LETTRE CCLXV
■• hOlBLÂCE k U. BBLFORD.
Yendredi an wir*
J'arais cm qoe le temps et riocUnalioD me manqueraient également pour écrire, avant que de me livrer aux six chevaux de mon oncle. Mais je me troave du temps; et ne pouvant ni dormir, ni me distraire des noires idées qui m'assiègent, je n'ai pas d'autre ressource que ma plume.
Je me suis efforcé, par la douceur et par l'amour, d'amollir... quoi? Le marbre ; un cœur incapable d'amour et de douceur. Les offenses passées ne sortent pas de sa mémoire; prêle à recevoir des grâces, c'est-à-dire, la permission de partir pour Hamstead ; mais aussi éloignée de les mériter que d'en faire. Ainsi je me suis bientôt vu forcé de renoncer à mon système de complaisance et de soumission. J'aurais souhaité alors qu'elle eût exciié ma colère. Elle a paru s'apercevoir du danger; et n'ajant pas la hardiesse de me braver directement, elle m'a tenu comme incertain entre l'espérance de la fléchir et le désir de l'offenser. Cependant elle croit la fable de Kenlish-Town. Je la vois persuadée que son oncle doit s'y rendre, et je ue m'aperçois pas qu'elle soupçonne Tomlinson d'être un imposteur. Son inquiôiude n*en était pas moins visible pendant notre entretien. Elle a voulu plus d'une fois se retirer. Elle m'a ramené si sou- Tont à ma promesse pour Hamstead, que je me suis trouvé fort embarrassé à répondre , quoiqu'aux termes od j'en étais avec elle il me fût impossible de Texécuter.
Dans cette situation, quel autre parti avais-je à prendre que de faire naître un pr<^texte de querelle, pour me mettre en droit de révoquer ma permission. J'étais convenu avec les femmes, que si je ne pouvais trou* ver dans notre conférence Toccasion de quereller, le billet se trouverait sous mes pas, et que je m'en saisirais aussitôt qu'elle m'aurait quitté. Mais, vers dix heures, l'empressement qu'elle a marqué pour se retirer m'a fait craindre que si je la laissais remonter à sa chambre, il ne me fût difficile de me rapprocher d'elle. Je ne voulais pas m'exposer à ce risque.
Si j'étais capable de mettre un peu d'ordre et de liaison dans mon récit, j'aurais dû te dire d'abord qu'entre huit et neuf heures du soir il m'était venu un nouveau courrier de ma famille > pour me prier de prendre avec moi le docteur Swan, dont mon oncle s'est souvenu que les remèdes lui ont sauvé la vie dans une autre occasion. Je l'avais fait avertir de se tenir prêt pour quatre heures du matin ; car le diable aurait plutôt emporté l'oncle et lo docteur, que de me faire remuer d'un pas avant la conclusion de mon entreprise* A peine ma charmante était-elle entrée dans sa chambre, qu'en me retirant dans la mienne j'ai trouvé un petit papier que j'ai ramassé. Je l'ai ouvert, car il était soigneusement plié dans un autre. Que pouvait-ce être qu'une promesse de vingt livres sterling de pension et d'un diamant pour corrompre Dorcas, et l'engager à favoriser la fuite de sa mattrease?
Quelle révolution tout d'un coup dans mes esprits I J'ai sonné avec assez de yiolence pour casser le cordon , comme si ma chambre eût été en ieu. L'effroi s'est répandu dans la maison. Tout le monde s'est mia en mouvement. Wili est accouru le premier*
tlb~ CLAHMBB HJflKLOYB.
— Monsieur, monsieur ! . . .
— Qu'on m'appelle Dorca?, me suis-JQ écrié du haut de l'escalier, dans une horrible lureur et prôtà perdre re^piraiioB«l«a »alheureuse s'est présentée, mais tremblante, et se gardant bien de s'approcher trop, apr& le récit que Will loi arait fait de mon emportement. J'ai tiré Tépée, que ymfm prise dans le premier moufement de ma rage; foi Tomi OBBtioipfécAtions contre une inlàme traliresiBe.
