‹ Clarisse HarlowChapitre 3 sur 62 · LETTRE CL · texte numérisé non relu

LETTRE CL

■B5 ttOtS» A aiSS dAAflBB WJâAML

J«wU«iféfar,tr«vriL

le i^fs vos di^p#c1ie<r des mah» de 8. HHrkman, quf meadèimereb

laJÊniè temps un etpérfient fort heureux par h quel jeme f roevitat^întélot,

MèC 7(y secours de Ta preste , de vous écrire loui le» imifs. Ont hemifio

cete^tiCT, nomnté Snmm GoUms, queje dMrgeileceiiiefeiMietileifott

Id CL4U£tt HABLOfB.

qu'elle contient, fait trois fois chaque semaine le voyagode LondreiB. Bb s'acquitlant de mes commissions, il pourra prendre chez Wilson ce que TOUS y aurez fait porter pour moi.

Mes félicitations sont extrêmement vi^es sur votre arri?ée à Londres et sur le rétablissement de votre sanlé. L'cccasion me presse. Je souhaite que vous ne vous repentiez pas de m'avoir renvoyé mon Norris. n reprendra la môme route au premier mot.

Je suis très fâchée que votre Hannah ne puisse être auprès de vous. Elle est encore très mal, quoique sans danger.

n me tarde beaucoup de savoir quel jugement vous aurez porté des femmes de votre maison. Si ce ne s>3nt pas des gens d'honneur, un déjeûner ?ous suffira pour les démasquer.

Je ne sais que vous dire sur Topinion qu'il leur a fait prendre de votre mariage. Ses raisons me paraissent plausibles, mais il aime les inventions et les expédions bizarres.

Soit que vous conceviez de l'estime ou non pour vos hôtesses ^ il bot prendre garde que votre noble iranchise ne vous en fasse des ennemis. Vous êtes dans le monde à présent ; songcz-y bien.

Je suis ravie que vous ayez eu la pensée de le prendre au mot, s'il vous eût renouvelé ses offres. Mon étonnement, c'est qu'il ne l'ait pas fait. Mais s'il diffère , et s*il ne le fait pas d'une manière que vous puissiez accepter, ne pensez point à demeurer plus long-temps avec lui.

Attendez-vous, ma chère, à présent qu'il a gagné du terrain, qu'il ne vous quittera, s'il le peut, ni jour ni nuit.

Je le regarderais avec horreur depuis le récit qu'il a fait de votre mariage, s'il n*y avait pas joint des circonstances qui vous laissent toujours le pouvoir de le tenir dans l'éloigncment. S*il s'échappait à la moindre familiarité... mais Tavis est superflu. Ce qui me porte à croire qu'il n'a pas d'autres vues que celles dont il fait profession , c*est qu'il doit être persuadé que sa fable augmentera voire vigilance.

Reposez-vous sur le som avec lequel j'examinerai le sceau de vos lettres. S*il eàl capable, comme vous dites, d*une bassesse sur ce point, il le sera de toutes les autres. Mais il est impossible qu'il ne soit qu'un infâme pour une personne de votre mérite, do votre naissance et de votre vertu. On ne lui reproche point d'être un iou. Son intérêt, du c5té de sa propre famille comme du vôtre, l'oblige d*êire honnête. Piûiau ciel, néanmoins, que votre mariage fût célébré. C'est lu plus ardent de mes souhaits.

ÂMMB HOWB.

LETTRE eu.

■OB CUBOBB BABLOVB; ▲ lOSS BOWB.

Jeudi, à huit lioores du matiOL

Mon chagrin ne fait qu'augmenter contre M. Lovelace, lorsque je considère avec quelle hardiesse il se flatte que je servirai comme de lérooin passif pour confirmer la vérité de son odieuse fable. Il se trompe s'il la croit propre à m'inspirer plus do goût pour lui , à moins qu'il n'ait en vue, comme je le reconnaîtrai facilement, de hâter mes résolutions en si faveur par l'embarras que j'aurai à soutenir le nouveau rôle qu'il veut m'imposer. il m'a déjà àdt demander l'état de ma santé par Dorcas^ et la

GLABI88B HAELOTB. Id

pennMon de m'entrelenir un moment dans la salle à manger ; appafommtui pour découvrir si je serai de bonne humeur à déjeuner. Mais f« répondu que devant le voir bieniôt, je la priais de modérer celte imptlioiioe.

