‹ Clarisse HarlowChapitre 34 sur 62 · LETTRE CCLVII · texte numérisé non relu

LETTRE CCLVII

H. LOVBLACB, A M. BBLFOID.

DiUMDcbe, IS jaio, A sixheares «pitemidi.

J'étais sorti ce matin de fort bonne heure, et ne faisant que rentrer à ce moment, jo viens d'apprendre que dans mon absence ma belle a tenté de m'échapper par la fuite.

BUo est descendue avec un petit paquet lié dans un mouchoir, sa coiffe sur sa télc. Elle était déjà dans le passage qui conduit à la porte, lorsque madame Sainclair la très heureusement aperçue.

-* Je vous prie, madame, lui a-t-elle dit en se plaçant contre la porte, ayez la bonté dem'apprendre où vous allez. Elle a répondu d'un ton assez ferme que personne n'avait droit de lui faire celte question,

— Pardonnez-moi, madame, a repris l'autre, je Tai reçu de votre mari. Et mettant les deux mains sur ses côtés avec l'air qui nous a si bien téaasi, elle lui a conseillé de remonter. La chère personne aurait voulu répliquer, mais elle n'en a pas eu la force, et, fondant en larmes, elle est remontée à sa chambre. Dorcas a reçu les reproches qu'elle mérite pour l'avoir quittée de vue.

Oo peut conclure de cet incident que son charmant esprit commence à revenir, comme Dorcas me le faisait espérer hier au soir. Cette fille dit T. u. sa

354 CLARISSE HARLOVE.

* qu'auparavant elle ne la Idssait apptocHifr d'elle qu'une fois le jour, et . qu'alors eUo paraissait fort grave et fort tcam|iiilto«r Je «ûs^sémkit^ia ¥oir. Ce sera sans doute dans sou appartement, car je n'espère pasqii'eHe veuille desct'ndre dans la saUe à manger. Si je la trouve tout à iàifievenue, quel avantage la hardiesse de noire sexe ne me donnera^-i-^e pas sur la modestie du sien ? Moi, le plus audacieux de tous les iKNiimeè; elle, la plus réservée de tout^ les femmes. Chère âme I je crois la. veir devant moi, le visage à demi tourné, chaque parole étouffée par se» soupirs, humiliée, confuse... Quel air de triomphe cette scène ne me 4oih nera-t*elle pas, lorsque mes yeux s'attacheront sur sa coateoame a&aitue.

Dorcas vient m'avertir qu'elle la croit prête è descendre pour mechevcher, qu'elle a demandé où j'étais, et qu'elle est devant son mivoir, occupée à s'essuyer les yeux. Son dessein apparemment n'est pas de^nfe toucher par les larmes. U lui échappe néannaoins des soupirs qui D-tfiH sont que trop de pouvoir sur moi; mais je ne suis pas allé si loin |Mr abandonner mon prindpM objet. 11 faut qu'elle rabatte un peu de sesdéiicatesses- Elle ne peut me fuir^ elle est forcée do me voir. Que peut*eÛe faire? Crier? s'emporter? Je suis accoutumé aux fureurs et aux exclamations ; mais si sa tête est remise, j'observerai la conduilo qii'elie va* t»mr dans cette première entrevue.

Je l'entends descendre.r

LETTRE CCLVni.

n. lovelâce, a u. celford.

Dimmete au loIr.

Ne me blâme de ta vie, pour avoir employé un peu d'art avec cette admirable ûlle. Tous les princes de Tair et ceux d'en bas, joints à Lovelâce, ne l'auraient jamais vaincue pendant qu'elle aurait eu l'usage de ses sens.

Je n'anticiperai sur mon récit que peur te dire, qu'étant trop éveillé par Tentretien dont je sors avec elle, pour espérer de dormir quand je me metti^s an lit, je n'ai rien de mieux à faire que de te rendre compte de celte bizarre conversation, pendant que j'en suis si fortement rempli, qjii'il m'est impossible de m'occuper d'une autre idée. Elle était en robe de chambre de damas blanc, un peu moins négligemment que ces d«k^ jiiers jours. J'étais assis, ma plume entre mes doigts. Je me suis levé en l'i^pecoevant, avec autant de respect et de complaisance que si les dés étaient encore pour elle; et réellement il n'y a rien de changé à sen désavantage. Elle est entrée avec un air de dignité dans toute sa figure, qui lui a donné tout d*un coup de l'ascendant sur moi et qui m'a préparé au pitoyable rôle que j'ai fait dans la suite de cette conféienoe. MonÎM, e» vérité} mais je veux lui rendre justice. EUe s'esl avancée asses- vile et fort près de moi, son mouchoir à la maint le legard ni deui, atili«l, mais-eatiémement gravsy et le visage dane une teanquîllité'qiii sait Teffel d'une profoade méditation. EUe m'a^ tenu- anssitôt ee 4'ttn air l avec une action I Non^ jjs n'ai jamais rien tu d'égalw

— Vous voyez devant vous, monsieur, la misérabio itte'ifuevoiJeiMOi «éeompeneée eomme eUe mériiail^ do la ptélérence qu'elle veu* ««dattiiée

tXAIlISSB ttkRUbYtL 955

sut tout votre sexe. La malédiction de mon père est accomplie h lalei* Cre pour cette vie, et ce n*est pas votre faute si la seconde moitié ne l'e?^t pas encore par la perte do mon âme, comme la première par celle de mon honneur, que vous m'avez dérobé, lâche et infâme que vous ôtes, avoo tant de bassesse et d'inhumanité qu'il semble que le courage vous aurait manqué à vous-même dans cette barbare entreprise, si pour premier sd'^ crifice vous ne m'aviez ôté l'usage des sens.

Ici, j*ai fait un effort pour parler, en hésitant et me tournant ver^ la laHie, où j'ai posé ma plume ; mais elle a continué :

— Ecoute-moi jusqu'à la fin, malheureux scélérat ! homme abandonné ! homme, dis-je ; car quel autre nom puis-je te donner, lorsque les mor^ telles attaques des bêtes les plus féroces auraient été plus naturelles et mille fois moins horribles que les tiennes? Ton cœur paratt trembler à présent. Ton cœuri le seul au monde qui soit capable de tant de Iftchns inventions et d'un excès si cruel. Tremble; tu as raison de trembler et d'hésiter comme tu fais, lorsque tu te représentes ce que j'ai souffert pour toi et l'horrible prix que j'en ai reçu.

Sur mon âme, Belford, toutes mes facultés m'ont manqué. Non seulement ses regards et son action, mais sa voix si majestueuse a porté le trouble jusqu'au fond de mon âme. D*un autre cdié, ma maudite action cl son innocence, son métiie, son rang, la supériorité de ses perfections, so sont présentées b mon esprit avec des couleurs si formidables, que le compte imprévu auquel je me voyais appelé m'a paru ressembler à c»^ compte général dont on nous menace, où l'on dit que notre conscience >• ra la première à nous accuser. Elle avait eu le temps de rassembletroutes les forces de^son éloquence. Sa lôle, probablement, avait été tranquille pendant tout'le jour, et moi, je me trouvais d'autant plus déconcerté que je m'éiais aiicndu h la voir paraître avec un air de confusion. Mais je conçois que la force de son ressentiment avait élevé celte femme au dessus de toutes les considérations.