-— MooDieiil mon Dieol s^est écrié Will ett me ratanaitt le factt, kns^ que ieTonleis k frapper au passage^ Je Vbï icpOQMO de toute ma foiœ z et lui doMiant un grand ce«p du plat de moo épée i
-» Prends cela , mamtid, ]^ur avelr ^ér^bé ta» perfide à ma ve»geeeee.
-Ddui on ti^is de» femmes sont mofotéee en coafdsion*
•^Quoi donc? Qtioit Qu'estai 8rrifé?fJ'ai entendu matharmimte qni , leiki â'onrnr sa por!e, poussait un verrou de plus pofirr la ferwer.)
-«-» Ce cpaî est arrivé I Cette abominable Doit^... Qu'on m'appeRe sa tdtrte. Qa^îIle Tienne voir àquefle traîtresse eile m'a hrré. Je veux qu'eRe me ramène elle-même; qu'elle me fasse justice d'une misérable qui se laisse corrompre par des pensions, pour éterniser les querelles entre un mari et sa femme.
Que je périsse, Belford, si j'ai le courage de contimier les circonstances de cette farce.
La tante est montée en soufllânf.
— Sur sa part de paradis, m'a-t-elle dit en joignant les mains, elle n'avait aucune part à ce qui s'était passé. De sa vie elle n'avait connu une femme plus malicieuse et plus intrigante que la mienne. Elle ne me demandait pas grâce pour Tinfâme créature. Elle la renonçait pour sa nièce, s'il était vrai qu'e!lo fût capable d'une trahison* Mais quelle était la preuve? Je lui ai fait voir le papier. Alors, devenant aussi furieuse que moi, il n'y a pas d'injures et de malédictions qui ne soient sorties de sa boucho,
•le suis rentré dans ma chambre avec grand soin de tenir k porte ouverte, pour donner passage au bruit et aux voix dans le corridor. «^ Qu'on me l'amène, aHe dit d'un tcn que j'ai cru prepie à me faire enteodie de ma charmanle ; qu'elle paraîsee devant son jogew Je veux aa^ voir qui a fait les premières avances*
Elle est venue entre deux femmes qui l'ont amtcbée û» aen asile. En marebant, elle inplorait mn bonté, cé&à de sa tante et la pitié de tonte la maison.
^ EUe tranUait, disait -elle, de pnradtre devant moiv Bn effoe, lorsqu'elle est entrée dans ma chaiid^re où la Saifichiisr m'avait suivi, eevievt démon qui avait affecté de baisser «n pea la v<rtx dane le^ corridor s'est lifté à UMte sa furie. Nous avons commenoé une scène que j'ai honte nH^*méme de te représenter. EUe a duré plue tf «ne hedfV. Dei^as fendant en larmes, je me flattais qu'une généreuse «ompassiDn^penftait engager ma charmante à venir prendre sa défMifle.> Apiin avoir peido cède espënnoe^ Sally a proposé audacicafenieatde oanlmilar la p^deavdc sa^mattrene.
-^"Sans doute, a hfterYompu !a vieille mégère en «ppiandissant. Si madame est aussi remplie d'honneur qve nous-Fatons toujofirs supposé, elle
panllza pour justifier une malbeuceuse fiUe qui «Test kdaaé sidnire |Myr la grandeur de ses offres.
— Oui, monsieur, j*espère... j'espère que si madame ne rient pas vo- ; iMtairement, vous trouverez quelque .meyen d*éclaircir cette affaire en
sa présence. Je compte mes pertes pour rien dans une occasion de cette nature... Je suis amie de la justice ; Ù faut que cette alEaire soit éctoâicie par le fond. Je commencerai parjurer que je tfai pas eu la moindre part à cette noire corruption.
