V. LOTELAGB, A ■• TOHUXSON, ANGK!! CAPTrAmB
An chfltean de M..,, mardJ maUo, S7 jain.
Cher capitaine, un fâcheux malentendu, qui me met encore très mal avec ce que j'ai de plus cher au monde, et que je ne veux pas vous ex * pliquer moi-même, parce qu'il est difûcile de n'être pas un peu partial pour sa propre cause, me jette dans la plus cruelle incertitude sur ses résolutions. Elle refuse de répondre à toutes mes lettres, et j*ai le chagrin de douter si je la trouverai disposée jeudi prochain à la célébration. Milord est si mal, que si je la croyais absolument résolue de ne pas m'obliger, je différerais de quelques jours à retourner à la ville. Il ne trouve de soulagement qu'à me voir près de son lit. Cependant son impatience est extrême d*embrasscr sa nièce. Il veut emporter cette consolation en mourant, et je lui en ai donné l'espérance, parce que, si cette jeune personne consent à mon bonheur, mon dessein est de l'amener droit ici en sortant de l'église. C'est à regret que je le dis de l'unique objet de mon affection, mais la répugnance à pardonner est le vice de sa famille, d'autant moins excusable dans elle, qu'elle en souffre au plus haut degré de la part de ses plus chers parens.
Comme vous vous proposez, monsieur, d'être à Londres avant jeu^i» vous me rendriez le plus important service, si vous pouviez, sans inoonmiQdité, hâter un peu votre voyage. Vous lui représenterez, monsieur, avec tant de force et de justice, les malheureuses conséquences d'un changement, soit du côté de son oncle, soit par rapport à l'intérêt que sa mère, comme vous m'en avez assuré, paraît vouloir prendre à la léconciLialion, que vous ferez plus d'impression que moi sur sou esprit. Un homme à cheval attendra vos dépêches pour me les apporter inunédîatement.
Mais si toutes vos instances sout absolument rejetées, vous aurez la bonté de rendre témoignage à M. Jules Harlove, que ce n'est pas ma
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faute si ses tendres intentions n*ont pas le succès qu'il s'était promis. Je swsy mon tfher monsieur , Tode très hnmbie^
UETTHE GaXKin.
■• BU«HM»fAUI| A. MU LOYBLàCB*
J'ai reçu, monsieur, votre lettre à dix heures du matin. Taire cottrtier me prie de rendre ce témoignage à sa diligence. L'homme et le dieval étaient eo nage.
J'ai pris aussitôt mon habit de campagne, et je me suis rendu avec là dernière diligence chez votre chère dame; dans le dessein de faire beaucoup valoir une multitude d'afkires, qui ne m'avaient pas permis d'arriver plus tôt, et de paraître encore fort pressé, pour avoir occasion de la presser elle-même, et de lui arracher une réponse. Mais, eu entrant diez madame Sinclair, j'ai trouvé toute la maison dans une consterna* tion affreuse.
Je prévois, monsieur, votre surprise et votre chagrin. H est fâdhetot pour moi d'avoir une si mauvaise nouvelle à vous annoncer. Mais vous seriez encore plus fftché d'ignorer la vérité. Votre dame a disparu. 11 n'y avait pas plus 4'«iie demi^^ieure qu'on s'en était aperçu, lors^e je suis arrivé. La fille qui était à son service a pris la fuite, ou ne s'est pas fait voir depuis : d\)ù Ton oondift qu'elle a favorisé l'évasion. On a fait avertir quelques uns de vos meiUeura amis, c^est«à-dirQ, NL 3âltf»> M. Mowbray et M. Belford. M. Tourvill est à la campagne.
11 8'est passé de furieuses scènes entre madame Sinclair, miss Horton, mias Martin et Durcas. Will, votre valet de chambre, parle de se pendre ou de se noyer.
On a dépêché de toutes parts, dans Tespéisnce de découvrir les traces de madame, on de se procurer quelques lumières. Mais votre courrier, n'ayant fait que changer de dieval, est déjà ptôt à partir. Je ne prends queie temqps d'aiouter, avec la plus vive douleur de cette disgiÂce, et beaucoup de renaarciemeDS pour votxe nouveau bienfait ^sûr ici de n'avoir rien è me cfyffOGher), que j'ai Thonneor d'âtre avec respect^ monsieur, v«ti!e,6te.