— Ma chère... mon amour, ai-je dit enfin, jamais, non jamais^.. Je me sentais les lèvres iremblantes et les jambes affaiblies. Ma voix était intérieure, iaible; mes paroles mal articulées. Jamais un coupable n'en eut plus visiblement l'apparence, tandis qu'étendant sa belle main, elle a repris avec toutes les grâces de Télcquenco la plus vive et la plus ton* chante :

— Je ne prétends tirer aticune gloire de la confusion où je te vols. J*ai employé tout le jour h demander au ciel que si je ne pouvais mld^ chapper dô cette vile maison, il me rendit capable de regarder encore urfe lois l'auteur dtî ma ruine avec la lermeté de l'innocence outragée. Je rie 10 n^procho plus ton crime et mon malheur, parce quils sont au d^^sstfs d(? Texpression. Tu me vois assez calme pour souhaiter que la force ct^ tinuclle db tes remnrds puisse te conduire au repentir, afin que tu* ne perdes pas tout droit à cette miséricorde que tu n'as pas eue pour IHtfloriuiiée qu'î tu vois devant tes yeux et qui avait si bien mérité db trouver uu ami iidè!e où elle n*a trouvé que le plus cruel des ennemis. Mifis apprends-moi, car tu n'es pas sans doute à la fin dé tes projets, Offpti3fiâ(^ moi, puisque je suis prisonnière dans uti- lieu d'horreur et queje-if^i pas un ami qui puisse me sauver» ce que tu prétends faire du reste d'u^ vie qui ne mérite plus d'être conservée. Ois-moi si lu me destines h belftfcoup d'autres maux, et si, der concert avec le mattte de Tenfer, son» la

336 CLABISSE HABLOVl.

forme de la mattrosse de celte maison, tu an reax h mon solut éternel pour achever (on infâme traité, en achevant d*accompIir Timprécation de mon père. Réponds. Dis-moi si tu as le courage de parler à celle dont tu causes la ruine , ce qui me reste à souffrir de ta barbarie. Elle s'est arrêtée ; et poussant un soupir, elle a tourné la têtô pour essuyer des larmes qu'elle s*efforçait en vain de retenir, et qu'elle ne pouvait plus cacher à ma vue.

J'étais préparé, t'ai- je déjà dit, à l'emportement des plus violentes passions, aux cris, aux menaces, anx injures> aux exécrations. Ces transports passagers, effet d*une douleur soudainoi ci la honte et la vengeance nous auraient mis de pair; et nous n*aurions rien dû l'un h l'autre. Encore une fois, je suis fait à ces orageuses douleurs ; et comme rien de violent n'est durable, c^est ce que j'aurais souhaité dans les empressa* mens de mon cœur. Mais ithe fureur si majestueuse et si composée ! Me chercher, lorsqu'il paraissait clairement, par l'effort qu'elle avait fait pour s'échapper, qu'elle regardait comme un nouveau malheur de me voir! Nulle idée do vengeance sur elle-même, à l'exemple de Lucrèce, plongée néanmoins dans un si profond désespoir, que suivant ses propres termes le pouvoir lui manquait pour Texprimor ! et so trouver capable, après Téiat d'où elle n'était sortie qn(î le n:ênio jour, de me pousser aussi vivement que si quelque lumière d'en haut lui avait révélé touics mes vues! Comment ne scrais-je pas demeuré tout à fait interdit, cl ne répondant, comme la première fois, que par des monosyllabes ou des phrases interrompues? Cependant j'ai parlé de dédommagemens et de réparations. 0 Belford I Belford 1 quel est le vainqueur à présent? qui triomphe d'elle on do moi? — Des réparations ! m*a-t- elle répondu. Misérable I qui no dois plus prétendre qu'à mon éternel mépris. Et levant les*yeux aux ciel! — 0 Dieu juste et boni auras-tu piété d'une malheureuse, dont la chute est l'ouvrage d'une âme si basse ! Cependant (en jetant sur moi un regard d'indignation} tout lâche, tout méprisable que tu es, je ne te hais pas autant que je me hais moi-même, pour n'avoir pas plus tôt appris h te connaître, et pour avoir attendu de l'honnêteté, de la reconnaissance, de l'humanité d'un libertin qui, pour faire gloire de cette indigne qualité, doit avoir foulé aux pieds tous les principes et tous les droits. Elle a prononcé alors avec, un soupir le nom de sou cousin Morden, comme s'il lui était venu de sa part quelque avis ou quelque exhortation qu'elle eût négligé, et s'avançant vers la fenêtre, elle s'est servie un moment de son mouchoir pour s'essuyer les yeux. Ensuite, se tournant vers moi tout d'un coup aves un mélange de dédain et de majesté (que n'aurais-je pas donné dans ce moment pour no l'avoir jamais offensée! ) :— Tu me proposes des réparations! m*a-t-elle dit, et de quelles réparations es-tu ca- |Mible pour toute personne sensée que tu auras l'insolence d'outrager?

— Aussitôt, madame... aussitôt que votre oncle... ou sans attendre sa réponse...

— J'entends, je sais. Mais penses- tu que le mariage puisse réparer un crime tel que le tien ? Sans amis, sans fortune, telle que tu m'as rendue, je méprise trop le lâche qui a pu se dérober h lui-même la vertu de sa femme pour te revoir sous la qualité dont il semble que tu oses te flatter. Ce que je veux savoir, c'est si, dans un pays de liberté tel que celui-ci, où le souverain ne saurait être complice de votre lâcheté , et où vous n'auriez pas eu l'audace de la conunettre, si j'avais ou la protection du

CLABISSB BARLOVE. 357

nxmidro de mes parens oa do mes anciens amis, jo dois être retenue dans une prison pour y souffrir de nouvelles injures? En un mot, si yous prétendez m'airêter ici et m*empécher de suivre le cours de ma destinée T Après s'ôtre arrôlëe, et me voyant encore muet :

— Ne pouvez-vous répondre à une question si simple ? Je renonce h toute préiention sur vous; je vous rends toutes vos promesses. Quel droit avez-vous do me retenir ici? H m*était impossible de parler* Que répondre à de telles questions?

— 0 misérable 1 a-t-el!e repris ; si je n'avais pas été privée de mes sens par la plus honteuse lâcheté^ je n*aurais pas laissé passer une semaine, comme je m'aperçois qu'il s'en est passé une entière, sans vous déclarer» comme je le fais à ce moment, que hnfâme qui m'a trahie avec celte bassesse ne sera jamais mon mari. J'écrirai à mon oncle qu'il peut renoncer à ses obligeantes intentions en ma faveur; quo toutes ses espérances soni anéanties; que je me regarde moi-même comme perdue pour ce monde; mais ne m'empêchez pas de satisfaire le ciel pour avoir continué ma corcespondance avec vous, malgré les avis et la défense de ceux à qui je devais de la soumission, et pour m'être exposée témérairement à vos lâches artifices. Laissez-moi le seul espoir qui me reste ; c'est toute la réparation que je vous demande. Ainsi, répondez, suis-je libre de disposer de moi-même ?

11 a fallu répondre, mais avec combien d'embarras et d'hésitation !