▲ dâxbtm.

Je me suis efforcée» en descendant, do composer mon visage et de prendre un oir plus libre que je n*ai le cœur. La veuve et ses deux nièces m'ont reçue avec les plus grandes marques de dislinciion. Ces deux jeunes personnes ne maoqueni point d'agrément dans la figure; mais j'ai cru remarquer un peu de reserve dans leurs manières , tandis que !!• Lovelace en avait d'aussi aisées avec elles, que si leur connaissance eût été plus ancienne, et cela, je ne puis le désavouer, avec beaucoup de grAoe. C'est l'avantage de nos jeunes gens qui ont voyagé sur ceui qui ne sont pas sortis du royaume.

Dans la conversation qui a succédé au déjeûner, la veuve nous a vanté le mérite miLtaire du lieutenant-colonel, son mari; et pendant son discours elle a porté deux ou trois fois son mouchoir à ses yeux. Je voudrais, pour Tbonneur de la sincérité, qu'elle l'eût mouillé ce quelques larmes , parce qu'il m'a paru que c'était son intention ; mais je ne me suis point aperçue que ses yeux fussent humiles. Elle a prié le del que je n'eusse jamais à regretter un mari que j'aimasse autant qu'elle avait aimé son cher colonel ; et le mouchoir a recommencé son oftice.

On ne saurait douter qu'il ne soit fort affligeant pour une femme de perdre un bon mari et de demeurer, sans y avoir contribué par sa faate, dans une situation difficile qui l'expose aux insultes des Ames basses et ingrates. C'est le cas oîi la veuve s'ebt représentée après la mort du sien; et je n*ai pu me défendre d*être attendrie en sa faveur.

Vous savez, ma chère, que j'ai le cœur libre et ouvert, et que naturellement ma coutenance l'est aussi ; du moins c*est un compliment qu'on m'a toujours fait. Lorsque je me sens du goût pour quelque personne de mon sexe, je mo livre sans réserve, j*encourag<) les ouvertures mutuelles et je prends plaisir à dissiper les défiances. Mais avec les deux nièces, je sens que je n'aurai jamais de familiarité intime , sans que je puisse dire pourquoi. Si les circonstances, et tout ce qui s'est passé dans cet entretien, n'avaient combattu un léger soupçon, j'aurais cru volontiers que M. Lovelace les connaissait de plus loin qu'hier. J'ai remarqué plusieurs coups d'œil qu'il leur jetait à la dérobé^ , auxquels il m'a semblé qu'elles répondaient ; et je puis dire que leurs yeux, s'étant rencontrés avec lea miena, elles les ont baissés tout d'un coup, sans pouvoir soutenir mes observations.

La veuve m'adressait tous ses discours, comme k madame Lovelace. Je le souffrais, mais impatiemment. Une fois, eUe m'a témoigné, avec plus de force que je n'en ai mis dans mes remerciemens, combien elle était surprise qu'il y eût quelque vœu , quelque raison asseï puissante sur un couple si charmant, comme elle nous appellait lui et moi, pour nous obl^ ger de fair§ lit à part.

Les yeux des deux nièces, dans cette occasion, m'ont fait baisser les miens à mon tour. Cependant mon cœur ne se reprochait rien. Suis-je donc certaine, en y pensant mieux, qu'il n'y a point eu de témérité dans ma censure î Je ne doute pas qu'il ne se trouve quantité de personnes

