LETTRE CUV
H. LOVEULCB^ ▲ H. BELPORIX
Mowbray, Tourville et Belton brûlent de voir ma déesse et seront de la partie. Elle m'a refusé ; mais je t'assure qu'elle ne laissera pas d'en être. Tu auras le plaisir de voir l'orgueil et la gloire des Hariove , mes ennemis implacables , et tu applaudiras à mon triomphe.
Si je puis vous procurer cet honneur, vous rirez tous quatre, comme j*ai souvent peine à m*en empêcher , de l'air furiiain que vous verrez ' prendre à la Sinclair. Il ne sortira pas de ses lèvres une ordure ni un mot équivoque. Elle se compose devant ma belle. Tous ses traits se resserrent , et son gros visage devient un vrai théfttre de minauderies. Sa voix , qui est un tonnerre quand il lui platt , se fond en uu petit murmure doucereux. Ses jarrets , d*une roidetir qui ne leur a pas permis , depuis dix ans, de se plier à la civihté, deviennent souples pour faire une révérence à chaque parole; elle tient ses gros bras croisés devant elle » et ce n'est pas sans peine qu^on parvient à la faire asseoir en présence de la déesse.
Je m'occupe à vous dresser à Ions des instriietions pour lundi. Toi ,
CLàKISSB HABLOVB. Si
qui te piques d'entendre uo peu le cérémonial, et qui as des prétentions à la prudence , je l'abandonne le soin de contenir les trois autres.
Sinaedi, aa soir.
Nous venons d'avoir une alarme épouvantable. Au secours ! monsieur^ 8*est écrié Dorcas en descendant de chez sa maîtresse ; madame est résolue d'aller demain à l'église. J'étais à jouer en bas a?ec les femmes.— A l'église ! ai-je dit ; et j'ai posé mes cartes sur la table. — A l'église l ont répété mes compagnes , en jetant un regard l'une sur l'autre. Notre partie est demeurée là pour ce soir. Qui se serait attendu à ce caprice? Sans avisl sans la moindre question ! Avant l'arrivée de ses habits 1 sans avoir demandé ma permission... Il est impossible qu'elle pense à devenir ma femme ! Quoi I cette belle personne ne considère donc pas qu'aller à l'église, c'est me mettre dans la nécessité d'y aller aussi I Cependant, ne pas demander que je sorte avec elle , lorsqu'elle est persuadée que Singleton et son frère sont aux aguets pour l'enlever : facile à reconnaître par ses habits, par sa taille , par ses traits , qui n'ont rien d'égal dans toute l'Angleterre I A l'église encore , plutôt que dans tout autre lien t Cette fille a-t-elle le diable au corps? C'est le blasphème qui m'est échappé après toutes ces réflexions.
Mais remettons cette affaire à demain. Je veux te donner aujourd'hui les instructions que j'ai méditées pour ta conduite et celle de tes camarades , dans l'assemblée de mardi.
« Instructioas pour Jean Belford, Richard Mawbray, Thomas Belton et Jacques Tourviile, écuyers du corps de leur général Robert Lovelace» le jours qu'ils seront admis à la présence de sa déesse :
Il leur donne plaisamment divers ordres, entre lesquels il leur commande en particulier d'éviter toutes sortes d'expressions libres, et jusqu'aux termes équivoques.
« Vous savez , leur dit-il , que je ne vous ai jamais permis d'obscénité dans le langage. Il en sera temps lorsque nous deviendrons vieux , et que nous ne serons capables que de parler. Quoi t vous ai-je répété souvent , ne pouvez-vous toucher le cœur d'une femme sans blesser ses oreilles T
» Il est inutile de vous avertir que votre respect pour moi doit ôtre extrême. Le serment de fidélité tous y oblige. El qui peut me voir sans me respecter ?
Il las instruit de leur rôle, à l'égard de miss Partington, et du caractère
emprunté qu'elle doit soutenir.
» Vous la connaissez? dit-il. Avec des yeux innocens, personne n'a plus de finesse et de manège. N'oubliez pas surtout que ma belle ne porte pas d'autre nom que le mien, et aue la tante se nomme Sinclair, veuve d'un lieutenant-colonel. »
n leur donne quantité d'autres avis bizarresi auxquels il ajoute pour
conclusion:
€ Gette chère personne est prodigieusement éclairée dans tout ce qui appartient à la théorie : mais vous comprenez qu'à son âge c'est une véritable novice pour les choses de pratique. Malgré toutes ses lectures t f caa dire que jusqu'au moment qu'elle m'a connu elle ne s'était pas ima*
tt CUIUS8B uABuawn*
giné qu'il y eût ou monde des gens do notre espèce. Quel plaisir n.*w^ rai-je pas d'observer son étonnemeut, lorsquVUo se verra dans une compagnie si nouvelle, et qu'elle me trouvera le plus (oli des cinq convives?»
Ces inslruciions Bufûsent. Il me semble à présent que tu es curieux ^ «avoir quelles peuvent être mes vues , en risquant de déplaire k na IieUe y et de lui inspirer des craintes après trois ou quatre jours de pai& et decoufience. Ilfaul satisfaire ta curiosité.
J'aurai coin de ménager aux deux nièces la visite imprévue de quel* g^as femmes de province qui rempliront la maison. Les lits seront rares. Iliss Partingion , qui se sera fait connaître pour une fille douce et modeste, el qui aura marqué un guût prodigieux pour ma charmante» t^ moignera beaucoup d*envie de commencer av<>c elle une liaison d'amiiié« On dera long-temps à table. Elle lui demandera la moiiié de eou Ut pour uae nuit seulement. Qui sait si celte nuit môme je ne serai pas afiset heureux pour me rendre capable d'une mortelle offense? Les oiseaux lèi plus sauvages se laissent prendre en dormant. Si ma charmante s'oflenae assez pour vouloir me fuir, ne puis-je pas l'ariêter malgré elle? Si ma charmante m'édiappe en effet , ne serai-je pas le muîire de la ramener par autorité civile ou incivile^ lorsque j'aurai preuves sur preuves qu'elle a reconnu , quoique tacitement, noire mariage? Et, soit que {e réussisse ou non, si j'obtiens du moins qu'elle me paruonne, si sa lussor se borne aux plaintes , et si je m'aperçois seulement qu'elle puisse soutenir ma vue, ne suis-je pas sûr qu'elle est tout à fait a moi ? Ma charmaate est la délicatesse même. Je suis impaiieni de voir comment une
Sarsonne si délicate se conduira daus l'une ou l'autre de ces suppoai* ons : et tu conviendras que, dans la situation où je me trouve ^ il est juste que je me précautionne contre toutes séries d*accidens. Je coudais vmiguUle que j'ai à retenir, et combien il est h craindre qu elle n'échappe entre mes doigts. De quel air niais ouvrirais-je la bouche et les yeux si je la voyais sauter de mes mains dans sa rivière bourbeuse ; je veux dire Ihtns sa famille, d'où j'ai eu tant de peine à la tirer !