MAOrfioifAU).
LETXBE CûLXKiy.
■• KOWttUY, A M. LOVEUCB.
Lovelace, je t'apprends une nouvelle qui ifest pas tropplÀisanto. Wss Harbve est partie, tout à fait partie, sur -ma foi. l'on eoorrîer ncme laisse pas le temps de te donner des détails.; et quand fl me preaseniît moins, on n'a point encore approfondi Taffafaw. Les femmes de la tmoson font xm bruit enragé, rejetant le mal l'unesur l'antre, avec une foreur extrême ; tandis que Belton et moi, nous les donnon» toutes au (fiable en ton nom.
Si tu apprenais que ton coquin de Vmi eAt élétiré mott^ quelque
Omméki U'^^ùt tftllrottfé D^ras v^aàm %r%ùm jamtiàiaà.la^a»« nomMit êêmmlài, que cik ne te suycesD» poim. !• ne vois d» Ifan* qiiili» fue fe ïmm9 Mê&véfqm lefoii tes dépoBiiioii«» ies accusations» tes codtaÀMf et qoi wboliit av«6 Tait iiiipvri«i^4'iui ^omaassaice da quaslieE, flaa daMiSf je Mpfose^ aal4e i^altotwei de taïUaaies cixcoB*
Ja/pimÉi beancoup de favt à l» ptioe. «Bettoa an iait auUsl* Jfai» TaTentare peut toufnar k toa «airanlapK; oar l'appranda que lateUe eifr pasHa avec ta msifai. Mite loltel Qirtl leanàde aapèaa t ■olte.dans la îuimt FëflK>anaa»laTa«dia ragMdgir> €o .mfaaame-ki^ipe toiéuisipt» solu d'en faire ta femme. Mais je te connais trop bien.
àùimàf dtm CÊornuBéd. 9k taot oaai» voaiail maniir à piéseat» paui ta coflater de calCe part», il saait ua galant hooNae. icria BaMa» ja Vm pnu lellonrâ, (pi reçoit toi» kajoo» 4e tcalettias^aeiieasflMntiejiaB* Tout à 4oidtt fond do oonir#
lETTRE CCÏLXXV.
U0 aBLFoan. a h. iowjjcb.
Tu as su» de Bac-Donald et de Mdwbray» le fond de fa notrrellte ? bonne ou mauvaise, je ne sais quel nom tu lui donnes. Mais je sonlrairerais d*ayoir eu le môme récit à te faire, arant qtre cette inaHietrraQiseiine eût M tirée do Hamstead par tes infernales séduetioQs. Ta n'aurais paa une noire et ingrate bassesse à te reprocher.
le suis venu & la yîlle dans Tunique TUe de te servir auprès tTéRa, comptant que tes premiers avis me mettaient en état de n'employer avec honneur, et lorsque je Fai frourée partie, j'ai plaint à demi sa situation; car te voilà infailliblement découvert, et sous quel exécrable jour vas-la paraître aux yeux du public? Pauvre Lovelace! Pris dans tes propres piége!^ comme tu le disais toi-mêsie. Ta punition ne fait que commencer.
M«âs je viens h ma narration. Tu attends de moi, sans doute, toutesles circonstances de l'aventuie, puisque Mowbray t'a marqué que j'ai pris soin de les recueillir.
Il paraît que le glorieux triomphe qu'elle avait remporté vendrodl avait coûté qaelque chose .à sa santé, car elle ne s'était laissé voir de personne jusqu'à samedi au soir, et Uabél étant afitrée alors dans sa chambre, l'avait trouvée fort mat. lifais, dimanche matin, ^''étaflt habillée comme dans le dessein d'aller k l'église, elle donna ordre à cette fllle db lui faire venir En carrosse. Mabel lui répondit qu'elle avait ordre de fdi obéir en tout» excepté sur cet article. Eue fit venir WiO , qu'elle chargea delà même commission, ei qui s^etcusa aussi sur un ordre opposé ^irit avail reçu de son maître.
