente Téprenfesans succàs. Prends garde, Belford, prends #Mcde! ne vois-tu pas que c'est m'avertir de ne pas l'éprouver sans Atae fésolu do vaincre ?
Je dois te dire aussi que j*ai douté pendant quelque temps si je n'aviis pn tort de f écrke aussi librement que je fais, surtout dans la sappon fini que cette cbèie liUe devienne ma femme. Chaque lettre que je t'émis n^lKt-eib pas un témoignage contre moi ? 4'ea accuse en partie ma vanité, et je crois q^e je serai plus ciroonspact à ft'avienir ; car tu deviens très imperiineni. J'avoue qu'un homme de bienpourraii dire une partie des choses que lu permets à ta plume; mais» en vérité, elles ont fort mauvaise gi àce de ta part, et tu dois sentir que je puis te répondre sur chaque point par nos piioci|»es communs, auxquels nous sommes atlar chés depuis long*lemps. Ce que tu viens de lire te numire assez que je te puis.
Dis-moi, jo te prie, Belford, si je ne t*avais jamais écrit sur ce st^et, et si je ne m'étais pas accusé moi-même^ quel aurais été l'abrégé 4e
OMB JhsUîm et 4e «elle ck naa belio «près dix aas d'uo coomeice libre ! L» raiciaMs douioy et je te laisM à juger situ r«iirais Jiait mieux :
« AojMrt LdVDlaoD» connu pour uo mwgeMr iê ftwmêip adresse hoao* rablement ses soios à m» Clariss» tiark>v« p jeune ptiBtftnttB du nérite kl plus disUAf ué. Fortune sans reproche des deux côiés.
» Après avoir va ses inteeiions approuvées, il est insuU par le frère de £a beUe^ qui sa croii obligé, par son propre intérêt, de rompre celle aUiancOy et qui, le forçant à la fin de tirer Tépée, reçoit la vie de ses gl&Berettsœ mains.
» Les pareus, aussi enragés que s*il avait pris à cet indigne frère la fie ^u'il lui a donnée, Toutrageot personnellement» et trouvent on odieiis amant pour leur iîlle.
• Pour éviter un mariage forcé, cette jeune personne se j^te sous la peetection de M. Loveloce. Cependant el^e désavoue tout sentiment d*amour pour lui; et s'adies^aut à ses parens, sans sa panicipaiion, elle leur otfre de renoscer à lui pour jamais» s^ils veulent la recevoir è cette oendition et la délivrer de Tamaot qa^elle déteste.
» M. Lovclace, homme emporté dans ses passions, et d*une fierté extraordinaire, croit lui avoir lort peu d'obligation f mais ne laissant pas de Taimer jusqu'à TidolAtrie, ayant de si fartes raisons de haïr ses parens, et ne se sentant pas un penchant extiême pour le mariage, il sWÔtvs de rengager dans un coi nmeite fibre, et, par son adresse et «es inventions, il obtient ee 4u*il désire.
9 II est déterminé è ne jamais épouser d'autre femme. 11 so fait honneur do lui faire porter son nom. La difiéinece n'est que dans la cérémonie. Il la traite avec la tendresse qu'elle mériie. Personne ne révoque leur mariage en doute, àl'exceplioii de ee» flers perens do sa belle, auxquels il S3 fuil une joie de causer ce tourment. Chaque année lui apporte un fruit de son amour. Le bien ne lui manque point, pour soutenir avec s^eiiite«jr raocroissemeet de ea femitle. 11 se fique d'éu« oa pore tendre, on emi zélé, un malin» gé«ére«x, H de pafsr (liBlement ses délice. Qoefquefois, peut^èuv, il se peraaet de voir un nonvet objet, pour ren^ mer ses plaisirs lorsqu'il retourne à sa charmante Clarisse. Son seiA Milttt est Tamoar du beau sexe ; et les femmes assurent iju'fl se i^iérira de Itti-merac ; si délicat d'ailleurs que, dans een liberUnsge, il a toujonis Inspecté la femme d*antroi..* •
Sur le pied oh lo monde est aujourd'hui, que trouves-lti de si criant dans nène peinturet Oonrîens que si je ne l'avais fait entrer dans le progrès de ma grande entreprise, mille t;( mitte farîsteires te parattraient ^res qtie la mienne. I^aîlems, to sais que tout ce que j'ai dit è Joseph l^man, de la manière dont j*cn use avec mes maltiesses, approche beaucoup de la venté.
S j*étai9 aussi ardent b me défendre que Yu Tes 1^ m^feccnser, Je pournds le convaincre par d'autres argiimens, por des observations, par des comparaisons sans nombre, que si llngéneité de mon caractère me porte il m^accu^cr libremcct dans mes récits, du moins I toi qm connais tous tes se^retsdemon cœur, je ne laisse pas, <:1kenritt faisant, d*àvolr quelque âiose h dire pour ma défense ; qnoiqne mes raisons, pcut-étie, ne fuss^t {As d'un grand poids pour tout autre qu'un Itbcriîn. Mais , enfin , je pburtBis dire è ceux qui s'arrôieraient four me ieier le pteadèrt pierre : » Voyez si vos passions dominantes n'exeicent pas sur TOns le m^me
MM CLARIflSB BABLOTB*
empire. Supposes que tous valiez mieux que moi sur plusieurs points, ▼oyez si vous n'êtes pas pires sur quaniîté d'autres, » d*aui8nl plus que je ne suis pas si partial pour mes défaut», que je les iustifle, à mes propres yeux, lorsque je me permets d*y réfléchir.
J'ajouterai une autre observation, tandis que je suis en haleine, et tu me diras si tu la tiouves aussi grave qu'elle l'est pour moi : j*ai tant de passion pour les femmr s, qu3 si j'avais cru le caractère de la vertu nécessaire pour réussir auprès d'elles, j'aurais apporté plus de soin à régler mes mœurs, et plus de ménagement dans la conduite que je tiens avec ce sexe.
En un mot, je sais parfaitement que les hommes vertueux, les coeurs honnéies, qui ne se sont jamais permis un mal volontaire, etqtii mettaient en ligne de compte toutes les perfections de cette incumpardble fille, non seulement me condamneraient, mais auraient horreur de moi, s'ils étaient aussi bien informés que toi de ma conduite et de mes seniimens. Mais il me semble que je serais bien aise d'échapper du moins à la censure de ceux ou de olles qui n'ont jamais su ce que c'est qu'une épreuve ou une tentation capitale, qui n'ont aucun génie pour rin\enlion ; et plus particulièrement de ceux 'qui ont seulement gardé leur secret mieux que moi, ou mieux que je n'ai souhaité de garder le mitn.
P.-S* Je t'ai menacé de ne plus t'écrire. Biais ne t'afflige pas, Bèitoid: va, mon ami, il faut que j'écrive et je ne puis m'en empêcher*
LETTRE GCXXI.
■• LOVELACB, A II* tBLroan.
Mercredi, à one heares dn tofr.
Ma fol, Belford, tu m*as presque abattu par tes impertinentes réflexions, quoique je n'aie pas voulu te l'avouer dans ma lettre d'hier. Ma conscience était encore de ton parti. Mais je me flatte d'être ledevena homme.
Gomment as-ta trouvé le secret de m'ébranler? Si proche du sueoès de mes oomploisl A b veille de faire jouer ma mtnel Tout était arrangé ici entre les femmes et moi, sans quoi, je crois que tu aurais triomphé de mes résolutions.
J*ai le temps de t'écrire que'ques lignes, pour te préparer à ce qui doit arriver dauà une heure ou deux.
Nous avons été extrêmement heureux. Combien d'agréables jours nous avons passés ensemble 1 Mais qui peut deviner ce que deux heures de temps vont produire?
Lorsque j'ai quitté ma charmante, il y a une demi-heure, et toujonis avec une violence extrême, c'est après lui avoir fait piomelire qu'elle ne s'arrêterait ce soir à lire ni à écrire. Si conversation avait eu tant de charmes pour moi, et la saiirfjciion qu'elle avjit témoignée de ma coodnite, avait ajouté uo surcroît si seridible a ma joie, que si elle ne se retirait pas pour se metire au lit, je l'avais pressée de ui'accorder une heure de plus. En passant une partie do la nuit k lire ou à écrire, oa qui lui arrive quelqueiois, elle aurait déconcerté mes vues, cooune to l'observeras lorsque ma petite mine aura produit son efiet.
CUUS8B DABLOVB. 905
— Quoi I qnoi I Tondrai«-ta m'éiouffer. C'est h mon cœar que je perle» Belford. Le [taire s'esl enflé iusqu'à me couper la respîraiion. Pourquoi tant de mouvomens. Lorsqu^uo homme croit loucher au hTage, ces femmes léservécs Teiposent encore à des tempêtes.
— Tout esi-il prêt, Dorcas? Ma bien-aimée m'a-t-elle tenu parole? Mais d*oîi me yienneiit ces ngitai ions que je ne puis apaiser. Est-ce
amour , esi-ce effroi 1 Je ne puis décider lequel des deux. Si je parviens seulement h la surprendr<% avant sa déflance...
Mes jambes treniblanies ! mes genoux, naiurellement si fermes « qui heurient Tun contre l'autre ! Ces mains, qui ont déjà refusé deux fois de conduire ma plume, et qui me funt des lignes si tortues, ne me manqueront-elles pas tantôt dans Tiiisiant décisif!
Encore une fois, d*uù peuvent venir toutes ces conrulsions ! Assurément, mon entreprisse ne doit point aboutir au mariage.
Mais les conséquences peuvent dire plus graves que je ne l'ai pensé jusque anjuurd'hu!. Li doitiiiéjde m<i chère Clarisse, ou lu mienne, peut dépendre du succès de ces deux heures. Je crois que j*abjudunnerai mon projet. Il faut que je relise encore une fois la lettre de mon arui Bellord. Tu auras beau jeu, ma charmante ; ju vais roiiru tout ce que ton avocat a pu dire en ta faveur. De faibles raisons pourront sufûro dansla aituatioD où je suis.
LETTRE CCXXn.
■• LOVBUCR, A ■• BBIJOID.
Jeudi, 8 Jvio, à einq haovii da iMtfai.
Cesi à présent qne ma réformation est assurée. J jmaîs je n'aimerai d'autre femme. Laisse-moi respiier. No me presse pas de mettre sous tes yeux ce qui demande de Turdre dans les é\énemens , de la force dansles peintures, et uneadmiraiion éteruelle pour chaque trait, c'estràdire, pour les moindres cii constances.
N'as-tu pas remarqué la consternation où j'étais hier au soir en finissant ma dernière lettre, lor que j*eus quitté la plume pour relire la tienne, dans la vue de me détourner moi-rnéme du de&«ein de troubler ma belle par uo réveil terrible ? De quoi cruis-tu qu'il (di question? Je vais te rapprendre.
Un peu après deux heures, lorsque toute b maison était endormie, on qu'elle feignait de Fêtre; ma Clarisse dans son lit; entre les bras du sommeil ; moi-même , en robe de chambre depuis plus d'uneheure, quoique à la vérité la plume a la main pour t*ubliger, j'ai été alarmé par le bruit de plusieurs personnes qui marchaient au dessus de ma tète, et par celui d'un mélange de voix, les unes plus hautes, les autres plus basses, mais qui semblaient se faire des reproches entre elles et s'entre-demander du secours. Tandis que j*en cherchais la cause avec étonnement, Djrcas se piécipitant pour descendre est venue crier à ma porte, d'une voix sourde, et plus horrible par cet accent sépulcral qu'elle ne Taurait été par l'éclat : —Au feul au feu 1 au feul Mon alarme en est devenue d'autant plus vive, que cette fille paraissait vouloir crier plus haut, sans le pouvoir. La plume m'est tombée des mains; j'ai failli renverser me table pour me lever ; et ne faisant que trois pas
SIÛ$ CLAIUSSB BARLOVB.
iiisfii*à la porte, j'ai ouverUi'ai crié : — Oùî où? oùt presque aussi efiravé que Dorcas. ETle était à demi déshat)illée, son corset dans mie main ; et sans avoir U force d*articaler ses mots, de i*autre elle m'a montré le second étage.
yy ai volé aussitôt, et i*at (rouré que tout le mal venait de b négSgenoB de notre cuisinière, qui, ayant passé une partie de la nuit à Uroun conte des Fées, avoir mis le feu, en se couchant, h une yieille paire de rideaux de toito des Indes. Dans sa frajeur , elle avait eu la présence d'esprit de les arracher ^ et, tout en flammes comme fh étaient, elle Tenait de Tes jeter dans la cheminée lorsque je suis entré dans sa chambre» de sorte que, j'ai en la satisfaclion d*aniver après le danger.
En même temps, Dorcas, après m'avoir. montré la siège de llnoendie, ne sachant point que le périt fût passé, et s'attendant & voir la maisun réduite en cendres, par un tendre mouvement d*affcctîon pour sa maltresse (ce zèle me la fera aimer toute sa vie), a couru vers sa porte. Elle trappa rudement. EIIes*est écriée d'une voix renaissante et aussi vive que son affeciion: -^ Au feu! au feu t La maison est en feu. Levez-vous , madame levez-vous promptement, si vous ne voulez pas éire brftlée daos votre lit !
A peine avail-^Ite proféré ces terribles cris, que i^ai entrndu tirer les verroax et Itrs barres, tourner la cté, ouvrir fa porte de sa muîuresse ; et)e n'ai pas distingué moins clairement la voix de ma charmante, dont le son paraissait celui d'une personne prâla h s*évanouir. Vous pouvez juger combien j*ai été touché. J'ai frémi d'inquiétude pour elle. J'ai volé plus légèrement que je n*ayais fait à la première iiouvclle du feu, pour l'assurer qu'il ne restait rien h. craindre.
E» mxwmH k h porte 4e la chambre, j'y ai trouvé la plus charmante de toutes lesfeaameai appuyée sur le bras de Oocca^soi^pirant, tremblant» prête % tomber s;ins connaissance, n'ayant sur elle <|u'un petit jupon, le sein à demi découvert, et les pieds nus dans ses mules. Aussitôt qn*éfle vi*9i vue : eMe s^esl efforcée de pader ; mais eÙe n'a pu prononcer qne mon nom : — 0 monsieur Levelace I Et je faî crue menacée de tomber & mes pieds.
le Tai prise dans mes bras, avec une aMcnr que je no lui avais point encore fait sentir. ^ Ma très chère vie! Itii ai-je dit, soyez sans crainte : je^s monté; le danger n'est plus rien ^ h? feu est presque éteint. tapniflente Dorcas , comment avez«voiis été capable d'effrayer mon anfo jusqu'à ce point, par yos extravagantes exclamations t
u I Mfordl qoels diarmes dans le mouvement de son sein , lapdis que je la tenais serrée contre le mien! Je distinguais jusque aux battemens de son ccnir ;et pendant quelques minutes, fai continué d^appiéhender pour eHe «ne attaque de convulsions. Dans ta crainte qu'elle ne s'enihumlt, nnè conraxe elle était, je l'ai portée sur son Ht, et je menais assis prts d^le, m'efforçant, paria tendresse de mes expressions et par mes caresses passionnées de 4issiper ses terreurs. Mais qu'a proAiHle|pénéren «em qoe j'avais pris d'elle, et le bonheur de lui avoir fait rapjpe- *ler ses esprits? Sien, rien de la part dTone ingrate, excepté de la colère et dss emportcmeqs. ^ovtà avions d^i perdu tgus deux le soureirir du terflUe danger tioi TavaH jetée entre mes bras; moi du transport tie toa jcèo; elle éeosltttd^ sa frayemr en sentant on de mes bras passé antov d^ne, et meToymt as^ sur le bord de son St.
IliAililBtg UÀALÛVfi. «.TAT
M,XelCot^«<«PiieUe«UH un pea la disUinpeoù ma yigilanle déesse m'a- ?«U (wJDurf (6DU d'elle. Bappelle-loi mon amour O) messoufrraDces.l{9p- |l«Ue-^ WutOB ses réserves, et dapuis combien de temps j'observais Voor cmiBBi de la surprendre. SoAge au j?e^pect que sa vertu et ses excès de roideatie m'avaiwt inspiré ; songe enQn que jamais je n'avais été si \\e\y tmn. avec elle, e4 figure-^oi, U-de^us, quelle a dû Otre Timpéiuosité de 1BQ« désira dans ce toiuné mQnicnt Cependant j'ai eu la ibrce d'être dé- «Mi» d'êire généreuj^ , du moins à mou propre compte; et je me sui3 tm» à do vagues expresaion» d'amour, dictées h la vériié par la plus tea- 4v9 ^ lapina «rdeoie paasion iwl le osur d'un mortel ail jamais brûld.
.lMa«loin d'en Aire tombée^ quoiqu'elle se vit avecTbomme dont eUe «vaitveconnu depuis fâ peu de temps que les soins ne lui déplaisaient pasy et qu'elle avait quitté avec Unt de satisbciiou une heure ou deux 4»||Bravant,j6n'aiifyiDaia ?t^ 4e douleur plus amère et plus touchante jliie 4a sienue , lecsIqaVUe es^ revenue tout à fait à elle-même. Elle a invoqué le secours du^îel ooAtre ma trahison; c'est le nom qu'elle a émné h mon aosiour, taodîe que moi» avec les sermens les plus soleil Mb* j'ai protesté que ma fr^tyeur avait égalé la sienne, et que la cause do nos alarmes communes av-Mt été réelle. Elle m'a conjuré dans les termes les» plus ibrte et les plus o^^^eodrissans , avec un mélange de sou- .pwa et de menaces, de quitter sa chambre et de lui permettre de se eeober i la lumière et à u>us les regards humains. . 4e lui ai demandé pacéoii; nuùs je n'ai pu me défendre de l'offenser, et je lui ai juré plusieurs fois que le jour suivant serait celui de notre mariage* Elle a regardé apparemment ce langage comme une marque 4^ je pensais à ne plus garder de ménagemens« Elle n'a voulu rien «flDteodre, et redoublant ses efforis pour s'arracher do mes bras , avec des reproches interrompus et les plus violentes exclamations, elle a proi»té ^'elle ne aurvtrrait pas è ce qu'elle a nommé un traitement si lâche et ai niâme. Jetant mémo des yeuK égarés autour d'elle , coauue pour chercher linéique secours à son désespoir , elle a découvert une fiin de ciseaux fort peiom!), sur une chaise peu éloignée de son lit « et «Uaa fisii ees efforts pour le^ |«efl4ce, dans le dessein d'esécuter survieflfann|> sa funeste résolutioii»
La vue d'une si furieuse agitation m'a contenu. Je fai suppliée 4e smBSttumretile n'écouler ua moment, en lui décbireat qtio je ne pennis point h blesser aoft honneur. Je roeauis saiii des ciseaux et je les ai jeiés dans la cheminée. Beflo , cemme elle me conjurait ardemment de m'éloiivfir » j'ai consenti k lui laisser prendre une chaise.
Ifan fuel speetaole cette nouvelte situaiion m'a«-t^Ua offert ! Ses bras «I les -épaules dus 1 aea maina oroisées suc sa poitriM^ sans en pouvoir cacher la moitié I uu court mantMi de lit qui ne ae dérobait presque nea, ses ijombea el ses pieds ouvei temeQt en proie k mes regarda I A la fetitéi las si#ns sepibleieat ae respirer qa» la reegeance, et ses lèvres aéppndaat eu «uioveiieiit de eoaondignation , elle faisait des aermeos entrecoupés de sanglots de ne me pardonner jamais* Meia crois- tu, Bel- .iiBf4» tqa'aaiiiié par<eetio intérêt fhqué h mon Um^ par ses 49«»aces , il ai%ii dt&penîMe da^me «lodêrer ptus im^tempst Je l'ai prise encore une leia daoa mes bras.; jf r^faerrée avec un nouveau tran^orl. Quand •jecopsîdèrB ea déUcaMae» j'admire d'oh hii est venue unf de force. EBesM 4ébaui|eel lurimemeati que je n'ai pas ou bqsuin d'autre
908 CLAU88B BAftLOfl. »
pieave ponr m'assorer que sa colère était aérieose. Pêi eu plus de peine a la retenir que je ne puis te le représenter, et je n*ai pu t*eropêGber à ^ la On de glisser d*entre mes bras pour tomber à genuux. Ui, dans t*aniei^ . tume de son cœur , les yeux attachés sur les miens , tes mains loTées» ^ les che?eux éîiars ( car sa coiffure de nuit étant lopibée dans le débat , sa charmante chevelure s'était déployée en boucles naturelles , comme pour cachsr officieusement les beautés de son cou et de ses épaules) , le aein agité par la violence de ses soupirs et de ses sanglots , comme pour aider ses lèvres tremblantes à plaider pour elle : Uk , dans cette humble p isture, après avoir fait un effort sur sa douleur pour retrouver le pouvuir de parler , elle a imploré ma compassion et mon honneur» avec cette force d'expression qui di^^tingue celte admirable ûlle, dans son langage, de toutes les femmes que j'aie entendues.