Voyons, lais3e-moi compter combien j'aurai de pei^onnos, après la mtil dtt lundi , qui sont en état de jurer qu'elle a porté mon nom , qu'elles répondu à mon nom , et qu'elle n'a point eu d'autres vues, en quittsnC ses amis, que de prendre sérieusement mon nom, sans que sa propre Ûk DliHe puisse le désavouer? Premièrement je puis faire fond sur tous mes fens, sur la servante Dorcas, sur madame Sinclair, ses deux nttœs^ miss Partingion.
Usis comme tous ces témoins pourraient être suspects, voici le poisi capital : « Quatre dignes officiers , nobles de personne et d*origine, incités tel jour à une coUaiion par Robert Lovelacede Sandon-HaUjécuyer, fax compagnie de Madelaine de Sinclair^ veuve, de Priscille Pdrtiqgton , mie nubile^ et de la dame complaignante, déposent que ledit Robert Lo^ velace s'est adressé plusieurs fois à ladite dame comme à sa femms ) qu'ils se sont adressa à elle, eux et d'autres, en qualité de madame Lo* fdsce , chacun lui faisant des complimeas ei dkb ttUcitsitoM sur tOk mariage ; que ces compUmens et ces féticilations , elle les a reçus sans HHtrss marques de déplaisir et de répugnance que celles qui soni Afdiusires aux ^-unss mariées » c'est-Mire avec un peu de rougeur tl 4'ar ffteHs poof usiQii, qn'oajiouvaÂt attribuer à l'embarras naturel daas cfP ^isiOQsIsscMi BeiiUd'€s^parteiiieBt>Bdifert^fMatdsjGévi^
iirtfl.TriMagwes*4» qgtf j^aiOi amcoé ici cette chars personne poaf n'en tÉRT ancK» f ruil t V
¥oilà aite iaàkà» esfiÉBM û% mon plan. Âpplaiidissez«iiitt , esprits gnhalmmiw» et sectnaaiiBez Lfvretee poor votre matir&l
LETTRE GLV.
m LOTBCAtBy A K. BELFORD.
Dimanche, 90 «nfl.
J*ai été à rëglise, Belford. Apprends même que je m'y suis
omdiiît» Ma déesse est contente de moi. J*ai donné une eUeiltion IRvfinte «a sermom, et ['ai choaité de loule mes forces «vec lo etargè^jet les paroissiens. Mes yeux, ne se soiii pas trop égarés. Gomment aiita|e ea pme à fec» gouveitier, brsquïls avaient devant eux le plu» ckarmant •t^te'piuB aimable objet de ruoiireiB?
Chère créaiure i que de fcrv«ur, que de charmes dans s» piété ! Je Bii •à fuit avouer qn'eUe avait prié pour moi. En vérité, j*espèrQ que.les fnàres d'une si belle ftme ne serooi pas sans afkL
An fond* Belloid^ il y a quelque chose d'imposant dans le culte de la aeligion. Le dimanclie est une institution cliarmante pour sonteair la vefttt dan» les ouivce» vertueuses. Un jour sur sept ; que cette loi est oat* aonnable 1 Je crois quTà la fi» je serai capable d'aller une fois le jom^ à Féglise. Ma réformation- en ira plus vile. Voir une multitude d'honnèl^ geasquise réunissent dans* le m^me acte d'adoration , c'est TeKeroiee d^m être qoi pense ei qui sent^ Cependant œtte idée ajoute qadquts peûitft à me» remonta» lersque je veux m'ocouper de mes pmijeis. Oe taHM foiy jp CDois que si j'allais oonstamment à} l'églifie , je potirrois^les alMadoener.
Il n'est venu de nouvelles» inventioM h la télé pendant le service divin ornais j'y venonce, parce qu'elles sent nées dans un si bo»lietu Exoriente Claffiese I Combien de: ruines n'a-t-elle pas prévenu on m-atlàehantà^elle, en remplissant toute mon attention 1
Hhis je veux- te raconter ce qui s^est passé enAne nousdanstma première vî9ite>du matins etije te ferai* ensuite une peinturo plus» exacte dema Banne oenduiKs eu l'église,-
La permission^ de le^vmv ne m?a point été acoordée avant huit heuras. Elle était préparée peur sortir. J'ai feint 4'ignonT son» inuimion ; etjflivais recommandé kDorcas de ne pas lui dire qu'elle m'en eût informée.
— Vous allez sortir, mademoiselle? lui ai -je dit d*UD air indifférent.
^•*^ui^ monsieni*; j'ai' dessein^ d*ailér à l'égiise.
•i^J^espère', mademoiselle , que' vous m'accorderes l'honneur dé* vous j^acctmipagneiL
— ^on. Bile alUiit prendre une dmise à' pouteutsr et se rendre à l*égfte TUiaiuew
CediseottrS'Hi'aTflitMssailTîr. Une chaise pour aller a réglîse voishiOt ttfdkermadame Sincfoîk»; dont le vrai nom u*esipas Sinclair; et peur ht-ntmenerà le vue detout fe^penple, qui ne doit pas avoir mie^ trop kameidtte* de la* maison; If n^ avait pa» moyen (fy consentir. Cepen» Atnf fsvaisàisoufienir mon» rdie' d'indifiérence^ Je lut ai dît que je mgarderais comme une ftitt^nr qulelle^oulût mer permettre éa prends un eunesae el^ de Piieoompegner it SainlrPbtil.