14 CLARISSE HARLOVB.

Téritablement mod<«(es, quf, par la rotigenr, dans une accusation fnfu* riease, ont eBcité les toupçuns^de ceux qui ne sont pas capables 4e «éistinguer eQiT.e la . oaaCusion qui suit le criflie, et ce nelile ressentiiMiiAi qm ctfHase le yieajd 4i'une )>aUe ifteie, à is eoMle pensée d'^éire f ng^» tm^ pablo du mal qu'on lui impute. Je me souviens d'avoir lu qu'un. ûmbmbi Romain, apsà» a«w triomphé d'une pariie du monde, dont il a tiré sod surnom, se voj'aut accusé d'une action vile, aima mieux souffcir le bannissement, soute pùdition qu'il avuit à redouter, s'il (ût été jngé coupable, que de vdir mettre pubtiquement son innocence en que lion. Croyo^- Y0U3, ma <9ière, que ce grand Scipion TAfricain ne rougit pas d'iti-' dignatioD, lorsqu'il eut appris qu'on osait facousert

Pendant )ue la veuve me témognait son admirable ^onnjBmeQt;* ■•'Lovdaco me regardait d'un air malicieux, pour dbservercommejft J0 prendrais ce dîscouf^. Ensuite, H a prié les irols dames do rcnvirque^ que soR respect pour ma volenté, «n nie nommant sa chère âme, avdù^ plus de pouvoir sur lui que le serment par lequel il â'était engagé.

le n'ai pa m'tmpêcher de Tôpondre, avec ausâ peu de ménagemens poar la veuve que pour lui, qu'it éuJt lort étrange pour moi, d'entendre mettre ansernteut un second rang, quelque soi le ûe motif qu'on pût donnçsr au premier. Mon obseivatiun était jaste, a dit miss tUartin; ei Tienne. ponvaH excuser la violation d'nn sermei.t, quel qu'en (<lt C'tie4e mottf.

jlVii demandé'qu.etle était l'église la plus pioche, et j'ai marqué du regret d'avoir -été trop long-temps «ans assstcr au-service divin. On m'a nqmmé T^glisc de Saint-James, celte de S.iiotc-Âr.ne, et un 3 autre doo^ Blopmb'irj. les deux nièces ont ajouté qu'elle^ allaient sojvcQt a Saint- James, parce-qiierabseuibl^jr était bdle, et les prédicateurs exce1Iens« M. Loveiace a dit que b chapelle royale était rcgiisp. Je lui al demandé si la présence d'un poi visible ne diminuart pas l'ailention qu'on devait au mutire invisible desro:s? H croyait, m'a-t-Hdit qu*il|:ouvaitptj^ duire cet ef.et, sur ceux que la cnrio^iiélje voir la famille royale an^ naH h la chapelle^ Mais, parmi les antres il y avait vu autant dévisages contrits que dans tome autre église; et pourquoi nont les courtisanset leii voisins de la conr jot'ont-.ls fias autant de souillures li laver que les entres tiomme^

Ce dihcours in*a paru prononcé d*un air pcn d^ent. le n'ai pu nf em-* pêcher 4e répondre que personne ne doutait qu^il ne sût choisir pm&itcment sa compagnie.

«-Votre serviieuri mademoiselle. H ne nf'apas Taîtd'autre réplique^ Mai» selpurnant vers la veuve et ses nièces : Lorsque nous nous cuQoaltJKvns ! nfieux, mc-sdames , vous aurez souvent l'occasijo d'Observer que jova chère âme ne m'épargne point sur cet article. Je Tadmire autant toxi» ses reproches que je feuis passionné pour ^n approbation.

Illiss ilorton a n marqué que dhaque Chose avait son temps^ niials qa'dle étah persuadée qu un badinage innocent convenait extcêmemeolà la Jeunesse.

le pense de mtme, « continué mîss'MarGn.; ei^dktpear dit fert bjton « que la jeunesêeeH le prifOempê 4e la eîe, la fleur ie$ asn^ei^. » BQe a prononcé ce vers d'un ton tiiéâtral.. Elle .ne pouvait cacher, a-t-«l|e ' ajtMité, qtl^le admirait dans mon mari cette vivacité charmante 1 (|xii 6*accordait si Jfiep avac f âf e que la Djgure annonçait.