— Rogardez-moiy cher Lovelace (ce sont ses propres termes) , je tous supplie h genoux do me regarder comme une malheureuse créature, qd n'a que vous pour protecteur, qui n'a que votre honneur pour défense t Par cet honneur, par votre humanité , par tous les sermens que vous m'avez faits, je vous conjure de ne pas me rendre un objet d'horreur à moi-même, et pour jamais méprisable à mes propres yeux.
Je lui ai parlé de demain, comme du plus heureux jour de ma vie.
— Ah I demain. Non , non , a-l-elle repris ; si vos vues sont honorables, c'est à présent, c'est h Tinstant qu'il faut me le prouver, en sortant d'ici. Jamais, jamais, dans la plus longue vie, vous ne pouvei réparer ce que vous me faites souffrir.
— Insolent I misérable I infâme !... s'esi-elle écriée tout d'un coup. Oui, elle a eu l'audace de m'appeler infâme , quoique livrée actuellement à mon pouvoir. Et pourquoi? Parce que, ne pouvant résister an charmant spectacle qu3 j'avais devant les yeux, j*ai saisi sa tôle de me deux mains , et, dons le môme transport, j'ai baisé successivement son cou, ses lèvres , ses joues, son front et ses yeux baignés de larmes, à mesure que cet assemblage de beautés s'offrait à ma vue.
— Si je suis un inlâme, lui ai-je dit en môme temps , si je suis infâme... et, ma main devenant plus hardie... Je me flatte néanmoins de ne l'avoir pas portée trop rudement sur un sein si délicat... Si je sais un infâme. ••
Bile a déchiré ma manchette , elle s'est arrachée de mon heureuse main , avec une force et une agilité surprenantes, dans le momont que je voulais passer l'autre bras autour d'elle.
— Oui , un infâme , a-t-elle répété , et le plus infâme de tous les hommes ! Au secours ! au secours I s'est-elle miâo à crier d'une voix lamentable ; anges du cidi charitables gens de la maison ! N'y a-i-il pas de secours à espérer pour une malheureuse (
Cette ré.-istairce ne faisait qu'irruer mes transports. — Je suis donc nn infâme, mademoiselle Y suis-|e un infâme, diies-vous? Et possact les deux bras autour d'elle , je l'ai soulevée jusqu'à mon cœur, dont je ne pouvais cotitenir Tagiiaiiou.
— Ah! non, non, vous êtes... et se reprenant : mais n'êtes vous pas... Gepeudant elle est revenue à me nommer son cher Lovelace. Ses deux mains étaient moins occupées à se défendre qu'à couvrir son sein.
— Tuez-moi, m'a-t-etle dit d'un air égaré; tuuz-moi, si je sqîb assez odieuse h vos yeux pour mériter ce traitement i j'aurai des giAees
CU1I88B HAftLOVB. 209
à foos reiidre.De|mîs trop long-temps la vie n*est qu*on fardeau pour moi, on (jetant un regard farouche autour d'elle ), donoez-moi seulement les moyens , et je vais vous convaincre sur-le-champ que mon honneur m'est plus cher que la vie. Ensuite , les mains toujours croisées sur sa poitrine* et ses larm3s coulant comme deux ruisseaux, elle m'a nommé encore une fois son cher Lovelaoe; elle m'a promis de me remercier jusqu'à son dernier soupir , si je voulais lui accorder ce qu'elle me d^ mandait, ou lui épargner de nouvelles indignités.
Je me suis as is; je suis demeuré quelques momens suspendu. — Ce n'est point une fimme« me suis-je dit à moi-même, c'est un ange que je liens et que je presse dans mes bras ; car je la tenais encore dans l'état oh je l'avais levée. Mais elle m'est encore échappée pour retomber aussitôt à genoux.
— Voyez, monsieur Lovelace... Grand Dieu! faut-il quo je vive pour éprouver ce barbare traitement 1 Voyez à vos pieds une infortunée qui implore votre pitié, et qui pour l'amour de vous est abandonnée de tout le monde! Ahl n'accomplissez pas l'horrible maléJiction de mon père! N'en soyez pas l'instrument comme vous en avez été la causal Epargnezmoi ! épargnez-moi, je vous en conjure ! Comment ai*je mérité que TOUS me traitiez avec cette barbarie? Pour vous-même, pour votre propre intérêt, si ce n*esl pis pour celui de mon honneur et de ma viel comme vous souhaitez que le Tout-Puissant ait pitié de vous à votre dernière heure! laissez-vous toucher par mes invocatians et par mes larmes I...
Un cœur d'acier aurait éié pénétré. J'ai voulu aider plus doucement cette chère suppliante à se lever. Elle n'a pas voulu quitter sa posture, si je ne l'assurais, m'a-t-elle dit, que je me rendais à sa prière, et qu'elle pouvait se lever pour vivre innocente. La dureté m'a manqué pour résister plus long-temps.
— Levez-vous, fille divine, lui ai-je répondu d'une voix altérée par ma propre émotion ; soyez coque vous êtes, et tout ce que vous souhaitez d'être. Mais assurez-moi vous-même que vous me pardonnez tout ce qui s'est passé, et dites- moi que vous continuerez de me regarder du même air de faveur et de satisfaction qui a fuit mon bonheur depuis quelques jnurs. A cette condition, je me soumets à mon cher tyran, dont Tcmpire n'a jamais eu tant de force sur moi que dans cet instant, et je vous laisse libre aussitôt.
^ Puisse Dieu tout-puissant, m'a-t-elle dit d'un ton passionné, en le van» les yeux au ciel avec un regard attendri, écouter vos prières dans vos plus fâcheux momens, comme vous avez écouté les miennes I Laissezmoi donc à présent; relirez- vous ; laissez-moi à mes propres réflexions. Ce sera me laisser assez de tourment, et plus que vous n'en devez souhaiter à vos plus cruels ennemis.
— Ne mo soupçonnez pas d'un dessein prémédité, ma très chère Clarisse. Tout est arrivé sans avoir été prévu.
— Ah I monsieur LoveUce ! en poussant un profond soupir.
— En vérité, madame, le feu était r<^el. ( Il Télait, en effet, Belford.) Toute la maison était menacée d'être réduite en cendres, comme tous en serez convaincue ce matin par vos propres yeux.
— Ah! monsieur Lovelace!
— Que l'eicèsdc ma passion, madame, et le bonheur que j'ai eu de vous reoooDtrer à hi porte de votre chambre dans une attitude si charmante...
SIO GLABIMS HAHLOVK.
«- Laissev-im^, laissez-moi sur- le-ehatnp I Je Toatcotijim dejrae lakser ; jetant un œil distrait et confos tantôt aolour d'elle, tantôt suc gU»nénie. f
— Pardonnez-moi, très chère Clarisse, dMonooentes libertés que l'ensès « de TOire déircaie^se tous fait trourer offensantes.
-^ Ah I laissez-moi, laissez-moi, se regardant encore et regardant tour d'elle avec une douce confusion. Sortez, sortez !
Et se remettant h pleurer, elle a fait tous ses efforts pour retirer mains, que je n'avais pas cessé de tenir dans les miennes. Que de nou* veaux charmes, à présent que je me les reirace, cette agitation donnait à chaque partie, à chaque trait du plus beau corps du monde !
— ie ne puis sortir, lui ai-je ré^^ondu, je ne soriiral point si voos ne proncncez mon pardon. Di les seulement que vous me pardonnez. Dites» oia irèi chère vie !
— Au liou) du ciel, sortez. Laissez-moi le temps de penser à ce qne je puis, à ce que je dois.
— Ce n'est point assez, mon clier amour. Il faut me dire que jetais pardonné, que vous me verrez demain, comme s'il n'était question de rien.
Alors je l'ai reprise dans mes bras, espérant au fond qu'elle s'obstmecait à me refuser. lUais cite s'est hâiée de répondre :
— Eh bien ! je vous pardonne, misérable que vous êtes!
— Quoi 1 chère Clarisse, c'est avec celte répugnance, avec on mélange de repioche, que vous m'accordez la grâcu quts je vous demandei lorsque je serais lo niaitre...
El j'ai recommencé h la serrer contre mon sein.
— £h bien l je vous pardonne.
— Du fond du cœur?
•^ Oui, du fond du cœur.
— Et libremeut?
— Librement.
— Et nio regaidercz-YOus demain comme s'il n*é(ait rien arrivé?
— Oui, oui,
— Ce ton, chère Clarisse, me rend l'intention suspecte. Dites-moi que vous me le promettez sur votre honneur.
— Eh bien I sur mou honneur. Sortez donc à présent, sorteZi et que jamais...
«— Que veut dire ce jamais^ ma chère vie? Est^e Vx par(h>nner7
-i- Que jamais, a-t-ciie repris, cette ciuelle scène ne soit rappelée.
J'ai in&ibié sur un baiiser pour sa'l!er mon pardon, et je me suis retiré comme une véritable dupe, ou, si lu veux, comme le jouet d'une femme. Je mo &uis retiré d'atsez mauvaise humeur. T'attendais-tu à cette condiiiion ?
Mais je ne me suis pas plus tôt vu dans mon appartement, que, réfléchissant à Tocciision que jo venais de perdre, considérant que je n'avais ftiit qu*augi)ieiiter mes propres dilficuUés et m'expoàer à la railitrio des femmes do la maison, qui me reprochi raient une faiblesse si éloignée de mon caraclère, jo me suis retenu de ma folle pitié, et je suis retourné prompiemeiit sur mus pas, dans l'espérance que le trouble où je l'avais laissée ne lui aurait pas permis do fermer si tôt s>a porte, et résolu d'exécuter tous mes projets, quelles qu^en puisant ê^re les^uites. J'ai poussé
l^uffense assez loin, dlsats-je en moi-même, pour douter (paMLe iH^aH pirdMné de bo. ne foi ; et, de quelque excès qu'elle sdt capetHe daqs Mn désespoir, ma dernière ressource sera ie maiiage pour l'apaiser.
Le ciel m*a puni. Tai irouvé sa porte fermée. Cependant, comme je l'entendais puu^ser des soupirs et des sangMs fort violens :
— Chère Clarisse, lui ai-jf? dii en frappant doucement à sa porte, j'ai deux mois à vous dire, les plus agréables que vous ayez jamais entendus de moi* Pk rmetiez que je vuu« parie un instant.
Elle:: 'est mise en roouvenH*nt pour venir à la porte. Je me suis flatté fU'elle allait ouvrir, ei mon cœur a tauté de joie dans cette espérance. Maie -elle n'a fait que pousser un au're verrou, pour rendre la barrière ylusfiûre; et soit qu'elle n'ait pas eu la force ou li volurilé de réporfd^e» eUe^'est retirée au fond de son appartement. J'ai repris le chemin du fflîen, aussi mccontent de rooi-tncme que tu peux te l'imaginer.
Telle était ma mine. Tel était mon complot, et tel est malheureusement tout le fruit que j'en ai tiré.
JeTaiinu plus cpcrdument que jimais. Ehl comment pourrais-jc rn^tn. défendre? cette d\enture n/a fait découvrir mille nouveaux sujets d'ei^irftTaganoccld*ido!âtrie. Ah! Belford, Clarisse est un composé do toutes les perfections. Je la crois mortellement offensée; mais ne vois-tu pas qpe j'^i pour obtenir giâ.e un litre que tout le monde m*a refusé jusque aujouni'hui! ie veux dire un fonds réel de sensibilité pour les piicreset pofir les larnies. Ob était, dans cette occasion, lo ealus , la cuirasse d'u- .cior» dont on prétend que j*ai le cœur armé? C'est, à la vérité, le pren^ier exemple de cette nature qu'on puisse nommer dans Thisloiro do ma Tîe. M'en demandcs-lu la raison? C'est que je n'ai jamais trouvé de ré^ tance si sérieuse, ni d'obstacles qui méritent si bien le nom d'inymçi- Wes. Quel triomphe s^on sexe obtient, dans mes idées, par une si be^ défense !
A pré.ent, Bc'ford, si ma charmante peut me pardonner... Que d1$-jje, a eue le peut? Elle le doit. Ne l'a-i-elle pas dé^h fait &ur son honneur? Von embarras e»l do savoir comment la chère petite personne remplira cette partie de £a promesse qui l'oblige de me voir demain comme s'il n'était rien arrivé pet.dani la nuit. Je me figure qu'elle dontaratt le monde entier pour ôlrc quitte de noire première entrevue. Le meilleur parti pour e!lle n'est pas d*en venir aux reproches. Cependant pourquoi lui donnerais-je ce conseil? La charmante occasion qu'elle m'offrirait î Qu'elle mangue^ sa parole; jo lui en souhaiterais l'audace. Il lui est impossible do fuir. La voie de l'appel est fermée hors de mon tribunal. Quels amis lui resle-t-il dans le monde, si ma com{ assion ne se déclare point en sa faveur? D'ailleurs, le digne capitaine Totnlinson çt l'onde Jules sauront tout réparer, de quelque nouvelle offense que je puisse me renOre çojipable.
A regard de tes craintes sur quoique emportement qui pourrait lui faire tourner sa fureur contre ellè-niêine, jUgnoro do quoi elle aurait été capable si les oifeaux ou quelque autie instrument s'étaient trouves sous aa HKÛn ; mais j*o^ dif^ qvç^ 46 saqjg'(roi4« il o^ «i»eo de çotid nature à 'Craindre d'oile. Un gàl<u»i homme n'a que ir^ de peine avfBp oes var* Jnejkiaes jQlles ; car je ^umiiif rnce à croire qu'il s'en trouva a^ monde. Il Ufii bien qu'il y j^l quoique cfaona fiur xiuoi il pwisaa ae^eposar : e'^ i'tftachement même qu'elles ont pour leurs principes. En un mot, je n'ap»
SIS OJOUa» BAILOVB.
prAende pour oeUe-d que la force de sa douleur. Mats c*est on mal, oorome tu sais, dont Taciion est assez lente, et qui laisse place à de petits accès de joie dans les intervalles.
LETTRE CCXXIIL
É. LOYELAGB^ À ■. BELFORD.
Jeudi, à hait heures dv mttio.
Sa chambre n*est point encore ouverte. Je ne dois pas m*atteiidre qu'elle déjeûne avec moi , ni même opparemment qu'elle y dine. Petite capricieuse ! Ciimbien de peine elle se cause, par ses eicès de délicalesset Toute autre femme n'aurait fait que rire de ce qui s'est passé entre elle et moi. L'idée qu'elle s*en forme ne sert qu'à nous (oui meiiter tous deux. Qu'en penst-s-tu , fieiford? S'il est vrai qu'elle soit fâchée > ne ferait-elle pas mieux , dans ses propres principes , de ne pas marquer tout le chagrin qu'elle affecte?
Mais qui sait si mes craintes ne vont pas trop loin? Je le croirais volontiers. E.les viennent plutôt de son excessive délicatesse, que d'aucun juste sujet de ressentiment. La première fois peut-être elle s'estimera heureuse s'il ne lui arrive rien de pis.
La chère personne a éié si fatiguée , si effrayée cette nuit , qu'il n'est pas surprenant qu'elle demeure un peu plus long-temps au lit. Je souhaite qu'elle y ait trouvé plus de repos que moi, et qu*un sommeil doux et paisible Tait disposée h me recevoir un peu plus tranquillement. Je la Tois d*avance; une douce rougeur, un air de confusion. Mais pourquoi de la confusion dans celle qui souffre, tandis que l'offenseur en ressent si peu? Effet piodigieuxde l'habitude! On apprend aux l mmes que la rougeur relève leurs grâces : elles se forment à lougîr. C'est un art qui leur devient aussi facile que celui des larmes. Oui, l'explication me piaTt asses : tandis que nous au ires hommes 9 prenant la rougeur -, outre nous , pour une marque de mauvaise conscience ou de timidité , nous n'apportons pas moins d'étude à nous en défendre.
Par ma foi , Belford , je suis presque aussi confus de reparaître aux yeux des femmes de celte maison, que ma Clarisse peut l'être de se présenter aux miens. Je n'ai point encore ouvert ma porte, dans la crainte qu'elles ne viennent fondre sur moi. De quel degré de corruption œ sexe n'cst-il pas capable T et quelle doit étro celle de deux ÛUes , qui « ayant eu pour un homme autant de passion que PoUy et SjUy en ont eu pour moi, ont pu dereuir assez insensibles aux tourmt ns de la jalousie» i la mortiflcation de partager ce qu'on aime avec de nouveaux objets , pour souhaiter qu'il leur donne une rivale, et pour faire leur plaLir suprême de voir d'autres femmes réduites à leur niveau Y Tu ne saurais te représenter combien Sa ly même se réjouissait oette nuit de la seule peu» sée que l'heure de Clarisse approchait.
À dix hevfet.
De ma vie » je n'ai rien désiré avec tant d'impatience que de roir ma charmante. On croit avoir entendu quelque mouvement dans sa chambre.
Dorcas vient de frapper à sa porte pour lui demander ses ordres. La léponsOf c'est qu'elle ^'a pas d*urdre à lui donner. Elle lui a dît à
GLAUSSB HARLOVB. 213
((oelle heure le dëjeûoer dmt être prôft. La propontion est refusée d*uiie TOix basse et chagrine.
J'y Tais moi-même.'
J'ai frappé trois fois à la porte , sans ayoir obtenu la moindre réponse.
— Très chère Clarisse , ai-je dit enfin, pennettq^ que je m*informe de de Tolre santé. On ne vous a pas vue d*aujourd*hui. Je suis impatient dé saToir comment vous vous porlrz.
Pas un mot ; mais j'ai cru entendre un profond soupir.
— Je vous demande en grflce , madame , de monter avec moi au aecond étage. Vous verrez avec joie de quel danger nous sommes heureusement échappés.
Très heureusement en effet , Belford , car le feu a laissé des traces et^ frayantes.
— Vous ne me répondez pas, madame? Suis-je indigne d'une parole? est-ce ainsi que vous tenez votre promesse? Ne m'accorderez- vous pas « pendant quelques minutes, l'honneur de votre compagnie dans la salle i manger?
Bile a toussé, elle a poussé un soupir : c'est toute sa réponse.
— Apprenez-moi du moins Féiat de votre santé. Dites-moi que vous vous portez bien. Est-ce là ce pardon qui devait dire le prix de mon obéissance?
Alors , d'une voix faible , mais irritée , elle m'a pressé de quitter sa porte, et sa chaleur croissant à chaque mot , elle m'a donné les noms de misérable, d'inhumain, de barbare, et de tout ce qu'il y a de Iftche et de perfide au monde.
— Quittez ma porte, a-t-elle répété, et n'insultez pas une malheureuse personne , à qui vous deviez de la proieciiun plutôt que des ou* trages.
-^ Voilà donc, madame, ai-je répondu sans me plaindre de ses injures, le fond que j'ai à faire sur vos promesses 1 Si les mouvemcns imprévus , si les elfeis du hasard ne peuvent être pardonnes...
Ici, elle s'est écriée : — 0 terrible maiédiction d'un père ! Je suis donc menacée de te voir accomplir à la lettre 1 Sa voix se perdant alors dans un murmure qui ne paraissait point articulé , j*ai eu la curiosité de regarder par le trou de la serrure : je l'ai vue à genoux , le visage et les bras levés vers 1(3 ciel, les mains étendues , implorant sans douie le secours d*en haut. Je n'ai pu me défendre de quelque émotion.