Elle n'avait pas fini ce dernier mot, lorsque nous avons entendu ma ciràre Clarisse tirer ses verronz, ouvrir sa porte et marcher d'un pas libfe dans le corridor.
— * Yaki le moment» monsiaury m'ont dit toutes les femmes d'une seule voix...
Ba vérité, Belford, je n*ai pas la force d'écrire davantage. Cependant il faut que je t'achève la peinture de cette étrange scène.
Beprésente*(oi notre conseil assis pour juger et pour punir la belle eorrmptriee. Moi, la vieiUe, cette vieille si redoutée jusque alors! Sally, Mij, Doroas et Mabel, tous déterminés à consommer cette nuit une daronable entreprise; résolus même, sur la dernière ouverture, de forcer le passage et d'employer les dernières violences; toutes les portes d'en bfts floigneusement fermées et les fenêtres bouchées; Will au bas de l'escalier pour veiller aux moindres mouvemens. Cest à ce moment que nous la vQjons entrer avec un air incomparable de confiance et de majesté. Toute l'assemblée demeure en silence à sa vue; -Gliacun est glacé d'élonnement ou de crainte. Moi-même , je suis comme effrayé de sa sh toation et de la mienne ; le cœur me bat, l'embarras et la confusion me lient Ja langue, allèrent mes forces.
EUe est roueUe quelques momens et jette successivement un regard ferme sur chaque personne de l'assemblée. Cette préparation achève de. nous rendre immobiles. Ensuite, faisant quelques pas devant nous dans la longueur de la chambre, comme pour se donner le temps de chercher ses termes ou de modérer so^ indignation, elle s'arrôteen fixant les yeux sur moi.
— Misérable Lovelacet commence-t-elle avec une force incroyable, ô le phis abandonné de tous les hommes I crois-tu que je ne pénètre point ici ton inlâme et lâche complot? Toi, femme (en regardant la Sainclaii;), qui as su dans quelques momeos ni'inspirer de la terreur, mais que je u'ai pas moins méprisée en te redoutant, et que je regarde aujourd'hui avec détestation I aurais-tu préparé quelque nouveau poison pour me dérober encore une fois l'usage de mes sens? Car ce critne est peut-être ton ouvrage. Et se tournant vers 'moi : Barbare 1 une si noire invention rendrait aujourd'hui tes succès bien peu certains. Viles créatures I (en s'adressent à toutes les femmes) qui aviez peut-être causé la ruine de cent âmes innocentes (et ce que je viens d'entendre me fait juger par quelle voie) apprenez donc, s'il est possible que vous l'ayez ignoré, que je ne suis point la femme de ce monsire. Toute perdue que je suis iwr votre infernal secours, grflce au ciel, je ne suis pas sa femme. Apprenes qm j'ai une famille qui vous demandera compte de mon honneur; une famille puissante dont mes écrits réveilleront la tendresse et la proteo» tion. Considcrez deux fois à quels nouveaux outrages vous me destinez. Je ne serai jamais la femme du scélérat que vous eorvez. J'ai 4e la nais^
Sn CLAfiI88B BAHLOVB.
suce etda bien, le trouveiai desamisqui ne me laisseront pas sans ven^ ' geancc, et depuis les preuves que f ai de votre Iftche inteUigence, n*espérez de moi aucun sentiment de pitié.
Que te dirai-je t mon cher Belfort , personne n'a pu rire de la pitoyable figure qu'il a vu faire à son voisin. Quel abattement la conscience est capable de répandre entre des coupables I
— Pour toi, vile DorcasI a repris mon ange; toi qui, sous le voile de l'affection, es parvenue à me jouer par tes gémissemens et tes fausses larmes, n'appréhende rien de ta double perfidie. Tu as rempli trop fidèlement ton rôle pour avoir ici d'autres reproches à craindre que les miens. Ta fidélité te met à couvert de tels maîtres. Fuis de mes yeux, misérable ! On ne demandera plus qui de toi ou de moi a fait les premières avances.