U . luviitee lii a lit une pio&;>n(le féréçence. Il est passionné pour to

CUBISSE DARLOVS. |5

ICRfapges.: plus Jalopx i Jo mMmagîno, de les obtenir que djB les mériter. Gepeodant il roérite assez leslouaoges de celte espèct). Tous saves quHI a for aisé» et la yuix agré^ible. Ce çomptiment lui a dilaté le casur;H 8'9t ttûa a chantier les vers suivanSi qd sont, nèiis a-t-il dit^ de Qo^ giira:

fJLa jeunesse apporte qiille plaisirs , qui sTenvdeni lu l'approche de la inriliesse ; des duuceurs charmantes» qui naissent en foule dans le eeitt dafiqntcii^ et gui.mefirenl dans les froids embrassemens de Phiver.»

tas nièc^^ aui^quelles il en U fait rapptication, 'f\tat payé de sa pofi^ te^Q^ en le pre^ç^ni de recommencer; et sa complaisance les afliéB da» ' mt foémo J9»

Pu a p«^Ié de repas et d*alimens La renve m*a offert très drileaiclit •' de se confoimer h loulés mes volonlës. Je lui ai dit que j*étais facile % coptentcr ; mie mon iodinat'oo me portait souvent à dfner seule, etdfoa '' morceau qu <3n m'enverrait de chaque plat. Mais il ^t îavtâle ide ^ottt aiUretenir de c^ bagatelles.

Slles m'auront trouvée fort singulière. Gomme je «a les alfas goaiêos pour changer de réiolution en leur faremr, fidéa -qn'dlea pu, prendre du moi m*a causé peu dlnquiéiude; d*aiftant moins qae !!• £o?eIdce m'avait mise de fort mauvaise humeur contre, lut. QsppiK dant dies m'ont exhortée h me tenir en garde eonin» la mManeotle. la leur al répondu que je sera's fort l plaindre, si je ne pouvais vivve n^-mépie. Al. Lovclaco a dit qu'A fallait leur apprendte mon toiret et qu'elles sauraient alors comment elles pouvaient entrer mea vues ; et s'adrcssani à moi :— Cependant, ma chère, an nom del'i que vous avez pour moi, m'a-l-ii dit avec son air de confiatjce , dopoaa > le moins d'actèi qu'il vous sera possible h la mélattocd<e. Il a'y a q^a ' votre douceur naturelle, et vos hautes idées d'an respect asaez mai plaoé» qui puissent vous jeter dans le trouble où vous êtes. Ne vous Hchaz fas^ mon cher amour, a-t-il ajouté, en remarquant « aaas doala, que ca Jaa^ gage me déplaisait ; et sais'ssaht ma main, il md l'a baisée.

Je Tai laissé avec les dames, ^ je me sois xetkée éaaB mon aabiatt pour TOUS écrire. On m*interrompt à œ momeal4ie aa ^ari. 11^ amip* tar à dieral ; il me demandeia permiasioa de fceadce mfs apdias. la quitte ma plume pour descendre dans 4a saHe k tamagpr»

Je fai trouvé assez bien dans son habit de campagne*

n a vouhi savoir quel jugement je portais des femmes >de la Je lui ai dit que je n'avais jpas de r^rooha coasidécabla ii mais que ma biiuation ne devant pas ma denner d'eaipsesaeniaiit fottr lea nouvelles contiuiasaoces, l'en aurais peu pour leur société» al

lajpdais pariiculicrement de me seconder dans le dé» que j'avais d» déje&oer et de souper seule. Il m'a répondu que si tétait ma aésalulîta^ je ne devais pas douter qu^elle ne fût «xécatée : que me^hôèeÊenê lÂ^ tait pas des personnes assez importantes peur mériiar da grando dans les points où ma salisfaciion serait intéreBséo,at'qae, pour je prisse do dégoût pour elles en les connaissant mieux, il espérait que je ne balancerais ^as à choisir im filtre Wge^ent.

Il m*a témoigné, pat des expressions fort vives, le regret qu'il avait de me quitter. Ce n*etiit i^pÉa^oua m soMMilamàjnes ordres. Il lui au* rm$>éliémim^i«^09^U^^ s'jxéaoudre pendant «pe .le complot^

16 CLAMS8I BkKLOfM.

mon frère SQhsisttiC encore» si je n*aTai9 eu la bonté de confirnier» da moins par mon silence, le récit qu*il avait fait de notre mariage. Cette idée avait attaché si fortement toute la maison à ses intérêts, quil partait arec autant de satisfaction que de conflance. Il se flattait qu'à son retour je fixerais le jour de son bonheur ; d'autant plus que je dévais être convaincue, par terapport démon frère, qu'il ne restait aucun espoir de réconciliation.