—Ma très chère vie , ai-je repris d'un ton plus tendre , accordez-moi quelques momens d'entretien; confirmez le pardon que vous m'avt*z promis ; et puisse la foudre m^écraser à l'instant si je vous laisse quelque doute sur la sincérité de mon repentir. Je vous quitterai ensuite pour tout le jour ; et demain je ne me pimenterai à tous qu'avec les articles prôts à signer , et la permission obtenue ; ou , si je ne Tobtiens poiut , avec un ministre qui nous en tiendra lieu. Duignez me croire une fois. Lorsque vous aurez vu la réalité du danger, qui est devenu la malheureuse occasion de votre ressentiment , vous jugerez moins mal de moi. Enfin, je vous conjure d*exécuter votre promesse, à laquelle vous me permettrez de dire que je me suis fié assiz généreusement.
—Je ne puis vous voir , m'a-t-on répondu ; et plût au ciel que je ne
214 CLAAI8SS BAEIAVI^
TOUS eusse jamais tu I & je vous écris , c'est tout ce que je suis capalte de prendre sur moi.
— Que votre lettre, ma chère vie, soit donc une confirmation de TOt» promesse. Je me retire dans cette espérance.
Elle vient de sonner pour Dorcas.
Elle n*a fait qu*entr*ouvrir sa porte : et, la tenant d'une main « elle a fà&é le brdâ pom* donËer sa lettre à Dorcas. J'ai demandé h celte fille dans quel étal elle l'avait trouvée. — Vêtue, m'a-i-fJle dit, détournant lé Tisage, et ne pouvant retenir ses soupirs. Adorable créature I j'ai bafsé le pain à cacheter de sa lettre, qui était encore humide. Voici ce qu'elle cotitient, mats sans adresse, sans Monsieur ou M. Lovelace.
« Je ne puis vous voir ; ei Je no vous verrai pas , si je n ^ suis forcée. Il n'y a point de termes qui puissent exprimer la douleur que je ressMB de foire bassesse et de votre ingratitude. Malheureusement pour ttiof, les circonstances ne me permettent dVspérer que par vous le moyen de me réconcilier avec ceui qui auraient élé mes prolecteurs naturels cdnCre de tels outrages. Ce motif est le seul qui puisse me retenir un moment de plûâ dans celle maison. Mais si j*ai quelque relation avec vous, ce ne sera plus que par écrit. Vous êies le plus vil et le plus détestable de l^us 1^ tommes. Par où ai-je mécité vos indignes traiiemens? N*en parlonft plo» s mais, pour votre propre intérêt, ne souhaitez pas de me voir d'une semaine entière. »
Ainsi, Belford, tu comprends que j'ai beaucoup d'obigationS à rhfa}» toife do Tomlinson et de Tonde. Dans quel joli embarras je me scrfb jeté moi-même ! Si César eût été aussi fou , il n'aurait jamiis passé le Rttbiéen. MaiSf après Tavoir passé, s'il eût pris le parti de la retraite, intimidé par un édit du sénat, la belle figure qu'il aurait faite dans l'h^ toire I Je ne devais pas ignorer que l'entreprise d'an vol mérite dïtre puMe comme le vol même.
Mais ne la pas voir d'une semaine entière. Chère petite personne J N'adroires^u pas comme elle me prévient sur chaque article? Le contrat est achevée pi^t à signer , demain , ou le jour d'après au plus tard. lâ permission avec le ministre, ou le ministre sans la permission , no seal pas nfoins sûrâ dans l'espace de vingt-quatre heures. Les arrangemens de Phtchard ne se feront point attendre. Tomlioson ne demande qu'à pacaltre avec une réponse favorable de M. Joies Harlove. Cependant n# la i^d voir d'une semaine entière ! ce cher amour 1 Son bon ange l'a»* raii^l quittée pour «ne semaine? C'est ce qu'elle craint peut-être. Mali que servent les craintes? Apprends , ma charmante, qu'avant la fla'4o taBomaine je suis bien trompé si je n'achève pas mon tdomphe. .
Ce qui me chagrine le plus, c'est qu'une si charmante fille s'expostfà Diaiif œr de parole. Fi, fi I Mais je considère que personne n'est parfaU* L'erseur est une iaiUewe humaine, pourvu qu'on n'y persévère pas aba»* luBonti et je me iSattoque ma chansauto ne peut rien avoir d'mhumdM*
LETTRE CCXXIT,
«» UMTBUGK, ▲ K. BELFOBI».
Aaz armes du roi, dtiiB Paltiiiall, jeoffl, «près mlffi.
Ayini mon dépari, nous nous sommes écrits plusieurs billets par l'entremise de Dorcas , ce ^i m*a autorisé à met ire son nom de mariage pour adresse. £Ue a refusé d'ouvrir sa porie pour recevoir les miens 9 ^ftnji la crainte apparemroeut que je n'y fusse moi- même, Djrcas s'eal vue forcée de les faire passer sous la porie, et de recevoir les siens par lafnême voie* Jo les ai fait copier pour ton amusement. Tu peux ]fs lire ici, si tu veux.
▲ KADAVE LOVELACB.
Etk vérité, ma très chère vie , vous poussez le ressentiment trop Ida. Les femmes de la maison nous supposent mariés ; que penseront^ eUes d'une si étrange délicatesse? Mes libertés ne sont-elles pas innécentes ; Toccasion n'esi-elie pas venue du hasard T songez que c'est vow exposer vous-même. Jusqa*a présent elles ignorent ce qui s'est passé ; et fm s'est-il passé» en elfet, pour jus iiler une si vive colère t Je euSs sûr que vous ne voudriez pas me donner sujet , en manquant à votre promesse, de conclure qu'il ne pouvait m'arriver rien de plus fâcheux si j'avais refusé de vous obéir.
-» le me repens , de bonne foi, d'avoir blessé votre délicatesse. Mais un incident si peu prévu doit4i m'ai'.irer des noms si choquans? Lepios vil et ie plus détestable de tous les hommes 1 ces termes sont bien durs! et de la plume d'une personne adorée.
» Si vous preniez ia peine de ononter au second , vous seriez bientôt ceavainctt^ que , tout détestable que je sais à vos yeux, je n'ai point en part à l'événement.
>T^rtiidttez<qtLe j'insiste sur la nécessité de von voir, pour recevoir votre «vis sur quelques uns des peints <pie nous traiiftmes hier au soir. Tout ce qui n'est pas nécessaire est d9 trop. Je réclame ie pardon que vous m'avez promis, et j'afiends la liberté de le demander à genoux. Un quart d'heure suffira dans ia salle à maoger , et je vous quitte pour le reste du jour. Ne refusez pas celte giâce à mou repentir, il est aussi siocève que mes adorations. »
A V. LOVELACB.
c Je ne vous verrai point. Je ne puis vous voir. Jo n'ai p<mit d'avis à VMis donner. Là Piovidence décidera de mon soru
» Plus je réfléchis sur votre bassesse , sur votre ingrate «t cniélès baasetse , plus je sens croître mon ressentiment.
» Vous êtes la dernière personne du monde dont je voulusse prend» le juj^emont sur ce qui passe nu ce qui ne passe pas les bornes en matière dn décence.
A -CiA un tottimeat pour moi de vous écrire. C'en est un de penser à veus. Cessez 4oac de me presser. Encore une fois , je ne vous verni peiat. Depuis que veus m*Ayez rendue vile à nMi^mémOije compte pour rien rc^iniondi'ntttruL m
A «AAAas seveLACB.
« C%st vetie premesie, neiane , que je %<« lappeBe enraie ; 4rt je
SI6 GLABISSB BARLOfI*
TOUS demande la permission de tous dire que jlnsiste sur son eiéca • lion. SouYenez-TOus, très chère Clarisse , qu'une faute n*esi pas justifié! par Texemple. C'est manquer de délicatesse que de la pousser à Texcàs. Je ne^puis rien me reprocher qui mérite un ressentiment si vif. Il est vrai que la violence de ma passion peut m*avoir emporté au delà des bornes, mais s'il m'est pemis de le faire valoir, l*enipit« quej'ai pris sur moi , pour vous obéir , mérite un peu de considération.
» Vous me défendez de paraître devant vous pendant fonte une semaine. Si vous ne me pardonnez point avant le retour du capitaine Tomlinson, qu'aurai -je à lui diret
» Je vous demande, encore une fois, un moment d'entretien dans h salle à manger. En vérité, madame , il est nécessaire que je vous voie. J'ai besoin de vous consulter sur la permission ecclésiastique et sur d'autres points de la même importance. Comment les expliquer au travers d'une porte, lorsque les femmes de la maison nous croient mariés T
» Au nom du ciel, accordez-moi votre présence pour quelques in»tans. Jo vous laisse en liberté le reste du jour.
» Si je dois obtenir grftce, suivant votre promesse, tous vous épargna rez des peines en cessant de la différer. Voua eu épargneriez de mortelles au plus affligé de tous les hommes. »
A M. LOVELAGB.
a Votre obstination à me chagriner ne changera rien à mes résolutions. J'ai besoin de temps pour considérer si je ne dois pas renoncer absolument à TOUS. Dans la disposition uù je suis aciueilement, mon sincère dé.iir est de ne vous revoir jdmiis. S'il vous reste quelque ombre de faveur à vous promettre de moi , vous ne les devez qu'à mus espérances de réconciliation avec mes véritables prolecteurs. Ne me ^rlezpas des suites ; elles ne me touch ;nt plus ; je me hais moi-même. À qui dois- je d^autres sentimens? Ce n'est pas à l'homme qui est capable d'avoir formé un noir complot pour déshonorer ses propres espérances , et pour couvrir d'opprobre une fille infortunée» apièi lui avoir fait perdre l'estime et l'affection de tous ses amis. »
A VADAHB LOTELACB.
a Madame, je vais de ce pas à l'ofûcialité, et je continuerai, sur chaque point, comme si je n'avais pas eu le malheur de vous avoir déplu. L'unique réflexion sur laquelle j'insiste, c'est que, malgré la faute où je me suis laissé emporter par l'excès de ma passion , rot)éi8::ance que j'ai eue pour vos ordres , dans un moment où peu d'hommes auraient été capables de cet effort sur eux-mêmei , m'auiorise à vous demander l'exécution de cette promassa solennelle que vous avez accordée à ma soumission.
» Je pars avec l'espérance de yons trouver, à mon retour, dans une disposition plus favorable, et, j'ose dire, plus juste. Soit quels permission ecclésiastique me soit accordée ou non , je vous demande en grâce qne demain soit le jour qu*il vous a plu de nommer èienldl. Il expiera toutes les fautes, en me rendant le plus heureux des hommes. Les articles sont prêts, ou le seront ce soir. Que le ressentiment, madame, ne vous jette pas dans un chagrin si peu pro^iortiunné k loffense. Ce serait nous exposer tous deux à i'étonnement de nos hdtesses , ot» oe qui est beau-
ctAiiass BAiLonk 917
coup plvs important pour nous, è celui du captiaiae Tonilinsou. Ilettoii8*nou8 eu élat, je tous en supplie , madame , de poufoir rassurer , à sa première visiie, que nous ne sommes plus qu'un.
» Gomme les apparences ne me permettent pas Thonneur de dîner avec TOUS, je ne reviendrai point au logis avant le soir. Alors je m'attends (vos promesses, madame autorisent ce terme) à vous trouver dans la résolution de rendre heureux demain par votre oonâentement, votre adorateur passionné.
«LOTBLâCB.»
Quel plaisir, Belford, je m'étais promis à jouir de la douce confusion où je m'attendais à la trouver, dans la chaleur récente de Taventuiel Mais elle me verra: rien ne peut la dispenser de me voir à mon retour. Il serait plus avantageux pour elle , et peut-être pour moi , qu'elle n'eût pas feiit tant de bruit à Toccasion de rien. Elle m'a mis dans la nécessité de nourrir ma colère, pour ne me pas laisser surprendre par la compassion. Quelque sujet qu'on ait de se plaindre , l'amour et la compassion ne se séparent pas facilement ; au lieu que la colère change en ressentiment ce qui deviendrait pitié sans elle. Rien no parait aimable dans ce qui nous dé|>taît entièrement.
J'avais donné ordre à Dorcas do lui dire, en mettant mon dernier billet sous la porte, que j'espérais un mot de réponse avant que de sortir. Elle a répondu de bouche : « Dites-lui que peu m'importe s'il sort, et que je ne prends pas plus d'iniérét à tous ses desseins. » Pressée encore une fois par Dorcas, elle a répété qii'elle u'avait rien de plus à dire.
Je ne suis pas sorti sans m'être approché doucement de sa porte; je Pai vue par la serrure , à genoux au pied de son lit , la têie et le sein penchés sur le lit, les mains étendues, poussant des sanglots que j'entendais è cette distance , comme dans les douleurs d'une mortelle agonie. Ma foi, Belford, j'ai le cœur trop sensible à la piiié: la réflexion est mon ennemie. Divine fille 1 Que nous nous sommes vus heureux pendantquelques jours I pourquoi ne le sommes-nous plus? Mais le cœur do Clarisse est la pureté. El quel plaisir, après tout, puis-je prendre à tourmenter... En vérité, môme dans la disposition oii je suis, je ne dois pas me fier à moi-même.
Pour me désennuyer^ en attendant ici Mowbray et Mallory , qui doivent me faire obtenir la permission , j'ai tiré les papiers que j'avais sur moi, et ta dernière lettre est le premier qui s'est présenté. Je t'ai fait riionneur de la relire. Elle m'a remis devant les yeux le sujet sur lequel je n'osais me fier à mes réflexions.
Je me souviens que, dans sa réponse à mes articles, celte chère fille observe que la condescendance nest poini une basteste. Qui entend mieux qu'elle è vérifier cette maxime? Il est ceruiin que la condescendance renferme de la dignité. J'ai toujours remarqué de la dignité dans la sienne ; mais une dignité adoucie par les grâces, car elle n'y a jamais mêlé d'orgueil, ni d'air insultant, ni la moindre affectation de supériorité. Miss Howe, qui la connaît mieux que personne, m'a toujours dit que c'était le fond de son caractère.
Je pourrais lui enseigner la conduite qu'elle aurait k prendre, pour me fixer éternellement dans ses chaînes. Elle sait qu'il lui est impossible de fuir. Elle sait que tôt ou tard il faut qu'elle me revoie, et qu'elle se ferait
219 OLABiaSB SAKAV&
un méni^ û^ av«iioer Plmire. Je lui passent volontiers ontreeNnU* ment :man que jecroieravoirmériiédeioul autre qu'elle, pour quelques libertés innocenies, mais perce qu'il ooavientàson caractère de 5*ea res-^ senUr. Si fe saja^ sauleaieni plus d'amsur que d'horreur pour iiiei dans ses injures , si elle éiait capable de feindre, oui« de feindre seule*» mefit, qttVlle croit le leu réel, et que tout os qui Ta suivi ji'esl quei'ef^ îei 4u hasard , de se réduire à de tendres plaintes, à quelques t epro-* ches de ravantage que j*ai tiré de Tavoir surprise, cnCn de paraître persuadée qu^ellB n'a pas d'autres suites à redouter , et qu^elle peut se ûer généreusement à mon honneur (le pouvoir , Belford , est jaloux de la confianee), je croîs que je prendrais le parti de finir toutes les épreuves et de la conduire à l'autel.
Cependant, après une démarche si hardie, du côté de Tomlinson et de roncle, au mitien du succès.... Ah! fielford, dans quel embarras j*ai treuré le secret de nous jeter tons deui. Que celte maudite a?ersion pour le mariage a mis de confusion dans toutes mes vues! De combien de contradictions ni'a-t-elle rendu coupable t
Avec quelle satisfaction jolourne les yeux snr quelques jours que je lut Bi fait passer heureusement ! Mon bonheur, sans doute, mon propre bonheur aurait été plus pur, si j^avais pu renoncer è toutes mes iiîven* tions et traiter stcc elle d*aossi bonne foi qu'elle le méritait.
•Si cet accès d'humeur me dure souleiiieiit jusqu'à demain (il s'est déjà sotttenu deux heures entières, et je crois prendre plaisir à le fortrCer), je mMmagine que tu recevras ma visite où je le presserai de me tenir trouver pour délibérer avec toi sur tout ce qui se passe dans mon cœur.
Mais je crains qu'elle ne se défie de moi. Elle ne prendra point conilatice èi mon honneur. Ici le moindre doute e&t défiance. Elle ne m'aime point assez pour me pardonner généreusemeift. Elle est si supérieure à nro! ! Comment puis-je lui pardonner un mérite si mortifiant pour mon orgueil t Klle pense , elle seitqtrelle est an dessus de moi. Ne me Tat-âbpas dit è mot-môme? Miss Howe le croit aussi ; et toi, mon intime, mon fidèle ami , tu es de la même opinion. Je la crains autant que je l'ahne. Ck)mment ma fierté soutiendra-t-elle ces réflexions ? Ma feiime si siirpérieure h moi! Moi, réduit au second rang dans ma famille t M'apprendras-tn à soutenir cette idée?
TIe tti'j dis pas qu'avec toute ^on excellence et ses perfections, c'est à moi, c'est à son mari qu'elle appartiendra. Erreur. Impossibilité ! N'esta ce pas moi qui serai h elle, plutôt qu'elle à moi ? Chaque témoignage que je recevrai de sa soumission ne sera-t-il pas une véritable condescendance, un triomphe qu*elle aura remporté sur moi? Il faudra donc regarder comme une grftce qu'elle m'épargne son mépris ; qu'elle su|k porte mes faiblesses; qu'éffe se contente de m'humilier par en regard 4» compassion ; c'est une fille des Harlove, qui jouira de cet ascendant sur le -dernier des I^ovelaceTITen préaerre le ciel !
Hais que dis-je? n'ei^je pas sans cesse cette divine cnéahire devant les ' yeux, avec tous ses charmes, av\;e la droiture et la pureté de son cœm^ - P(îls-je écarter utr moment rimage de cette dernière nuit ; ses comMe, son courage , ses cris, ses larmes, ses reproches, ses sentimens, qui râ- ' poofdent avec tant de grandeur et d'édat au earaclère qu'elle a soulenu depuis le berceau?
Qaod'avantages je te donne id sur moi I Au foiMl,TieIm ai-jt
n.àWlW BAALOVB. 219
rendu justice? pourquoi mex^hagrines-lu donc par ton impertinente morale ? Cependant je te pardonne» Belford ) car j^ suis capable de tant de générosité en amour, que je consentirais plutôt à me voir condamné de tout le monde qu'il devenir FoccaBiofi de la moindre tache dans le caractère de ce que j'aime.
Celle chère personne m*a dit un jour qu^l y avait un mélange surprenctnt dans le n^ien. Les deai fièresr beailtés m'ont donné le nom de diable et de fielzébulh dans leurs lettres. Je ferais effectivement un Belzébuth, si je n'avais pas quelques qualités supportables.
Mais s il faut en croire miss Howe, 1$ temps iei êoufftmcés M laiûi^ «m brillaiiU de ma belle. Bile n'a donc bit jusqu'à prcsem que biiliar avec moi.
Elle me traitait d'infâme, il n'y a pas deux heures. A quoi se réduit le fond ùit l'argumem? Si je n'avais pas un pen mori.é le nom d'infâme, dans le sens qu'elle donne li ce mot, elle mériterait moins celui d'ange.
Ah< Belford, Belford , oetle enircprtse nocturne m'a rendu fou, m'a perdu sans ressource. Comment la chère personne peut-*ellc dire que Je l'ai avilie à ses propres yeux, lorsque sa venu et son ressentiment l'oat tant exaltée aux miensT
Uaû de quelle étrange rapsodie i'ai-jB entretenu T Â quoi doîs-je Fattribaer T Viendrait<*€lle du Iku où je sois ; ou plutôt de ce que je ne suis plus chez la Sinclair? Maïs si oetta maison est infectée, comment ma charauDte a-t-elle échappé à la contagion t
Je -change de style. U faut voir quelle sera sa conduite à mon retour.