24 CLAniSSB HAILOVB. \
Elle m'a objecté rinconvcnance de mon habillement : elle m*a dit que r pour aller à Saint-Paul, elle pouvait prendre un carrosse et partir sans moi.
Je lui ai représenté ce qu'elle avait à craindre de Sîngleton et de son frère, et je lui ai offert de prendre le plus simple de mes habits. —Ne me refusez pas, lui ai-je dit, la faveur de vous accompagner. Il y a très long-temps que je n'ai été à l'église. Nous nous placerons dans différons bancs; et la première fois que j'y retournerai, ce sera , j'espère, pour acquérir des droits au plus grand bonheur que je puisse recevoir. Elle m'a fait quelques autres objections : mais enfla elle m'a permis de partir avec elle.
Je me suis placé à sa vue, pour trouver le temps moins ennuyeux ; car nous sommes arrivés de bonne heure, et je me suis si bien conduit, que je lui ai donné fort bonne opinion de moi.
Le sujet du sermon était assez particulier : c'était l'instruction d'un prophète ou la parabole d'une jeune brebis, enlevée par un homme riche à un pauvre qui l'aimait chèrement, et qui n'avait p&s d'autre plaisir au monde. Le prophète avait en vue d'inspirer du remords à David sur son adultère avec Beihsabée, femme d'Urie, et sur le meurtre de son mari. Ces femmes, Belfort, ont été de tout temps l'occasion d'une infinité de désordres. Enfin, lorsque le roi David eut juré dans son indignation (tu rois, mon ami, que le roi David jurait ; mais comment saurais-tu qui était le roi David sans l'histoire de la Bible?), aussitôt, dis-je qu'il eut juré de punir l'homme riche, le prophète, qui se nommait Nathan, honnête personnage et de fort bon esprit, s'écria dans ces termes, qui étaient ceux du texte : Cet homme, c^esi loi. Par ma foi, j'ai cru que le prédicateur jetait directement les yeux sur moi; et mes yeux se sont toturnés au môme moment sur ma jeune brebis. Mais je dois dire aussi que je me suis souvenu en même temps de mon bouton de rose ; après tout , sur ce point, me suis-je dit à moi-même, je vaux mieux que le roi David.
A notre retour, nous nous sommes entretenus du sermon. J'ai prouvé à ma charmante que j'avais été fort attentif, en lui rappelant les endroits où le prédicateur avait tiré le plus de parti de son sujet, et ceux qu'il aurait pu toucher avec plus d'avantage ; car l'histoire est réellement fort touchante, et je n'ai rien vu de mieux imaginé. J'ai fait ces réflexions d'un air si grave, que la satisfaction de la belle m'a paru croître déplus en plus, et je ne doute point qu'elle ne m'accorde» demain au soir, l'honneur de sa présence à ma collation.
IMmanehe, ta soir.
Nous avons dtné tous ensemble dans la salle à manger de madame Sinclair. Les deux nièces ont fort bien joué leur rôle, et madame Sinclair le sien. Je n'ai pas encore vu ma charmante si tranquille, c D'abord, m*a-t-elle dit, elle n'avait pas eu trop bonne idée de ces gens-là. Madame Sinclair lui avait semblé rebutante. Ses nièces étaient des jeunes personnes avec lesqueUes elle n'aurait pas souhaité de liaison. Mais réellement, il ne fallait pas être trop précipitée dans ses censures. Bien des gens gagnent h se faire conoatire. La veuve lui paraissait supportable. (C'est toute la laveur qu'elle lui fait.) Miss Martin et miss Hortou sont deux jeunes filles de fort bon sens, et qui ont beaucoup de lecture. Ce que miss Martin particulièrement a dit du mariage et de l'homme qui la recherche, était très soiide« Avec de tels phocipes, elle ne saurait faire une mauvaise
CLAU8SS HAELOVB. S5
femme. »} Remarque, en passant, que le très humble serviteur de Sally
• est un marchand de grande réputation, et qu'elle doit être bientôt mariée.
. J*ai fait à la belle une exquisse de ton caractère et de celui de mes trois autres écuyers, dans l'espérance d'exciter sa curiosité à tous voir lundi. Je lui ai dit le mal comme le bien ; autant pour m*exalter mol-même et préyenir toutes les surprises, que pour lui apprendre quelle sorte de personnages elle doit s'attendre à voir, si elle veut m'obliger. Par ses observations sur chacun de vous, je jirgerai des mesures que j'aurai à garder ponr obtenir ou conserver son estime. Je connaîtrai ce qui est de son goût et ce qui ne l'est pas. Ainsi, pendant qu'elle pénétrera vos têtes superficielles, j'entrerai dans son cœur, et j'y prendrai langue pour mes espérances.
La maison ne sera prête que dans trois semaines. Tout sera fini dans cet intervalle, ou je jouerai du plus grand malheur. Qui sait si trois jours ne feront pas l'afiaire? N'ai-je pas emporté le grand point, de la faire passer pour ma femme? et l'autre, qui n'est pas moindre, de me fixer ici, la nuit comme le jour? Jamais une femme m'est-elle échappée lorsque j'ai pu loger sous le même toit? Et la maison, n'est-ce rien que la maison? Et les gens : Wîil et Dorcas, qui sont à moi tous deux. Trois jours ai-je dit? bon 1 irois heures.
Je viens d'emporter mon troisième point, Belfort, quoique au grand mécontentement de la belle. On lui a présenté pour la première fois miss Parlington, qui s'est laissé engager pour demain, mais a condition que ma charmante serait de la partie. Quel moyen de refuser ? Une jeune
. personne si aimable secondée par mes ardentes prières.
Mon impatience, à présent, est d'avoir vos opinions sur ma conquête.
. Si vous aimez des traits et des yeux pleins de flammes, quoique le cœur soit de glace et qu'il n'ait point encore commencé à ^'amollir ; si vous aioaez un sens exquis et le plus séduisant langage qui coule entre des dents d'ivoire et des lèvres de corail ; un regard qui pénètre tout ; un son de voix qui est l'harmonie môme ; un air de noblesse mêlée d'une douceur qui ne peut être décrite; une politesse qui ne sera jamais surpassée,
, s'il est possible qu'il y en ait jamais d'égale : vous trouverez toutes ces
^ excellences, et cent fois plus dans mon Hélène.