Te rimaginerais-tu , cher ami? L'impudente et audacieuse Dorcas, effrayée jusqu'à la pftleur, a pris la fuite aussi promptement qu'elle en a reçu l'ordre. Sa frayeur s'est communiquée à Mabel, qui a disparu après elle. J*ai rappelé Dorcas, je me suis efioroé de rallier les troupes ; mais quel diable aurait pu les arrêter, lorsqu'un ange les forçait à tourner le dos?
— Madame, ai->je dit èi l'impérieuse divinité, en m'avancent vers elle d'un air assez fier, quoique mêlé de confusion, permettez-moi de vous rassurer. Elle s'est reculée de quelques pas.
•— Arrête, monstre, 8*est*elle écriée, arrête où tu es, et n'entreprends pas de me toucher, si tu ne veux me voir tomber sans vie à tes pieds. Au même instant, elle m'a glacé d'horreur et de crainte, en portant sur son cœur la pointe d'un grand canif dont elle tenait le manche serré dans son poing, de sorte que, n'en voyant que le fer, il n'y avait aucune app&rence de pouvoir la désarmer. — Je ne menace ici que moi-même, a-t-elle continué. Vous, monsieur, vous, femmes, soyez sans crainte. C'est aux lois que je remets ma vengeance : aux lois, a-t-elle ajouté avec une sorte d'emphase, qui font la terreur du crime, et dont je vois déjà le pouvoir dans les marques de votre confusion.
L'infâme Sinclair, baissant la tête vers moi, m'a dit d'une voix basse qu'il valait mieux composer avec cette étrange dame et lui laisser la liberté de partir. Sally, prenant un ton modeste, a déclaré que si M. Lovelace les avait trompées en parlant de son mariage, le cas devenait fort différent. Polly Horion a reconnu que si madame n'était pas mariée, elle avait été fort outragée. J'ai cru devoir parler à mon tour. — Eh ! bon Dieul me suis-je écrié, ce n'est pas de quoi il est question. Nous savons, vous et moi, madame... — Oui, j'en remercie lo ciel, a-t-elle interrompu; nous savons tous deux que je ne suis pas ta femme. Je lis quelque nouveau crime dans ces lâches intentions; mais je jouis de mes sens, Lovelace, je brave ton infâme dessein. Je te méprise du fond du cœur. Comment peux-tu soutenir ma présence? Opprobre de l'humanité! Toi, qui...
— Ah ! madame I n'ai-je pu m'empêcher d'interrompre avec un vif ressentiment, ces injures passent lés bornes ; et j'ai fait un mouvement pour m'approcher d'elle. Elle s'est retirée jusqu'au mur contre lequel elle s^est appuyée, tenant la pointe du canif sur son sein, qui paraissait y toucher en se soulevant. Les femmes m'ont retenu. Elles m'ont conjuré, pour l'intérêt de leur maison, de ne pas irriter une dame si vk>
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lente. Elles m'ont représenté qu'elles étaient perdues s'il arrivait quelque scène sanglante* J'aurais péri mille fois sans doute avant que de pousser mon adorable Clarisse h cette fatale extrémité. Mais quoiqu'elle ne pût être sûre de mes dispositions, elle n'a pas laissé de me braver avec ut courage véritablement héroïque. — Approche, m*a-t-elle dit, approche, barbare. Va, j'ose mourir : c'est pour la défense de mon honneur. Dieu prendra pitié de mon âme : je n'en espère point de toi. Si je me suis éloignée, c'est pour te jurer qu'au premier pas que je te vois faire, j'oflre au ciel le sacrifice d'une malheureuse vie.
— Laissez-moi, ai-je dit aux femmes. Ahl je vous prie de me laisser à moi-même et à la maîtresse de ma vie. Ellos se sont retirées à quelque distance. 0 ma chère Clarisse, que vous m'épouvantez! me suis-je écrié en mettant un genou à terre et tendant les bras. Non, non, je ne fais pas un pas de plus, si ce n'est pour recevoir la mort de cette main injuriée qui me menace de b sienne. Je suis un malheureux, le dernier des malheureux. Dites que vous plongerez cette arme dans le sein de l'offenseur et non dans le vôtre. Je ne m'approcherai de vous qu'à cette condition.