Cependant je commence ècramdre déjà quelque faiblesse» quelque petite alléiBtion : car je sens renaître un doute I Pour son propre intérêt, doisje aouhaiter qu'elle me pardonne facilement ou avec peineî
Il y a beaucoup d'apparence que j'obtiendrai la permitsion»
Fai fait des réflexions pins libres sur chaque point contesté entre ma belle et moi ; et toutes mes difficultés sont évanouies. Ce qui m'a détei>mîaésipromp(ement,c'edt qnè feorois avoir pénétré ses vues, dans cette dialaoce oà elle piéiend me tenir pendant une semaine eatièr<i.'< Ele veut se donner le temps d'éerire à miss Hoivro pour réveiller son , maudit système, et se procurer le moyens de n:ie quitter en renonçant tout à fait à moi. Â présent, Belford, si je n'obtiens {^as la liberté delà c^' voir à flEKHi retour , si je suis refusé avec haulauff, ai l'on insiste sur une semaine d'absence , je croirai ma conjecture certaine , et je demeurerai convaincu que son amour du momadoit étae bien faible , pour ôcoutar nie naine délicatesse^ dauB le temps que lea médiateur» delà céconoiliation n'attendent que tes ordres: c'est l'idée qu'elle doit eft avoir. Aiom joiBM rappellerai toutes ses rigueurs et tous ses caprices, je relirai te lotiras de miss Howe» je lâcherailaibiideàmon aveœion pour tes «ntra» vea du mariage, et je me rendrai maître d'etts à mon gté.
Cependant ft me flatta encore qne» ce amr, jo la trouverai mîeifK dài- ^ paiéo ; que la menace d^une semaine d'éluignement lui^eal échappée daua la chaleur de sa passion ; «t qu'elle coof iendra que j'ai autant ide repro» che»à lui faire pour m'avuir manqué 4a jwroicw qu'clla csoit m'en devoir peur anâr troublé la paix» U me sevseui quam ven, i^iiiMaaisaeal fsdt expsès pour demander celle grâce à l'amour» lu les lépétasaidévota-t mmt dm»b OM oliaiae»ea letoitt'Éaii biantit lauilQlii»
ttD CLABIMC HAILOTB.
LETTRE CCXXV.
■• lOlKLkCEf k M. BBLPOBP.
Undi tn Mir, 8 Juin.
llalédiclion I foreur I âésespCHr I Ton ami est perdu , trahi , assassiné I Clarisse a disparu I Clarisse est partie, c'en est fait ; absolument partiel
Non tu ne sais pas, tu ne peux conceyoir les tourmensqui medéchifont le cœur ! Que faire ? 0^^ répondre? 0 Dieu I Dieu I Dieu I
Et toi , t)ourreaul qui i*es efforcé d*àffaibUr mes résolutions, tu t'en crois quitte pour demeurer muet et tranquille I
Mais il f lUt que je Cécrive, ou que la fureur me fasse courir les mes. le suis hors de moi , j*ai Tair d'un insensé depuis deux heures ; dépêchant des mes!*agers è chaque poste , à choque voiture, à chaque hdiellerie, à chaque maison , avec des billets, que j'ai fait répandre à plus de cinq milles è la ronde.
Petite hypocrite I Qui ne se serait pas cm sûr d'elle I Ne connaissant pas une finie dans toute la ville ! Une traîtresse sans expérience , qui m'a* Tait déclaré , dans son premier billet , que Tespoir d'une réconciliation avec sa famille lui ôiait l'idée de me qoitlerl Malédiction sur ses ariificesl ravais la folie d'attribuer à sa délicatesse, à sa modestie, la peine qa*elle avait à me rcgiirder en fjce, apuès quelques libertés innocentes; tandis qu*iropudemment , oui , impudemment , toute Clarisse qu'elle est, elle cherchait les moyens de me démber le plus précieux trésor dont j'eusse jamais acquis la propriété; acquis par un pénible et long esclavage, par quantité de combats contre les bêtes féroces de sa famille, mais surtout contre un moulin à vent de vertu , dont la seuîe attaque m'a coûté un million do parjures, et qui de ses maudites ailes m'a jeté plus d'un mille et demi an delà de toute espérance I
0 démon d'amour t car je ne te reconnais plus pour un Dieu, que t'ai-je fait pour ««voir mérité cette cru( lie vengeance? N'ai-je pas ton* jours été l'ennemi de la froide vertu T Misérable idole t car, si tu ne feins pas de me tromper pour me servir mieux, tu dois être sans pouvoir. Qui fléchira désormais le genuu di vaut les autels? Paissent tous les cœurs auJacieux te mépriser, te détester, renoncer à toi, comme je le fais so* lennclicment !
Mats de quoi servent mes imprécations et mes fureurs t
Mon étonncmeni, c*est qu'elle ait pu trouver le moyen de fuir, tandis qne toutes les femmes de la maison avaient entrepris de la garder* Jusqu'à présent , je n'ai pas eu la patience de les entendre , ni d*en laisser paraître une devant moi. Je suis sûr d*uti point, sans lequel je ne l'aurais pas amenée ici : c'est qu'il n*y a per.-onne dans cette maison qni puisse être corrompu par le goût du bien ou par les remords. Le plus grand sujet de joie qui pût arriver à toutes ces malheureuses serait é$ voir cette flère beauté réduite à leur niveau. Mon fiipon de valet, qui était aussi chargé de sa garde , e-t un instrument si propre à mes vues , qu'il se plaît au mal pour Taitiour du mal même. Qu'il entre de la méchanceté dans mes ordres , c'est une raison de plus pour mo garantir son exactitude et sa fidéhté. Cependant il est heureux de ne s'être pas trouvé dans mon chemin , brsque j'ai reçu la fatale nouvelle. L'iniftme
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était allé aux empêtes ; dans la résolution, à ce qae j'entends, de ne pas rerenir et de ne jamais reparaître devant moi, sM n*a rien d*eUe à m'apprendre. Tous les domestiques Ikmb de oonditioa qu*ii a pu découvrir aont employés de loules paris à la même recherche.
Dans quelle vue avais^je amené ici celte flUe angélique (car c'est un nom que je ne puis lui lefuser)? N*était<ce pas pour lui rendre Tbonneor qu'elle mérite? Par ma foi , B^lford , i*étais résolu... Mais tu sais par oi^ j'aurais souhaité de commencer. A présent que j'éiais si déterminé en sa faveur, qui sait dans quelles mains elle peut être tombée?
Cette idée confond mes sens et trouble ab3olument ma raison. Sans guide, sans secours, dans des lieux qu'elle ne connaît pas , quelque mi* sérable, pire que moi , qui n*aura pas fioiir elle h moitié de mes adora* tiens , peut l'avoir arrêtée, s'être prévalu de son embarras... Que je périsse mille fois, Belford, si plus d'une hécatombe d^ionocentcs (puisque c'est le nom qu'on donne à ces pcHites pestes) n'expie les promesses violées et les noirs artifices de cette inipitiiyable flilel
Étant revenu au logis, avec des résolutions qui lui étaient si favorables , juge dans quels transports ma jeté la première nouvelle de son évasion, quoiqu'elle ne m'ait été racontée qu'avec des eiclamations in» terrompues. Je ne sais ni ce que j'ai fait , ni ce que i'ai dit. Mon premier mouvement me portait è tuer quelqu'un. J'ai volé d'une chambre à l'autre, tandis que tout lo monde nie fuyait, à l'excepiion d'une vieille servante qui m'a fait en tremblant un récit fcrt mal conçu. J'ai accusé tout le monde de perfidie et de corruption ; et, dans ma pieniière furie , j'ai menacé de poignarder jeunes et vieilles , à mesure qu'elles tomberaient entre mes mains.
Dorcas continue de se tenir enfermée sous clé. Sally et Polly n'ont point encore osé pandtre. L'infiiine Sinclair...
Mais j'entends venir cet odieux monstre. Elle frappe h ma porte , quoiqu'elle soit enlr'ouverte; pour se donner le temps, snns doute, d'assurer sa contenance, ou pour me laisser celui de prendre un peu de modération.
Quel état désespéré que celui d'un homme qui ne peut que se détester lui-même et regarder les autres avec horreur; tandis que la cause de sa rage subsiste, que le mal croit par la réflexion, et que le temps ne sert qu'à le rendre plus insupportable! Do quelles impréoitions j'ai chargé la vieille furie!
Bile est actuellement devant moi. Je ne daigne pas l'écouter, ni jeter les yeux sur ses contorsions. Que la tristesse, jointe à la laideur , rend un visage odieux ! Au lieu de toucher ma oompussion, le sien n'est propre qu'à confirmer ma haine; tandis que la beauté affligée reçoit on nouvel éclat de ses larmes; et c'est un spectacle qui a toujours lait les délices de mon cœur. •
Quelle excuse? Que me diras-tu pour te justifier? N'esl'^lle pas partie? n'est-elle pas perdue pour moi? Mais avant qiie je perde tout à fait l'esprit, avant que je fasse ruisseler le sang dans cette maison, raconte -moi tout ce qui s'est passé.
Je viens d'entendre son réciL Ruse, imposture, misérable artifice, dans une fille du caractère de Clarisse. Mais ce sexe est l'art même. Voici tout réclairdssement que j'ai pu tirer du vieux monstre.
A peine éiais-je sorti de sa maîsoni que Dorcas ayant appris mon dé-
922 a.AAiflaB ttènuiKB.
90n k la^rène (je l'en pno « MIM , biiw0^moi hi MHsfiMetiw da Itil donner des noms injurieqx), e( lui ayant dit f ne féiaiB «lié « ToCliciAlilé, d'où j'avais ayerii que j*irai» au Coooikr ou aux Armes du Boi, afin qu>n pût m'y renvoyer ]& conseiller Williams^t ceux qui pourraient mo demander dans mon absence , elle l'a pressée do pn^ndro quelque rafraîchissement. La perfide était noyée daits ses pleura loriqu'elle a pepinis à Dorcas d'entrer dans sa chambre. Elle a refiusé de boit? et do mangar* Ses soupirs auraient fait croire qu'elle éiait au dernier moment de sa fie. Fausse douleur. C'est la douleur humble et muette qui mérite de la pi4ié. Sous ces trontpeuses apparences , n'è(ait«elle pas occupée de ma fMîne et^ du d^^ssein de m'enkver tout ce que j'avais de précieux au mondef
Cependant , étant résolue de no me pas voir au meina d'une semaine * elle s est fait apporter quelques biscuits el une carafi;) d'eau» Elle a dit à Dorcas que c'était tou( ce qu'cllo voulait prendre daii^ cet intervoUOi^t qu'elle la dl>pen$ait de son service. L'ariificieuse créaiure l feindre » comme lu vois, de lairc des provisions pour un siège de hait joum I Mais est-elle partie? est-il possible qu'elle soit partie? Ah I quel triuoiphe pour miss Howel Cependant je conseille à cette petite furie de veiller sur elle-même. Si c'est elle quia Taudace delà recevoir, I3 sort mo prépare une aLoudante réparation. Je trouverai le moyen de les enlever tontes deux.
Le fil de ma narration m'échoppe. Mais au diable le fil et Ifaliaieenst Cest le désordre qui convient aux insensés; et mon partage sera, bientdk de perdre la raison.
Dorcas a consulté la misérable Sinclair. Ello a demandé si elle déviait obéir. «N'y manquez pas, lui a dit, ce vieux sQrpen(( M. Lo^t^ce.SMini œ qu'il doit foire y lorsqu'il sera résoiu do ia voir.j» £Je a joint seulomeni une boutoillo de vin d'Espagne aux provision*
Celte facilité a rendu la belle si obligieante , qu'elle s'est laissé persuader de monter au second pour observer l^rav^gos du feu^ Non seulement i.lle en a paru effrayée ; mais, après avoir ponfessé qu'elle s'était déÛce de quelque orliGce, elle a recon!iu*que le danger avait été roel. Ce laogoge a tait uaî ro la confiance dans toute la MiaisvoL Chacun riait seulem.ijt en soi-mcmo de l'expédient puéril qu'elle s'avisait d'employer pour marquer son rossen liment. S^Uy 1 .faisimt loujouis le bel-esprit , a dit qu'après tout M. Lofrei^ce aurait loit de qmreUer pour du ptnn^t de l'eau.
Pour moi 4 ce qui paraissait puéril k tOiutes ces misérables , m'aurait iiàH, soupçonner, dans une jdile stisen^ée^ ou quelque aliénation d'^pdt, après Ta vtniure de la nuit précédente. ^ la vérité de son dessein; puisque, suiviant ses propres Hipposûioes, noire mariage devait être oé*lébre dans le cours de la semaine qu'elle pf étendait vouloir passer isans me voir.
Après avoir par» tranquille pendant quelques memene, elle a chargé mpn vplet de porter choc Wilson une kiipe idresséa h miss Howo, el de «'informer s'il n'y en avait pas pftur elle« Il agafdé 09tte lottcc; et feignant d'avoir exécuté ses ordres, il est revenu lui dire qu^il n'arail rien trouvé chez IVitson*
Elle lui a joemmnndé alors de porter à i*«fQcialité une auire lettre qu'elle lui a remise pour dm». Tons oet<>odips-ant ébè donnés santen-
cane A|»pafenee as tvouVIe on d'empressenmil. C^pendlmt «lie faraSenii lérl grave, et soareDt eHe portait son moaehoir à ses yeux;
<VI^)l a feint d'exécuter celle eonnmesîon cottnieta preriiière. UMs ^oique le misérabfe ait e» Tesprii de se défler de quelque ehose, en recevant un second ordre de sortir, et pour m'apporler une lettre, è moi qufelle avait refu^ de Toîr , les femmce, auxquelles i! a eomroaniqué ses soupçons, Font traité de visionnaire, surfout Itortas, qui les assurait que sa nijttresse étoit tmp abattue pour former des entreprises hordies, et qu*etle lui croyait même la tête un peu affotblie par le jeûne et la douleur. D*aillpur3, elles se reposaient toutes sur son peu d'expérience, sur lacandenr de son naturel, sur ce qu'elle n*avait pas marqué le moindre desaoin de faire venir im carrosse ou une chaise, comme il lui étatt arliré plusieurs fois; m Jii^ encore ptu<)!nir les préparaiifi qu'elle ^vait fait pour co que j*cii nommé son siège. Will est trorti, pour garder les appareD€06 : cependant il s'est bâté de retourner. 8es soupçons n'étaient pas diminués. Il n*oubliait pas noi> plus que je lui ai recommandé souvent di^ne pas s'en rapporter h ses propres idées, lorsqn^il a des outres f.ositite; et si quelque circonstance que je »'ai pu prévoir lui fait naîtra du doute, de s'uKacher iiiiéralument à les suivre, comme le seul moyen de iustitisr sa conduite.
C'est dans un intervalle si court qu'il faut qu'elle so soit échoppée ; car, ifBmédiaiemcnt dprèâ ie retour de Wilt, on a formé seigneusement la porie de la ruo et oullc do ta cour. La vieille et Be»<leux njrm^ hes ont pris ee temps pour aller fairsi un tour au jardin ; Borcas est moniéo au second, el Wilt, craignant que son absence ne parût trop courte, s'est retiré dans la cuisine, pour éviter de se fiùre foir ou do se f atre en- Isodre.
U ne s*était passé qu'une éemMieure, lorsque Dorcas appréhendant, éH-eUe, que sa matuiesse ne fût capable d'cntreprendro quelque' chose OBUtru elk-méme, dans l'humeur sombre où elle se souvensh do t'a voir laissée, est descendue pnr un simple mouvement de curiosité, |)0ttr [eter les yeux au travers do ta serrure^ Bile y a trouvé la clé. Comme rien notait luoiiis ordinaire, sa surprise t'a fait frapper deux ou trois lois; et nteteiidant point de réponse, elle a ouvert. — » ftladame, madame, appallez-TOus? Elle fa supposait «dans son cabinet. <«>
ffeii no se faisant entendre, elle est entrée; elle n'a trouvé, personne. Sans le premier éU)nneiRent-, etie a eeuru ven la salle à matig.f, dans mon appartement, dans tous les cabinets , rimaginalion remplie do sa crainte, qui lui n.'présentoii dcjèr quelque fatalo catastrophe. Enfin, ne la ttOQvaut nulle part, elle est descendue au jardin, eRe a demandé à la ^ille et à ses nymphes si elles avaient vu madame. — Eblnen, madame «Bt fMirtie. Madame a disparu.
««•ftHius sommes âûre», entoiles répondu foutes ensemble, qu'elle ne IMUtètre bcrtie de la maiion.
flans un instant tout a paru boulerersé, en haut, en ba?, dippuis les grenieib jusqu'aux caves; chucune criant, dans cet te confusion : — Comttont obérons nous | artdlce devant lui ? >¥ill a répété vingt fois qu'il était un koumie inert. U a fait des reproches; il en a reçu. L'un accusait Itetré, tout lo monde cherchait à s'excuser.
^Aprèi avoir vibité inutilement toute la maison et recommencé dîx fob leurs recheaiies, ils se sont'aridés d'aller à toutbs tes cfafflses, à tous les
SW CUBttn ■ABUMTB.
carrosses, qui étaient depuis une heure aux en?irons« et de demander aux porteurs et aux cochers s*ils n^a^aient pas vu une jeune personne dont ils décrivaient la flgure. Ces informations leur ont procuré quelque lumière; seul rayon d'espérance qui me soutient contre le dernier déseï* poir.
Un porteur a dit qu'un peu avant quatre heures il avait vu sortir de cette maison une jeune ûlle de cette figure, avec un air de précipitation et de frayeur, tenant h la main un petit paquet lié dans un mouchoir; qu'il l'avait f jit observer à son compagnon , qui s'était offert à la porter^ sans avoir reçu d'elle aucune réponse : que c'était une fort jolie personne, et qu'il lui croyait un mauvais mari, ou des parens de mauvaise humeur, parce qu'elle paraissait avoir les yeux gros de larmes : sur quoi un troisième porteur a remarqué que co pouvait être quelque colombe échappée du parc. La vieille, en me f jisant ce récit, s'est emportée contre l'infflme vilain, qu'elle souhaiterait, m'a-t-elle dit, de pouvoir retrouver. Bile avait cru sa réputation, a-t-elle ajouté, mieux établie dans le quartier? vivant sur un si bon pied, étant si exacte à payer tout ce qu'elle prend, ne recevant que des gens d'honneur et n'ayant jamais souffert le moindre bruit dans sa maison.
Sur les apparences, un des porteurs avait suivi ma fugitive, sans qu'elle pût s'en défier. Elle a regardé souvent derrière elle. Chaque passant tournait la tête, pour la suivre des yeux, et portait son jugement sur cette rencontre. Enfln, trouvant un carrosse vide qui s'est offert, elle l'a pris. Le cocher s'est hAié d'ouvrir la portière, en remarquant son ahr empressé. Elle a voulu monter brusquement; et le porteur croit qu'ayant fait un faux pas, elle s'eat blessée au menton.
Que je périsse, Belford, si, malgré sa noire tromperie, mon généreux cœur n'est pas vivement touché, lorsque je considère quelles devaient être alors ses réflexions et ses craintes. Une âme si délicate, qui court les rues h pied ; qui ne prête l'oreille à rien ; qui croit voir apparemment dans chaque homme qu'elle rencontre un Lovelaceprêt è la saisir, qui ne connaît pas d'ailleurs les périls auxquels sa résolution va l'exposer, ni de qui, ni de quel côté elle peut se promettre un asilo ; étrangère à Londres, l'après-midi fort avancé, avec très peu d'argent, et sans autres habits que ceux qu'elle avait sur elle I
Dans un espace aussi court que depuis la dernière nuit, il n'est pas vraisemblable que la Towoscnd de miss Uowe ait pu contribuer à sa fuite.
Mais combien doit-elle me haïr, pour s'exposer à tant de dangers I Quelle horreur doit-elle avoir conçue pour moi, depuis la nuit passéel Âhl que n*ai-je donné un fondement plus juste à des ressentimens si violons ? Qu'on ne me parle pas de sa vertu : je suis trop furieux pour loi en faire un mérite. Est-ce vertu qui lui a fait fuir la charmante per^ieotive que je venais d'ouvrir devant elle? Non, c'est malice, haine, mépris» orgueil d'Harlove, et toutes les mortelles passions qui ont jamais régné dans le cœur d'une femme. Si je puis la taire rentrer sous le jougl... Mais silence, ma fureur! modérez-vous, orageux transports 1 N'est-ce pas contre ma chère, ma divine Clarisse, que j'ai l'impiété de m'emporter t
Le même témoiu prétend avoir entendu de sa bouche : —Allez vite, très vile. —Où, mademoiselle? a demandé le cocher. — A la barrière d*Holboruy a-trelie répondu» en répétant : Ailes très vite. BUe a levé les deur
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portiirefl, et dans an instant cet homme a perda le carrosse de Tne. WUl, «près cet éclaircissement, s'est hâlé de suivre ses traces. Il a déclaré, eo partant, que jamais il ne reparaîtrait de?anl moi, s'il ne pouvait m*ap« porter de ses nouvelles.
