LETTRE CCLXXIX
HBS CLAA1S6B BARLOVB, A «ABAflB HOWB.
faoïedi, iw Joinet,
fêita/^Mf madame que je vous importune par quelques lignes, oeCU*
ce q«e pour vous remercier de vos reproches, quoiqu'ils aient tiré de
I Qcwvellei gouttes de sang d'un cœur dont les plaies oe se refermeronl
\ jamais. Mon histoire est terrible. Elle a des circonstances qui exciteraient
I la pitié, si elles étaient connues, et qui pourraient faire porter de moi un
jugement plus favorable. Mais c'est mon devoir, et ce le sera toujoursi de
mellTier «i repentir 4e nés fautes, sans Touloîr les exeuscr.le ne pense krien qui doife tous alarmer. Si je puis souffrir seule, je ne chercherai peint à partager mes peines. J'ayais pris la plume dans cette résoiutien lorsque j'ai fait la lettre qui est tombée entre vos mains. Ma seule vue pqf un motif particulier, autant que par ralfeciion sans bornes que je porte à ma chère miss Howe, était de savoir d'elle-même s'il est vrai qu'elle ait été malade, comme j'ai eu le chagrin del'entendre dire, et comment cAese porteà présent. A qui les malheureux adresseront-ils leurs plaintes, si ce n'est à leurs amisY
Miss Howe s'étant trouvée absente lorsque ma lettre est arrivée, je me flatte qu'elle est rétablie. Mais ce serait une satisfaction pour moi de savoir s'il est vrai que cette chère amie ait été malade.
Cependant je ne tous dissimulerai pas que l'amitié de miss Howe était ma seula douceur dans cette vie, et qu'une ligne d'elle serait aujourd'hui ma plus puissante consolation. Jugez donc, madame, quelle violence je me fais pour vous obéir. Il ne me reste qu'à supplier le ciel, qui daigne encore me laisser quelques rayons de sa grâce, quoiqu'il lui ait plu d'exercer sur moi sa justice, de me remplir le cœur d'un véritable repentir, el de prendre bientôt, dans sa miséricorde, la malheureuse.
Clarissb Hablovb.
F. 5* J'ajoute, chère madame, que j'ai deux faveurs à vous demander : l'une, de ne pas faire savoir à ma famille que vous ayez reçu de mes nouvelles ; l'autre, de n'apprendre à personne au monde l'adresse sons laquelle on peut m'écrire ou découvrir ma retraite. De 1& peut dépendre, pour l'avenir, TespéraDce que j'ai d'éviter de nouveaux désastres.
LETTRE CaXXX-
«ISS BOWB, A WSS OUUUSSB HAKLOVB,
■enredi, 9 JnffleL
le reçois de vos nouvelles, ma très chère Clarisse, par une voie d*où j^n attendais peu, par celle de ma mère. Elle avait observé depuis quelque temps mon inquiétude et ma tristesse: et, supposant avec raison que TOUS on étiez l'objet, elle s'est assez ouverte aujourd'hui pour me faire juger qu'elle était mieux informée que moi de votre situation. Enfin, s'étant aperçue que cette conjecture ne faisait qu'aigrir mon chagrin, eUe m> confessé qu'elle avait entre les mains une lettre de vous, du 29 juin» qui m'était adressée.
En vérité, ma chère, il est surprenant, mais très surprenant que, s»> chant si bien la défense qui m'interdit tout commerce avec vous, vous àjez pu m'adresser une lettre chez ma more, tandis qu'il j avait cinquante à parier contre un qu'elle tomberait entre ses mains.
Bn un mot, elle a paru fort offensée de ma désobéissance. Je n^i pas été moins piquée qu'elle ait ouvert et retenu mes lettres. Notre dispute stat terminée par un compromis. Ma mère m'a donné la lettre et la permission de vous écrire une fois ou deux ; el je me suis engagée h lut ikim voir ce que je vous écrirais. Au fond, sans compter l'estime qu'elle a pour vous, sa euriosiié lui suffisait pour lui faire souhaiter d'apprenito / le sujet de vos plaintes, et l'occasion d'une lettre où votre tristesse esl ctprimée d'un ton si touchant.