Contemplez cette majestueuse création I C'est un temple sacré dans sa naissance, et bftii par des mains divines. Son âme est la divinité qui l'habite ; et l'édifice n'est pas indigne du Dieu. Ou si tu veux une description plus douce, dans le style de Rowe : «Elle offre tous les charmes des fleurs nouvellement écloses; une beauté sans tache, une fraîcheur vive et douce, que rien ne ternit encore; c'est l'image de la nature au premier printemps du monde. » Adieu, mes quatre suppôts. Je vous attends demain à six heures du
. aair«
LETTRE CLVL
mSS OAIISSB HAKLOVB, ▲ BOSS HOWB.
Loodi aa soir, Iw OMi.
' Je m'échappe , en ce moment, de la desagréable compagnie où je me •uis vue engagée contre mon inclination. Comme je prendrais peu de pbai-
% g^ABIMB BAELOTB.
air à me rappeler le détail de la conversation , contentcz-Tous de ce que jp pourrai r cueillir du souvenir qui me rest*» de la peinture que SI. 1#» ▼eldCJ nie fit hier de S6S quatre ami», et de quelques obeenrations^sur la spectacle auquel je viens heureusement de me dérober.
Les noms de^ quatre messieurs suirt : Belfon, Mimbny^ Tburfilfe ei Bellbrd, Uadame Sinclair, miss Partinglon, certe riche hériiSèn; éeirtpje vous ai parlé dans ma dernière lettre, M. Lovelac&et moi, faislon^lB xesie de la compagnie.
Je vous ai déià (ait le portrait de miss Parlîn^on du o6té fayorahtei sur le témoignage de madame Sinclair et de ses nièces. J'ajouterai qaetque» unes de mes propres remarques, sur b conduite qu'eue a tenue dais rassemblée.
En rieileore compagnie, peut-êfre auraît-éfle paru avec moms de* dëftavantage ; mais, malgré ses regards innocens, que M. Lovelace affecte de louer beaucoup, il n*esi pas f homme du monde au jugement duquel je me fierais le plus pour ce qtri regarde b véritable modestie. A Toceasion de qjuelques dL-cours qui n'étaient pas assez libres pour mériter une censure ouverte, mais qui ne laissaient pas de renfetmer quelque chose d'indécent pour des personnes bien élevées, j^ai observé que cette jeune demoiselle marquait d'abord une sorte d'embarras ; mais qu'ensuite, par un sourire ou par un coup d^œil , elle encourageait plutôt quelle ne paraissait condamner un grand nombre de libertés, qui sont absurdes si elles ne signl* fienl rien, ou qui doivent passer pour des grossièretés offensantes si elles refifernieni quelque sens, tl est vrai que j*ai connu plusieurs femmes dent j^ai meilleure opinion que de madame Sinclair, qui ne ftiisdienr pas de difficulté do passer aux hommis et de se pardonner à elles-mêmesdes libertés de cette nature. Mais je n*ai jamais conçu qu'une si grande faillie puisse s'accorder avec Thonnète pudeur, qui fait le caractère disfinctil do notre sexe. Si les paroles ne sont que le corps ou l'habit des pctoaées, fâme ne se fait-elle p:)S contiatire (ar cette enreloppe extérieure t
Pour les quatre amis de ST. Lovelace, je les crois gens de qualhé, giar lo dioit de leuts ancêtres ; mais je ne leur ai pas reconnu (Tauire appaseoce de n&blesse.
M. Belton a reçu son éducation à rUnivrrsîté, parce qif il était destiné pour la robe. Cette profession ne s'accordant point avec la vivacité desan naturel, la mort d*un oncfe,qui le rendit héritier d*un bien considéraMe, lui fit quitter le collège pour Tenir h la Tilte, oè il piit aussiidl lesrairs du grand monde. On assure qu'il est homme sensé, il se met fort Mcti, mais sans alfectation. 11 est grand buveur. II aime à Teiiler et s*e» Ait glaire. Il a la passion du jeu, qui a dérangé ses affienrrs. Son âge ne dépasse pas trente ans. Son visage est d'un rouge ardent, un peu taché et boutonné. Les irrégularités de sa Tie sensuelle paraissent la menaOer d'une courte durée ; car it est attaqué d*une toux sèche , qui ne mefV]ue pas des poumons fort sains; cependant, il affecte de rire lui-noéme, el de faire rire ses amis de ces menaçans sympiômes, qui devraient le reâAre plus sérieux.
M. Mowbray a beaucoup voyagé. Il parle plusieurs langues, comme M. Lovelace mSmé, maia arec moins de faeiHté. Il est de bonne maison; son êg& perilt de tresie-trois ou trente-quatre ans. 11 a la taille haute el J^ian priae^fes yeux vile «i le regard audacieux* Son front et 9a joue droite» uni défignaée'jai dota Ucgee Gicauloes. Il se matauâsi fort |^*
pMmeot. IlâlMijoiu» ses getu autour da lui, leB appelaotsans cesse et ias cbargeiini de quelque mettsage £ri?a!e» comme nous en avons eu une douataine d exemple:^ licndaut le peu de temps que j'ai passé dans Ta»- «MDhMe. Ils peruisseut observer, tour il tour» le lier mouvement de ses jeuft« pour eue pcêu à courir avant qu*iis ateut eniefidu la moitié de ses ordres; et j*ai cru remarquer qu'ils le servent en tr^mbUinl. C^peikdafti cei iioouue parait sup|»oriai»Le avec ses égaux. Il ue parle pas mal 4es apectacU'»el des amubeuiens publics, surtout de ceut des paya étrangea.MaiéiU quelque cbuse de romanesque dans! air et dans le langage; M souvent il assure, avec beaucoup de iorce, des choses qui n*out aucune vraisemblance. Il ne doute de rien, excepté de ce qu*il devrait votiez 0*eh1i-è-dire qu'il badine librement sur les choses saintes, et quil iait proCi^ssiou de bau* les prC^tres de toutes aortes de religions. Il a de bautca idées de Thunneur ; c'est un mot qui ne sort presque point de sa Jbeucbe ; mais il no parait pus qu'il respecte beaucoup les moeurs.
