‹ Clarisse HarlowChapitre 36 sur 62 · LETTRE CCLXVI · texte numérisé non relu

LETTRE CCLXVI

■• ftOTtUCB» A IBSS aaniSSB BAttOVB*.

an eHêteau doV... sanedi m soir, SI Jaio.

Si ma très chère Clarisse ne regarde pas comme un effet de l'amour et d'une lerceur inspirée par L'amour, la misérable Hguru qu'elle m'a tu laite cette nuit, elle est fort éloignée de mo rendre justice. J*ai voulu essayer jusqu'au dernier moment si ma soumisâon pourrait me faire obtenir d'elle la promesse d'être è moi jeudi prochain, puisque cette fimur m'était refiusée plus t^ et si j'avais eu le bonheur de l'obtenir, elle aurait été libre de partir pour Hanostead ou pour tout autre lieu qu'il lui oMrait çhnàe choisir. Mais, après avoir perdu l'espécanee de la fléchir, comment pourais-je lut laisser cette liberté sans m'exposer à la perdf e pour toujours?

Je vous avouerai, madame, qa'ayœt trouvé, hier après-midi, la papier que Doicas avait perdu, je fis confesser aussitôt à œile fUle qu'elle s'était engagée à favorieer votre étasloo. Si mes inslanoes. avaient pu vous 4éierminer pour jeudi, je n'auraia Ihit aucun usage de cette découverte, et je me serais reposé sur votre parole avec une parfaite conûance; mais vous trouvant inUsKible, j*ai pris la résolution dé tenter, en me ressenlant do la trahison de Dercaa, si je ne pourrais pas obtenir ma grâce pour condition de la sienne, ou de prendre occasion de cet accident pour révoquer le consentement que j'avais donné à votre départ, puisque je s'en pouvais attendre queues suites fatales à mon amour. Ce dessein, à la vérité, aeai Fariîûce. Aussi vous êtes-vous aperçue que je n'ai pu me défendre d'une vive confusion, lorsque vous me l'avez reproché avec tant de force et de noblesse. Vais jfose me flatter, madame, que vous ne pu* nirez pas trop sévèrement un projet dont je reconnois la bassesse. Il ne menaçait pas votre buiitteiif ; at dans le cours de l'eiccuiion, vous avez dû reconnaître tout à la fois que je ne suis pas capable de désavouer mes fautes ei que vous avez sur moi plus do pouvoir qu'une femme n'en eut jamais sur un homme. En un mot, vous m'avez vu fléchir également sous le joug de la conscience et de Famour.

le n'entreprendrai pas de justifier le parti auquel je me snîs aKacbé, de vous laisser où vous êtes, jusqu'à que vous m'ayez promis de vous rauver h Tautel avec moi, ou jnsqu'à mon retour, qui me procurera

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l'honnenr de tous 7 conduire moi-même. Je sens que cette conduite peut TOUS paraître un peu tjrannique; mais comme les suites de votre inflexible rigueur deviendraient nécessairement funestes à nous-mômes et à nos deux familles, je vous conjure, madame, de pardonner cette petite violence à la nécessité, et de permettre que la solennité de jeudi renferme un acte d'oubli général pour toutes les offenses passées.

Voici les ordres que j*ai laissés aux gens delà maison. «Vous ne trouverez que de l'obéissance dans tout ce qui peut s'accorder avec l'espérance que j'ai de vous retrouver mercredi en arrivant à la ville. Madame Sinclair et ses nièces ajant mérité voire disgrftce , ne paraîtront point devant vous, si vous ne les faites appeler. Dorcas ne se présentera poîni pour vous servir, jusqu'à ce qu'elle ait pleinement justiflé sa conduite : ce sera Mabel qui prendra sa place. Il me semble que jusqu'à présent vous n'avez marqué aucun dégoût pour celte fllle. J'ai laissé Will près devons, pour recevoir vos commandemens. S'il se rend coupable de quelque impertinence, ou de quelque défaut d'attention , le congé que vous prendrez la peine de lui donner sera ratifié pour jamais. »

A l'égard des lettres qui peuvent arriver pour vous, ou que vous auriez dessein de faire partir, je vous supplie très humblement d'approuver qu'elles soient retenues jusqu'à mon retour ; mais je vous assure^ madame, que le cachet des unes et des autres sera fidèlement respecté, et qu'elles vous seront remises immédiatement après la célébration, ou même auparavant , si vous le désirez. Dans l'intervalle, je m'informerai de la santé de miss Howe : je saurai apparemment ce qui peut avoir causé son silence, je vous en rendrai compte. Je vous envoie cette lettre par un exprès , qui attendra vos ordres, dans l'humble espérance où je suis que vous m'accorderez quelques lignes de réponse, sur cet heureux jeudi qui m'occupe uniquement. Encore une lois, ma très chère vie, considérez bien notre situation commune. Faites réflexion que nous n'avons plus un moment à perdre. J'écris par le môme exprès à M. Belford, votre admirateur et mon ami , qui connaît tous les secrets de mon cœur> Je le prie de vous voir, si vous lui faites l'honneur d'agréer sa visite, et de savoir de vous-même quel fond je puis faire sur vos dispositions pour jeudi.

Milord est extrêmement mal. Le docteur Swan n'en espère rien. Ma seule consolation , en perdant un oncle à qui j'étais si cher, sera de me trouver, par l'augmentation de ma fortune , plus en état que jamais de faire éclater une passion qui doit faire le bonheur de ma vie , et la vérité de tous les sentimens avec lesquels je suis ,

LovBLâcai.