Mon unique espoir, cher Bélfood, c'est que ce misérable, qui nous a anÎTis dans nos promenades, à Hamstead, à Muzzlehill, à Kentisb-Town, entendra parler d'elle dans quelqu'un de ces lieux. J*ai d'autant plus de eonûaoce à cette idée, qu'un jour, il m'en souvient, elle s'est informée curieusement des voilures et de leur prix, en admirant les commodités qu'on a pour voyagera toute heure. Will était présent. Malheur à lui s'il est capable de l'avoir oublié 1
Je viens de visiter son appartement, livré à mes farouches réflexions, et portant néanmoins à ma bouche tout ce qu'elle a touché, ou ce qu'elle employait à son usage. J'ai brisé le miroir qui lui servait à s*habiller, parce qu'il ne m'a pas représenté l'image qu'il a reçue tant de fois, et qui m'est pour jamais présente. Je l'appelle par son nom, comme si die pouvait m'entendre, tantôt dans des termes passionnés, tanlôt avec las plus vife reproches. Il semble que depuis qu'elle me manque, mon âme, ou tout ce qui était capable de me plaire dans la vie, m'ait cruellement abandonné 1 Quel vide dans mon cœuri Quel froid dans mes veines! La circulation de mon sang s'est comme arrôiéel Je retourne sans cesse sur mes pas, de ma chambre' à la sienne; j'entre dans la salle à manger. Mes regards s'attachent sur tous les Ueux où je me rappelle avoir vu les délices de mon cœur. Mais ils ne peuvent s'y fixer long-temps. Son aimable image me frappe aussitôt, dans quelque altitude vive où je crois la voir encore, et qui fait saigner toutes mes plaies.
Cependant, depuis que j'ai entendu le récit du vieux démon, et que j'ai formé quelque légère espérance sur les informations du porteur, je me sens un peu plus tranquille. A chaque minute, je pousse des souhaits ardens pour le succès des recherches de Will. Si je la perds, toute ma rage renatira sans doute, avec uu redoublement de transports. L'humiliation de voir mes stratagèmes et mes inventions surpassés par une novice, d'être trompé par une enfant, joint à la violence de ma passion, sera capable ou de me faire mourir de honte et de chagrin, ou, ce qui sauve quelquefois la vie dans des maux insupportables, de renverser tout à fait ma raison. Qu'avais-je à faire de sortir et d'aller solliciter des permissions do prêtres, du moins avant que de l'avoir vue et d'avoir fait ma paix avec die? Si ce n'était pas l'u.age des maîtres de rejeter toutes leurs fautes sur ceux qui les servent, et de n'avoir jamais rien à se reprocher, je serais tenté de reconnaître que je suis plus coupable que personne. Cette réflexion ne manquera pas de devenir plus cuisante, si je perds malheureusement un reste d'espoir : et comment serais- je capable de la supporter I
Mab si je suis assez heureux...
/•'éditeur avertit qu'il supprime ici an serment trop horrible pour être répété, par lequel M. Lovelace s'engage à se venger de l'innocente Clarisse, si jamais elle retombe entre ses mains.
Le vieax cerbère sort à l'instant de ma chambre avec cette malheureuse Dorcas, qu'elle m'avait amenée pour me demander pardon. Je ne leur ai fait grâce qu'à demi, et je ne leur ai pas épargné les marques de T. 11. ta
I 226 CLARISSE BARLOVB.
' mon indîgnaliou. Bientôt ^s 4wa nymphes auront leur tour. Je ne Unt «eprot^ni fas a^ec anios de wkàuBOt ]m dkts éè oaa ^tttftB Mie. C'est en mkt^ iwa^ «i fot hoû mojeB de préreiinr tes raiUeritt.«ix-
'^^foelkes je de\^ia m^'alteiidn pour aïoir aianqué cette nuit une it f||o«rieuse occasion.
9'ai recueilK, des infâirdMfioiiS du porteur et >des observutions de Doreas ayant l'évasion de cette^cruelle filto, une desoriptioo de la moiière dont eUe était mise^ujourd^Qi, et je suis résotu, si je n'apprends point de ses nontetles par d'autres Toies, de la laire pioclamer dans la gentte comme une femme fugitive, sous son nom de fille et sons le nûen. Puisque sa fuite ne peut ôlre ignorée long-temps de mes ennemis, peiirquoi ferais-je difficulté d'en instruire tous mes amis, dont les mou- Temens et les recherches peuvent n'aider apoès tout à la découvrir?
fille avait une robe brune très frakhe, et qu'on croirait neuve, eemme tout ce qu'elle porte, neuf ou vieui, par une Régence qui lui est Mturelie ; un chapeau de velours, un ruban noir autour du oou, un neiud blanc sur ia poitrine, un jupon de satin piqué couleur de chair, un rubis que je lui suppose au doigt, et dans toute sa personne, comme je ne manquerai pas de fdbserver, un air de dignité qui la recommande, autant que la beauté de son visage et de sa taille, à rattention de tous ceux qui la voient.
La description particulière de ses charmes demandera un peu plus do peiue, et j'ai besoin pour cette entreprise d'avoir l'esprit plus tranquille. J'avertirai que si je n'apprends rien d*elle, après un certain temps gue Raccorderai pour son retour volontaire, ma résolution est de poursuivre quiconque sera présumé de la loger, de la garder, de la nourrir on de la protéger, avec toute la vengeance à laquelle un mari furieux peut être autorisé par les lois ou par son propre ressentiment.
Autre sujet de fureur. Il faut que je me soulage en t^écrivant, sans quoi je deviendrai fou.
Étant retourné à sa chambre, par la seule raison que c'était ht sienne, et lâchant la bride à mes soupirs sur chaque pièce de Tameublement, j'ai jeté les yeux sur un tiroir d*où j'ai vu sortir le coin d'une lettre. Avec quel empressement je m*en suis saisi I J'ai trouvé pour adresse : x A M. Lovelace. » Cette vue m'a fait sauter le cœur. Je me suis senti si tremblant, qu'à peine ai-je pu rompre le cachet.
Que ce perfide amour m'énerve I Mais jamais passion n'approcha dp la menue, fille ne fait qu'augmenter par cette indigne fuite et par le len- Yersemeat de mes espérances. L'ingrate I Se dérober à des sentimeos si teiNbres, qui croissent par ce qui devrait les refroidir et les éteindre I
Je M veux point t'envoyer une copie de sa lettre. Je ae dois pas un si hm ofûoe à ia cruelle.
Mais te serais- tu jamais imaginé que cette fille hautaine, qui $^al6nd si bien à violer ses promesses, pût renoBCor iiinoi, m'abandonaer barbarement, pour l'aventure de cette nuit? qu'elle fût capable de passer sur toutes ses espérances de téeendliatton ai^ec «ne inâigne datmille, qui Délaisse pas d^tre en posseseion de touteon eœurî Aussi, Miiocd, que je me crois bien quitte de toute obligation t et qifil lui reste peu de droil à tout ^9 qu'elle pouvait attendre de men amour 1 Mus regret est éè Vww méaa^ée. Je ne pute fuicnir aies peopves .réflexions sur eetie
CLARISSE BABLOVB. 227
4écenco cp'^Ue a à mal recompensée. Si je la letrouye I Tu sais par qh^I r«âioûtaM« ^ruacDt je sois «ftgagé à ift ▼engoanei».
€epen(iaitt, te )ediraH<^t toute eroelte, tout in^mte qu'elle e^t )i mm yeux, je crois sentir, dans quelques momens, qu'elle règne sur noeodip^ trec-UD potKoirf lu» id^lu qm jamais.
LETTRE OCXXVI.
«. MTBLAia, à ■• wMimm.
Wilson in*a remis une lettre en mains propre* Une lettre ! Elle eat de
jwaB».BoneA .m «ciMUe amie. Je n'ai pas fait scrupule de rouvrir. C'est
4Mifliicacie qjue je aaeeis pas tomj^en coa?iilmpD8 h celte lecture, Burtomt
en ee«aidiénipt qiNiB elf^Uiuie paraiUe pièce aurait pu produire si eeii^
CÊ/uiim Vw9àï reçue*
GaliQ3 Ta reviise è Wilaoo cet après-audi» et Ta pressé particulièreaieal de la faire porter en toute diligence à miss Beaumont. U était veuu ici «ipaiaveot dans i'iiitentioa de la remettre à elle-même. On lui avait éît, avec tdiop de vérité, qu'elle étaii absente , et qu'il pouvait loisir ce qu'iiMaii pour elle, avec confiance que tout lui serait remis à son re- Knir, Mais il n'avait voulu se fier à personne. U est revenu une seconde iois, et, ne recevaat pas d'auiire réponse que la pren>ière, il a pris le parti de retourner chez Wihon et de Ui laisser la lettre.
ie te renvoie sous cette enveloppe, parce qu'elle serait trop longue h taaiidcrire* £Ue t*apprendEa ce qui a conduit ici Colins. 0 détestable miss Howe I U twt «Jbsolumeni que je prenne quelque résolution à l'égard de Qille petite furie.
Tu ane renverras sa lettre auasiiftt que tu Tauras lue. C'est ici que je t'andMrteli la bre.£v4Aej4e trembler pour moi^ si tu le peux-
A msa L(9BII1ÏA 1E417K0IIT.
clieui'-Mre vous plaignesb-vous, chère amiOi que mon silence devient titqp le«ft* Maia, depuis ma dernière lettre» j*en ai commencé deux eu difioEoa» t^mpSf toutes deux fort longues, et, je vous assure, assez vives, a^ieMe comme je l'étais contre l'abominable personnage avec qui vous Atea, duriput après avoir lu la vôtre du 21 mai.
;» MoDdOBsein était de garder la première ouverte, jusqu'à ce que je î^jaseen état de vous apprendre le progrès de mes soins du côté de mavàum Townsend. C'était quelques jours avant que j'aie pu voir cette laaaiP^. A)^nt eu le temps, dans l'intervalle, de relire ce que j'avais 4çât,j'ai,Qru devoir mettre cette lettre à part et vous écrjre d'un style ptMft ia»^éf dans la crainte que vous ne blâmassiez la Uberté de quelquea^ <lNias.de ipea expcessions» ou, si vous le voulez, de mes* exécration*, Busiuite, lor^ue la seconde était déjà fort avancée^ le changement de vos .prqpree id^» k l'occasion de mi^s Montaigu et de vos nouvelles espérances, me l'a fait mettre à part aussi. Je suis demeurée incertaine, et je fancbaia mApie iiiQttt.suspendre jusqu'è la décision i^ votre sort, que je «e ppwvaia cvm» ffOk éWij^aée. Pejut-ètre me serais-je arrêtée k cette ré- «0)lKiQll^4>^lftiAplua•que»aui?antvos lettres, le$ apparences devenaient
plus favorables de jour en joar, si je n*aTais pas reça depob Tiogtquatre heures des éclairdssemens qui sont de la dernière importance pour TOUS.
9 Mais il faut que je m*arréte ici, et que je fosse un tour ou deux dans ma chambre, pour contenir la juste indignation qui se communiquerait à ma plume dans le récit que j'ai à vous faire.
» Je ne me sens pas assez matlresse de moi. D*un autre cô(é, ma mère est sans cesse en mouvement, les yeux ouvœts sur toutes mes actions, comme si j'écrivais à un homme. Cependant je veux essayer si je suis capable d*un peu de modération.
» Les femmes de la maison où vous êtes... Ah! ma chère, les femmes de cette maison... Mais vous n'en avez jamais pensé trop avantageusement ; aussi vous ne sauriez être fort surprise... et vous n'auriez pas foit un long séjour avec elles, si l'espérance de prendre bientôt une maison à vous ne vous avait rendue moins inquiète et moins curieuse sur le fond de leur caractère et de leur conduite. Cependant il serait à souhaiter aujourd'hui que vous les eussiez observées de plus près. Mais je vous cause de l'impaUeDce. En un mot, ma chère, vous êtes certainement dans une maison infernale. Soyez sûre que la vieille est une des plus misérables femmes qui soient au monde. Et vous ne la connaissez pas sous son vrai nom ; comptez là-dessus. Elle ne s'appelle pas Sinclair; la rue où elle demeure n'est pas la rue de Douvres. N'êtes- vous donc jamais sortie seule, et n'avez-vous pas changé de voiture pour revenir ? je ne me souviens pas, à la vérité, que vous me l'ayez marqué. Vous n'auriez jamais retrouvé votre chemin en nommant ou la Sainclair ou la rue.
» Votre monstre ne serait peut-être pas inexcusable de vous avoir tenue dans cette erreur , si la maison était honnête , et s'il ne s'était proposé que de vous mettre à couvert de la violence de votre fomiUe. Mais il me semble que cette imposture a précédé le complot de votre frère. Ainsi ses intentions ne peuvent être excusées ; et quelque jugement qu'on doive porter aujourd'hui de ses vues, elles ne pouvaient être alors que celles d'un infâme.
» Que je regrette amèrement de m'être laissé engager, d*on cêté par vos excès de délicatesse, et de l'autre par la tyrannie de ma mère, à demeurer tranquille , avant que d'avoir su directement votre adresse 1 Je m'imagine même que la proposition de faire passer nos lettres par une main tierce est venue de lui , et que vous n'y avez consenti , comme moi, que pour me mettre en état de répondre que je ne savais pas où vous adresser les miennes. Faible et vaine considération t j'ai honte de moimême. Quand cette raison aurait eu d'abord quelque force , devait-elle me foire persister dans la même folie, lorsque je vous ai vu du dégoût pour votre logement, et lorsqu'il a commencé à chercher des prétextes pour ses délais I Mais la maison qu'il vous proposait dans le même temps nous a menées l'une et l'autre comme deux folles attachées au même cordon. En vérité , ma chère , cet homme est tout ce que je connais de plus infflme et de plus méprisable. Combien n'aura*t-il pas ri de votre crédulité et de la mienne !
» Cependant qui se serait imaginé qu'un homme fort bien établi dans le monde, et de quelque réputation ( je parle de Doleman , et non assurément de votre monstre ) , autrefois libertin à la vérité ( car je n'ai pas attendu si long-temps à m'informer de son caractère ) , marié & une
femme de boniie maison 9 rele? ant d'une attaqne de paralysie , et pat oonséquenl revenu, comme on devait le croire, de ses anciens désordres, fût capable de recommander une telle demeure à un homme de la naîssance de Lovelace , pour y conduire, pour y loger sa femme.
» J'écris peot-d(re avec trop de violence ; mais quel moyen d*êtFe plus modérée? Cependant je quitte la plume à chaque minute , dans le dessein de laisser reposer un peu ma bile. Et puis ma mère revient sans cesse et ne se lasse pas de me tourmenter. Elle me demande si je n'ai rien de mieux è faire que de relire vos anciennes lettres : c'est le prétexte que j'emploie pour me procurer quelques momens de liberté. Je crains de m'emporter contre elle la première fois que je Tenlendrai à ma porte.
» A présent , je ne sais par oîi recommencer. J'ai tant de choses à vous écrire, si peu de temps , de si fortes raisons d'impatience 1 Mais fl liut vous apprendre d'où sont venues mes nouvelles lumières.
» Miss Lardner, que vous avez vue plusieurs fois chez sa cousine Bidttlph , vous a reconnue dans l'église Saint4ames. Elle y était , comme vous, il y eut dimanche huit jours. Sa surprise lui ût tenir les yeux sur vous pendant tout l'office. N'ayant pu rencontrer les vôtres, quoiqu'elle vous ait saluée deux ou trois fpis, elle se proposait de vous faire compliment sur votre mariage en sortant de l'église ; car elle ne doutait pas que vous ne fussiez mariée , sur cette seule raison qu'elle vous voyait seule à l'église. Tout le monde, dit-elle, n'eut d'attention que pour vous : tribut ordinaire de tout ceux qui vous voient. Comme vous étiez plus près qu'elle de la porte , vous vous retirAtes avant qu'elle pût vous joindre. Mais elle chargea son laquais de vous suivre jusqu'à votre maison. Il vous vit entrer dans une chaise qui vous attendait , et vous ordonnâtes aux porteurs de vous mener où ils vous avaient prise.
» Le jour suivant , miss Lardner, par un pur mouvement de curiosité, renvoya le même homme, avec ordre de s'informer si M. Lovelace était avec vous dans la même maison. L'éclaircissement qu'elle reçut lui parut fort étrange. Son messager lui rapporta , d'après plusieurs personnes , que la maison était suspecte, et passait dans le voisinage pour une de ces retraites libres où l'on ne se refuse aucun plaisir. Dans l'étonnement d'un récit sans vraisemblance, miss Lardner recommanda le silence à son laquais • mais elle chargea de la même commission un honnête homme de ses amis , qui lui confirma bientôt que , malgré quelque air de décence établi dans celte maison , elle n'était habitée que par des femmes galantes, qui avaient leurs amans habituels, ou qui cherchaient à s'en procurer , et que celle qui la tenait sous son nom vivait de cet honnête commerce. •
» Dites , ma chère amie , ne parlerai- je pas de votre monstre avec exécration? Mais los expressions sont faibles. Que puis-je imaginer d'assez fort pour exprimer mon horreur ?
^ Miss Lardner a gardé le secret pendant quelques jours, sans savoir à quoi se déterminer. Elle vous aime. Elle est remplie d'admiration pour vous. Enfin elle Ta confié, par une lettre, à miss Bidulph , qui , dans la cndnte de me faire tourner Tesprit en me l'apprenant sans précaution, Ta communiquée à miss Lloyd. Ainsi , comme la plupart des nouvelles scandaleuses , elle n'est venue à moi qu'après avoir passé p^r divers canaux, et je n'en suis informée qf^ depuis lundi dernier.
2li0 CMMSSR BÂBL0V4.
» A ce terril»l6 réctt, je ne mis craeptélirà tontec nma coi MWb, h fttge £WJrte»aat mes forées , j'ai conjiwé «iss iio^d ^^èongtc M secret de nos deux amies. Je Im ai dit que j/d ne vouduàs ftos poat Vue* |MM du monde que ma mère, ai perso&no de votre faonUe «n cAi la iHonidre connaissance ; et, snr-le-champ, j'ai chargé un faomme é^ tmm fiance de prendre des inforiaaliona sur la perseane et le caractàM ëli eapiiaîne Tomlinson.
» L'idée m'en était déjà Tenue; mais cette cuiieBtlé' me pwJtwt* teefile, parce que tous commenciez à vous louer de vœ espiteanceai^ et ne smipcomiant rien moins que Tisfamie (ie voire demeuTe, ]*a[fnis aoe^ pendu nies résoluiions. Ce qui est à présent certain pour moi, c'estq[ii% ians Tespaco de dix milles à la ronde, il n'y a peesomie autour àa cbflteau de YOire cncle qui soit conna sous le nom de Tomlinson. Faites lond il»> dessus. On a trouvé ttù Temlins, à quatre milks du ohAtem ; mms c'ea xm pauvre laboureur; et, de l'autre côté, an Thompson, à itinq Hu six mines, qui n*esi qii\in maître d'école, pauvf e et d'environ soixanih-éife aflas. Un homme de boit cents livres sterling de rente ne peut se tnanN* planter d'un comté dans un autre, sans tee connu de quelqu'un; et I3e»diangemens font toujours une nouvelle piri>lique. On pourrait faire eonder de loin la femme de charge de votreoncle, avec laquelle on asaue ^«^ vit assez familièrement. G^ vieux garçons n'ont ordinakcment tien de réservé pour l'ohiet de leurs aMectiens. Maâsy en supposant qu'il inan un secret du traité à madame Ho4ges, il est impossible qu'elle n'ait paa TU quelquefois au château un homme qui se donne pour un de tm mefllenrs amis, ou qu'elle n'ait pas du moins entenéa pader de Im^ qoélque peu de séjour qu'il ait fait dans le canton.