Je lui ai dit que je pourais écrire à mon oncle Harlove ; qu'il m'aràît aimée; qu'une explication directe me rendrait plus tranquille ; que je méditais quelques propositions, par rapport k la terre de mon grandpère, qui m'attireraient peut-être l'attention de ma famille, et que j'espérais que son absence serait assez longue pour me donner le temps d'écrire et de recevoir une réponse.

Il me demandait pardon, m'a-t-il dit; mais c'était une promesse à laquelle il ne pouvait s'engager. Son dessein était de prendre des informations sur les mouvemens de Singleton et de mon frère. S'il ne voyait aucun sujet de crainte après son retour, il se rendrait directement dans le Berkshire d'où il se promettait d'amener miss Charlotte Monlaigu, qui m'engagerait peut-être à lui nommer l'heureux jour plus tôt que je n'y paraissais disposée. Je l'ai assuré que je regarderais la compagnie de sa cousine comme une grande faveur. En elfet, cette proposition m'a lait d'autant plus de plaisir qu'elle est venue de lui-même.

Il m'a pressée d'accepter un billet de banque. Je l'ai refusé. Alors il m'a irffert son valet de chambre pendant son absence, afin que s'il arrivait quelque chose d'extraordinaire, j'aie sur-le-champ quelqu'un à lui dépêcher. Je n'ai pas fait difficulté d'y consentir.

Il a pris congé de moi, de l'air le plus respectueux, en se contentant de me baiser la main. J'ai trouvé sur ma table son billet de banque, qu'il avait laissé sans que je m*en iK>is aperçue. Soyez sûre qu'il lui sera remis à son retour.

Je suis à présent beaucoup mieux disposée que je ne l'étab en sa faveur. Lorsque les défiances ont commencé à se diseiiper, un esprit capable de quelque générosité se porte de lui-même, par une espèce de réparation, à juger avantageusement de tout ce qui peut recevoir une explication âivorable. l'oteerve surtout avec plaisir que s'il parle des dames de sa famille avec la liberté que donne le droit du sang, ce n'est jamais néanmoins sans quelque marque de tendresse. Il me semble que les sentimens d'un homme pour ses parentes peuvent donner à une femme quelque raison d'espérer de lui des manières obligeantes après le mariage, lorsqu'elle est résolue d'apporter tous ses soins à les mériter. Ainsi, ma chère, je me vois au point d'être assez contente de lui; d'oilt je crois pouvoir conclure qu'il n'est pas naturellement d'un mauvais caractère. Telles sont du moins mes réflexions. Puissiez-vous» ma chère, ètffo tottjourâ heureuse dans les vôtres l

CiAiiftffB HaiLOvi»

LETTBB CLD.

B. LOVILACI, A ■•

Te peindni-je Pair noMe, l'air serein et le port charmant de ma déesse en descendant vers la compagnie qui l'attendait T Son approche

CLABISSB HABLOVB. 17

imposait le respect aux yeux , le silence aux lèvres tremblantes, et le mouyemenl aux genoux, pour se plier d'eux-mômes; tandis qu'armée du sentiment de son mériie et de sa supériorité, elle s'avançait comme une raine au milieu de ses vassaux, sans fierté néanmoins et sans iiauteur, comme si la dignité lui était naturelle, et les grâces une habitude. »

Il observe la jalousie de Sally Martin et de Polly Ilorton, en voyant son respect pour miss Clarisse. Ces deux filles ayant reçu une éducation trop relevée pour leur fortune, et s*étant livrées au goût du plaisir, étaient devenues facilement la proie de ses artifices. Elles s'étaient asso* ciées depuis quelque temps avec madame Sinclair, pour aitendre l'occasion de se faire des amans, et, suivant la remarqua) do M. Lovelace, elles n'avaient point encore effacé dans leur cœur ce sentiment do distinction, qui fait qu'une femme piéfère un homme à un autre.