— Mon cher amour ! je suis confondu, absolument confondu de la seule pensée.,, de l'excès... où je me suis emporté. Je vois, j'éprouve qu'il est impossible de résister à la force de vos discours. Dans toute ma vie, dans toutes mes lectures, je n'ai jamais vu de preuves si parfaites d'attachement à la vertu pour l'amour d'elle-même. Si vous pouvez faire grâce au repentir d'un misérable qui implore votre bonté à genoux (je me suis jeté ici à ses pieds avec toute la vérité du sentiment que j'exprimai), je jure par tout ce qu'il y a de saint et de juste, et puisse le tonnerre m'écraser devant vous, si je ne suis pas sincère I que demain avant midi, sans attendre votre oncle ni personne, je vous rendrai toute la justice qui est en mon pouvoir. Vous me réglerez ensuite, vous me dirigerez par vos principes, jusqu'à ce que vous m'ayez rendu plus digne de vous que je ne suis à présent, et je n'aurai pas la présomption de toucher même à votre robe avant le bonheur où j'aspire de pouvoir vous nommer véritablement ma femme.

— Lâche trompeur! s'est-elle écriée; il existe, ce juste Dieu que tu invoques ; et lé tonnerre n'est pas descendu ! et tu vis pour augmentez le nombre de tes parjures!

«— Ma très chère vie... en me levant; car le tour de son exclamation m'avait (ait croire qu'elle commençait à se ralentir; mais eUo m'a inter* rompu.

— Si tes offenses, a-t-elle repris, ne passaient pas les bornes du pardon ; si c*était la première fois que tu eusses bravé le ciel en invoquant sa vengeance contre toi-même; ma situation désespérée pourrait m'engager à me soumettre au plus malheureux sort, avec un homme aussi méprisable que tou Mais, après ce que j'ai souffert par ta lâche cruauté, je ne puis me lier avec toi sans crime. Encore une fois, je le demande si je suis libre.

J'ai voulu parler de milady Lawrance, du capitaine Tomlinson et de

*°* CLABISSB lUttLOve.

son oncle. Elle a wfaso Jcm'cniciid.-e.-L'impcslure, raV-'-elle dit M-, t«t dans mes yeux et dans ma bouche. Elle Li cS,™ai„ô^ ,ue ^^" prostitue l'honneur de ma ùn.ille, en faisant orend™ lo L™ L jante et de ma cousine h deux femmes qîel nS "om„ër Le L^ me Tom insonet M. Mennel, étaient vlisemblaSlent deux aïliS*^ niM complices. Mais qu'ils fussent des scélérats ou non, ?ën éÏTuf B le nsistait sur la l.berié de pouvoir disposer du rLté de «^al* et malheureuse vie. Enfin, elle ne me royail qu'avec horreur t.!f,^i^ sorles de titres et particulièrement sous œlui qîérSlu 'proSÏÏ

Elle m'a quitté avec ce cruel adieu. Je l'avoue, id K'Ts'nfe -demeuré confond... Il faut que je te communique série JemêntL'p«.ï^ -de m«B reflexions. Je n'ai pas encore touché au Rrandarticledi,^ «Bew libre; et la manière dont elle s'est eïpUquéo^sufroïct Z' ^ a^quVjlle ne prend point encore la métotion p^uHne chiX Cependant elle soupçonne mes nouveaux projets, et je lui vois dœ Si sur Mennel et Tomlinson. Je dis que si c'J d'èue-méme ZKâ S lumières, sa pénétration est merveilleuse; mais que si c'^t de a^Z autre qu'elle, son incrédulité, et son av^rcion pour moi n'ont nïd^ surprenant Expliquons-nous sans détour. Il est impossible, Belford oue tu oues le double avec moi. Non, ton imbécile pitié pour VTkfZ ne l'aura pas fait trahir un ami, qui s'est ouverte loi avec si Z 2rt! serve. Je ne puis te croire capable de celle bassesse. CependantVra^ moi sur ce point. Je dois faire une maudite figure à ses yeux, o^Zt prodigue les vœux et les sermens, comme je ne ferai pas scrÙLuK^ commencer dans l'occasion s'il est vrai qu'elle soit bien infoSïS perfidie. Je sais que lorsqu'il s'agit de fermeté, tu ne me redoutes ^ phis que je ne te crains ; et que si tu étais coupable, lu dédaignerais ua .desaveu, lorsque je le presse de l'expliquer.

j'afS to ^épfn^,'"''"' '''' ^"* ' "^ "^ ''""'' "»•«' J-^"'* « «l™ r;, LETTRE ceux.

■• LOTBLACE, A H. BBLFOBD.

Lundi. 19 Juin, à cinq heures da matin. n faut que j'écrive. Je n'ai pas d'autre ressource contre le tvoubie 4e mon cœur ; et je fie puis me persuader que Ki m'aies trahi, ône n'w-ie pas fan pour inviter le sommeil? ïl s'obstine à ne pes s'arrêter dans row yeux. C'est h présent que je souhaiterais du fond de l'âme de n'avoir ja- t' mais connu celle charmante personne. Mais qui se setait.imaginé qu^ y '^ ettt au monde une femme de ce caractère? Pour tout ce que j'ai eom^ t entendu, lu de son sexe, la règle est vraie : une fois subjugée, c'est ^ pwr foujoiirs. Les premiers efforts sont toujoiws les derniers ; oh^u ^ moms la résistance qui les suit devient si faible par degrés, qu'un homme I regreilerail d en trouver moins. Cependant que sais-je encore^ ^

11 est à présent six heures. Le soleil éclaire depuis long-temps tout ee ^ qui est autour de moi ; car cet astre impartial luit sur la maison d'iioe binclarr comme sur toutes les autres : mais sa lumière ne pénètre pas au fond de mon cœur. A la pointo du jour, je me suis approché de ta porte de ma charmante. J'ai jeié la vue par le passage de sa clé. BUe a

dMwé k Dora» qtt'6n0 ae nuiltecwit plus seB habite 4aii8 «cette maisoi. Je Vu vue dans on <ious soiDmeii, qui servira sans doute à rafraîchir ses sens troublés ; assise dans un fauteuil, son tablier sur le yisagOt uue mais .^ui aouteuaU sa tâte, l'auftae étendue sans inou?ement sur son ge^ mm; ta moilié aeulenient d'un de ses pieds visible. Quelle différence entre eUe et moi I ai-je pensé. ËUe4ort tranguilleo^eBl, eUequi a reçu Tinjurel tiQdiftf ue roffemeur ne peut fermer les yeux, et s*est efforcé inutilement» tiiite la Duitv de dissiper soe qbagrin et de se fuir lui-môme I .J'espère ownaioiiis que je prendrai le dessus. Si je n'y parvenais pas , celte chAie evéftture aérait biea fsenféOf je serais le plus malheureux de tous leshommea.

▲ lishamw.

J)prcas vient m'avertir que sa maltresse se dispose ouvertement à partir« Je n'en doute pas. L'humeur où je te la représentais hier au soir, en me quittant, m*a préparé à cette entreprise. Qu'en dis-tu, BeMordY Btre haï, méprisé f Mais si f ai passé les bornes du pardon, à quoi tientilt... Je m'abtme dans mes tristes réflexions.

Elle me fait dire, par Dorcas, qu'elle demande un moment d'entretien dans la salle à manger , et, ce qui est assez bizarre, qu'elle souhaite que cette fille soit présente à notre conversation. Ce message me donae ^elque espérance.

A neuf hepres.