» Cependant, cette histoire paraît si plaasibiel Tomliraon, solvant le portrait que vous en laites, est ua si bon, un si galant homme 1 Le fruit qu% auraient à Iker de lenr impestnre ai peu nécessaire supposait que Lovelace eût des vues infâmes, et 4aiis la nudaen où vous ôiesi La con^ duâle que votre monstre a tenue avec hiit si brusque et si impénause; n repense si ferme et si mesurée I D*aiileurs, ce qu*il vous a eommumqué de la négociation d'Rickman et de madame Norton^ avec pluaieun cireon* stances que le misérable Joseph Léman n'a pu révéler; ses instances au nom de votre onde; pour savoir le jour de votre mariage, qui ne peuvent recevoir aucun mauvais sens; la propoaitioB qu'il vous Mtde la part de voire oncle; dans la vue û^ pmaaéer au pufaMc que vous élas mariés depuis fe premior jpor que vous «vez, habité la même maise»; la précaution d'exiger que la cérémonie ait pour témoin une personne de confiance, une personne nommée par voape oneto : toutes ces oonsfdérations ensemble me portent quelquefoîB k chercher des eiphcaiiouB supportables ; quoique si confondue par un grand nombre d'apparences, que j'en reviens toujours à détester le double monstre dont les inTentiena et 1e& ruses nous donnent tant d'exeicioe, sans aneun mofan de pénétrer absolument le fond du mystère.
Tt La conjecture à laquelle je m'atlache le fftus, c'est que Tomlinson, tout spécieux que sont les dehors, n'est qu'une machine de Lovelaoe, ?, emplOTée dans quelque vue qui n'a point meate édaté. Il est sûr 4U moins que non seulement Tomlinson, mais aussi Hennell, qui teus-a^ue plusieurs fois dans le lieu oà vous dtes, ne pemvut igneier que ^f%et une maison où l'honneur n'est pas connu. Ainsi, que pouvez-vous penser
CUaiSSK OAELOVB. 2H
du iénoigoage favorable que TomliDSon rendait de ?ob femmes, sartout après des iDlormations supposées; Lovalace ne peut TignorK^r non plus; ek^piand il ne l'aurait pas su avant que de vous y avoir menée» il no doit pas avoir été loqg^kemps à le découvrir. Qui sait si ce n*esi pas la compagnie même qu'il y a trouvée, qui lui a ùit prendre le parti de s'y arrêter. Cette raison eiplique assez tout ce qu'il y a d'étrange dans ses délais, lorsqu'il dépendait de lui de s'assurer pcomptement d*une femme teUe qpie vous. Ma chère, ma chère, cet homme est corrompu jusqu'au fond du cœur. C'est un misérable, sous quelque jour que je me le représiBte, et ce Delemaa est sans doute un autre de ses suppôts. La corrup* tien des mœurs a si bien accoutumé une grande partie de l'autre sexe à r^iflEder comme un badinage la ruine des jeunes personnes du nôtre, qu'il doit paraître moins surprenant que honteux, qu'entre les gens mtoe de quelque apparence, il s'en trouve de toujours prêts À seconder le» vues déréglées des libertins d'une certaine distinction , lorsqu'ils en espèrent quoique chose pour leur fortune ou pour leur avaocement.
» Mais pui&-jd croire, me demanderez- vous avec indignation, que Lo««lace«it formé des vues contre votre honneur 7
» Qu'il en ait formé, c'est de quoi je ne saurais douter, quand elles ne subsisteraient plus, depuis que je sais dans quelle maison il vous a logée. Celle découverte est une dé qui m'ouvre tous les détours de sa conduite.
» Pennettex que je jette un coup d'œil sur le passé.
» Nous savons toutes deux que l'orgueil , la vengeance , et la passion de marcher par des routes nouvelles, sont les principaux ingrédiens qui composent le caractère de cet archi-libertin.
» Il hait toute votre famille, à l'exception de vous ; et je crois m'être apec^ue plusieurs fois qu'il était humilié de se voir forcé par l'amour & fléchir devant vous, parce que vous êtes une Harlove. Cependant le misé- T9b\e est un vrai sauvage en amour. Cette passion , qui humanise les plus iérocas, n'a pas été capable de subjuguer la sienne. Son orgueil et Ut réputation qu'il s'est acquise par un petit nombre de bonnes qualités, qui se trouvent mêlées parmi ses vices, l'ont accoutumé à se voir trop bien reçu de notre sexe léger, aveugle, inconsidéré, pour s'être jamais fait une étude de l'assiduité et de la complaisance, ou d'assujétir seu passions déréglées.
» Son animosité, contre tous les hommes et contre une femme de votre famille, n'est pas tout à fait sans fondement. Il a toujours fait voir, et même à ses propres parens,que l'intérêt de son orgueil lui est plus dier que celui de sa fortune. Il fait profession de haïr le mariage. Il aime l'intrigue. U a l'esprit fertile en inventions,et Timpudence d'en faire gloire. 11 n'a jamais pu vous arracher une déclaration d'amour; et, jusqu'à là persécution de vos sages parens, il n'avait pu parvenir à vous faire recevoir ses soins à titre d'amaut. Il savait que vous condamniez ouvertement ses mtturs, et par conséquent il ne pouvait blâmer avec justice l'indifférence et la froideur qu'il vous reprochait d'avoir pour lui.
» La ccainte des accidens et le désir de les prévenir ont été vos premiers motifs pour la correspondance dans laquelle il a su vous engager. E n'a donc jamais dû paraître étonné de la préférence que vous donniev au célibat sur l'engagement du mariage. Il savait que vous aviez toujours pensé de même ; il k savait, avant que ses artifices vous eussent engagée
232 CLARISSE BARLOVB.
à la fuite. Qu*a-t-il donc fait, depuis cet événement, qui puisse vous avoir obligée tout d'un coup de changer de principes?
» Ainsi, votre conduite a toujours été régulière, soutenue, respectueuse pour ceux à qui vous devez du respect par le droit du sang ; elle n'a janiais été ni prude, ni coquette, ni tyrannique pour lui. H était convenu de se soumettre à vos lois, et de faire dépendre votre faveur de sa réformation. A la vérité, moi, que vous faisiez lire dans votre cœur, quoique TOUS ne m'apprissiez pas vous-même tout ce que j'y découvrais , j'ai vu clairement que l'amour avait commencé de bonne heure à s'y établir; et vous l'auriez reconnu plus tôt, si vos alarmes continuelles et sa conduite impolie ne vous avaient tenu le bandeau sur les yeux.
» Je savais, par expérience, que l'amour est un feu avec lequel on ne badine pas impunément. Je savais que la familiarité d'une correspondance n'est jamais sans danger entre deux personnes de différent sexe. Un homme qui prend la plume pour écrire doit être capable d'art, s'il n*est pas corrompu au fond du cœur. Une femme qui écrit ce qu*eile a dans le cœur à un homme versé dans l'art de tromper, ou môme è Fhomme du meilleur caractère, lui donne sur elle un extrême avantage.
» Gomme la vanité de votre monstre lui a toujours persuadé qu*une femme ne peut lui résister lorsqu'il se présente avec des vues honorables, il n'est pas surprenant qu'il se soit révolté comme un lion pris dans les toiles, contre une passion que vous n'avez payée d'aucun retour. Et comment auriez- vous pu marquer du retour à un esprit si Ûer, qui vous avait enlevée, malgré vous, par un lâche artifice; sans approuver ce même artifice que vous condamniez dans le cœur?
» Ces réflexions peut-être font trouver moins de peine à concevoir comment il est possible qu'un misérable tel que lui ait repris ses anciennes préventions contre le mariage, et soit revenu à sa passion favorite, qui a toujours été la vengeance. Il me semble que c*est la seule explication qu'on puisse donner aux horribles vues qui l'ont porté h TOUS conduire dans le lieu où vous êtes. Tout le reste ne se trouve-t»i! pas expliqué aussi naturellement par les mêmes suppositions? Ses délais, ses manières chagrines, l'adresse avec laquelle il a trouvé le moyen de s'établir dans la même maison ; celle de vous faire passer pour sa femme devant vos hôtesses, avec quelque restriction à la vérité, mais dans l'espoir sans doute , l'infâme qu'il est , de vous prendre quelque jour avec avantage ; la partie de souper avec ses compagnons de débauche ; l'entreprise de vous faire partager votre lit avec cette miss Par» tingon , projet que je crois sorti de sa tête, et qui couvrait quelques détestables vues; les alarmes qu'il vous a causées plusieurs fois; son obstination à vous accompagner à l'église, dans la crainte apparemment que TOUS ne puissiez découvrir avec quelles gens vous viviez , enfin l'avantage qu'il a tiré du complot de votre frère.
» Voyez, ma chère, si toutes ces conséquences ne suivent pas, comme d'elles-mêmes, de la découverte de miss Lardner. Voyez s'il ne demeure pas évident que ce monstre , auquel mon embarras m'a fait quelquefois donner le nom de fou et d'étourdi , était au fond le plus infâme de tous les humains?
» Mais si je raisonne juste, demanderait ici une personne indifférente, à quoi devez-vous jusque aujourd'hui votre conservation? Excellente fiUef À quoi, moralement parlant, ai ce n'esl à votre vigilance I k la majesté
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de votre verdi ; à ce(te dignité naturelle qui, dans mie sitiiation â difiQcile, sans amis, sans secours , passant pour mariée, en?iroDnée de créatures qui se font un jeu de trahir et de ruiner iMnnocenoe , tous a rendue capable de contenir^ d'épouvanter , de confondre le plus dangereux des libertins , le moins capable de remords , comme vous Tavez observé vous-même , le plus inconstant dans son caractère, le plus rusé dans ses inventions , secondé d'ailleurs , soutenu , excité, comme on n'en saurait douter, par la force du conseil et de Texemplel voire digniU^ dois-jerépéter, cet hérottme (je veux lui donner ce nom) qui s'est montré à propos dans tout son lustre, mêlé de celte condescendance obligeante et de cette charmante douceur qui en tempèrent la majesté, lorsque ?ous aves l'esprit libre et tranquille.
» Mais actuellement, ma chère, j'appréhende que le danger n'augmente beaucoup, si, continuant de demeurer dans cette redoutable maison , vous n'êtes pas mariée avant la fin de la semaine. Mes alarmes ne seraient pas si vif es pour vous dans tout autre lieu. Je suis persuadée , après les plus sérieuses réflexions, que le misérable est enfin convaincu qu'il ne trouvera jamais votre vigilance en défaut; que, par œnséquent, s'il n'obtient pas de nouvel avantage sur vos sentimens , il est résolu de vous rendre la faible justice qui est au pouvoir d'un homme de son caractère. Il y est d'autant plus porté qu'il voit toute sa famille engagée fort ardemment dans vos intérêts, et que le sien ne lui laisse pas d'autre dioix. Et puis , l'horrible monstre vous aime , à sa manière , plus qu'il n'est capable d'aimer toute autre femme ; vous aime, c'esfc^-dire du même amour qu'Hérode avait pour sa Marianne. Je n'ai pas le moindre doute sur ce point; et J'en conclus qu'à présent, du moins, il est probablement de bonne foi.
» Comme j'ai lieu de juger, par les lumières que vous m'avez données sur votre situation, que , de quelque nature que soient ses desseins , ils ne peuvent éclore qu'après le résultat de ce nouveau complot dans lequel Tomlinson et votre oncle se trouvent mêlés , j'ai pris du temps pour diverses recherches. C'est un complot , je n'en puis douter , dans quelque vue que cet obscur, cet impénétrable esprit , l'ait formé.
» Cependant j'ai vérifié que le conseiller Williams , qui est connu de M. Hickman pour un homme fort distingué dans sa profession, a presque mis la dernière main au contrat; qu'on en a tiré deux copies, dont l'une, suivant le témoignage du secrétaire , doit être envoyée au capitaine Tomlinson : et j'apprends , avec la même certitude , qu'on a sollicité plus d'une fois les permissions ecclésiastiques , et qu'on y a trouvé des difficultés dont Lovelaoe a paru fort chagrin. Le procureur de ma mère , qui est intime ami du sien , a tiré ces éclaircissemens en confidence. Il ajoute que vraisemblablement la haute naissance de Lovelaoe fera lever les obstacles.
» Mais je ne veux pas vous déguiser le sujet de mes alarmes ; après vous avoir fait observer que votre honneur n'ayant encore souflert aucune atteinte, elles ne me seraient pas entrées dans l'esprit, si je n'avais appris dans quelle maison vous demeurez, et si cette découverte ne m'avait fait raisonner sur les circonstances passées.
» L'état favorable de vos espérances présentes vous oblige de souffrir ia compagnie, chaque fois qu'il désire la vôtre. Vous vous trouvez dans la nécrâsité d'oublier ou de feindre d'oublier les mécontentemens passés
9N^ çitiwnfli fiÉMffiWa
eft^ft œcarar ns mt» cemoM cesc â*ua «aani isecoonik ¥oug von» es^oseciea. m cepMche de pruderie eid'AffeciatioB, potit-éU» vous le ferlez-vous à votts-afime, si ¥0U6 le teniez à la même distance qui a fait J4iacpii*à présent ¥Oti» sûreté : son incommodité suiûte r et son rétablisse* meut, qui ne Ta pas été moins , lui ont donné foccasion de leconnaîtio que ¥0118 raiineau Hélas 1 ma chère, cetle découverte n*est pas nouvelle pour moL Vous m'apprenez qu*à chaque instant il en prend droit do pousser ses usurpations; qu'il paraît avoir changé de naturel; qu'il ne respire qu'amour et complaisance. C'est le loup qui s'est revêtu de la peau du mouton. Cependant il n'a pas laissé de montrer plus d'une fois les dents; et ^ vois qu'il lui est impossible de cacher ses griffes. Les li* bertés qu'il a prises avec vous, à Toccasion de la lettre de Tomlinson» pour lesquelles vous n'avez pu vous dispenser de lui faire grâce, monti-eni Tavantage qu'il croit avoir obtenu, et le pouvoir qu'il a de pousser plus loin ses entreprises. J'appréhende beaucoup qu*il n'ait introduit Toalinson dans cette vue; c'est-à'-dire pour vous inspirer plus de sécuriié , et pour faire TofÛce de médiateur si ses hardiesses devenaient plus offensantes. Le jour de la célébration n'est plus en voire pouvoir comme il devait Têtre , puisqu'il dépend désormais du consentement de votre oncle, dont il a désiré la présence à votre propre sollicitation , désir, au xaste, dont le snccès me parait fort douteux, quand toutes les apparences seraient réelles.
» Dans cette situation , s'il s'échappait à de plus grandes libertés , ne seriez-vous pas obligée de lui pardonner? Contre une vertu si bien établie, je ne crains rien de sa. nrialigniié par les voies communes; mais, dans la maison où vous êtes, dans les circonstances oà je vous vois, que je redoute la surprise l Cet iof&me libertin n'a-t-il pas déjà triomphé de plusieucs femmes dignes de son alliance?
» Quelle sera donc votre résolution , ma très chère amie? Que vous froposerai^je pour ressource, si ce n'est de fuir cette maison, cette infernale maison? Âhl puissiez-vouft trouvée dans votre cœur la force de le fuir lui-même 1
» Si vous j étiez disposée , madame Townsend serait prête à recevoir anssuAl vos ordres. Cependant , si vous ne voyez pas de nouveaux obstacles ou de nouvelles raisons de défianoe , je suis toujours persuadée fue votre réputation aux yeux du monde (je ne parle plus de votre bonheuc) vous fait une loi d'être sa femme. Il est cruel , à la vérité , que, pour récompense de leurs infamies , ces libertins obtiennent ce qii^il y a de plus estimable dans notre sexe , tandis que b dernière fènmie du monde ne leur devrait que du mépris.
» Mais si v^jus trouvez le moindre fondement à de nouveaux soupçons, s!ii cherche à vous retenir dans cette odieuse demeure, ou s'il veut différer votre départ , à présent que vous connaissez le caractère de vos femmes» fuyez-, ne balancez point à fuir^ de quelque espérance qull puisse vous Haiter. Dans une de vos promenades, s'il ne se présente point d'autfavoie^ refusez absolument de retourner avec lui. Déclarez-lui que voua êlea informée. Ne faites pas difficulté de me nommer. Si vous jugez que les circonstances ne vous permettent pas de rompre avec Ini^ feignez de croire qu'il peui ignorer ce que c'est que votre maison ,.et dites-lui que ie le crois moi-même. Quoique de votre part et de la mienne , cette feinte doive lui paraitre peu vraisemblable. La chaleur, qui est étouflante de-
(Mfld iftfélqves joots, tKw^^Ate «« piétone iiAiniëliKnir M proposera prendre Tair. Alléguez voira santé , iln*osera résistar è coieenten^ le Sais, ptfr ^0^ voies cermiiies, ^m fliMflflfpiojet de tMe Itèfe est jèaftdM&é. Aifisi «TOUS a^a? es rieir à craifMlM de ob côlé^là*
^ jR ¥oas no ^tms dUtef rainez point à >^tlet ▼«tee Mnisofi) après mosir lu ma lettre, ou si loous ne diewiiev pa» afWBifedt le inoye* d'en sortir» je j4iger&i de Fascendtint <itt*il asur wwia par le» pea de pocnmir quevona avcft sar Iw<»a sur Tc^as^nie.
» €h -d^ mes émissriti» a ftdt qndqaes iecher(Ae9 teiidiitnt madima B«fdiTifI ; Lorelace youb a^t-il jamais nommé lame en la place q^^dB» habHef le ne me souviens pas que vons m^Fayei «Hin|ué dans ^^ lettres. FPe^t-ilpas fort étrange qu'on nepnâKodéeoiivtfr nieeiie fenmne' ni sa maison, dans ancnne des rues et des plae» où }e me suis imagniée, stp qoelqn'tme de vo9 expressions, ^on devait la chendier T II fliiK qu'il s'et^que. Demende^lor nettement le nom de k me, s'il ne tons ^» peint encore appris, et ne ttianqnezpas *de m'en ineuuine. S'il balanee à veus eatisOiirc sur oe point, «'est une pwvre qai n*en laisse pk» d'anto à'tfésirer. N^en avez-vous pas même assez, sans cette eondrroatioii T
9 le chargerai Gollins de ma lettre. Il ehaMfe, pourm'oblîger, le jonr orfinaire de son départ : et je lui ordonne, à présent que je sais votna ifemenre, d'essayer s^ pourra veus remettre le paquet en mains propres» 9îiffén trenve pas l'oecasien, il le laisSeraictae^ Witon^Gonmie il «^ett arrivé^ par cette voie, aneua accident à nos letlvesy dans on temp» oà vi^u9'avie2r moins à von» louer des apparences» j^espèceqne celle^ln'iea pmmAûs sÉrêraent jusqu'à tous.
» Dans mon premier trouble, je vous avais- écrit «ne lettre qui ne eontennit ^pas lingt lignes, mais jMt» d'eflMs, d'alarmes et d'exéeratfBos. HtasM», craignant qu'elle ne Bt loop d'impression sur vous, j*ai pris le parti de suspendre nn peu mes éelatroissemiene» fa«r me mettre en état dl^ leeneillir d'autres eirnenslafnces «t d- y joindm «msréiexieiis... Enin, je^'tt'inragine qu'en vous aidant ùè t«B prep»» dénoueenee^ >«nis dies mnlnleBflait «»ez armée peur réalsier à tamts sortes d^entvepcâes et de
€0llpk$lB.
"w^Pè n^joute qc^utf mot. liranesMnd^ vos ertfresr il; ecms me jvfteptfopve h msQs rendue le molnére sensée, le mets -l'epiniQii piAlqnt, lu osmnre^ et je crois même ta vie, au Aisaons de vmtM konneoreEid» nbtse omlfiéw Votre kenneur n^est-^ petfte mtentetTeivevmitièiiefait-eUni fm^gMKeé» ma i^?»
JenA, àiîinqlkSiireft Attrathi. l'tf «trtti'pliime à la aaato UMte ni' oiit.