« Qu'il est difficile, dit-il, de faire souscrire une femme h une préférence qui la blesse, quelque juste qu'elle puisse être, surtout lorsque l'amour y est inlérosté! Cette petite enragée do Sally a Tinsolence de se comparer à un ange, en confessant néanmoins que c'est un ange. —Gardez-vous, m'a-t-elle dit, je vous en avertis, monsieur Lovelace, de vous livrer devant moi à vos transports exiravagans de tendresse pour cette fière et sombre beauté : je ne le soutiendrais pas. Ensuite, elle n'a pas manqué de me rappeler ses premiers sacrifices. Quel bruit ce sexe fait pour moins que rien I Olons les agrémens de l'inipigue, dis- moi, je te prie, Belford, ce que les femmes ont de si merveilleux pour nous.

» Mais tu serais surpris toi-même des efforts que ces deux créatures font pour m'animcr. Une femme tombée, cher Belford, devient plus diable que le plus méchant d'entre nous. Elle est au dessus des remords. C*est où je ne suis point, et je t*a^sure qu'elle ne parviendront jamais, quoique aidées de tout le pouvoir infernal, à me faire traiter cette admirable fille avec indignité; autant du moins que Tindignité peut être distinguée des épreuves, qui m'apprendront si c'est une femme ou un ange.

9 Je ne suis qu'un poltron, si j'en crois ces deux coquines. Je l'aurais déjà si je le voulais. Si je la traitais comme un composé de chair et de sang, je la trouverais telle en effet. Elles m*avaient cru bien instruit , si quelqu'un l'est au monde, que faire une déesse d'une femme, c'est être sûr qu'elle prendra les airs d'une déesse; que lui donner du pouvoir, c'est Tautoriser à l'employer sur celui qui le donne, si l'abus no va pas plus loin; et Ton m'a cité la femme de notre ami, qui tient, comme tu sais, le plus complaisant des maris dans une respectueuse distance, et qui fait les yeux doux à un brutal de laquais. Je me suis vivement emporté contre tous ces blasphèmes. Je leur ai dit qu'elles me feraient haïr leur maison, et prendre le parti d'en retirer ma charmante. Sur ma foi, Belford, je commence à me repentir de l'y avoir amenée. 11 est vrai que, sans connaître le fond de leur cœur, elle est déjà résolue d'avoir avec éDes aussi peu de commerce qu'elle pourra. Jo n'en suis pas fâché; car k jalousie n'échappe guère aux yeux d'une femme, et Sally n'a pas le màndre empire sur elle-même. »

18 CLAniSSE HAaLOV£«

LETTRE CLBL

jnv CUUS6B MàfllOfO^ A M» ADini.

il. Lordace est déj5i reyenii. Il apporte lecooipbt do taon frèrfi {lonr pEéteite; mais jo ne puis prendre une si couiie absence que pour unfi mwaière d'éluder sa promesse, surtout aprèi le soin qu'il avait eu dç se pnéimilionner ici, el n'ignorant pas que je m'étais proposée de garder soigneusement ma chambre. Je ne puis supporter d*étre jouée. Taj insisté, avec beaucoup de mécontentement^ 6ur son dépari pour Berl^ schirc, et sur la parole qu'il m'avait jdonnée de j>roposer le vojrage di (cadres à sa cousine.

— 0 ma chère vie! m'a-t-il répondu, pourqnoi me vouloir bannir de votre piésonce? Il m'iSt impossible do m'éloigner aussi long-iemps que vott> scmbiez le désirer. Je ne me suis pas écarté de la ville depuis que je FOUS ai quittée. Je n'ai pas été plus loin qu*Edgwdre, et mes justes cra'mies, dans une crise si pressante, ne m'ont pas permis de m'y arrêter djeuj heures- Vous représentez-vous ce qui se passe dans un esprit alarmé, qui tremble pour tout ce qu'il a de cher et de précieux au monde? Vous m'avez parlé d'écrire à votre oncle. Pourquoi prendre une peine inutile ? Ai tendez jusque après Theurouse cérémonie, qui m'autorisera sans doute h donner du poids à vos demandes. Aussitôt que votre famille sera informée do notre mariage, tous les complots de votre frèra s'évanouiront, et votre père, voiro mèie, fos oncles, ne penseront plus qu'il se réconcilier avec vous. A quoi tient-il donc que vous ne mettiez le^ccau à mon bonheur? Quelle raison, encore une fois, avcz-vous de me bannir de voire présence? Si je vous ai jetée dans quelque embarras, pourquoi ne pas nVaccorder la satisfaction do vous en tirer avec honneur t