Damnabla artifice I ruse f trahison i U ne s'en est rien fallu qu'elle ne m'ait gUasé au itravers des doigts. EUe «'avait pas d'autre vue, dans son message^ que d'éloigner Dorcaset de «ettoyer la côte. Une douleur ima* ginaîie (Suffit donc pour la di^nser de ses principes ? Ne m'apprend-elle paB.enftn qu'elle est auasi <8ifitble de tromper que moi. Si nous occupions If inemier corps de togis, et qu'il n'y eût point un passage pour arriver kU poitfii» elle m'échappait; mais sa précipitation l'a trahie. Sally Martin, qui était dans un parloir du devant, frappée d'entendre une marche léig^ et le (roliement de quelque étoffe de soiOi a jeté les yeux dehors, et ^est.avancée aussitôt entre elle et la porte : — Vous ne sortirez pas, madame, permettez que je m'y oppose. Vous ne devez pas penser à sortir.

«— JP^ quel droit? Comment osez-vous?... Car la chère personne prend (lueiquefois des airs impérieux. Sally s'est hâtée d'appeler sa tante. Âussitâtune demi-douzaine de voix se sont jointes k la sienne pour me presser de descendre.

Je m'ecoiupais gravemeot à donner mes instructions è Dorcas, dans riem))<irras où j'étais sur la matière d'une conversation dont elle devait étr9lteQiii« Les /cns redoublés m'ont fait voiler plutôt que de descendre. Jîai'VrUila charmante Clarisse, V^mùiAo trompeuse, appuyée contrôla QfaHaoQ» son paquet à ja main (Les femmes, Belfprd; ne sont jamais sans paquet daiis iews e^éeuiipna), et pj^ bsis, à ^uel^ue distnAce^ PoWy Uorton, Mabel et Peter, deux domestiques du logis. Ia Sinclair et Sally étaient entre ^le et la porte. Dans sa douce fureur, la chère flme répéitit fi »* Je vewt sortir; peasoMo <i'ja droit Âoi de m*arrêter : le si^ pliie» la mort ,ne due Âraiept pas (remonter- A<iAssit6tqu*elle m'a v,u par- / mMiBy eUa A fait ittQ .pas ou deux vers mpi : -*«- Uo^sieMr Loyelace, m'ii- ' Uàit» dit, je suis résolue, de Sj^riir. Estrce dp vjop^ que ces fe(mmea s'<«nittnaen(? Qutf Mt tor dc«»t, g^el ^ j^ jfùy:^ jpour .m'ariLÔter ?

360 CLARISSE RARLOVB.

Je lui ai demandé tendrement si c^étaîent là les préparatib de l'entrevae qu^elIe m*ayait foit espérer, et s'il lui avait paru yraisemblable que je pusse consentir si facilement à la perdre.

» Dois-je être environnée, assiégée comme je le suis. Eh ! quelle autorilé ces femmes osent-elles s'attribuer sur moi? Jo les ai priées toutes de se retirer, à la réserve de Dorcas, qui m*avait suivie. Alors j'ai cru de» voir prendre un air ferme, après avoir éprouvé si loog-temps qu*ori triomphait de ma douceur. — Ayez la bonlé^ ma chère^ lui ai-je dit d'un ton chagrin, et l'aidant par le bras a marcher, d'entrer avec moi dans le parloir. Si vous avez tant de répugnance à*remonter, noos pouvons tenir ici notre conférence, et je ne refuse pas que Dorcas en soit témoin. Je Tai placée sur une chaise, et me tenant debout, les mains sur les côtés: — Voyons, madame, quels sont à présont vos ordres?

— Insolent I s'est écriée la furieuse ; et se levant, elle a couru vers la fenôtre, elle a levé le châssis, sans savoir apparemment qu'il était défendu par des barreaux de fer; et lorsqu'elle a reconnu Timpossibitité de se jeter dans la rue, elle a levé au ciel ses mains jointes, après avoir abandonné soc paquet : — ^Au nom de Dieu, charitables personnes, secourez une malheureuse à qui Ton ôte l'honneur et la vie 1

Je l'ai enlevée dans mes bras, malgré sa résistance, pendant que le peuple commençait à s'assembler autour de la fenêtre. Elle s'est mise alors à crier : Au meurtre I au secours! Mais , redoublant mon effort, je l'ai emportée dans la salle à manger, en dépit de son petit cœur ulcéré, et de la force avec laquelle ses mains s'attachaient à tout ce qu'elles pouvaient rencontrer. Là, j'ai voulu la placer sur une chaise, mais elle est tombée à terre, presque sans mouvement et pflle comme une morte. Un torrent de larmes l'a soulagée fort à propos. Di)rcas en a paru attendrie, jusqu'à pleurer à son exemple. J'ai admiré le pouvoir de la compassion. Plosieufs éranouîssemens ayant succédé, je l'ai laissée avec Mabel, Dorcas eiPoiiy ; avec la dernière, parce que de toutes les femmes de la maison, c'esl eelle qui lui déplatt le moins.

Une entreprise si résolue ne m'a pas causé peu d'inquiétude. Madame Sinclair et ses nymphes en sont encore plus alarmées, pour ce qu*elles appellent l'honneur de la maison, qui a reçu quelque insulte, avec de» menaces de casser les vitres, si la jeune personne qui a crié ne paraissait point. Dans la chaleur du mouvement populaire, les femmes sont venues à moi pour me demander ce qu'elles devaient répondre au constable, que le peuple avait déjà fait appeler.— Ne manquez pas, leurai*je dit, de le faire entrer dans la maison, avec deux ou trois des mutins les plusardens. Produisez une de v«)s ÛUes, après lui avoir frotté les yeux d'un oignon ; sa coiffure et son mouchoir de cou un peu en désordre. Qu'elle se reconnaisse pour la personne offensée, à l'occasion d'une querelle de femmes ; mais contente de la justice qu'on lui a rendue. Vous donneiei quelques sous au constable, et comptez qu'il se retirera tranquillement.

A onu baurat.

On a suivi mes instructions, est tout est rentré dans l'ordre. Madame Snclair regrette amèrement d'avoir jamais connu une dame aussi délicate que la mienne. Elle m'a proposé, elle et Sally, de leur abandonner pendant quelques jours cette farouche beauté. Je leur ai brusquement imposé silence, et je les ai chargées seulement de redoubler les précau*

lionfl. L'attendriffleroent de Dorcas loi a lait essuyer beaucoup de railleries. Elle coufesse que ses larmes étaient réelles. Elle en a honle, ditdle ; mais elle n'a pu les reteniri tant il y a de force dans le sentiment naturel de la douleur. Pendant que les autres femmes riaient de sa simplicité, je lui ai dit qu'elle n*aTait pas d'excuse à donner pour ses larmes, et que j^étais bien aise d'apprendre qu'elle eût celte facilité à pleurer. On peut faire un bon usage de ce Calent, que personne ne lui connaissait. En un mot, ie youdrais qu*elle l'exerçât souyent, et qu'elle s'efforçât de gagner, s'il est possible, la confiance de ma charmante par la sensibilité qu'elle témoignerait pour ses peines. Elle m'a répondu que sa maîtresse avait remarqué ses larmes, et qu'elle lui avait déjà ùïi compliment de cette preuve d'humanité.— Fort bien, lui ai-je dit. Votre rôle sera donc à l'avenir d*avoir le cœur tendre ; mais prenez garde de vous trahir par des affectations. Ainsi, Dorcas va deyenir une ulle de fort bon naturel; et ma charmante, qui est disposée a bien juger de son sexe, y sera trompée ÙM^ilement.