()iiQ]ques oumiens après, elle descendit seule pour sottir sans Iftré ob^ servée. Hais trouvant la porte de la rue fermée à double (dur, elTe entra dans le parloir voEsin» apparemment pour y implorer par la fenêtre to secoues iea paasans. Bile trouva que depuis la dernièie entreprise decefte natooe, les- volets intérieurs avaient été cToués. LiMiessus elle alla droit au.parlok de madame Sainc1air,.qui s'y promeitaît avec aes deux compa* gaea» et, d'un air fartoe» elle la pria de lui donner la çlé de ta rue ou de
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faire ouvrir la porte. Cette demande les surprit. Elles s'ezcusArent sur Tos ordres. « Vous n*ayez pas d^autorité sur moi, leur di(-eUet et tous n'en aurez jamais. Songez aux conséquences de votre refus. Rappelez* vous ma naissance et ma fortune. Il ne tous reste que deux voies pour éviter votre ruine : de m'ouvrir la porte ou de m'assassiner, et de m'en* sevelir dans quelque trou de voire jardin ou de votre cave, assez profànd pour vous assurer que mon corps ne sera pas découvert. €2e que vous avez déjà fait mérite la mort, et me retenir est un crime. »
Quelle noblesse, quelle force d*esprit cette charmante créature a lai édater dans toutes les occasions qui demandent du courage et de la coih stancel
Les femmes répondirmt que M. Lovelace saurait prouver son mariage» et les dédommager de toutes leurs peines. Elles voulaient entreprendra de justifier leur conduite et Thonneur de leur maison. Mais refusant de les écouter, elle les quitta brusquement avec de nouvelles menaces»
Elle monta quelques degrés pour retourner à son appartement; mais descendant aussitôt sur quelque nouvelle réflexion, elle reprit le diemin du parloir de la rue. L'infâme Dorcas s'éiant trouvée sur son passage : -* Je saurai me faire des protecteurs, lui dit^lle, quand les fenêtres en devraient souffrir. Ceue fille, qui l'avait vue entrer chez madame Sinclair, avait pris dans Tintervalle la clé du parloir dans sa poche. Ainsi, voyant son espérance trompée, la triste Clarisse prit le parti de remonter en poui^ sant des plaintes et s'abandonnant aux larmes.
Elle n'a pas fait d'autre tentative jusqu*à celle qui lui a réussi. Les femmes ont supposé que vos lettres, qui sont venues l'une sur Tautre, lui apportaient quelque amusement, quoiqu'elle ne vous ait fait aucune réponse. Elles commençaient à se persuader qu'elle vous pardonnerait, et que le dénouement serait heureux. Dimanche, lundi et mardi, personne, suivant vos ordres, ne s'e3t présenté à sa vue. Mabel rendait un compte si exact de tous les mouveniuns de sa maîtresse, qu'on n'a pu concevoir la moindre défiance de sa fidélité.
Il ne faut pas douter que, pendant ces trois jours, votre infortunée Clarisse n'ait donné toutes ses réflexions à s'ouvrir le chemin de la liberté. Mais elle n'a rien vu apparemment de certain dans tous ses projets. Lin* vention qui lui a réussi parait avoir été l'ouvrage du jour méme« puisque l'événement a fait connaître qu'elle dépendait de la disposition da temps. Mais il est évident qu'en cultivant sans cesse l'affection de Mabel, elle se promettait quelque chose de sa simplicité ou de sa reconnaissance et de sa pitié.