M. Tourville nou:> a (an, jj ue suis à quelle Owcasion, la grftcede nous apprendre sou Age. Il entre justement dans sa irenie-dtuxième année. Il e^t ausdi d*aiicicnue maison; mais, dans sa personne et dans jes manières, il a plus de ce qu*ou appelle petit- malire qu'aucun de ses compagnons* il est vélu richemenl. Il voudrait paraître hoiuiue de goût, dans le choix de tout eu qui sert à sa parure, mais j'y ai trouvé plus de .peelosiQn que d'élégance. On remarque sans peine, au so.n qu'il prend d0 aoD extérieur et à raiteniion qu*il exige pour ce qui le dislingue au defaocs, que lo dedans occupe peu son aiteniiun. M. Lovelace dit qu'il dansa partaiiemeni, qu il est grand musicien, et que le chant est une de tes priucipaU'S pertections. Ou Ta prié de chanter. Il a chanté quelques âîo ilaikus et fia< çaia; et, pour lui rendre justice, les paroles étaient fort décenus. Toute la compagnie a paru irè» satisfaite, mais ses plus griuida admirateurs ont été madame Sinclair, miss Parliugion et luinéoie. Pour moi^ jo lui ai trouvé beaucoup d^allectation.
La conversation et ks manièies de M. Tourville sont remplies, dans un ttcte iusttppunable» de ces grossières (>fteuses contre le bon sens de ootce aexc, auxquelles l'usage moderne a donné le nom de complimens, cHfiii patafeBt pour une maïque d'éducation, quoiqu'elles ne renferment m fond qu'un amas d'exagérations ridicules, propres seulement à faire «onBoStre la mauvaise fcji des hommes, et l'opiuioii désavantageuse qu'ils eni des femmes» Il affecte de môler dans ses disoouis des mots fronçais •t îlaAieDS, ci8(»uveat il répond en kaoçais à une question qu ou lui a laile •n anglais^ parce qu'il prelère cette langue, dit-il, au sitflifmentdesaoaliaii* Mais akm il ne manque point du donner le traduction de sa r^ potisQ, dans Todieuse langue de son pays, de peur apparemment, qfjL^mi Êm I» soupçpane de ne pus savoir ce qu'd d^t. il aime les uarcatiou8.1l fcuùA loueurs une hLuMre excellente, avant que de ia conunencer, mais il ne paraît pas qu'il s'embarrasse beaucoup de tenir parole. U eet fait mène qu'il adld jusqu'à U Un du récit, lorsqu'on a la patienc» de fiéoMilf r. Il ftkiietfieiiipft lid-méme par rni b grand nombre de ^mm- 'fliina ti de nouveaux ineidena, qu'il perd le 01 du son propre dilcousi, M qu'il demeure satiidait au milieu du chemin ; ou, »*il veut le reprends, il demande du secours à la compagmie, en priuut agréablemeni U dùM êm Vêm^orUÊTf a*U se souvieni de ce q}k% voulait dire. Maia e'ea ttt aaaea, M teaucMip irop^ Bur IL XeuxviUe*
â8 CLàll80X BABLOTB.
M. Belford est le qoatrièine conWye, et celui pour leqael il m'a para que M. Lovelaoe a le plus d'estime et d'affection. Je crois avoir compris que c'est un homme d*une valeur éprouvée. Ils sont devenus amis à l'occasion d'une querelle (pour quelque femme, peut-être,) et d^une rencontre aui carrières de Kensington ^ oh quelques survenans eureot le bonheur de les réconcilier.
H me semble que M. Belford n'a pas plus de vingt-^ept ou vingt-huit ans. C'est le plus jeune des cinq, après M. Lovelace. Peut-être sont-ils les deux plus méchans ; car ils paraissaient capables de conduire les iroisautres à leur gré. M. Belford est mis proprement comme les autres ; mais il n'a pas ces avantages de figure et d'ajustement dont M. Lovelace est trop vain. Cependant il a l'apparence d'un homme de condition. Les bons auteurs anciens et nos meilleurs écrivains lui sont familiers. La conversation, par son moyen, a quelquefois pris un tour plus agréable; et moi» qui, passant parmi eux pour madame Lovelace, m'efforçais de donner la meilleure face qu'il m^était possible a ma situation, je me suis jointe alors )i eux, et j*ai reçu de toute la compagnie une abondance de complimens sur mes observations.
M. Belford paraît obligeant et de bon naturel. Quoique plein de complaisance, il ne la porte point à l'excès comme M. Tourville. Il s'exprime avec beaucoup de facilité et de politesse, et j'ai cru remarquer un fond de bonne logique dans son esprit et dans ses raisonnemens. M. Belton a les mêmes prétentions. Ils s'attaquaient tous deux dans cette forme, eu nous regardant, nous autres femmes, comme pour observer si nous admirerions leur savoir , lorsqu'ils étaient contons d'eux-mêmes. Mais avec plus de pénétration et de justesse, M. Belford emportait visiblement l'avauiage, et le sentant bien lui-même, il prenait plaisir à défendre le côté faible de l'argument.
Quelque peu de goût qu'on aie en général pour les sujets qui se traitent dans ces occasions, on s'y prête autant que la bienséance le permet » et par le rapport qu'ils ont à d'autres vues. Il m'aurait été difficile de ne pas souvent observer combien M. Lovelace était au dessus de ses quatre amis , dans les choses même sur lesquelles ils avaient la meilleure opinion de leur propre mérite. Pour ce qui regarde l'esprit et la vivacité , il n'y en avait pas un qui approchât de lui. Ils s'accordaient tous à lui céder, lorsqu'il ouvrait les lèvres. Le fier Biowbray exhortait alors Tourville à finir son babil : il poussait du coude le sourcilleux Bclton , pour lui faire remarquer que Lovelace allait parier, et lorsqu'il avait parlé, les termes de charmant garçon sortaient de toutes les bouches, avec quelque expression cavalière d'admiration, ou peut-être d'envie. Elfectiment, il a des avantages si particuliers dans la figure, dans le langage, et dans les manières, que, si l'on n'avait soin de veiller sur soi-même et de distinguer la vérité des fausses apparences, on serait souvent exposé à l'illusion.