LETnuscax.

Mt LOyELlCBj À ■• BBUOftD*

Je reçois avis de Parsons, un des yalets de chambre de milord H..., que mon vieil oncle est fort mal. Ce garçon, qui m'est absolument dévoué, en ma qualité d'héritier présomptif, me fait entendre dans sa lettre que ma présence au château de M... ne serait pas inutile. Tu vois, par conséquent, que je n'ai pas ici de temps à perdre. Si rhonnôte pair ayait la bonté de se rendre, après tant d'invitations qu'il a reçues de sa goutte, la perspective n'aurait rien de désagréable pour ma chère Qarisse. Une succession de huit mille livres sterling de rente, et probablement la reyersion du titre, me rendraient peut-être un bon office auprès d'elle ; mais k quelle noble yariété de méchantes actions ne serais-je pas en état d*aspirer, avec cette augmentation de revenu? Tu me diras, peut-être, que j'exécute déjà tout ce qui me tombe dans l'esprit : mais c'est une de tes erreurs. Sois persuadé que je n'en fais pas la moitié ; et ne sais-tu pas que les meilleures âmes sont charmées du pouvoir de faire le mal, soit qu'elles en fassent usage ou non? La reine Anne, qui était d'ailleurs une fort bonne femme, a toujours été jalouse de cette prérogative. C'était un de ses faibles, dent ses ministres ont abusé plus d'une fois en son nom.

On m'assure enfin que ma charmante consent à me yoir; après trois refus à la vérité, et sur la manière un peu ferme dont je lui ai fait dire, par Dorcas, que si je ne puis l'entretenir dans la salle à manger, je suis résolu de monter à sa chambre* Cependant elle a déclaré qu'elle ne me verrait de sa yie, si le ciel lui rendait la liberté. En même temps, elle s'est informée, sans affectation, du caractère et de la profession des voisins. Je suppose qu'ayant retrouvé la voix, elle veut implorer leur secours, s'ils peuvent entendre ses cris. Elle ne doute pas, dit-elle, qu'ayant formé dès le premier moment l'horrible dessein de sa ruine, je n'aie choisi, dans cette vue, une maison si favorable pour le crime. Dorcas emploie toute son adresse pour lui calmer l'esprit. Elle la conjure de me voir avec modération. Elle lui représente que je passe pour le plus déterminé de tous les hommes ; que la douceur a quelque pouvoir sur les caxactèies violens, mais qu'il n'en faut rien attendre par d'autres voies.

2fà cièPKWP MMomJR* .

Que s«Bît^€er«i j'uvais roo^n notre mariage, ou si ^ paosAwà lerfompsov? Ici, la ckèvc pai^oont) a déclaré ass^z nettement qu*ellexi*ealpaa ivariée; mais Doroas a leint de ne pas i'-entendre. Je conclus qu'elle est déierou* née à ne plus garder de mesures.

Après deux heures d*un mortel combat, dont je n'ai xpoipocté d'aurtfe (ruit qu'un renooeeraeajt solennel à toutes mes oflras, acconapagpé defoille témoignages d,e mépris et de haine, je me renferme .dans ma chambre, pour maudim, comme madamie Siaclaij;, Tiieure ^t le mioment (Âk J'ai-cannu cette impitoy«^e beauté»

,|uETÏ*E OCLXI.

n. LOTEUCE, A M. BELFORD.

aUiiUmtJB,»JaiD.

Je rapprends, BulTord. que nous sommes h présent sur le même pied, ma charmante et moi. Elle ne veut pas que je devienne honnête homme. Elle autorise mes complots par ^n exemple. Tu dois être plus partial que je ne l'ai jamais supposé , si tu me blâmes à présent de reprendre toutes mes résolutionsictrâiif^nles. Ne t'imagine |>as que j'exprime ses actions dans un sens forcé, pour justifier les miennes. Le loup, à la vérité n'employa fas de grands prétextes, lorsqu'il 4tti prit envie 4a quereller l'agneau. Mais lu vas voir que le cas est bien différent.

Ma charmante (raarais-iu jamais eru?) prenant avantage eu naturel pitoyable -de Dorcas, et de quelques -mpressions' vives, ^«eeette tetëve créature a laissé échapper contre la cruaulé des hommes, avecdes regrets de ne pouvoir servir sa maîtresse dans ses aCOictioi», lui a donné le billet suivant, signé de-son nom de fiUe, oar elle a jugéà propos de Tas* surer positivement que nous ne sommes pas mariés :

« Je promets qu'aussitôt que je serai en possession de mon bien, jo prendrai soin honorablement do Dorcas Martindale : ou ai je meurs sans avoir pu jemphr cette promesse, foblige ici -mes 'héritiers, mes «cécu* leurs et mes administrateurB, de 'lui payer annueUtiiie»t, ou à son ordr^, Moadentloat lecoaca de sa jrie, da< somme de «ingtJivces âteding, à coa* d^n iqufelle m'aidera fidàlement à m'éobapper de rinjusia piiaon où je MUS JiatueUemeiit çetenne; ladite obligation devant commencer, pour moi ou poRr mes héritiers, trois mois après le jour de de ma délivrance. Je pi;omets aussi de lui donner, aussitôt que je serai libre, la basue de diamant que je. lui ai montrée pour gage de mon honneur sur le reste de cet engagement : écrit de ma propre main le 19 de juin i7...

j> Clarisse HAatovs. »

EbMnl Belfoidy les bi^ nertettoaibept^ils.pasd.'é^>qnemeDt? Quelle fnomeaaoa, qiieltos me^vves suis-je obligé de garder avec cotte chteB iwilde^ {fe ^ois^iu 1»» jusqu'où va ^ hainet Qle voi^tu pas qu.'eU0 I0t léaoliie de fia.fne pard^aner jj^wais? Ne ^ois-tupas péwunoînstflft't^Ua 9fi déshonore absolument aux y«ux du piAlic,^ m perfidie ilui faiitrour ^rto:moyeii de.m'échapporetqu'elleis'expoae à toutes. AOiJles.d^'^hl^ ^rins et de Ideheuses aveaturpsîfQui la recevra î qui lapcotégoratÂétlerminée cependant A courir tpua ces jrisquea, et» povr mettre le combto à sa noirceur, coupable des deux vices dominans de notce siècle» M poc»fidie et la corruption I Ahl BeUordI fielfordl ae me dis plus, «e.oi'écip plus un.mpt en sa faveur. Tu.mlas hULiné de J'avoir logée danst cette mai-

, loo. Mais si je l'avais menée dans toute autre maison .jl'AUdl^terrç, où il *{ se fût trouvé quelque doiiiestl^ue capable de piiié ou de corruption, qu'en 1 serait^il arrivé ?