Polly Uorton lui fit demander, mercredi au matin, la permission de monter à sa chambre. Cette demande fut reçue plus favorablement qu'on ne s'y était attendu. Cependant elle se plaignit fort vivement de sa captivité. Polly ayant répondu qu'elle était à la veille d*une heureuse révolution, elle protesta que jamais elle ne se relâcherait en faveur de M. Lovelace, tandis qu'eUe serait retenue dans cette maison, et que peut^^tie aurait-il sujet de se repentir, à son retour, des ordres qu'il avait donnés, comme tous ses complices, de les avoir suivis. Elle ajouta, qu'après l'effort qu'elle avait tenté pour sortir et le refus qu'on lui avait fait de cette liberté, elle était plus tranquille, et que c'était aux femmes de la maison à trembler pour les suites. Ce langage semblait supposer qu'elle était résolue d'attendre votre retour. Les femmes en ont concIUi dans leora
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eraintes pour PaTenir, qa^ayant une si belle occasion de les (aire ponir suiTant la rigueur des lois, elle ne sortirait pas désormais, quand eUe en aurait le pouvoir. Et quelle protection, disait P0II7, attendrons-nous d'un homme qui a commis le plus horrible de tous les viols, et qui est luimême dans le cas, s'il est poursuivi, de se voir condamné au supplice ou de ne poufoir l'éviter par la fuite? La Sinclair, je lui donne encore ce nom, plus effrayée de cette réflexion que les autres, a dit en gémissant qu'elle prévoyait la ruine de sa pauvre maison. Sally et Dorcas ayant part aux mêmes craintes, elles ont jugé toutes ensemble que, pour leur sûreté commune, elles devaient laisser la clé, pendant le jour, à la porte de la rue, afin que toutes les personnes qui leur rendraient visite pussent déposer que madame Lovclace avait toujours été libre de sortir. Les précautions, néanmoins, ne devaient pas diminuer. Will, Dorcas et Mabel avaient reçu ordre de redoubler leur vigilance; et l'on n'était pas moins résolu de s'opposer à son évasion, parce qu'on était bien persuadé qu'elle ne résisterait pas aux belles apparences qui s'offraient pour le lendemain, et qu'un heureux mariage ferait la fortune et la sûreté de tout le monde.
On croit ici qu'elle a découvert la clé qu'on avait laissée à la porte; car, étant descendue au jardin, elle a paru jeter les yeux vers la portede lame.
Hier au matin, une heure après la visite de Polly, elle dit à Mabel qu'elle était sûre de ne pas vivre long-temps; et qu'ayant quantité d'habits qui passeraient peut-être , après sa mort, à des gens qu'elle avait peu de raisons d'estimer, elle voulait lui faire présent d'une robe d*indienne, à laquelle il y aurait peu de changemens à faire pour la rendre convenable à son état. Elle ajouta que Mabel était la seule personne de la maison qu'elle avait pu voir sans terreur ou sans antipathie. Cette fille ayant paru fort sensible à sa générosité , elle lui proposa de faire venir une couturière ; sous prétexte que n'ayant rien de mieux à faire, elle chercherait sur-le-champ ce qu'elle avait dessein de lui donner, et qu'elle aiderait elle-même à changer les paremens. Mabel répondit que la couturière de sa maîtresse demeurant dans le voisinage, elle ne doutait pas qu'il ne fût^aisé de faire venir une de ses ouvrières. Il tombait alors un peu de pluie. Miss Harlove lui conseilla de prendre sa capote, avec la tête. Vous remonterez ici , lui dit-elle, avant que de sortir, parce que j*ai quelques autres commissions à vous donner. Ilabel étant équipée pour la pluie, alla lui demander ses ordres , qui consistaient à lui acheter quelues bagatelles. Mais elle ne sortit pas sans avoir vu madame Sinclair, et sans l'avoir informée de sa commission , en recommandant à Dorcas de veiller pendant son absence. Ainsi, je ne vois aucune apparence que cette fille ait manqué de fidélité, ni que la générosité de sa maîtresse l'ait détachée de vos intérêts. Madame Sinclair la félicita de sa bonne fortune, et Dorcas la regarda d'un œil d'envie. Bientôt elle revint avec l'ouvrière. Alors Dorcas quitta sa garde.
Miss Harlove prit dans ses malles une robe et un jupon. Elle voulut que Mabel les essayât devant elle , pour juger, avec l'ouvrière, des changemens qui seraient convenables. Ensuite elle lui dit de passer dans l'ap- Kement de M. Lovelace, où les glaces étant plus grandes que dans ien, elle jugerait mieux de sa nouvelle parure. Mabel voulait prendre avec elle ses propres habits et sa capote.— Non , lui dit sa maltresse, vous
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les roineUrez ici» après avoir ôté les miens^ U o'est pasliesoin dosalb rappartement d*aulrui. Je vous suis dans uû iastauU
Los deux feroines passèrent dans votre chambre* Au mime moment, comme il faut le supposer, miss Harlove se revélilde la capote, du jupon et du lablier de Mabel. Elle descendit légèrement. Will et Dorcas, n'ajrant pas laissé d'entendre marcher dans le passage, avancèrent la (ète» et lui virent prendre le chemin de la porte. Mais croyant voir Mabel : -— JU* les-vous bien loin , Mabel , lui cria WilU Elle ne tourna point ta téie. fille 00 répondit point. Mais étendant le bras, elle montra Tescalier de la nain \ ce que les autres prirent pour une exhortation k veiller dans son absence : et s'imaginant qu'elle ne tarderait pas à re?enir, parce qu'elle ne s'était pas expliquée plus formellement, Will monta sur-le-champ^ et 00 tint sur le palier pour attendre son retour.