La Sinclair s'est passé la main sous le nez. Sally et PoUy ont tiré leur moudioir d'assez bonne grâce, et l'ont porté à leurs yeux. Elles m'ont avoué que de leur vie elles n'avaient rien vu de comparable à cette acène.
. Sans attention sur moi-même, j'ai fait un nouveau mouvement rers Xobjet de tous mes désirs. — Crois-tu, crois-tu, s'est^elle écriée, que tes jtftifioes puissent me surprendre? Arrête, ou j'ose... Sa main paraissait 80 raidir pour l'action. Je ne ferai rien témérairement, a-t-elle ajouté* Von cœur abhorre Tattentai dont tu me fais une cruelle nécessité. Diea lout*puissan(, je m'abandonne à ta miséricorde infinie.
Je me sais jeté à l'extrémiié opposée de la chambre, plus déchiré de mes craintes qu'elle n'aurait jamais pu l'être par mille blessures. Toute son âme étant livrée alors à quelque prière secrète, Polly raconte qu'on ne lui voyait que le blanc des yeux ; et dans l'instant qu'elle étendait la main pour se donner sans doute le coup mortel (quel frémissement j*é» prouve à cette seule idéel) un regard qu*elle a laissé tomber sur moi^ et quelques mots entrecoupés que je prononçais d'une voix faible dans l'égarement de ma raison, lui ont fait connaître que je m'étais éloigné. Son visage, qui avait paru enflammé dans son transport , est devenu ^le aussitôt, comme si son propre dessein lui eût causé de l'épouvante. Elle a levé encore une fois les yeux , pour s'écrier : — Grâces te soient tendues, Dieu de bonté 1 tu me sauves pour cette fois de moi-même. Et «'adressant à moi : Demeurez, monsieur, demeurez à cette distance; elle me fait conserver une vie... que le ciel réserve peut-être à de nouveaus malheurs.
J'étais prosterné alors sur le plancher, la tête baissée contre terre et le cœur percé de mille poignards. Je ne laissais pas de prêter avidement l'oreille. — Pour être heureuse, madame, ai-je répondu en suivant la première partie de sa pensée, et pour faire le bonheur des autres. Ahl donnez-moi l'espérance de vous voir demain à moi. Je ne partirai qu'après la célébration ; et puisse le ciel...
^ N'attestez pas le ciel, monsieur ; tous ne Tarez que trop irrité par
3T4 CLARISSE BARLOVE.
Yos parjures. — Si ce n>est pas demaînt madame, nommez du môios jeudi, jeudi qui est Fanniversaire de la nûs^anca de votre oncle.
Elle m'a protégé que jamais, jamais elle ne serait à moi. Cependaitt elle a renouvelé ses instances pour obtenir la liberté de se rendre à Hamstead dès la pointe du jour : mais je lui ai déclaré nettement que* ma mort y fût-elle attaché, je ne pouvais y consentir, sans être rassuié par des conditions; et j*espérais, ai-je ajouté, qu'elle ne m^épouvantélait plus par de ftinestes menaces; car je redoutais encore le canif%-*-- Non, m'a-t-elle dit, si je ne lui faisais rien craindre de beaucoup plus terrU)le. H n'y avait qu'un attentat contre son honneur qui pût la pousiaer au désespoir: elle ne pensait qu'à le défendre ; elle n'avait pas eu d'autres vues dans son traité avec l'infâme Dorcas. Le ciel, en qui elle plaçait sa confiance, lui rendrait le même courage dans la môme occasion; mais die ne lui demandait pas cette grâce pour un intérêt plusléf ger. Et, se tournant vers les femmes : Vous, leur a-t-elle dit d'un ton de reine, souvenez-vous que je ne suis pas la femme de cet homme-Ut. Avec quelque bassesse qu'il m'ait traitée, il n'a jamais eu d'autorité sit moi. S'il part demain, et si vous vous croyez autorisées par ses ordres à iie retenir contre mon intention, songez k votre propre sûreté.