▲ 4^ beares du jdmUil

Elle est 'fort mal, extrêmement maU .ne dit Doroas, dans la seole vue d^viter apparemment de me voic.'Cependaiit il se peut qu'elle soit fort mal d'esprit. Mais n'est-ce pas une équKvoqtte? Dans tous les cœurs hu* mains, une passion dominante teaverse les principes. La mienne est alieroativenent l'amour ei la vengeance. Celle deoMobarmante est la fattioe. Ma consolation, Belferd* c'est qu '«près la haine, i'amour corn* mence ou plutdt se renouvelle, du moias si l'amour a jamais^u quelque part, aux mouvemeDS de son evitr. Mais, jéflexions à part, tu vois que son complot avance. C'est demain qu'il doit s'exécuter. Je -suis sorti peur faire une nouvelle ligne de cireontMiUaftoR. Aies soins me rendent tnanqiiilie. J'm fait demander inslamment la permieaioa de voir ma chtere malade, a l'occasion du mauvais éiat de su santé. Dorcas m'a fait des egn^uees officieuses. J'ai maudit l'impertinmce.de cette créaturei tassez haut pour être entendu. J'ai frappé du pied, je mesuis emporté. Le bruit de mes menaces a fait assez d'impression sur Tespcitide ma belie.pouriui faite appr^efider que sa fidèle oooiidenle ne fût •préci|)itée du haut des degrés en bas.

-p^.Le misérable est d'une ^ioleiiGe extitoe, a->t*elle dit à Dorcas. Mais tu as, ma chère, une amie dans moi pour le reste de tes jours.C'esi s9iekiKe Docoss à présent ; et -ce n'est plus Dorcas W.ykes» c'est Jhtratf Marlindale qui est en effet son véritable nom. Et par dessus le lien^do l'iiitérôt , >la obère personne se l'est attachée par des sermens solennels. Mais écoute un charmani dialogue:

-^Ûù vous proposez^vous d'aller, madame, en quittant cette maison?

** Je me jetterai dans la première que je trouverai ouverte, et j'y demanderai de la protection, jusqu'à ce que je puisse .ine fiuBe amener un carrosse ou me loger dans quelque honnôte famille*

— - Comment fere^vous, madame, pour des èabils? ie>doule que vous puissiez en emporter d'autres que ceux que vous avez sur vous.

--'Ohl c'est ce qui m'importe peu, si je puis seulement sortir .de cette maison.

— Que fere»-vous pour de l'argent, madame? J^i .entendu dise.à monsieur qu'il n'avait jamais pu vous faire consentir à lui avoir la moindre, obligation, quoiqu'il ait appréhendé que vous ne fussiez sans argent.

«^iOhl j'ai deshagues et quelques joyaux de prix.fà la éventé, il ne Aie reste pas plus de quatre guinées dont j'avaiamême destiné deux à quelque charitable usage; mais, hélas t la chanté doit commencer à présent par moir-méme. Une chère amie que j'ai encore, si je idoiskicroire en vîq^ neme laissera pas manquer absolumeat ioisque je voudrai l'infocmer de dermes besoins, âh! DocoasI je n'aoriûs pas été si long«*tempa eana en* tendie parler d'elle, si je n'avais pas été trahie.

—Je vois, madame, que voire sort test fort Inste* J-en suia' touchée juequ^au cœur.

— Que je te remercie, Dorosel C'est im nriheiir*ponr moi, de,ifav0ir pas fsit réflexion plus tôt que je noipemviJs lyie fierii Ja pitié de ton sexe*

— Ce n'est pas d'aujourdihui, aiadamet que j'ai senti de la compassioa pour vos peines. Mais vous avez tonjouss paa u imnadéter d^MOi»

364 CLARISSE BAHLOVE.

leurs, je ne doutais pas que vous ne fussiez mariée, et j'ai toujours cra que vous traitiez monsieur avec un peu de dureté ; de sorte que m'ayant placée auprès de vous, je me suis fait un devoir de prendre ses intérêts. Que n'ai-je su plus tôi que vous n'étiez pas maxiéel Une dame telle que Yousl une fortune si considérable! se voir si cruellement trompée!

— Ah ! Dorcas 1 avec quelle lâcheté m'a- t-il attirée dans ses pièges! Ma jeunesse, mon peu d'expérience du monde! et lorsque je tourne les yeux derrière moi, j'ai aussi quelque chose à me reprocher*

«• Bon Dieu! madame, que les hommes sont trompeurs! les promesses, les sermeDS.«. J'en suis sûre, j'en suis sûre ! (et se frottant quatre ou cinq fois les yeux avec son tablier) je puis bien maudire le jour où je suis entrée dans cette maison ! C'était fort bien expliquer d'où venait l'effronterie de ses yeux, que ma charmante lui avait tant de fois reprochée. (Je l'ai louée d'avoir passé si adroitement condamnation sur le caractère de la maison. Elle ne pouvait enureprendre de la justifier sans rendre son zèle fort suspect.)

— Pauvre Dorcas! h la campagne, où j'ai toujours vécu, qu'on connaît peu la dépravation de cette méchante ville!

— Mon malheur, madame, est venu de ne pas savoir écrire. J'aurais pu communiquer mes embarras à quelques proches parens que j'ai dans le pays de Galles. Ils m'auraient sauvée de ma ruine.

«—Pauvre Dorcas! (essuyant ses yeux de son mouchoir; car cette chère personne est la compassion même pour tous les malheureux , à l'exception de moi...) Une tante ne devait-elle pas protéger sa nièce t L'abominable femme !

— Je ne puis dire que ma tante y ait eu part. Elle m'a donné de bons conseils. Elle a long-temps ignoré l'état.. •

— - C'est assez, Dorcas, c'est assez. Dans quel monde nous vivons! Dans quelle maison suis-je ! Mais prenez courage. Cessez de pleurer (quoiqu'elle ne pût s'en défendre elle-même). Mon infortune peut tourner heureusement pour vous, et n'en doutez pas, si je vis.

— Je vous remercie comme le ciel même , ma très chère madame! Je partage à présent toutes vos peines, et je vois que le salut de mon Ame dépend du service que je suis prête è vous rendre. Si vous m'aviez dit seulement que vous n'étiez pas mariée, j'aurais perdu la vie, plutôt;., plutôt... Dorcas a pleuré. Ma charmante s'est mise à pleurer aussi.

Je t'en prie , Belford , quelques réflexions sérieuses sur ces bizarres événemens. Comment les bonnes Ames peuvent-elles s'expliquer à ellesmêmes, que Satan ait des ministres si fidèles, et que les liens du viee soient incomparablement plus forts que ceux de la vertu ; comme si le partage de la nature humaine était la corruption et la méchanceté : car si Dorcas avait été honnête fille, et tentée aussi fortement pour commettre le mal, je ne doute pas qu'elle n'eût cédé à la tentation T Et pour ne pas chercher des exemples hors de nous, ne voi&-je pas, dans notre association, cent preuves de l'ascendant du vice sur la vertu Y N'avons-nous pas fait plus, pour l'intérêt de notre vie désordonnée, qu'un homme de bien nefit jamais pouronebonnecauseîN'avons-nouspasbravé, dans l'occasion, l'autorité des lois? Avons-nous connu quelques dangers, lorsqu'il a fallu nous servir mutuellement dans nos folles entreprises? D'où peut venir cette différence ? Je crois l'avoir deviné. Les libertins tels que nous, c'est-