Mabel, agréablement occupée de sou objet, bissa couler le temps sans attention. Mais, s'étonuant enfin de ne pas voir sa maîtresse, elle aJla frapper doucement à sa porte; et n'entendant personne, elle ne ûi pas difûculié d'entrer. Will, qui la vit do son poste dans les habits de sa maîtresse, fut d'autant plus surpris qu'il croyait l'avoir vue sortir avec les siens* — Déjà parée de votre nouveau posent? lui dit-il* Comment avez-vous pu passer sans que je me souvienne de vous avoir aperguoT et ne laissant pas de l'embrasser: — Je me vanterai, ajouta-i-il, d'avoir donné un baiser à ma maîtresse, ou du moins à ses habits. Mabel louant sa diligence à faire la garde, lui demanda s'il avait vu madame. — N'est-cUe pas dans rapparioment de mon maître, répondit Will; et ne l'entendais- je pas è ce moment parler avec vous t — Non, c'était une ouvrière qui m'ajustait cette robe. Tous deux demeurèrent la bouche ouverte ; surtout Will, qui croyait avoir vu sortir Mabel dans ses propres habits. Tandis qu'ils se regardaient avec étonnement, Dorcas survint avec votre quatrième lettre, que votre courrier venait de lui remettre pour sa maîtresse ; et voyant Mabel parée , après l'avoir vue quelques minutes auparavant dans un autre état, elle tomba dans la mémo admiration, jusqu'à ce que Mabel étant rentrée dans la chambre, et n'apercevant plus se3 habits, commença sérieusement à se délier de la vérité. Il s'éleva aussitôt entre eux un bruit d'accusation et de reproches, qui alarma toute la maison. Chacun se hâta d'accourir des deux corps do logis. Will raconta son histoire à l'assemblée; et, sans perdre un moment, il sortit, comme il avait déjà fait dans la même occasion, pour aller de^ mander à tous les cochers et les porteurs du voisinage s'Us avaient vu passer une dame, dont la description n'était pas facile, avec la figure d'une reine et l'habit d'une servante. Dorcas se justifia sans peine aux dépens de la pauvre Mabel, qui, se vofant soi^pçonoée d'avoir reçu le prix de sa trahison, parut d'autant plus coupable que sa eontenanco déposait oontrê elle. La furieuse vieille, sans vouloir rien entendre pour sa défense, Jura qu'elle en ferait un exemple terrible, pour toutes les perfides qui se louaient avec une apparence de caractère, etqui n'ayant néanmoins aucun principe, n'étaient propres qu'à déshonorer une bonoe maison. Ûle fit appeler le cuisinier ; elle lui donna ordre de faire un grand im et de préparer le gril. Bile voulait, disait- elle, la mettre en pièces de ses propres mains, avec le couperet de la cuisine, en faire une charhonnëoà tous les chats et les chiens du quartier, et on manger elle-même la fté" mière tranche. Je ne sais jusqu'où ce fol accès 4e n^ aurait été psniwé
Halely & demi motte de frayeor, promit un aveu sincère. Mais lorsqu'elle eut obtenu la liberté de parier, cet aven se réduisit à rien» Sally et ^lly, après Tavoir chargée d'imprécations, entreprirent de rexaminer & part, pour se mettre en état de tous informer des circonstances. Mabel, fort aise du répit, monta dans la chambre de sa matiresse, où elle devait subir cet interrogatoire.Mais, pendant quelque momens que les deux nyn^ phes donnèrent à d'autres soins, elle prit une autre robe, et, se glissant sur l'escalier, elle se sauva sans êire aperçue. Celte fuite, qui ne me pa*> rafi venue que de sa terreur, a passé, suivant la méthode des tribunaux de justice, pour une conârmation de son crime.