' Vsprends haleine» Bëlford, porur lice attentlrement là lettre soiranter
YQtoeF vmrs m%ver eansé d'étonnement, mv^MfS amie, iv iroeMfe et dÉrtcmllRion, d'épontante par vos horribles fnfimtiaiiôns T Ve« es^nr ail troip foM» poerr sotitenir cetito^ atteinte, damt nn Muf*»" «ùr ie«l M^eftaft à l'espérance"! lorsque «m perspective eemhkdi hcmredsemmt dRongéer Gmnment est^ir possible ^e lee^toaulies seieiit'eapifbles de iam dK^tfStôesse et de naécfaanmé-I
"» Be suis réellement' Ibrt nnff. La dofl%M; fn snrpi4lMS -^jB poîn dist Iriésespoir, l'oift enrportS' snf «loi. 9èat c#^pn^ treuarm^Mez demies
9S6 CLàXBSE BABLOTI« *
S008 le nom de oonjectaie, prend à mes yeux Tai^paience ei la ftxroe d'one cruelle réalité.
» Ah ! si YOtre mère ayait la bonté de m'àocorder la vue de ma consolatrice! de la seule amie qui soit capable de ranimer un peu mon coiuage languissant! Mais gardez-vous, très chère miss Howe, de venir sans sa permission. Je suis trop mal à présent pour penser à combattre cet homme terrible, ou à fuir cette affreuse maison I Vous reconnattrei mon abattement au désordre de mes caractères. L'état où je suis sera ma sûreté, s'il était vrai qu'il eût médité quelque infAme dessein. Pardonnez, très chère amie, ahl pardonnez les embarras que je vous ai causés. Tout approche de sa fin... Mais pourquoi peine sur peine, douleur sur douieurt Encore une lois, je vous recommande, chère miss Howe, de ne pas penser à venir sans la participation et le consentement de votre mère. »
Eh bien ! Belford, que penses-tu de cette letlreT miss Howe se met au dessus de l'opinion publique et de la censure.. Grois-tu qu'une lettre de ce style n'amènera point cette petite furie, dût*elle se mettre dans un des paniers de GoUins et sa femme de chambre dans Tautre? Elle sait à présent où s'adresser. J'ai puni plus d'une de ces petites friponnes, pour avoir porté trop loin leur curiosité ; et je réduis toute leur punition à leur donner un peu plus de lumière et d'expérience. Que dirais-tu, Belford, si, réussissant à faire arriver ici cette virago^ et lui donnant quelques justes raisons d'écrire une lettre lamentable à son amie, j'étais. assez heureux pour rappeler par cette voie ma belle fugitive? Pourraitelle se dispenser de venir voir une amie, qui ne se serait jetée dans la situation dont elle est perfidement échappée, que pour lui rendre les devoirs d'une tendre amitié ?
Laisse-moi jouir de cette idée. Ferai-je partir la lettre? Tu vois qu'ayant fait contrefaire son écriture par l'adroite Saily, j'ai prévenu les Àjections qui pourraient lui venir à l'esprit contre l'exactitude de l'imitation. Leur doisFJe à toutes deux plus de ménagement? Asrtu remarqué comment cette enragée d*Howe menace sa mère ? Ne mériie-t-clle pas d'être punie, et quand ma vengeance s'exercerait sur ces deux filles autant qu'elles ont l'imprudence de m'y exciter, serais-je plus diable, plus infâme, plus monstre qu'elle n'osent me nommer dans leurs lettres? Loor que j'aurai satisfait une fois mon ressentiment, avec quelle humilité char-* manio ne se retireront-elles pas toutes deux dans le coin d'une provinoeit pour y vivre ensemble» et pour se réduire au célitiat qui parait avoir tant de charmes pour Tune et l'autre, par des motifs bien plus nôsonnablea que celui de leur suffisance et de leur orgueil?
U faut que je transcrive sur4e-champ cette curieuse lettre. Les délibérations viendront à la suite. Cependant que m'a fait le pauvre Hickmant pour mériter ce traitement de moi? Mais ce serait punir glorieusement la mère de sa sordide avarice et de ses mauvaises manières pour l'honnèlo M. Hawe, qu'elle a fait mourir de chagrin. Je suis impatient, BeUiort d'entreprendre ce projet. Tous les pays du monde ne sont-ils pas égaux pour moi, si je suis obligé de quitter encore une fois le mien?
Mais je ne veux rien donner au hasard. On m'assure que cet Hidunaa est bon homme. J'aime les bonnes gens, et je ne désespère piis d'être chaque jour du nombre. D'ailleurs, j'ai appris de lui, depuis peu de jours» quelques particularités qui paraissent prouver qu'Hickman a une âme : quoique j'eusse cru jusqu'à présent que, s'il en avait une, elle était trop
CLâUSa BABLOfl. 237
enfoncée pour se Caire remarqaer ; excepté peut-être dans quelques occasions extraordinaires , après lesquelles il m'avait paru qu'elle rentrait dans sa retraite adipeuse. C'est un homme chargé d'embonpoint. Ne l'astu jamais vu?
Au fond, la principale raison qui m'arrête (car le projet me tente beaucoup) c'est la crainte de voir toutes mes espérances renversées, si ma lettre n'arrivait pas assez tôt, ou si miss Howe prenait du temps pour délibérer et pour sonder les dispositions de la mère. 11 pourrait arriver qu'elle reçût dans l'iniervalle une lettre de son amie. Quelque lieu que oeite beauté fugitive ait choisi pour asile, je ne doute pas que son pre* mier soin ne soit de lui écrire. J*ea conclus qu'il faut s'armer de patiencOy et prendre du temps pour me venger de ceite furie. Mais, malgré toute ma compassion pour Ûickman (dont le caractère excite quelquefois mon enviBy car c'est un de ces mortels qui mettent la stupidité en honneur dans l'esprit des mères, au grand malheur des jolis hommes tels que nous» et souvent au grand mâontentement des jeunes ÛUes), je jure par tous les dieux du premier et du second ordre, que j'aurai miss Howe, si je perds l'espérance d'obtenir son amie, qui est incomparablement au dessus d'elle. Alors, si les flammes de l'amitié sont aussi vives entre ces deux beautés qu'elles le prétendent., quel avantage ma charmante aurat-elle tiré de son évasion?
UETTRE CCXXVn.
mas OAUSSB bariotb, ▲ miss howi.
leadl ta sofri 3 Juin.
Après ma dernière lettre , qui tous a paru si remplie d'espérance, celle-ci vous causera beaucoup d'étonnement. 0 ma chère amiel Lovelace s'est fait connaître enfin pour un malhonnête homme. C'est avec la dernière difficulté que je me suis garantie de ses insultes : la nuit dernière, il n'a pas laissé de m'arracher une promesse de pardon, et celle de le voir le jour suivant , comme s'il n'était rien arrivé d'offensant pour moi : mais è moins que de m'être trouvée dans l'impossibilité absolue de fuir un misérable que je soupçonne d'avoir mis exprès le feu à la maison pour me faire tomber presque nue dans ses bras» comment aurais-je pu consentir à le voir après cette fatale aventure!
Je suis échappée à son infflme complot ; grâces au ciel I je suis échappée. Il ne me reste plus d'autre sujet de peine que d'avoir perdu la seule espérance qui pouvait me rendre un tel mari supportable : celle de ma réconciliation avec ma famille , dont mon oncle s'est chargé de si bonne grftoe.
Tous mes désirs se bornent présentement à trouver quelque famille honorable, ou quelque personne de mon sexe, qui soit obligée de passer la mer oaqoi aîile s'établir dans un pays étranger ; peu m'importe lequel je choisirais, si j'en avais la liberté , quelqu'une de nos colonies d'Amérique, pour être à jamais oubliée de mes parons, que j'ai si mortellement offense. Que votre cœur généreux ne soit pos trop attendri de cette résolution. Si je puis échapper è la plus terrible partie de la malédiction de mon père (car celle qui regarde cette vie est déjà remplie si cruellement qu'elle noe Isii tremUer pour l'autre), je regarderai la perte de ma fortune temporelle comme une heureuse composition. Il n'est pas besoin non
238 GLARISSB HABLOVB.
plus que vous me renouveliez les offres sur lesquelles votre bonté vous a fait inâister tant de fois. J'ai mes i>agues et d'autres effets 4e ^elqde prix, qui m'ont i9té «eorojcs arec mesiiel^its, et qui, étant «haiigés en argent, pourront fburmr à tous mes besoins, j«is(psi*à ce que la providBBce m'ouvre quelque voie de m'occuper utilement ; du moins m, poonaNigmenier ma punition, la vie m*est prolongée plus long-temps^ je «e le
désire.
N'attribuez pas ce plan, ma éhère amie, à FriNittement deonm oeiirage, ni à ce tout d'imagination Tomanesque dont nous avens sooivent observé les effets sur les jeunes personnes de notre seie. Considérée «a triste situation, dans le ]our sous lequel il me semble qu'elle dort êtve envisagée par tous ceux qui en seront infermés. Premièrement , FhemAe qui a l'audace de s'attribuer des droits sur moi va s'efforcer de ni» suivre à la trace, et me chercher comme un meuble égaré. Qui sail MEfil n'exercera pas impunément ses violences î Je n'ai personne dont la protection puisse me meitre à couvert. En second lieu, ma terre, oefte «erre qui excite tant de jalousie et qni est l'origine de toutes mes infortunes, ne sera jamais à moi, s'il fànt avoir reconrs, pour l'obtenir , aux voiles communes de la justice. Quel avantage me reviendra-t-il de pouvoîf me vanier que j*ai plus de bien que je n'en désire ou que je n'en puis emptoyert La seule grftce que je demanderai quelque jour k mon père, sera d'assurer sur mon revenu une petite pension à ma chère madamefCorton, pour lui faire passer doucement le reste de ses jours et de distribuer tous les ans une autre petite somme en anmônes, dans l'unique vue que ceui qui aiiMHMiit eu dfoità mesbienfiMl» aereii(Mintentle moins qu'il me sera possible des conséquences dema faute. Ce devoir une fois rempli, que le ciel bénisse ma famille, et qu'elle jouisse tranquillement du reste I
Vons eKptiqtterai-je d'autros raisons, qtiî m'attabbeni à ia réaoltation dont f ai parlé?
Le crael pereoimage sait que je n^ai pas au DMmde d'autre ami que <voue. Quand irous tronveriez le moyen de me pnopuer quelque retaite «bsooredans «eire voinnage, il ne iant pas douter que ses recbMdies ne tournent d'abord de ce oôfeé^là; et vons vans tiouveâcB aloas exposée il de nouveaux embarras, fhia iâchenx enoore fue tous ceux dans iesqnels j'ai déjà eu le malhenr de vous engager.
le n'aipas de'paoteetion à me proaaettre de H. 'Morden, ifuand son retour serait aussi peu éloigné 4}tte je an Pimagine* La lettre quej'aÎDeçue die 4u»oe4oitlafeHer aocvacbottie qne-mnB irèee «e Ifait engagé dans son pariL ^raUJeuni, je ne voudrais pas SKpsasr un homme aiesliaaable 4u diftngev qni le menaimrait dn la part -d^m fmuttx.
fin paeinni (i»>oes pnnoipe8,>qMal maillent pavli pour «si i|ne deiMnaer dans quelqu'une de nos colonies , d*où je ne donnerai de mes noivMlles qii^ii ifMmik im^ 1» osstndkm d» -ne «vons en dnsner à voaB««méme qutepsès«^bn iKéedans qiidque situntinn ^ conniAniie à malsitiiie «I k nissmttos^ icas tôt »'sBt|ias unefetile partie dejBOn ehegiôQ ,^e le4)]A»iB ée.;mes Janies pdisse ircjaiUir«ir <vsiis, ma très eMmMiie; ihéteaf) SOS mus, à i^ni in nie :fiattais anteotois de causes pins dn (Kiltslaetin» qoeé^peinn*
iesninnsiuelinnHnl 4fim 1» isHnt» drHsMÉssét «tes ^ne femm^nui senûBuns siadaninMapse. Mnn «Qmr nn sria sien |res»is d^èeiiSiMx dnnsiQs iisn, faioosiqBe fy suis nonne ^ihia é^nnniiis nf sctam peiaiou*
Mnxi oaia la voitareimblique s*est présentée si À propos vers la Jbarxiàrs d'Holboro, que je a*ai tien eu de mieux à choisir. Je ne m*y arrête ) néaxunoiiis que pour ooe donner le temps de recevoir votre réponse, ll^rquez-moi^ je vous prie, si, par le secours de madame Townseod , je puia espérer de me cacher à toute la terre, pendaat la première chaleur des recherches dont je me crois menacée : hisureuse, si J'avais eu plus tôt r^uooursÀ aon assistance \ Je rae Qgure que Depford est en lieu assez favorable pour me» autres vues. Il me sera facile d'y ôtue informée îles passages, et de me rendre à bord sans aucun danger. Alors j'apporterai tous mes soina à tirer parti de mon sort. Joignes-rous à moi ^ ma chère, ma seule amie, pour supplier le ciel que mon châtiment soit borné à cette ¥ie et à mes afOUctions présentes.
Cette lettre servira d'explication à quelques lignes que vous devez «Tok xeçues de moi i^ar la voie de Wilson , et que je n'ai fait porter chez hii que par feinte , dans la vue d'éloigner un valet qu'on n'avait aRpanemment laissé prés de moi que pour m'observer. Il est revenu si vite, que j'ai été forcée d'écrire un autre billet, que je lui ai donné ordre da porter à son maître dans la même vue ; et ce second expédient m'a réussi. J'avais écrit , dès le matin , une lettre fort amère au misérable, et Tayaut laissée dans un heu facile à découvrir, je suppose qu'elle est à présent entre ses mains. Je n'en ai pas gardé de copie ; ma» il me aéra facile de m'en rappeler la substance, lorsque je serai assez libre pour tous faire le récit de toute Taventure.
Je suis sûre que vous approuvez ma fuite , d'autant plus que les femmes de cette maison doivent être des créatures fort méprisables, fill^ m'ont entendue crier au secours ; je ne puis douter qu'elles ne m'aient entendue. Si le feu n'avait pas été un ariiûce concerté, quoique le malin j'aie affecté de le croire réel pour leur dter toute défiance , eilles n'auraient pas été moins alarmées que moi. Elles seraient venues pour me rassurer, supposé que la cause de mes cris eût été la crainte du leu, ou pour me secourir dans tout autre danger. Cette ioffâma Dorcas prit la fuite aussilêt qu'elle vit son coupable maître passer les bras autour de moi. Bon Dieu ! ma chère , je n'avais que mes roules et un sin^ple jupon. L'effroi m'avait fait sauter de mon lit, comme si feusse été menacée d'être réduite en cendres an même moment. Dorcas me quitter dans cet étatt ne pas revenir, elle ni les autres! Cependant j'entdndis des voix de femmes dans une chambre voisine ; d*est de quoi je suis très sûre , et ce qui me paraît une preuve évidente de quelque complot. Dieu soit loué , je suis hors de cette maison 1
Mais je ne suis pas hors de crainte. J'ai peine à me croire en sûreté. Chaque homme bien mis que j'aperçois de mes fenêtres , à cheval ou à pied, je le prends pour mon cruel persécuteur.
Vous vous hâterez, sa«s doute, d^ ma faire Kuelques mots de réponse. Je me procurerai, le plus tOt qu'il me sera possible, un homme à cheval » pour vous porter ma latin. Il n'y a pan.ilappaaince que vous puissiez me .fii^pûndca par It mAme voie, puisque tous serez obligée de voir auparavant madame Towttsend. Cependant j'attendrai de yos nouvelles avec une extrême impatience. Songez que je n'ai potait d*autre amie que vous; qu'étrangère comme je suis dans ce canton, je ne sais de qnel cêté tourner, ni quel heu je dois choisir, nièq^i^rôsohition jedois m'drrêter. Connaissez-rons rien de si terrMe'T
310 OABISSB HABLOVB.
Madame Hoore« chez laquelle |e suis , est une f eure de fort boikne réputation : du moins c*est le témoignage qu'on m*en a rendu dans une boutique voisine p où j*ai acheté un mouchoir pour avoir occasion de m'informer de son caractère. Je ne mettrai pas le pied hors de sa maison jusqu'à ce que j'aie reçu votre réponse. Dans la vue de me dérober plus sûrement , j'ai feint , en descendant du coche, d'attendre une chaise que j'espérais de renc<)ntrer en chemin , pour me rendre à Hendon » petit village peu éloigné de Hamstead; et prenant en effet cette route , je me suis promenée quelque temps sur la hauteur, sans savoir d'abonl à quoi me déterminer, mais ensuite dans le dessein de m'assurer que je n'étais pas observée avant que de me hasarder à chercher un logement.
Vous aurez la bonté , ma chère , de m'adresser votre lettre sous le nom de miss Henriette Lucas.
Si je ne m'étais pas échappée avec tant de bonheur, j'étais résolue de recommencer plusieurs fois mon entreprise. Le monstre m'avait écrit qull devait sortir pour aller à l'ofûcialité ; car, malgré la promesse qu'il m'avait arrachée , je refusais constamment de le voir. Après une faute capitale , qu'il est difficile, ma chère, d'en éviter un grand nombre d'autres qui viennent comme nécessairement à la suite I La crainte de manquer de succès , dans mon premier effort , m'avait fait prendre le parti de lui déclarer que je ne jetterais pas les yeux sur lui de toute une semaine , pour me procurer le temps de tenter mon dessein par différentes voies. Si j'avais été trop observée , j'aurais pris le parti , après l'exemple que j'avais eu de son inielligence avec les femmes de la maison, de descendre brusquement, de sortir dans la rue, et de me jeter • dans la première maison que j'aurais trouvée ouverte, pour y demander la protection des premières personnes qui se seraient présentées. Quel nom donnerez-vous à des femmes qui ont été capables d'abandonner une malheureuse personne de leur sexe dans une telle situation? O'ailleurs, je leur ai trouvé l'air si coupable , la contenance si embarrassée, lorsque j'ai consenti à les voir, tant d'empressement à me faire monter au second étage, pour me convaincre , par la vue des rideaux et du lambris brûlés, que l'incendie avait été réel , qu'en feignant de croire tout ce qu'elles s'efforçaient de me persuader , je me confirmais dans la résolution de fuir à toutes sortes de risques-
En prenant la plume, je m'étais proposé de vous faire une lettre très courte. Mais quelque sujet que je traite, je suis erabairassée h unir, lorsque c'est à vous que j'écris. Ce sujet de reproche n'est pas nouveau. Ainsi n'attribuez pas uniquement ma longueur à l'embarras d'une malheureuse situation ; quoique mes peines soient capables d'occuper entièrement toutes les facultés de mon âme.
LETTRE CCXXVm.
■• urmàCM, A M. BBLrOID.
Vendredi, àdeoiheveidaiDatla.
Victoire 1 triomphe! Aide-moi, Belford, k chanter victoire et triomphe. Quel heureux homme que ton ami 1 Sotte petite novice, de se faire entendre en donnant ses ordres au cocher, et de choisir Hamstead pour retraite, entre tous les villages voisins de Londres ; un lieu où je l'ai menée plusieurs fois!
CLARISSE HABLOVfi. âil
Il me semble que j'ai quelque regret de lui voir si peu d'habileté. Je commence à craindre qu'il ne me soit trop facile de la retrouver. Que n'a-t-elle su combien la difficulté relève pour moi le prix des choses ? Avec la moindre envie de m'obliger, elle ne se serait point arrêtée si près de Londres.
Après ces chants de joie, tu me demandes si j'ai déjà fait rentrer ma charmante sous le joug. Non, Belford. Mais savoir où elle est, c'est à peu près comme si je l'avais en mon pouvoir. C'est un plaisir délicieux pour moi, de me représenter sa surprise et son effroi, lorsqu'elle me verra sortir de terre devant elle. Quel air coupable elle va prendre à la vue d'un amant outragé, d'un mari reconnu, qu'elle n*a pu quitter sans la plus noire félonie! Compte que mon attentat nocturne est plus qu'effacé.