Après cette fière déclaration, elle a pris un des flambeaux qui éiticttt sur ma table ; et sans ajouter un seul mot elle s^est retirée dans son ap*partement. Personne n'a fait un pas, ni pour l'arrêter ni pour la suivre.
Voilà, cher Belford, le fruit que j'ai tiré d'une invention dont f anrais conçu de si grandes espérances l Ma situation en est dix fois phis miséiak Ue/Tu n'as jamais vu d'air plus sot que le nôtre, c'e8t*-à*»À^e h mim, ai eelni de la Sinclair et de ses nymphes, pendant les premiefs momeas ^ ont sucoédé à cette scène. A la fin, lesdeux nièces m'ont lait des v«iB> leries outrageantes de ma ibiblesse ; et la vieille furie a marqué beau^imp «fiiiqiiîétude pour l'houneur et la sûreté de sa maison. Je les ai dansées toutes au diable; et me retirant dans ma chambre, je m'y mm enfermé à double tour.
11 est temps de partir pour aller fermer les yeux, à mon onele; jf emporte une riche matièr&de méditation. Tout ce qui me revient de bmb profonds complots est la honte de les avoir découverts, le segret de m'ètra inutilement chargé d'une infinité de nouveaux, parjures^ le déaespeic d'être méprisé par une femme dont je suis idolâtre,, el^ ce qui est bien filus insupportable pour un cœur fier, celui de l'ôiie par md-môraïq. C'est le succès, Bellord, dans tous les événemens humains, c'est le SKOces qui justifie. Quelle admiration n'ai-je pas eu aujourd'hui pour mis «ventions, et combien me suis-je appfaiûli surtout delà. demièrelBUe me paraît à présent si folle, si puécilOt que j'en suis avili à mes prcqtres feux.
A l'égard de cette divine fille, je me sens pour elle plus d'amoi», plof» d'admiration que jamais. Elle sera ma femme, en dépit du ciel et de la terre. U faut qu'elle soit à moi. Avec honneur, sans honneur, notxasoot commun est d'être l'un à l'autre 1 Toutes mes offenses ou û t«veai: 4ous mes forfaits contre une fille adoréesont autant de nouvelles chaînes qtxi m'attachent pour jamais k elle. Si c'était contre moi q^:'elie eût iatt tomber ses menaces, j'aurais été bientôt maître de son bras et jeft'auxais pas eu de peine à la faire tomber dans les miens. Mais tourner son ressentiment* contre elle-même, rassurer les offenseurs, distinguer avlîc tant
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depséeenûe dÎMpii^daiB la chalanr môme 4a sa défeasé ce qu'elle oreit devoir à roccasion; et prooiettre do si bonne ioi moins d'eroporlemejat |)Our tout aulre ioUétU f ue celui, de son honneur ; celte délibéralion» ce dioix, ces principes, ce soia de me tenir assez ëloigoé pour ne pouvoir être aussi prompt à lui saisir la main qu'elle k se porter le coup fatal,.. Comment seoiit-iL pofisiUe de se déleodi» contre m^esiviritableeksi mi^;iwm«ifr ¥er tu 9
im elle n'est pas partia» alla ne partira poinL Je la presserai par mes lettvQi de se laisser fl4^ic pov jeudi, fille sera ma femme par les seules foies qu'elle puisse goûler. Je la rece? rai des mains du capitainct qui f epcéseatera son onole. Cetie innocente ruse ne changera rien à la réalité de nos engagemeos. Uoa onde rendra l'âme, ma (brtune secondera mes iotentions et me mettra tout d'un coup au dessus de tout le monde et de tous les événemens.