« Voyez-le dans une compagnie nombreuse, m'a dit Belford; on ne lait attention qu'à lui. v Ce Belford , ayant vu sortir son ami pour un moment, a profité de son absence pour s'approcher de mon oreille, et de Pair d'un fisvori, qui est dans le secret de l'aventure, il m'a fait un compliment de félicitation sur mon mariage supposé, en m'exhortant à ne pas insister trop locig-temps sur les rigoureuses conditions que j'avais imposées à un si galant homme. Ma confusion, dont il s'est aperça,
CLARISSE BARLOVS. 29
loi a fait quitter aussitôt ce sujet » pour retomber sur l'éloge de son
Réellement, ma dière, il faut avouer que M. Lovelace a dans l'air une dignité naturelle qui rend en lui la hauteur et Tinsolence non seulement inutiles, mais absolument inexcusables. Et puis cette douceur trompeuse qu'il A dans le sourire, dans le langage et dans toute sa contenance, du nooins lorsqu'il cherche à plaire , ne marque-t-elie pas qu*il est né ttvec des inclinations innocentes , et qu'il n'est pas naturellement cette créature, cette violente, cette impétueuse créature, dans laquelle il se peut que la mauvaise compagnie l'ait changé? Car il a d'ailleurs une physionomie ouverte, et je puis dire hoonôio. Ne le pensez-vous pas aussi, ma chère? C'est sur toutes ces spécieuses apparences que je fonde l'espoir de sa réformalion.
liais il est surprenant pour moi, j*en conviens, qu'avec tanl de qualités nobles, arec une si grande connaissance des hommes et des libres, avec on esprit si cultivé, il puisse trouver tant de satisfaction dans la compagnie dont je vous ai fait la peinture, et dans une conversation d'une impertinence révoltante, indigne de ses talens et de tous ses avantages naturels et acquis. Je n'en puis imaginer qu'une raison , et malheureusement elle ne marque point une grande âme : c'est sa vanité qui lui fait attacher un ridicule honneur à se voir le chef des compagnons qu'il s'est choisis. Comment peut-on aimer les louanges et se contenter de celles qui viennent d'une source si méprisable !
M. Belford s'est avisé de lui faire un compliment qui m'a fait hâter mon départ de cette choquante assemblée. « Heureux mortel 1 lui a-t-il dit à l'occasion de quelques flatteries de madame Sinclair, qui étaient approuvées par miss Partington, vous êtes si bien partagé du côté de l'esprit et du courage, qu'il n'y a point de femme ni d'homme qui puisse tenir devant vous. » En parlant, M. Belford avait les yeux sur moi. Oui, ma dière, il me regardait avec un sourire, et ses regards se sont tournés ensuite vers son ami. Ceux de toute l'assemblée, hommes et femmes, sont tombés aussitôt sur votre Clarisse , du moins le reproche de mon cœur me l'a fait penser, car à peine me suis- je senti la hardiesse de lever les yeux.
Ah I ma chère, si les femmes auxquelles on croit de Famour pour un homme (et c'est le cas oii je suis, car à quelle autre cause attribuer une fuite qu'on suppose volontaire ?) étaient capables de réfléchir un moment sur l'orgueil qu'elles lui causent et sur l'humiliation dont elles se couvrent; sur Ui fausse pitié, le mépris tacite, les insolens sourires et les malignes explications auxquelles elles s'exposent de la part d'un monde de censeurs de l'un et de l'autre sexe, quel mépris n'auraient-elles pas pour elles-mêmes? et combien la mort, avec toutes ses horreurs, leur paràttrail-elle préférable à cet excès dabaissement? Vous devez voir à présent pourquoi je ne puis m'éteodre davantage sur toutes les circonstances de cette conversatioo*
9D GLABiaSB IIARL0T9.
LETTRE CLVn.
ÏjaMfk mlaiiit
n fn*Arrife vue iventure fort biiarre, qui ne causo do U pem «i te
legret.
Madame Sinelair me quitte à ce moment, et fort mécontentef jeeral^ de n'amr point obtenu de moi ce qu'elle m*a demandé. Sa luaieert b^ tronyant remplie de quelques femmes, arrivées pour ses nièces, et bb mrit, qui est fort avatjcée, ne permettant guère à miss Parti ngton ê^ stepo-er dans lt;s rue& de Londres, elle est reaue me prier d aocorder % cette jeune perscane la moitié de mon lit.
Sa demande peut avoir été fort simple, et mon refus lui aura para dur et peu obiigi.*ant; mais pendant qu'elle s*eifliqoait, il m*est venu subitement à l'esprit que je suis iei comme étrangère pour tout le monde; que je n'ai pas un seul domestique que je puisse dite h moi, ou doift i^aie grande opinion ; qu*il y a, dans la maison, quatre hommes d^un caractère fort libre, pariisaoà déclaiéi de M. i^velace, tous, autant que j'en puis juger par le bruit éclatant de leur joie, depuis que je les rî quittés, dans la chaleur actuelle du vin : que miss Partington ille-même' n^t pas une personne aussi timide qu'on me l*a représeniée; qu'on a pris des peines ofCcieuses pour me donner bonne opinion d'ello, et qu9 madame Sinclair a mis plus de recherches dans son con»pliment qu^une prière de cette nature n*en demandait. Un refus, ai-je dit en moi-même, ne peut avoir qu'un air singulier, pour des gen& qui me croient déjà un peu singulière : un consentement m'eipose à de fAcheuses aventures. J'af trouvé peu de proportions entre les dangers de ralternative, que |e wM' pas balancé sur le choix.
J'ai répondu à madame SincTair que jVvais une longue Teffre it finir; que je ne quitterais pas la plume sans être fort pressée de sommeil; que miss Partington serait gênée, et que je le serais moi-même.