Voilà le détail que tu attendais sans doute avec impatience. Qu'il ne tarde aussi de triompher, dans cette occasion, de tes emportemens et <te fa furie!
Hais où l'infortunée Clarisse pent-elle avoir tourné ses past et quelle doit être sa triste situation T Tes anciennes lettres me font supposer qu'elle doit avoir très peu d'argent. Dans une fuite si prompte, elle n*a pu emporter d'autres habits que ceux qu'elle avait sur elle, et tu oon<naîs le cruel qui m'écrivait autrefois : « Son père ne la recevra point. Ses oncles ne fourniront point h son entretien. Sa Norton est dans leur dépendance et ne peut rien d'elle-même. Miss Howe n'oserait lui donner un asile. Elle n'a pas un ami è Londres. CiCst un pays étranger pour elle... » Elle se voit dépouillée do son honneur«par l'homme en faveur duquel elle a fait tous ces sacrifices, et qui était engagé par mille eermens à lui servir de protecteur, de père, de parens et d'amis.
Quelle doit être la force de son ressentiement pour le barbare traitement qu'elle a recul II est digne d'elle d'avoir foit succéder la haine à l'amour, et plutôt que de se voir ta femme, d'avoir pria la résolutien d'exposer sa disgrâce à l'univers, de renoncer à tout espoir de récoodliatton avec sa famille, et de courir mille hasards qui menacent son aexe, sa Jeunesse et sa beauté I
Cependant j'ajouterai que, pour ton intérêt comme pour le sien, je flouhaiierab encore que cette funeste aventure pût se terminer par le mariage. C'est le seul tempérament qui puisse sauver votre honneur à tous deux. On peut espérer encore de dérober la connaissance du pasaé au public» à sa famiUe et même à la tienne.
Belfokd.
P. S. Les habits de Mabel ont été jetés ce matin dans le passage dt la porte ; personne ne sait par qui.
LETTRE CCLXXVI.
■• LOVIUCI, 4 II. BBLFOET*
Vendredi 90 Juin.
Je suis ruiné, perdu, anéanti ! Rien n'est si certain. Mais ton rédt n'était-il pas aasez accablant, sans y joindre de barbares reproches, qp» tu n'as acquis le pouvoir de me faire que par mes propres communications? C'est on malheur aussi grand pour moi d'avoir connu miss Harlove, que pour elle de m'a voir jamais souffert. Je ne puis te dissimuler que je suie percé jusqu'au fond du cœur par ce dernier... Conuuont nommerai-je un si cruel sujet de désespoir? Je tremble de fureur.
988 eufiissi harlovb.
Lorsque je réflccbis sur le dernier de mes misérables projets^ aprfts ayoir yu les premiers repoussés, frustrés même autant qu'il était possible avec un si noble et si vertueux ressentiment, je suis forcé de cooduie que j'étais possédé d*une légion de furies sous la forme de ces détestables femmes qui, prétendant connaître leur sexe, ne cessaient pas de me répéter qu*il 7 a pour chaque femme un moment de faiblesse que je n'avais pas encore trouvé, et qui en appelaient à ma propre expérience pour la Justification de leurs principes.
Mais c'en est assez pour l'aveu que je ne balance point à te faire ; assez pour me décharger du poids qui m'étouffait et pour désarmer aussi ta malice en me reconnaissant indigne de vivre ; car personne ne peut dire autant de mal de moi que j*en dirai moi-même dans cette fatale occasion. J'ajoute, pour te prouver la sincérité de mon repentir, que, si dans l'espace de trois jours ou dans tout autre temps, avant que mon adorable Clarisse ait découvert la fausseté des histoires qui regardent le capitaine Tomlinson et son oncle, tu peux la retrouver et la disposer à me faire grâce, je l'épouse en ta présence. Je ne désespère pas encore de celte ré* Tolulion. Dans quelque lieu que soit pia Clarisse, elle n'y peut ôtre cachée long-temps. J'di déjà mis toutes mes machines en mouvement pour la découvrir ; et si j'ai le bonheur de tomber sur ses traces, lorsqu'aucun de ses amis, commo tu l'observes cruellement, ne lui offrira sa protection, qui aurait l'audace de se commettre avec un homme de ma figure, de mon rang et de ma résolution? Montre-lui donc ma promesse, et tout autre endroit de cette lettre que tu croiras propre à faire impression sur son cœur.