Mais tu dois être impatient d'apprendre comment je suis parvenu à la découvrir. Lis la lettre que tu trouveras jointe à celle-ci. Si tu te souviens des instructions que j'ai données de temps en temps à mon valet, dans la crainte du malheur qui m^est arrivé , elle t'apprendra tout ce que je dois attendre de sa diligence ei de ses soins, s'il pense à reparaître jamais aux yeux d'un mattre irrité. Il n'y a pas une demi*heure que je l'ai reçue. J'allais me mettre au lit tout vôlu; mais elle a réveillé si vivement mes esprits, que la nuit ne m'a point empêché d'envoyer sur-lechamp des ordres à Blunt, pour avoir un carrosse à la pointe du jour, et ne sachant que faire de moi, non seulement j'ai pris la plume pour t'écrire dans la joie de mon cœur, mais j'ai mécùté sur la conduite que j'ai à tenir lorsque je me présenterai devant ma charmante, car je prévois toute la peine que j'aurai à combattre sa mauvaise humeur.
« Monsieur, mon très honoré mattre,
» Celle-ci est pour vous certifier que je suis à Hamstead, où j*ai trouvé madame, logée chez la veuve Moore. J'ai pris de si bonnes mesures, qu'elle ne peut faire un pas dont je ne sois informé. Je n'aurais jamais osé regarder mon mattre entre deux yeux, si j'avais manqué la trace , après avoir eu le malheur de perdre madame pendant mon absence, qui n'avait pas néanmoins duré plus d'un quart d'heure. Comme je suis certain que cette nouvelle vous fera beaucoup de plaisir, j'ai promis cinq shellings au porteur. Il n'a pas voulu partir à moins, parce qu'il est près de minuit; et quoiqu'il me reste une bonne partie de votre argent entre les mains, je n'ai pas jugé à propos de le payer d'avance, pour être plus sûr de sa fidélité. Ainsi, monsieur aura la bonté de le satisfaire.
9 Madame n'a aucune connaissance de ce qui se passe autour d'elle ; mais j'ai cru devoir faire la garde ici moi-même, parce qu'elle n'a pris S(m logement que pour quelques nuits.
» Si monsieur vient demain, il me trouvera pendant tout le Jour, près de la grande boutique du mercier, qui n'est pas loin du logement de madame. J'ai emprunté un habit d'une couleur différente du mien, et j'ai pris une perruque noire ; de sorte que madame ne me reconnaîtrait pas, uand le hasard ferait tomber ses yeux sur moi. Mais pour me déguiser encore mieux, je me plains d'un mal de dents, qui m'oblige de tenir mon mouchoir à la bouche ; et ce n'est pas blesser beaucoup la vérité, car il me reste encore de la douleur de cette dent que monsieur se souvient de m'avoir cassée d'un coup de poing.
T. II. te
Mft CLAM9SB HMLOVS.
)» Les incluses sont deux lettres que madame m^atalt ordonné de por» 1er, avant qu'elle eût quiKé la maison , l'une chez M. Wilson pour iniâs Howe, l'autre pour nionsieur. Mais je savais que monsieur n^était pas dans le lieu où la sienne était adressa ;^ et la crainte de cequi est arrivé m'a fait prendre le parti de la garder. J'ai fait croire à madame que j'ihvais porté celle de miss Howe chez M- Wilson, et que je n'y avais rien trouvé pour elle, comme elle désirait de le savoir. 8ur quoi, je prends* la liberté de me dire, monsieur et très honoré matlre, votre très hune ble, etc.
» WoL Seimms. »
Tu vois que ce coquin ne manque pas d'intelligence. 11 est clair, que les deux lettres qu'il appelle incluses n'ont été écrites que pour l'écarter ; et celle qui m'est adressée, pour me donner le change à moi*même. Voici le billet à miss Howe, qui ne contient que trois lignes.
Jfeodl, 8 Juin.
« Je ne vous écris, ma chère miss Howe, que pour tenter si le pi^sage est ouvert à mes lettres. Vous en recevrez bientôt une fort^iongue, à je ne suis pas misérablement prévenue. Hélas I bélâs !
» Clarisse Ha&lovb. i>
Crois-tu, Belford, que cette ruse ne justifie pas les miennes? N'est-ce pas usurper mes droits ? et n'^i sommes-nous pas venus, par degcés, à TOir qui des deux sera le plus h9bile à tromper l'autre? Grâce à mon étoile, il me semble qu*à présent nous n'avons rien h nous reprocher sur ce point ; et tu te figures bien ^jue ma oonsoienoe ea est fort soulagée».
Voici la seconde des incluses dç Will.
Jeudi, 8 jQin.
<c Ne me donnez pas sujet, monsieur Lovclace, de craindre les suites d^ votre retour, si vous ne voulez pas que je vous haïsse toute ma vie. Écrivez-moi deux mots par le porteur, pour m'assurer que d'une semaine entière vous n'entreprendrez point de me voir. Je ne pourrais vous regarr der en face, sans un mélange de honte et d'indignation. La grâce que je vous demande, de m'obliger sur ce point, ne sera point une expiation fort pénible de l'infâme traitement que i!ai reçu do vous cette nuit.
» Vous pouvez prendre ce temps pour faire un voyage chez voln^ oncle : et je ne doute pas que si les dames do votre famille sont aussi bien disposées pour moi que vous m'en avez assurée, vous ne puissiez en engager du moins une à m'honorer de sa compagnie. Après la conduite que vous avez tenue avec moi, vous ne serez pas surpris qpe j'exige cette preuve de votre honneur pour l'avenir.
» Si le capitaine Tomlinson vient dans Tintervalle, je puis l'entendre, €t vous écrire ce qu'il m'aura communiqué. Mais si vous me voyez avant la fin de la semaine, vous n'en aurez i*obligation qu'à quelque nouvelle violence, dont vous ne considérez pas les suites. Accordez-moi donc les deux mots que je vous demande, du moins ai vou3 souhaitez que je OQUfirme le pardon que vous m'avez arraché.
1» CiAJUsgB HUbloi^* »
Parlons de bonne foi, Belford. Que peux-tu dire, à présent, en fareur de cette chère friponne? U parait qu'elle était pleinement déterminée à la fuite, lorsqu'elle m'écrivait dans ces termes. Elle voulait par consé^
«MAnaoi UÊMMm. M3
qmmt m^armer contre iiioi*m6me, en me pressant de ki aicoord^ use seaiaine, dont elle croyait avoir besoin ; et plus méchamment encoreeHe voulait me charger de la folie commission d'amener à Lond^res une de mes cousines, pour nous donner la satisfaction d'apprendre à notre arri- ▼ée son évasion et ma honte étemelle. Crois-tu qu'il y ait quelque punition assez sévère pour ce noir petit démon ?
Mais observe, je te prie, quel air plausible elle donne, par ce billet, à la résolution de ne me pas voir d'une semaine ; supposé qu'elle ne Couvât pas plus tût l'occasion de s*évader. Vois comment la prof ision d'eaa et de biscuit se trouve expliquée, tout puéril que nous a paru cet expédient.
Lei carrosse ne paratt point encore ; et quand il serait arrivé, je m'aperçois qu'il n'est pas jour , et qu'il eet trop \Ai pour tout, excepté pour mon impatience% Comme j'ai déjà pris mes mesures , et que je ne puis m'occuper que da mou triomphe , je vais relira sa violente lettre (f^, pou0 me fortifier dans mes résolutions. Jusqu'à présent mes idées ont élé si noires, que je n'ai pas voulu m'arrêler trop à ce qui n'était capable que d'en augmenter le trouble. Mais depuis que la perspective est changée, mon imagination plus gaie peut y répandre un peu d'agrément.
Lorsque j'aurai' tiré de ma charmante Texplication de quelques endroits de sa lettre , et que je lui en aurai fait expier d'autres , je te promets une copie dece curieux ouvrage.
Il stkfit à présent de te dire , en premier lien , qu^elle e$î déterminée é n'être ia$naie ma femme. Assurément, Belford, Iti violence ne doit avoir aucune part aux cas de cette importance. C'est le crime de ses parens; et je les ai trop condamnés pour être capable de mériter le môme reproche. 4e suis bien aise de connaît!» ses intentions sur un point si essentiel.
Jât^i perdue d^honneur, dit^lle. C'est un mensonge grossier, dans le fleos même qu'elle le prend% Si j'avais fait ce qu'elle dit , peutrêtre n'aurait-elle pas pris la fuite.
EUe te voit ieiée dans le voête espace dUr monde. Je conviens que la oriiin» de Hamstead hri offre des perspectives assez étendues; mais ce n'est pas non plus le vaste espace du monde. D'ailleurs, si c'est le sujet de ses plaintes , j'espère de la fairo bientôt rentrer dans des bornes plus éttoites.
Je tuU tout à la foie rennemi de son âme et de êon honneur* Maudit excès de sévérité, qui n'est après tout qu'un nouveau mensonge ! La: vé«rilé est, que j*aime fort son âme, mais que, dans cette occasion, je n*j pense pas plus qu'à la mienne.
La voilà rédmte à chercher des secours étrangère. N'e^tHie pas sa &ute ? Rien n'est assurément plus contraire à mes désirs.
Elle se voit tombée de Vindépendance dans un état de contraint/e e ^SMfligation. Jamais elle n'a connu Tindépendance ; et c'est un état qui ne convient à aucune femme , de quelque âge et de quelque condition' qnTon hi suppose. A. Tégacd de celui d'obligation^ qu'on me nomme qneU> fn*UBs parmi- les vi^ans, qui n'y soit point assujéti. Les obligations mu«> tnelles font reasence et comme l'âme de la société. Pouvquoi seraitroUf dispensée de cet aimable joug ? Celui dont elle lait anjouid'àui l'objet d»
CI) Q^Ua^'jl lirait. tMoHe dam atcbAphii.
9M CLAIUSSB BABLOYB.
sa fureur ne souhaite pas d'en ôlre exempt, n a dépendu long-temps d'elle. Toute sa joie sérail de lui avoir plus d'obligation qu'il ne peut s'en vanter jusqu'à présent.
Elle parle de Tiroprécation de son père. N'ai- je pas rendu cent fois le change à ce vieux tyran T D*ailleurs, pourquoi fait-elle tomber sur moi les fautes d'autrui?N'ai-je pas assez des miennes?
Mais je commence h découvrir les premiers rayons du jour. Reprenons en deux mots : la lettre de celte chère personne est un recueil d'invectives, qui ne sont pas nouvelles pour moi ; quoique l'occasion de les employer puisse rôire pour elle. J*y remarque un peu de contradiction romanesque. Elle aime j elle hait, die m'encourage à pousser mon entreprise, en me faisant remarquer que j*en ai le pouvoir, tandis qu'elle me supplie de n'en point user. Eile appréhende Tindigence, et n'en est pas moins résolue d'abandonner sa terre ; en faveur de qui ? de ceux qui ont causé toutes ses disgrâces. Bnûn , quoiqu'elle ne veuille jamais dire à moi, elle a quelque regret de me quiiter, parce qu'elle voit des apparence d'ouverture pour se réconcilier avec ses amis.
Mais jamais l'aurore ne fut si paresseuse. Le carrosse se fait trop attendre aussi.
— Un gentilhomme qui demande à me voir, Dorcas? Eh ! qui peut avoir besoin de moi si matin ?
M. Tomlinson , dis-tu ? Assurément cet homme-là doit avoir marché toute la nuit. Mais comment a-t-il pu se promettre de me trouver déjà levé? N'importe. Que le carrosse arrive seulement. Le capitaine, qui est la bonté de même, ne fera pas difficulté de m'accompagner jusqu'au bas de la colline, quand il devrait ôtro obligé de revenir à pied. Ainsi , sans perdre un moment , je pourrai l'entendro et lui expliquer mes idées.
Port bien. Je commence à croire que cette fuite robelle pourra tourner à mon avantage: comme les révoltes, dans un état , tournent presque toujours au profit du souverain.
— Cher capitaine I quelle joie j*ai de vous voir 1 Vous ne pouviez arriver plus à propos I Voyez, voyez l'aurore qui vient ouvrir la porte du jour avec ses doigts de rose et la nuit qui se dérobe à l'approche du père de la lumière. Pardon, monsieur, si je vous salue en style poétique. Celui qui se lève avec l'alouette, chantera comme elle. Que d*étranges nouvelles, capitaine , depuis que je ne vous ai vu t Imprudente Clarisse! Mais je vous reconnais trop de bonté pour révéler à M. Jules Uarlove les erreurs de cette beauté capricieuse ! Elles peuvent se réparer. Il faut que vous preniez la peine de m'accompagner une partie du chemin. Je sais que votre plus grande satisfaction est de concilier les différends. C'est l'office de la prudence de remédier aux témérités de l'imprudence et de la folie.
Mais le repos et le silence régnent encore autour de moi... Qu'entendsje ! C'est le bruit d'un carrosse, qui retentit dans l'éloignement. Je pars. Je vais revoir ma charmante, mon ange, mon idole! Dieu d'amour t ah I c'est de ta gloire qu'il est question. Récompense, comme tu le dois, mes peines et ma confiance. Seconde mes efforts pour ramener sous ton em- |Mre cette charmante fugitive. Fais-lui reconnaître sa témérité I Qu'elle se répente de ses insultes, qu'elle implore ma bonté ; qu'elle demande de la recevoir en grtce, et d'ensevelir dans l'oubli l'odieux souvenir de ses
GLAIUS8B BARtOVB. SMS
oflénses contre toi, son mattre et le mien , contre moi , le pins fidèle et le plus Tolontaire de tes esclaves.
Enfin, le carrosse est à la porte... Je suis à vous. J*7 vole... Passez» dier capitaine ; je vous suis... De grâce, abrégeons les civilités.
Que dis-tu, Belford, de ce prologue, et de toutes les extravagances de ma joie? Enfin, paré comme un jour de noce, le cœur enflé de désir et d'e»* péranco, suivi d'un laquais que ma belle n'a jamais yu» je pars pour Hamsteady et je m'y crois déjà.
LETTRE CCXXIX.
■• LOTEULGB, A M. BELFORT.
BâBttead, tendradi, • Juin, A sept hearw da matia.
C'est de Rarostead , cher ami , c'est de rhôtellerie du coche que je t'écris. Tj suis 'depuis plus d'une heure. Quel esprit industrieux j'ai reçu de la nature I On ne me reprochera pas de m'endormir dans l'oisiveté. Le plaisir me coûte cher. En vérité, je m'admire quelquefois moimême. Avec une ftme si active, j'aurais (ait une figure éclatante dans quelque état que le ciel m'eût placé. Sur le trône, j'aurais été sans doute un des plus grand rois du monde. J'aurais disputé le titre de conquérant au fameux Macédonien. J'aurais entassé couronnes sur couronnes, et dépouillé tous mes voisins, pour mériter le nom de Boberl^e-' Grand. J'aurais fait la guerre au Turc, au Persan, au Mogol, pour leurs sérails; et je n'aurais pas laissé à tous ces monarques orientaux une jolie femme sur laquelle je n'eusse assuré mes droits.
Après avoir pris toutes les informations qui conviennent à mes vues, il me reste tant de loisir, que je puis l'employer à t'écrire. Cependant je me servirai de ma méthode d'abréviation pour ménager le temps. Quoiqu'il soit encore trop tôt pour me présenter à ma charmante , qui a besoin de repos après deux ou trois jours de fatigue, je te dois quan* tité d'éclaircissemens préliminaires, sans lesquels tu n'entrer ais pas facilement dans l'ordre de mes opérations.
Je me suis séparé du capitaine au pied de la colline, et je l'ai laissé triplement instruit, c'est-à-dire pour les trois suppositions du fait, du probable et du possible. Si je puis revoir ma charmante et faire ma paix avec elle sans la médiation de ce digne conciliateur, je m'en réjouirai beaucoup. C'est mon ancienne maxime en amour , d'y employer le moiBS de secours étrangers qu'il m'est possible, et je regrette aujuurd'hui de ne pouvoir tenir à cette règle. Qui sait môme si ma charmante ne s'en trouverait pas mieux? Je ne puis lui pardonner d'avoir poussé l'indifiérence pour moi jusqu'à m'abandonner réellement, sous un préteite frivole, ou plutôt sans aucune apparence de raison. Si je la trouve trop difficile... Mais suspendons les meuaces jusqu'à ce qu'elle soit en mon pouvoir. Tu sais quel est mon serment.
Voici toutes les circonstances que j'ai pu recueillir du récit de Will » de celui des gens de l'hôtellerie, et des informations que Wili a tirées du cocher.
Le cocher de Hamstead n'avait encore que deux personnes lorsque ma belle y est montée. Mais elle a feint d'être fort pressée , et payant pour les places vacantes, elle a tait partir aussitôt la voiture. En arrivant au terme , elle est descendue à l'hôtellerie avec les deux passagers qui l'ont
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quittée sans doute a^ec respect. Elle est entrée dans, la maison » elle a demandé Tusage d'une chambre pour une demi-heure, sous prétexte 4^ prendre une tasse de thé. On lui a donné la chambre d'où. je t'écns. Elle s'est assise à la môme table , et , je crois , sur la môme chaise où je suis actuellement. Ah I Beiford , si tu connaissais l'amour, tu sentirais le prix de ces légères circonstances.
£Ue paraissait fort abattue. L'hôtesse, charmée de sa figure, s'est crue obligée de lui tenir compagnie. Elle l'a pressée de manger quelque chose avec son thé. — Non, a-t-elle répondu, je ne me sens pas d'appétit. Cette femme lui a proposé de go&ter de ses bisooils, qui étaient excellons. — > Ce qu'il tous plaira , lui a-t-elle dit. L'hôtesse , étant sortie un moment pour aller prendre quelques biscuits , s^est apefçlie à son retour que la chère fogftiTe s^efforçait de retenir des marques de douleur, auxquelles ilj>arais6ait qu'elle s'était abandonnée dans son absence.
Cependant , lorsqu*on lui a servi le thé, elle a prié l'hôtesse de s'asseoir. Elle a fait quantité de questions sur les villages voisins et sur les rouies. L'hôtesse a pris la liberté de dire qu'elle lui croyait quelques sujets de chagrin. — Les personnes sensibles , a-t-elle répondu, ne quittent point leurs amis sans beaucoup de tristesse. Ne seraitH^e pas de nu»^ Beiford, qu'elle voulait parler ?
£ile n'a pas fait la moindre question sur les logemeus , quoiqu'on doive juger, par la suite , qu'elle ne se proposait pas d'ailec, cette iiuit, phis loin que Hamstead. Après avoir pris deux tasses de thé , elle a mis un èiscuit dans sa poche ; tendre fille ! apparemment pour lui servir de souper. Elle a laissé sur la table un demi--écu , dont elle a refusé de prendre le reste ; et, poussant un soupir, elle s'est disposée à partir, en disant qu'elle allait continuer son chemin vers Hendon. C'esi un des lieux dont elle avait demandé la distance. On lui a pro posé d'envoyer savoir s'il n'y avait pas quelque vo»ture de Hamstead qui allait le même soir à Hendon. Elle a répondu que c'était prendre une peine inutile, parce qu'elle espérait de rencontrer une chaise qui vonait an devant d'elle. Autre de ses petites ruses , je suppose; car, depuis hier au matin, aivecqui et comment aurait-elle pu prendre un arrangement de celte nalare?
Tons ceux qui l'ont me se disaient entre eut qu'un air si noble, dans siîfigttre et dans sa conduite, annonçait une personne de qualité. Comme elle était sans auoane suite, et que ses beaux yeux ( c'est l'expressioii de IHiôtesse ) paraissaient rouges et enflés , ils m^ont pas douté qu*elle ne ifki dans le cas d'aroir fui ses parens ou ses tuteurs , car ils rêmt jugée tiop jeune pour la croire mariée. Un mari , me disenWils, n'abandonnent point à elle-môme une femme de cet Âge et de cette beaiilé , ou ne lui causerait pas les chagrins qu'elle porte écrits sur son visage* Ils ^ajoutent que, pendant «quelques memens, ils ont remarqué tant de trouble dans ses regards, qu'ils l'ont soupçonnée d'un funeste ile$sein centre elle-même.
iOea'otaervatiûns n'ont pas manqué d'exiâter leur cuxiosité. Us ani engagé un domestique hors de condition, qui cherchait un mattce, à suivre toutes ses traces. Je viens d'apprendve d'eux-imâmes oe qu'ils ae sont vantés d'avoir observé.
« Elle a pria effectivement son chemin vers Hendon ; mais, en sortant deflanoslead, elle s'est arrêtée pour jeter les yeux autour d'elle et dus