Il serait bien fAeheux , m Vt-elle dil, qu^une jeune illle de cette di9<* tinclion fût obligée de partager, avoc Dorcas, un lit fort étroit. Mais elfe avait encore plus de regret de m'avoir fait une proposition dont je pusse recevoir la moindre incommodité. Rien ne serait plus éloigné de ses in» tentions : et miss Partington attendrait volontiers avec elle que jVusse fini ma lettre. Alarmée de ces instances , et moins embarrassée à pec^ slster dans mon refus qu'à le dbnner d*abord, fai offert mon lit entier, et de me renfermer dans mon eabhiet pour éetire pendant lottie la nuit. CSMte pauvre miss, mVt-on dft, serait effraj^ de coucher seule ? d'ail' leurs> elle ne consentirait jamais è mlneommoder jusqu'à ce point.
Je me suis crue délivrée, surtout lorsque fai vu madame S nclalr qui 99 relirait civilement. Mais eUe est revenue, et m'ftyant demandé pardon de son retour, elle m'a dit que miss Partington était toute en larmes; que jamais die n'avait vu de jeune dame pour laquelle elle eût conçu autant d'admiration que pour moi; que celte chère fille se flatiait de n'avoir rien laissé échapper dans sa conduite qui m*eût inspiré du dégoût pour elle. Trouvais-je bon qu'elle me TamenAt?
-* J^étais fort occupée, lui ai-je répondu! La lettre que j'avais à finir
jÉiportiiiliB. Tmpëtm de ▼(ht demain ibîss MifShgfOQ et 4e loi ùSm'Bgpéef neseicuses. Alors madame Sainclair, hésitant et p raissatit l^ftênân la chemin de la porte, n*à pas laissé de se iourner encore yrmn mei. J'ai pris un flambeau poar la conduire, en lui recommandant dtjwendre garde ii ses pieds. Elle s*est arrêtée an h4Ut de fescaiier : -» Mon Dieu, madame, quelle peine tous prenezf nTa-t-eVe dit. Le dé. OflHB^tmoB ecMNr; jen'aipas en dessein devous offenser, tnab puisque TOUS o*approuvez pas une demande trop libre, je vuus sufiptie de fl*e&
4ftre 4 M. Lovelace. Il me crotratt trop fiftrdie et nîême imper-
Ha ARravez-fons pas, ma eh&re, ect incident fort partîeiifîer, seH en InÉHnêne, soit dans le tour que mes réponses fui ont fait prendre? Je fMaê» point è me rendre coupable d'une ineiviiiië. Cependant, si l'on proposait rien, mon refus mérite ce nom. D'un autre e^é, j'ai des 60vpç(Mis auiquels je ne puis ffl'itt:agi0er qu'il y ait le OMîtdfe fondement. SMe sont justes, je dois tout craindre, }e dois fuir et cette maison el l'homme, co*.i:me ce qu'il y a de piuâ in^cté. S'ifs ne le«»iit pas, et que je no puisse me purger mot- môme de les amr formés, niant quelque raison plausiblo de mon refus, quel moyen de deici plus loog-lemps avec honneur?
i» me MUS irritée contre lui, contre moi-même et contre tout !o monde, excepté vous. Ses compagnons sont de choquantes eréviuree. f^ourqnofi je le répète^ s^tHÏ pu iMMiiiaiter do me voir en si mauvaise compagnie? Encore une fois, je ne suis pas contente de lui.
LETTRE avm.
JHSeOJJtlSSB HikBLOVE, ▲ MISS HOWB.
fllhnt TOUS dédarer, quoique avec un ngret tnOnl,quejone'pQlsp1tts^ Ei^ous écrire, ni reeevuir de vos lettres. J'en nçois une de votre mère^ sons In couvert de M. Lovelace et par la voie de milord M-.., qui me fait là-dessus des reproches fort vifs, et qui me défenJ, autant que je Bi%iVévesàe à ton bonheur et au vôtre, de vous écrire sans sa periinssàm. Ainsi, jusqu^à des temps plus tranquilles, cette lettre est la demiète qve vous recevrez de moi. Comme la situation de «es effaires semble devenir plus heureuse, ei-pén)ns d'obtenir bien tel la libellé de reprendre U f)lttrae et cello même de nous voir. Une all.ance avec une famille aussi honorable que celle de tt. Lovelace ne sera pas regardée appareaniienl eonme une disgiâce.
-Votre mère ajoute que si je souhaite de vùus enflammer, je a'ai qifk Toos informer de k| défense qii*elle me signille; m.ais elle se flatte qn^t sans fat commettre, je trouverai de mui-itiéme quelque moyen d'interrompre noe correspundaui^e à laquelle je ne puis ignorer qu'elle s'oppose • depuis long-temps. Tout ce que je puis faire, c'est de vous prier de u être peint enflammée; c'est de vous engager, par mes instances, à ne pas loi fail'e connaître, ni n:êtue soupçonner, que je vous aie cpmmu nique la rafi^on qui me fait cesser de vous écrire. Api es avoir continué notre commerce, malgié le scrupule que je m'en suis fait, et sur lequel j'ai tong-tempi insisté, comment pourruis-je me dispenser honnêtement 4o
32 CLA1I88B BAftijOVI.
TOUS apprendre ce qai, tout d'un coup, a la force de m*arrèterT ma chère, j'aime mieux, comme vous voyez, me reposer sur votre difr^ crélioD, que de feindre des raisons dont vous ne seriez pas satisfaite, et qui, ne vous empêchant point de vouloir pénétrer le fond du mystère, * me feraient enfin passer à vos yeui pour une amie capable de réserve; sans compter que vous auriez quelque sujet de vous croire blessée» si je ne vous supposais pas assez de prudence pour recevoir le dépôt de la vérité nue.
Je répète que mes affaires n'ont point une mauvaise face. La maison sera louée incessamment. Les femmes de celle-ci sont fort respectueuses, malgré ma délicatesse à Tégard de miss Partinglon. Miss Martin, qui doit se marier bientôt avec un riche marchand du Sirand, est venue me consulter aujourd'hui sur quelques belles étoffes qu*elle veut acheter à cette occasion. La veuve est moins, rebutante qu'elle ne me l'a paru la première fois. M. Lovelace, à qui je n'ai pas dissimulé que ses quatre amis ne sont pas de mon goût, m'assure que ni eux, ni d*autres, ne paraîtront devant moi sans ma permission.