OLtaan ■auoti. 365

é-dite Tideux dliàbitnde, sont d'eux-mêmes aussi méchans qu'ils le peu- ▼enl» et font sftns cesse TouTragede Satan, sans qu'il ait besoin d'y contribuer beaucoup : au lieu qu'il est occupé cootinuellement à tendre ses filets pour les aulres» et qu'en pdcheur habUe il proportionne l'amorce au poisson qu'il veut prendre* Je ne Tois pas même pourquoi l'on blâmerait, dans Dorcas, sa fidélité pour une mauTaise cause. Un général, qui sert Tambiiiond'un prince dans ses tyranniques entreprises, un stocat, qui se charge de la défense d'un criminel eu d'une cause injuste, te paraissent*ils bien différons de DorcasT Les crois-tu réellement moins coupables? Cependant l'un obtiendra le nom de héros; l'autre celui d'un modèle d^éioquence, à qui chacun voudra confier ses intérêts; et leur habileté les élèvera tous deux aux premiers honneurs de leur profession. Fort bien , comme tu dis. Mais que faire , lorsque ma charmante est si déterminée à quitter cette maison ? Serait-il impossible de trouver quelque moyen d^ Tobliger, ei de faire servir ce moyen même à mes propres vues? Je suis satisfait de cette ouverture. Il me semble qu'elle peut être tentée. J'en vois faire mon élude... Supposons qu'en effet je souffro qu'elle m'échappe : tous les désirs de son cœur tendent à ce point; le triomphe qu'elle sera flattée d'avoir obtenu sur moi sera une compenss* tion pour tout ce qu'elle a souffert... Oui, je suis résolu de l'obliger, lorsqu'elle s'y attend le moins.

LETTRE GCLXU.

■• LOVELACB, A M. BELFOBD.

TendNdl, SS Jato.

rétais sorti ce matin de fort bonne heure dans un dessein dont Peié- GStîon est encore incertaine. A mon retour, j'ai trouvé un carrosse à six chevaux qui m'est envoyé par toute ma famille, h la prière de milord M.*, pour recevoir les derniers soupirs de ce cher oncle. On désespère do n ^ntf. .Sa goutte est remontée à l'estemac pour avoir bu de la limo- DflKto avec excès. Un homme de deux cent mille h'vres de rente préférer tes guCts à sa sauté I II mérite la mort. J'ai donné ordre à son bailli 06 Hertslut^» qui luamène la voiture, de me la tenir prêle pour deiBttii a quaU« lieim» au mitàn* n n'en coûtera qu*un peu plus de fati-

SI aux ditff aux duut lepan» c% délai, et le repos qu'ils prendront dans lervalto augiutniera mmir foia». ii'aiHeuis, au moment que je t'écris peuhteojii'ftpp8rtieiiueti»-ib «M|4\ Je suis absolument résolu au maliage» SI ma cbèro turi« ofleiwiit à m'accepter. Si son obstination est invincible, je vois bien qui» laut me rendre aux mouvemens, non de ma conscience, mais des femmes de cette maison. Dorcas l'a informée de l'arrivée du bailli et de sa commission. Elle a souhaité de le voir. Mon retour l'a privée de cette satisfaction. J'ai trouvé Dorcas qui faisait sa leçon à l'honnête bailli sur les questions auxquelles il ne devait pas répondre. Mais j'ai fait demander aussitôt la permission de voir ma charmante. Elle m'est accordée; soit que la nécessité de mon départ l'ait iBUsilement disposée à recevoir mes adieux, soit que la brillante succession qui m'attend ait le pouvoir do la rendre plus traitable. Je l'entends qui entre dans la salle à manger.

Rien, rien, Belford, n'est capable de la toucher. Je n'ai pu rien obtenir d'elle, quoiqu'elle ait obtenu de moi le point qu'elle avait le plus à cœur.

li (ml que jdiai»|ifdniite en pea de mots ce qsi- lAOOi de-so'fatseh en*^ tce BOUS.

Je lui ai proposé d'ebovd, etdms les termes lés plas empressés, de Fépouser suT^le*champi Blie ro'r refosé avec la même chaleur. Je lai ai dit que sMllui plaisait de m'assurer seariement qu'elle ne quitterait pas la maison de madame Sindair jusqu^à mardi au soir, je ne ferais qu'aller au château* de M»# pour m'assurer de milovd et iwcevoir ses dernières volonlé»8'il était en étal de me les ezpliquev; que peut-être serais-je de retour a^ni lwidi.««—'Aec<lRiezh-moi quelque chose, madame, je vous ea conjure; donnex-moi quelque légères marques de considération^

•*-> Queil monsieur, n'est- oe que par tos mouvemens que je dois me détenniner? Croye^-rous que je ratifierai ma prison par un consente* ment vokmtaîEe? Que m'importe totre absence ou votre retour?

— Ratifier votte prison I eh I vous imaginer- vous, madame que je redoute les lois? (J'auiais pu m'épargner cette folie bravade. Mais Porgueil de me Ta pas permis^ J'ai cru, Belford, qu'elle me menaçait.)

— Non , monsieur, c'est de quoi je ne vous soupçonne pas. Vous êtes tfop brave pour respecter les lois divines ou< humaines.

— * Fort bèen, madame. Mais exigez de moi tout ce qui peut vous plaire, je suis prêt à le faire pour vousy quoique vous ne soyez disposée à ri.n pour m'obliger.

^ Eh bien, monsieur, je vous demande la liberté d'aller a Hamstead.

Je suis demeuré en suspend. lAiis, à' la fia :

— Oui, madame, j'y consens de bon cœur. Je vais vous y conduire de ce pas et vous y laisser, si vous me promettez d'fftro h moi jeudi prochain, en présenee dis voire oncle.

-^ Je ne promets rien.

— Madame, madame, gardez-vous de me laisBervoivqoe jœi^ai^flttnui fond à faire sur le retour de votre affectiom

^ Vous m'avez accoutumée à aoufCrir vos raenaoês^. memiewi' Maiff je n'en accepte pas moins votre compagnie jusqu'à lunstMltJeseii^palte il partir dans un quart d'heure. Mes habitti viendAntleiMito.

^ Vous savez,, madame, ài9iallecoiiÉitâH].*JeadîiproatiaiB«.«

-* Quoi I vous n'osez voua fier!.^*.

J'avoue, madame, que lepasaénB'iDsirfi^de:» défiMior.*Cepeiidnilii8 veux méfier à votre généresiié..]iMiani^ s^ilii^antfe xieaqai dmerao faire ohauger de résolutionv dfadssi bonne iMNureqi^iiivmiB plaira^ voas pouvez partir pour Hameteadi. Celte pcomeaseapaaii HoUiger.€0|MdiMt j'ai vu dans ses yeux un^ aii^ de «oui«r Je vais redxmver le» iemaMk Gomme je n'û point à^BréaeaVde^mcilltours juges, j'entendrai odHiuMès pensentde ma critiqiie situation airae cette fiè^^ beauté: 911 iiifatlii inn lemment unLovelace k 9enodft,*ott»nt>di» ton ]f phisitëBMlre'dr^hlMBllier h la quaU4éden»ri,en dépit deHoutee^ee^pnferattiiOfOonnre oeMIbt d'esclavage.

m. Ëoittuta». A « . ittLWAA.