P«tt(-il que je vous rappelle, ma chère Clarisse, trois de mes letlveB
982 CUM88B BABLOYB»
que vous avez laissées sans réponse, excepté la première! Ii laquelle tous ayez répondu en deux mots, sous prétexte de mauvaise santé; quoiqu'un jour ou deux après avoir reçu la seconde, vous vous soyez assez bien portée pour retourner joyeusement dansFinfâme maison? Je ne passerai pas sans un peu plus d'explication sur ces trois lettres,
ie vous avoue que cette lettre fatale m'a percé le cœur. Grand Dieu ! Dans quel abtme vous êtes-vous précipitée, miss Clarisse? Aurais-je pa croire qu'après vous être échappée, avec tant de peine et do si justes raisons, des mains de votre persécuteur, vous vous laissassiez engager, non seulement à lui pardonner, mais à retourner avec lui dans cette horrible maison ? Je ne reviens pas de mon étonnement. Quelle est donc rivresse de l'amour ? C'est ce qui m'a toujours fait trembler pour vous. fous fCavex pas eu le bonheur d'échapper! Eh ! quelle autre espéranoo en aviez-vous pu concevoir ? Vous avez un récit horrible à me faire î Il n'est pas besoin, ma chère, de me donner plus d'explication. Je vous aurais prédit tout ce qui vous est arrivé, si vous m'aviez seulement appris que votre dessein était de rentrer sous son pouvoir, après a?oir eu tant de peine à vous en délivrer. Votre repos est détruit par les fonde^ mens ; je n'en suis pas surprise, puisque vous avez à vous reprocher une créduUlé si mal entendue. Votre raison même est altérée! Mon cœur saigne assurément pour vous : mais vous me pardonnerez, ma chère, si je doute que votre raison ait été tout à fait saine, lorsque vous avez pu quitter Hamstead. Avec la liberté de votre jugement, vous ne lui auriez jamais laissé découvrir votre retraite, ei vous auriez encore moins consenti à retourner dans un lieu d'infamie.
Je vous ai donc écrit trois lettres. La première est allée heureusement jusqu'à vous, puisque vous m'en avez assurée par quelques mots de réponse. Si TOUS n'aviez pas eu cette attention, je n'aurais pas été sans inquiétude pour ma propre sûreté ; car c'est dans celte lettre que je vous informais du caractère de votre demeure, et que je vous inspirais de sî justes défiances du côté de votre Tomlinson, qu'il doit me paraître incroyable que vous ayez pu retourner dans cette maison après le bonheur que vous aviez eu d'en sortir. Ma seconde lettre, en date du dix juin,, vous fut remise en mains propres, à Hamstead, sur un lit de repos, où vous étiez couchée , le visage enflammé et dans un assez triste état, suivant le récit de mon messager. La troisième était datée du âO juin- N*ayant rien reçu de vous depuis votre billet de Hamstead, j'avoue que, dans cette dernière lettre, je ne vous épargnais pas. Je m'étais servie de l'ancienne voie de Wilson, parce que je n'en avais pas d'autre: ainsi, je ne suis pas sûre que vous l'ayez reçue. Si vous l'aviez reçue , je m'imagine qu'elle vous aurait trop touché pour être sortie de votre mémoire.
Vous avez appris, dites-vous, que j'ai été malade. Il est vrai que j'ai été enrhumée, mais si légèrement, que je n'ai pas gardé ma chambre. Je. ne doute pas qu'on ne vous ait appris, qu'on ne vous ait raconté bien des choses singulières pour vous porter à la démarche où vous vous êtes engagée. Mais, hélasl ma chère, nous voyons qu'il faut se défier des plus sages, lorsque l'amour, comme un feu follet, présente à leurs yeux ses dangereuses lumières.
Ma mère me dit qu'elle a feiit réponse à votre lettre pour vous prier, de ne plus m'écrire, parce que votre situation m'afflige. Je suis sfOig^»
D*eii doates pas ; yivemeiit affligée et trompée même dans mon attente, car i'a?ais toujours cru qu'il n'y a?ait pasau monde de femme telle que TOUS à votre âge.
La chaleur de mon affection et ma tIto inquiétude pour votre honneur me rendent peut^tre un peu trop séyère* Attrihuez cet excès à sa vérita* Ue cause: à cette affection môme, à cette inquiétude qui feront le malheur de ma vie, si l'avenir justifie mes craintes.
Ann B HOWB,
P. 8. Ma mère ne s'en est fiée qu'à ses propres yeux. Elle a voulu faire elle-même la lecture de ma lettre. Ainsi notre correspondance passée n'est plus un secret pour elle. Mais elle la trouve excusable. Elle s'en est toujours défiée, dit-eUe, parce qu'elle connaît la force de mon amitié. L'intérêt qu'elle prend à votre situation va si loin que pour votre consolation autant que pour la mienne elle consent que vous m'écriviez tout ce qui s'est pa^ entre vous et le plus vil des hommes, à la seule condition que vos lettres lui seront communiquées.
Ma mère promet de me faire lire la copie de sa réponse et votre réplique, dont elle ne m'avait point encore parlé. Elle se reproche déjà de vous avoir traitée trop sévèrement. Mais elle craint que la vue de voire dernière lettre ne fasse trop d'impression sur moi. Cependant j'ai sa parole, dont je ne la dispenserai pas.