Si je rassemble toutes ces circonstances, c'est pour mettre en repos votre cœur tendre et obligeant, dans la vue de rendre votre soumission plus facile à Tordre de votre mère, et dans la crainte qu'on ne m'accuse de vous enflammer j moi qui suis, avec des intentions bien différentes, ma très chère et trè» aimable amie, votre fidèle et dévouée,
rrAiiiiMit Habiovb.
LETTRE eux.
■DB HOWB, À VUS OUaUSSB HAnLOVB.
M6ICF6ai| 8 niL
Il me paratt bien étonnant que ma mère ait été capable d'une si étrange démarche, uniquement pour exercer mal à propos son autorité, et pour obliger des cœurs durs et sans remords. Si je crois pouvoir vous être utile par mes conseils ou par mes informations, vous imaginesvous que je balance jamais à vous les donner?
M. Hickman, qui croit entendre un peu les cas de cette nature, est d'avis que je ne dois pas abandonner une correspondance telle que la nôtre. Il est fort heureux de penser si bien ; car ma mère ayant excité ma bile, j*ai besoin de quelqu'un que je puisse quereller.
Voici ma résolution, puisqu'il faut vous satisfaire : je me priverai de vous écrire pendant quelques jours, s'il n'arrive rien d'extraordinaire, et jusqu'à ce que l'orage soit un peu apaisé. Mais soyez sûre que je ne TOUS dispenserai pas de m'écrire. Mon cœur, ma conscience, mon honneur s'y opposent.
Mais comment ferai-je idî Gomment? Rien ne m'embarrasse moins; car je vous assure que je n'ai pas besoin d'être poussée beaucoup pour prendre secrètement la route de Londres ; et si je m'y détermine, je ne vous quitterai qu'après vous avoir vue mariée, ou tout à fait délivrée de votre fléau ; et, dans ce dernier cas, je vous emmène avec moi, en dépit de tout l'univers ; ou si vous refusez de venir, je demeure avec vous, et je vous suis comme votre ombre.
Que cette déclaration ne vous effraie point. Il n*y a qu'une eimeidé-
CLAEI88B BABLOTB. 3S
rmiUm el mm $eulê espérance qui m'arrêtent, reillée comme je sais dans tous les roomens de ma vie, obligée de lire sans voix, de irayailler sans goût, et de coacher chaque, nuit avec ma mère. La considération, c'est que vous pourriez craindre qu'une démarche de cetle nature ne parût ikNibler yotre faute, aux yeux de ceux qui donnent le nom de fauto à ▼otre départ ; l'espérance consiste à m'iroaginer encore que votre aventare peut finir heureusement, et que certaines gens rougiront un jour de l'infâme rôle qu'ils ont joué. Cependant il m'arrive souvent de balancer. Mais la résolution où vous paraissez être, de rompre tout oom* merce avec moi dans celte crise, emportera nécessairement la balance. ÉcrivezHnoi donc, ou chargez-vous de toutes les conséquences.
Quelques mots sur les principaux articles de vos dernières lettres. J'ignore si le sage projet de votre frère est abandonné ou s'il ne l'est pas. Un profond silence règne dans votre famille. Votre frère s'est absenté pendant trois jours. 11 est revenu passer vingt-quatre heures au château d'Harlove. Ensuite il a disparu. S'il est avec Singleton ou d'un autre côté, c'est ce que je ne puis découvrir.
Sur le portrait que vous me faites des compagnons de votre personnage, je vois ossez que c'est une race infernale, dont il est le Belzébuth. Qu'a-t-il pu se proposer, comme vous dites, dans l'empressement avec lequel il a souhaité de vous voir an milieu d'eux, et de vous donner cette occasion d'en faire comme autant de miroirs qui réfléchissaient la lumière l'un sur l'autre? Cet homme est un fou, n'en doutez pas, ma chère, ou, du moins, un parfait étourdi. Je me figure qu'ils se sont parés dorant vous de ce qu'ils ont de plus brillant. Voilà ce qu'on nomme des gens du bel air, des seigneurs d'un mérite accompli I Cependant, qui sait combien drames méprisables de notre sexe, le pire d'entre eux a su lier à son char ?
Vous vous êtes jetée dans l'embarras, comme vous l'observez, en refusant de partager votre lit avec miss Partington. J'en ai du regret pour elle. Vigilante comme vous êtes, qu'en pouvait-il arriver ? S'il pensait à la violence, il n'attendrait pas le temps de la nuit. Vous auriez été libre de ne vous pas coucher. Madame Sinclair vous a trop pressée, et vous avez poussé trop loin le scrujpule.
S*il survenait quelque chose qui retardât la célébration, je vous conseillerais de prendre un autre logement; mais si vous vous mariez, je ne vois aucune raison qui vous empêche de demeurer oh vous êtes jusqu'à ce que vous ayez obtenu la possession de votre terre. Le nœud une fois formé, surtout avec un homme si résolu, il ne faut pas douter que vos parens ne vous restituent bientôt ce qu'ils ne peuvent retenir légitimement. Quand il y aurait matière à quelque procès, vous n'auriez pas le pouvoir et vous ne devriez pas avoir la volonté de vous y opposer. Il sera maître alors de votre bien (1), et vous ne pourriez former d'autres rues sans injustice.
Uki point que je vous conseille de ne pas oublier, c'est celui d'un contrat dans les formes. Pour l'honneur de votre prudence et de sa justice, votre mariage doit être précédé d'un contrat. Tout libertin qu'il est, il ne passe pas pour une âme sordide, et je m'étonne qu'il soit encore à vous foire cette proposition.
(1) Soivant les lois d'Anslelenf,
34 €!LARISSB HARLOTB,
Je ne suis pas mécontente de ses soins pour trouver une maison toute meublée. Il me semble que celle qu'il a vue voub conTîeadre beaocoop; mais s'il faut attendre trois semaines» tous ne devez pas remettre la oérémonîesi loin. D'ailleurs, il peut donner d'avance des ordres pour V09 équipages. C'est un de mes étonnemens qu'il paraisse si soumis.
Ma chère, je le répète, continuez de m'écrire. J'insiste absolument ni cette preuve d'amitié. Ëcrivez-moi, et dans le plus grand détail, ou prenez sur vous toutes les suites. U n'y a point de démardiesqui m'effratet, lorsque je croirai les devoir à la sûreté de votre honneur et de votre repos*
AnnbHoipi*