En réfléchissant sur ta lettre, je ne trouve pas que ce plan de fuite ait rien d'extraordinaire. Elle doit avoir compté sur son bonheur plus que sur les vraisemblances, puisqu'elle n'a pu se promettre de réussir qu'en trompant Dorcas, Will , la Sinclair et les nymphes, ou dans la supposition qu'elle les trouverait hors de garde. Ainsi, je ne suis pas jaloux de l'invention ; mais c'est à moi, lorsque je reverrai ces fidèles dépositaires, à les remercier de leur vigilance, et d'avoir jugé à propos, pour leur sûreté, de laisser la porte à demi ouverte. Malédiction sur cette troupe d'imbéciles I Mabel mériterait d'être brûlée vive dans la robe qui est le prix de sa trahison. Comme on a rapporté ses propres habits, je veux que cette robe soit envoyée à sa maîtresse avec les autres, lorsqu'on aura découvert sa retraite. Qu'on attende néanmoins mes ordres , car il faut ramener, s'il est possible, celte chère fugitive.
Je suppose que mon slupide coquin, qui n'a pas su distinguer l'air noble et la taille divine de ma charmante de l'épaisse forme de Mabel, a couru d'abord vers Hamstcad. Cependant j'ai peine à croire qu'elle ait pris cette route. Si je ne suis pas bientôt éclairci, je ne conseille pas à Dorcas, à Will, à Mabel de reparaître devant moi, et nous verrons quel parti je prendrai à l'égard des autres.
Malgré la longueur de cette lettre, je te dois quelque explication sur un autre sujet de chagrin, par lequel je t'ai dit que mon attention est partagée. Mon vieil oncle (grftce à sa constitution de fer) est parvenu , à force de soufre, de feu, et le diable sait de quoi, à forcer la goutte de quitter la contrescarpe de son estomac, justement pour donner l'assaut à la citadelle de son cœur. En uo mot, ils ont trouvé le moyen, par des
CUR18SB BABLOVB. 389
multiplications de remèdes, de chasser un ennemi trop lent, du centre aux extrémités^ oii il s'est cantcmné sur le gros orteil.
Sérieusement, j'ai cru la possession commencée, car j'ayaîs déjà demandé quelques édaircissemens aux gens d'affaires qui me parlaient de sommes à recueillir, de renouvellement de baux et d'autres soins de cette espèce. Tu ne t'imaginerais pas de quel œil différent tous les domestiques, et mes cousines même , me regardent depuis hier. Les révé> lences ne sont pas de la moitié si profondes. On laissait quelquefois échapper le titre de milord. A présent, je suis redevenu M. Lovelace. ils ont même l'insolence de me féliciter sur le rétablissement du meilleur des oncles, et je suis forcé d'en marquer autant de joie qu'eux.
LETTRE GCLXXYn.
■188 CUB188B HABLOVB, A MISS HOWB,
Sercradi «a soir, 0 JoSn.
0 ma très chère miss Howe I Je suis encore une fois échappée. Hais, bélasl non, non, je n'ai pas eu le bonheur d'échapper. Âh! plaignez votre malheurease Clarisse. Cependant, j'espère que vous ne me haïrez pas, lorsque vous serez informée de tout.
Mais ne parlons plus de moi! de moi qui ne vis, qui n'existe plus. Vous, ma chère amie, qui pouvez vous lever le matin pour recevoir des bénédictions et pour en répandre ; qui vous retirez le soir, tranquille dans vos innocentes réflexions, et qui n'avez que la douceur à goûter dans un sommeil paisible, vous ferez ma seule occupation comme vous avez fait long-temps mon unique plaisir. Je révérerai de loin ma chère et respectable amie, ei j'honorerai dans elle ce que je me souviendrai toujours d'avoir été.
Pardon, chère miss Howe! Ah! pardonnez l'égarement de ma plume* Mon repos est détruit par ses fondemens. Ma raison même est altérée.