Il est demeuré en silence. La voix m'a manqué pour seconder le penchant quo je nio sentais à lui faire quelque réponse qui ne parût pas cejeier tout à fait une si arJentc piière.

— Jo vais vous dire, a-i-il repris, quel est mon dessein, si vous Yapprouvez. J'irai sur-le-champ fjire la ruvue de toutes les plus belles places et des plus belles rue^, et je reviendrai vous apprendre si j y ai irouvi quoique maison qui nous convienne* Jo prendrai celle que vous Cboi^ siccz ; je me hdierai de la meubler, et je lèver4d un équipage coAforma ^ ikotre condition. Vous dirigerez tout» Ensuite^ ayez ia bonté de fixer un jour, soii avant, suit après notre établisscmt^nt, pour me rendra te plus heureux de tous l!s hommes. Que manquera -t-il alors & notrti situation? Vous lecevnzdans votre propre liaison, ei jo puis la m^ublçr ajussi prompte ment que jo le désine, les félicitaiioos do tous mes piirens. Uiss Charlotte se rendra auprès de vous dans l'intervalle. Si Taffaitis des meubles prend trop de temps, vous cboL»ircz dans ma famille qui vous voudresB honorer de votre compagnie, en premier, en second, en troistèfna rang, pendant les premiers mois de la bello saison. A votre relour, vdU3 trouverez tout arrangé dans votre nouvelle demeure; et nous n'aurons plus autour do nous qu'une chaîne continuelle do plaisirs. Ah I chère Clarisse, prcncz-uioi pi es de vous, au lieu de mo condamner au bannissement, et f jdioi que jo sois à vous pour toujours.

fmm Toyev, ma chère, que les iostanoes ne tombaieiit ^ id eor mi r fixe» Je n'en ai pas éie fâchée, ei j*eri ai neprià plus aisément iiMtf C*^pendant je ne lut ai pas donné sujet de se piaindre que j'enase' refu&é loffre de chercher unj maison.

U est sorti dans cette rue; mais j'apprends qu'il se propose de pasiser ici la nuit ; et s*il y passe celle-ci, je dois m'atiendre que lorsqu'il far* quelque a jour à la ville, il y passera toutes les auires.. Curoma les poHeeailes fenèires de mon apparienitnt sont à l'épreuve; qu'il ne m*a dooaé jusqu'è présent aucun sujei de défiance; qu'il a le prétexte du eomplol' de fliaQ frèro; que les gens de la maison sout fort obligea na et fort ciyib, particui èrement mi:is liorion, qui parait avoir conçu beaucoup do goût' pour moi, et qui a pius de douceur que miss Martin dans l'bameur et dans les manièies; cnÛn, commo tout a pris une apparence supportable» je m'imagine que je ne pourrais insister sur sa piomesse sans un air excessif daff du lion, et $«4ns m'engager dans de nouveaux débats ai«c uo hum me qui no m .nque j imais de raisous pour justiiief ses Yolootés, Ainsi» je crois que j ) ue prendrai pas connaissance du dessein qu'il a d» sa Ic^'r ic^, s'il ne m'en parle pas lui-même,

|iar4Uoz-nui, uu ciière , ce que vous pensez de chaque article* Vous

VQU» filoutez bien que je lui ai reudu sou billet de banque au moment de

990 arrivée.

Tendredi, «a soir.

U 0 TU (rois ou quatre maisons, dont aucune ne lui a plu; mais on lui a parlé d'u lo aune, qui promet quelque chose, dit-ii, et dont il aem miauxiiifuimé deniaiu*

8âni0d}, à Bidl.