Je sors du conseil. « Âi-je été si loin pour n^oser ihfr^utl ptts db'pKRr? N'esikil pas^évidienty.par ttout» la conduite de m« belle, que' je suis^ftsokinent p«du dans se» eam»? Quiâto «utce défense a-t»elle que semé!e>-

quence et ses larmes? Dans-U première éprouve, j avais (rop d'avantage. Elle était insensible. Elle n*e Taurait' pas e\e, s'il avait dépendu d'elle de ne pas Têtre. Les méthmieB que j'ai cii)plDjèG9 arec elle D*ont fait qu\iugmentcr sa gloire et son orgueil. Elle peut faire avec honneur le récil de ^n aventure. Pas un mouvenaent d'inclination qui' puisse Tavoir trahie. Éllfe peut me couvrir de confusioii d'un seul r^ard, sans avoir à se re- ^chor ïa moindre pensée dont elle doive rougir. y> Voillt, Belford, le ré- 5tiltaf de naa conférence avec les femmes. Ajoute que la chère personne voit à présent la nécessité où je suis de la quitter; qu'elle est résolue de faire éclater ses plaintes ; que mes inventions sont d'une nature qui doit «îd ftiire passer pour le plus odieux des hommes, s'il arrive qu'elles soient d^(îoavcrte3 avant lo mariage. Cependant j'ai promis, comme (u sais, et sans aucune condition de sa part, qu'elle partira demain ponr Hamstead.

Veui-tu savnii: le sens de celte promesse ? Elle est rtsireinte, si lu l'en souviens, par la supposition qu'il n'arrivera rien qui doive la faire changer. Or, apprends qu'il arrivera quelque chose. Figure- toi que, par imprudence, Dorcas ait laissé tomber le billet qu'elle a reçu de sa maîtresse. Les domestiques, surtout ceux qui ne savent pas lire ni écrire, sont la plus négligenio race du monde pour toutes sortes de papiers. Figure-loi que je l'ai trouvé, et dans un temps où j'étais résolu de laisser a ma chère Clarisse la disposition absolue d'elle-même. Cet incident ne fe paraît-il pas quelque chose ? Un billet de celle nature ne porie-t-il pa^ foutes les apparences d'une véritable ingratitude? Le dessein de m'en faire un secret proure la* crainte qu'il ne fût découvert, et cette craintef dëcèfe un cœurcoupable. Quel prétexte plus juste? Si je tombe dans une violente colère apràs ma découverte, ne convieut-on pas généralement que la colère est un^ excuse pour b violence.

Suppose que, pour échauffer la scène, j'appelle les femmes à témoin ef que je les fosse juges d^une vile servante qui s'est laissé corrompre. Le moindre avantage que j'en puisse tirer, si ce n'est une admirable occasion pour renouveler l'épreuve, sera du moins une excuse pour faire dUfer jusqu'à' mon retour ce qu'on nomm^ la pmon, et pour ordonner ipie la vigilstûc^ soit redoublée et pour mo faire envoyer toutes les let'» tfes qu'on pdiflrait écrire et recevoir? ef lorsque je serai revenu, le diable? s'en mêlera, si je ne trouve pas lemojen de faire choisir à ma belle queh» qtie logement qui réponde* à mes vues, puisque celui-ci lui déplaît, sans qu'il paraisse néanmoinsque j'y aie plu^ de part que la première fois. Tu tas t'emporter ici contre moi. Tu me maudiras, j'en suis sûr. Mais croi»^ tu qu'après avoir mis tunt d'inventions en usage je m'expose à perdre cette incomparable femme pour quelques ruses dé moins? D'ailleurs, nef 8Uis-je pas déterminé au mariage? N'est-ce pas assez pour me justifier aux yeui diit public? Vnecatasirophe ne passe-t-«lle pas pour heureuse^ de quelque traverse qu'elle ait été précédée, lorsqu'ellese termine par in cAôbrationf

Mais je me livre entièrement aux tendres soins de l'amour, tandis que mon pauvre cher oncle, comme* son bailli m'en assure, est dans la plu» mortelle agonie 1 Quelles doivent être ses souffracnesl Le ciel ait pitié de lui ! J'ai lo cœur trop sensible, Belfort, cl cette chère Clarifso l'aurait éprouvé, si j'avais pu m'imuginor que ses plus cruelles peitics eussent apnroché des plus légers tourmensde milord.

S68 GLABISSB BAIULOTB.

LETTRE CCLXnr.

a. LOTELACB, À M. BELFOID.

Seconde audience que je viens d'obtenir. Mais on ne m*a pas permis d'expliquer la moiiié des (eudres sentimens, des offres obligeantes dont mon cœur était rempli. Maudite situaiion que celle d'un homme qui se sent disposé à dire les plus belles choses du monde» et qui ne peut engager la maîtresse de son sort à les entendre !

Ma charmante m'a demandé quel fond elle pouvait faire sur la permission que je lui avais donnée (elle a prononcé ce mot avec affectation), de se rendre h Hamstcad aussitôt que je serais parti pour Berkshire. J'ai renouvelé fort gai ment ma promesse. Elle m'a prié de donner mes ordres devant elle. J*ai appelé aussitôt Will et Dorcas. — Apprenez tous deux, leur ai-je dit, que vous devez obéir, dans mon absence, à toutes les volontés de votre maîtresse. Elle se propose de retourner à Hamstead lorsque je serai parti. — Mais, ma chère, lui ai'je demandé , ne prenezvous personne avec vous ? Prenez Dorcas. Elle m'a répondu que madame Moore ayant deux femmes de service, elle n'avait pas besoin d*autres domestiques, ou que si Dorcas lui était nécessaire, elle la ferait venir.

— Oui, oui, Dorcas, ai-je dit à cette fille ; il suffira, si votre maltresse le permet, que vous vous rendiez près d'elle à mon retour. Voulez-vous, mon cher amour, que je fasse appeler madame Sinclair, pour lui donner aussi mes ordres devant vousî Elle a refu£é de voir madame Sinclair, et rien de ce qui lui appartenait. Les domestiques s'étant retirés, j*ai renouvelé mes instances pour lui faire promettre de recevoir jeucU prochain mes sermens au pied do l'autel. Effort inutile. S'il arrive quelque chose de mal, ne doit-^lle pas s'en prendre à elle-même? Je me suis réduit à une faveur qu'elle n'a pu refuser è Tair dont je Tai demandée; c'est de passer une pariie de la soirée avec elle. Je serai la douceur et la complaisance môme. Mon lime entière se répandra devant elle, pour obtenir l'oubli de mes offenses. Si la sienne est inflexible, et que malheureusement le billet se préscnto sur mes pas, jo ne doute point que la vengeance ne me jette dans de furieux transports. Toute la maison est dans mes intérêts: ne serait-ce pas ma faute, si je manquais l'occasion.

Cetto épreuve néanmoins sera la dernière. Je te le jure, Belford. Si je vois qu'avec le plein usage de ses sens elle se conduise aussi noblement que dans la première, c'est un ange qui sortira de la fournaise, pour recevoir a jamais mes adorations. Toutes ses souffrances finissent. Je renonce h Satan, qu'elle aura vaincu, et je me livre à la réformaiion. Quelques heures vont décider de mon sort. Mais quel que soit l'événoment, je serai trop occupé, pour trouver le temps de t'écrire avant que jo sois au château de M.... En attendant, je t'avoue que je suis dans une étrange agitation. Je veux la ealmor, s'il est possible, avant que de paraître devant elle. Mais il se passe dans mou cœur des mouvemens que je ne puis comprendre. Je quitte ma ^ume, et je m'abandonne à ma destinée.

GLABI88B HABLOYB* Sf^

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