LETTRE GCLXVn.

H. LOVELàCB, k M. BHLfOaD.

Lundi, 16 Juin.

Tu jugeras des termes où je suis avec miss Harlove, par trois de mes elties, dont je t'envoie la copie sous cette enveloppe. Je suis trop méprisé pour avoir obtenu un seul mot de réponse aux deux premières ; et je n'espère pas que la troisième , qui part avec celle-ci, obtienne plus

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d'attention. Cependant, si Ton s*obstine dans ce malheureux snence, le jour de grâce, le jour de paix et de réconciliation passe sans retour.

 présent, Belford, comme je suis réellement disposé à la célébration, si sa mauvaise étoile et la mienne ne nous font pas manquer le jour de jeudi , je souhaiterais que, suivant le plan dont je t'ai foit TouTerture dans ma dernière lettre, tu prisses la peine de lui rendre une visite ; et que, répondant de mon honneur par des promesses, par des sermens,et par toufbe que Tamitié t'inspirera de plus persuasif, tu pusses me procurer une réponse de quatre mois. Alors, je suis résolu de quitter Mi-' lord M..., dans quelque danger qu'il puisse être, et de me rendre à Fô* glise pour courber la tête sous le joug. Écris toi-même les quatre mots: qu'elle les signe seulement de Clarisse Harlove. Je n^en demande pac plus ; car, après tout, je ne veux pas me couvrir d'un ridicule éternel, aux yeux de ma famille et de tous mes amis.

Que n'ai-je pris tout d'un coup le parti do Phonnêteté! Ah t Belford, que ne l'ai-jo pris I Miis, comptant sur tes bons ofQces, j'écarte ces chagrinantes idées. Qu'elle m'écrive une ligne, une seule signe I Qu'elle ne me traite pas comme un malheureux qu'elle juge indigne de son attention, surtout lorsqu'elle n'est pas encore délivrée de mes mains. C'est ce qu'il me serait impossible de supporter.

Milord n'est pas mieux : les médecins Tabandonnent. Il se croit hiimême au terme.

Tu ne saurais croire combien je suis embarrassé à dépêcher une légion de messagers , qui sont continuellement en course , et qui , se relerant de cinq en cinq milles, forment une chaîne jusqu'à Londres. A la yérité, ils sont chargés en même temps de quelques autres commissions pour le banquier et les gens d'affaires de milord , qui me mettront en état, s'il a la bonté de prendre son vol pour une autre vie, de confondre les espérances de quelques uns de mes autres parens. Je ne parle point de Charlotte et de Patty, qui sont deux filles d'un caractère très noble. Mais j'en connais d*autres, qui ont profité de mon absence pour s'ouvrir un chemin sous terre , comme autant de taupes ; et que j'ai découvert depuis mon arrivée.

Ne tarde pas h me rendre compte de ta commission.

LETTRE CCLXVin.

m. BBLTOID, k K. lOVIUOE.

A Loadm, maidi, 87 Jidn.

Vous me dispenserez , cher Lovelace, de m'engager dans Tentreprise que vous me proposez, jusqu'à ce que je sois un peu mieux assuré qu'enfin vous pensez réellement à prendre une conduite honorable, à l'égard d'une femme que vous avez fort outragée. Je me flatte que tous connaissez trop votre ami Belford, pour le croire capable de souffrir tranquillement que vous , que tout autre au monde lui flt promettre de sa part ce qu'il n'aurait pas dessein d'exécuter ; et, pour te parler naturellement, Lovelace , je n'ai pas beaucoup de confiance à l'honneur d'un homme qui, pur des suppositions de personnes et de lettres, a marqué si peu d'égards pour l'honneur de sa propre famille.

Tu m*écris que, dans l'humeur qui te domine à présent, tu es réelle-

918 CLAHISSB HARLOVB. l

ment disposé au mariage ^ (pioiqu'arec U connaissanoé que j'ai de ton i avarsûn pour cet état , j'aie peine à compcendre que tu aies pu changer h si facUement d'humeur. Tu ajoutes que quatce mots de ta bellesufQraîeiit ^ OMume cent, pour tes vues, parce qu'ils prouveraient qu'elle est capable de pardonner le dernier outrage qu'une femme puisse lecevoir. Et raei > lorsque je Dus réflexion, combien il le serait aisé de trouver des couleurs four donner une autre face à tes intentions, je crois devoir exiger de Éoi des infoonalions. un peu plas neUes;car je me délie d'un remoods pa85ag^r, qui vient moins de quelque principe que du chagrin d'avoir vu manq^ier tes desseins , et ^li ressemble à quantité d'autres dont tu as â aouireni tnomphé*

Si tu peux me convaincre assez tôt pour le jour que lu es résohi de lui rendre une justice honorable, dans le sens qu'elle attache elle^mteie à ne terme; ou, supposé qu'il soit trop tard pour le tsmps, si tu veux fixw quelque autre jour, que tu dois l^ire dépendre de son choix, j'embrasserai volontiers ta cause, de bouche, si ma visile est accepiée , 'Ou par écrit, si l'on ne consent point à me voir. Mais, daascette siippesitien, tu dois permettre que je me rende garant de ta foi.

J'ajoute que mon cœur saigne des cruelles injustices que cette lemme angélique a souilèrtes.

Donne-moi des ordres que je puisse exécuter avec honneur; et Uiyne tnNivera& dans^peiaonne phis ^ chaleur à i'ubUger, que dans ton sincère âflû.

BEuroan*.

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