DttpHs des informations ; it a môme déj^ yn la maison dont on lui a parte Mer acsofr. La propiioiaire est une jeune veuve qui est incon::ûlable de la mort de son mari. E le se nomme madame Preicheviil. Les meubles sont du mciletir goût, n*éiunl faits que depuis six mois. Si je ne les trouve pas à m>)ii gré, ils peuvent êire loués pour quelque temps avec la maison. Mais ^i jVn suis satisfaite, on peut louer la maison, et foire marché sur-le-champ pour acheter les meubles.

La dame no vdii p^isoinc. On n*a pas même la liberté de visiter les plus beaux apparu mjud d en haut, jusqu'à ce qu'elle les ait quittés peur se rendre dans une de ses terres, où elle se propose de vivre retirée» Kle pense à paiiir dans quinza jours ou dans trois semaines au plus tard.

lA salon et deux pièces d'en bas, qui sont la seule partie de la maison qu'on ait fait voir k U. Lovelacc, sont d'une parfaite élégance. On lui a ; dit que tout le reak) y répond. Les offices sont cotu modes; les remises et récurie fort bien situées. Il sera fort impatient, dit-d, jusqu'au moment oit j'en pourrai jug r m«>i-roème; et s*il ne se présente rien d*ailleur^ qui me pi lise plub que son récit, il ne fera point d'autres recherches* Pour le piix, c'est à quoi il ne s'arrête point.

Il Tient de recevo r une lettre de milady Lawrance, qui regarde pna^ clément quvl lues alfaires qu'elle soUicue à la ohancelietie ; mais ell» nelaiiftie pa^» d'y parler de moi dans dea termes fort obligeans. Toute 1* lamiflc, dit-elc, attend l'h 'ureux jour avec une impatience égale. Il en a inis gcçiMuia d4 «lu due qu U se flattait que leurs désirs et les sieu

^ CLABI88B BAaLOVB.

seraient bientôt remplis; mais, quoique le moment fût si favorable» il ne m*a pas pressée pour le jour. C'est ce que je trouve d*auuint plus eitraordinaire, qu'avant notre arrivée à Londres il marquait un extrême empressement pour la céiébraiioa.

Il m'a demandé en grftce de lui accorder ma compagnie, à lui et à quatre de ses meilleurs amis, pour une petite coUauon qu'il doit lenr ionner ici , lundi prochain. Miss Martin et miss Horion n'en pourront pas être , parce qu'elles sont engagées d'im auire côté , pour une fête annuelle, avec les deux filles du colonel Solcombe et deux nièces du chevalier Holmes; mais il aura madame Sinclair, qui lui a fait espérer d'avoir miss Pariinglon , jeune demoiselle d*un mérite et d*une fortune distingués , dont il paraît que le colonel Sinclair a été le tuteur jusqu'à sa mort , et qui donne , par cette raison , le nom de maman à madame Sinclair.

Je l'ai prié de m'en dispenser. 11 m'a mise , lui ai-je dit, dans la désagréable nécessité de passer pour une personne mariée ; et je voudrais voir aussi peu de gens qu'il me sera possible, qui aient de moi cette opinion. Il m*a répoudu qu'il se garderait bien de md presser, si j*y avais trop de répugnance ; mais que c'était effectivement ses meilleurs amis , des gens de mérite et bien établis dans le monde, qui mouraient d*envie de me voir ; qu'à la vérité ils croyaient noire mariage réel , comme son ami Doleman , mais avec les reairictions qu'il avait expliquées à madame Sinclair , et que je pouvais compter d'ailleurs que sa politesse serait portée devant eux jusqu'au plus proiond respect.

Lorsqu'il s'est rempli de quelque chose , on n'a pas peu d'embarras , comme je voui l'ai dit, à lui faire abandonner son idée. Cependant je ne veux pas être donnée en spectacle , si je puis l'empêcher , surtout à des gens dont le caractère et les principes me sont très suspects. Adieu, ma très chère amie y objet presque unique de mes tendres affections.

Claeissb Harlovk.

Page 1