0 ma très chère, ma meilleure, mon unique amie! quel horrible récit ai-je à vous faire I Mais je retombe encore sur moi, sur moi qui ne me dois plus que de la haine et du mépris I Je me délivrerai de cette odieuse idée si je le puis. Loin, loin toute idée propre (et je doute que j'aie longtemps à faire cet effort) pour m'informer uniquement du cher objet de mes affections, de ma tendre et bien-aimée miss Howe... dont l'âme pure, charmante... Mais, que veux-je dire encore, et comment mon esprit s'égare-t-il malgré moi?
En relisant ce que je viens d'écrire, je me déterminerais & déchirer ma lettre, si je ne craignais de vous laisser voir jusqu'où va le désordre de mon esprit. Comment vous portez-vous? Je sais que vous avez été mal. Apprenez-moi, ma chère, si vous êtes bien rétablie, si votre mère est en bonne santé. Ne tardez pas, je vous en supplie, à me donner de si précieuses nouvelles. C'est une consolation que vous me devez; vous aurez la bonté d'adresser votre lettre à madame Rachtl Clarky chez M. Fraith, gantier, dans King*ê SireeL Votre réponse, quoique ma demeure soit un secret pour tout autre que vous , me sera remise avec toute la sûreté que vous pouvez désirer, pour vous ouvrir librement à votre misérable amie.
Clabissb Hablovb.
390 CLAUSSE IIAHLOVE.
LETTRE CCLXXVHL
flAJUHB BOWBy ▲ «ISS OiMfiSB «AfUUMIft.
Tendiiedl, 30 jalp.
VoDs serez surprise, miss , de recevoir une lettre de moi. Je suis iex*^ itfyotitxiQni fâchée de la triste silualiou où tous êtes. Une jeune persom^ qw donnait de si l)ellcs espérances 1 Mais tel est le fruit de la déàoMi^ Wioe pour les parens. Pour rooi , quelque penchant que j'aie à f omh plaindre, je plains beaucoup plus votre père et lalie mère.
Mais je vous prie, miss, de ne pas faire tomber ma fille dans la même faute, c*est-à-âire, dans celle de la désobéyssmce. Je lui ai défendu plus d'une fois toute correspondance avec une personne qui est devenue capable d'une si téméraire démarche. Celle liaison fie peut plus lui fairo honneur. Vous n'î^norez pas quels ont été mes ordres; et votre commerce ne laisse pas de continuer malgré le chagrin que j'en ressens. Ma fille af a souvent marqué de Thumeur è cette occasion. Lèi mauvais eoneeilsy miss... Vous n*ignorez pas le reste du proverbe.
fiiBBs le monde où nous somme?, les gens ne peuvent être malheureux seuls. Il faut qu'ils enveloppent dans leur disgrâce leurs amis et leurs eoBBaissances qui ont eu la discrétion de se garantir des mêmes erreurs. C^est ainsi que ma pauvre fille est continuellement dans la tristesse et dans les larmes. Je la vois insensible à son propre bonheur, parce que vous êtes dans l'infortune. Miss, miss, de quoi n'avez-vous pas à répondre^ vous qui avez fait saigner autant de cœurs que vous aviez su tous faire d'amis t Quel autre modèle que miss Ciariase Harlove les pères et les raères proposaient*ils à leurs filles?
Ma lettre devient longue, quoique je nVde pensé qu'à tous défendre en peu de mots d'éerire à ma Nanej. J'y suis obligée par deux motifs: votre fausse démarche, et Tamertume dont vos lettres remplissent le cosur de ma fille. 6i vous Taimez, cessez donc de lui écrire. Il me semble qu'à présent vous ouvrez les yeux sur vos fautes. C'est le sort de toutes les filles inconsidérées, lorsqu'il est trop tard.
Peut-étro vais-je trop loin. Jo do voulais qu'en dire assez pc«r faire eonnaltro que je me déclare contre votre témérité , comme il eonvieni k toute mère alarmée pour sa fille.
ÂICNAMELLB UOWB.
p0 S* J 'envoie celte lettre par un exprès , mais avec ordre de la Duet* \r0fL\x Pemy jpsl^ pour ne pas vous donner l'occasion de me répondre.