Ma lettre vous sera remise par un exprès qui est chaigé de recevoir vos ordres pour la réponse. Votre monstre pourrait découvrir vos traces par la p&te, si vous n'y apportez pas les plus soigneuses précautions. De l'esprit, de l'argent et de mauvaises inclinations rendent un homme dangereux pour le monde entier.
LETTRE GCLXXXI*
MISS CLARISSB HARLOVB, A USB BOWB*
Jn^, e JoiUet
Personne n'a jamais éprouvé comme moi que le véritable bonheur ne consiste pas dans l'accomplissemeot de nos propres désirs. Que n'aurai»je pas donné depuis quelques semaines pour recevoir une lettre de ma dière mi^ Hovre, dont Tamitié faisait ma seule consolation 1 Je ne m'imaginais guère que la première lettre qu'elle me ferait la grftce de m*écrire serait dans un style qui m'obligeât de jeter les yeux plus d'une fois sur son seing pour m^assurer que les deux lettres qui le composent ne sont pas le commencement d'un autre nom : car assurément, me disaisje à moi-même, ce style est celui de ma sœur Arabelle.
Mais, dans la misérable situation où je suis réduite, sans bien, sans honneur, sans amis, sans espérance, me convient-il de me plaindre d'une chère amie, parce qu'elle n'a pas pour moi plus de bonté qu'une sœurT Hélas 1 je ne m'aperçois que trop, à l'amertume des sentimens qui s'élèvent dans mon âme, que je ne suis point encore assez soumise à ma condition. Ce n'est pas sur votre indulgence passée, c'est sur ce que je mérite aujour* d'hni , que je devais régler mon attente. Je m'efforcerai , ma chère, de faire la réponse que vous me demandez. Elle sera si longue, que je n'espère pas de pouvoir vous l'envoyer demain par votre messager : mais il m'assure qu'il peut l'attendre jusqu'à samedi. C'est donc pour samedi que je vous promets toute l'histoire de mon infortune.
tïM GtAlimB BARLéfÉ.
Vou9 me dtles (jue, dans rolre preroièr* lettre, TOtis m'teves fUt iiiiî» peinture assez (Idèle ée la meiaen oà j*étais, et que voua m'ares aeser précaulionnée contre ce Tomlinson, peur être fort étomiée qoe j'aie pA eensenlir h retourner sur mes traeee. Rélaaf ma ehère, j'ai été Irompîe, IwfberemeBt trompée, par les phis lâches artifieea. Sans avoir eonnu rinflimie de cette Rîaison par des éclairelssemons qui ne sont pas vemit jusqu'à moi, j'avais conçu pour les kebiions une aversion qui ae m'iorait jamais permis d'y retourner. Si vous m'aviez communiqué, en effet, les informations dont vous me partes, elles seraient arrivées assez tût, et f en aurais pu tirer un avantage inflai. liais, quelle qu'ait été votre in» teniion, vous ne m'en avei pas dit un mot dans la première de ces Iroii leltres auxquelles vous me rappelés avec tant de chaleur, et, pour voua en convaincre, je vous renvoie dès aujourdliui sous cette enveloppe.
Ce que vous me dites d'une second lettre qui m'a été remise en maina propres, et la description de l'état où j'étais eouehéey dites-vous, sur mm m de reposy le visage enflammé, etc., m'étonne et me confond. Ciel, aie pitié de h malheureuse Clarîssel Que voulea«vons dire? Quel exprès m'avez-vous envoyé I Etait-ce quelque suppôt de M. Lovelacaî Je n'étaî» donc environnée que de ses complices! En vérité, ma chère, je ne corn* prends pas une syllabe à ce récit. Voyons : vous dites que c'est avant mon dépari d'Hamstead! Ma tête n'avait encore soofifert aucun désocdie. Ha santé s'était soutenue contre l'excès de mes douleurs. Comment aurais-je pu me trouver dans Tétai où Totre messager m*a représentée t Mais il est certain que je n'ai reçu de vous aucun messager. J'étais sorprise de ne pas entendre parier ds vous. On me dit d'abord que voua étiez malade ; ensuite, que vous aviez eu quelque dispute avee w»lra mère à mon occasion, et que vous poussiez lo resâonliment jusqu'à rejeter les visites de M. Hickman. Je supposais, tantôt que vous n'éUez pas en état d'écrire, tan lût. que ia défense de votre mère faisait une juste impression sur vous. Hais je vois aujourd'hui avec la dernière clarté que ce méchant homme doit avoir intercepté votre lettre.
C'était dii^vous,lQ dimaxiche» 11 de juin, que voire exprès me cemit la leUire. Ce jpur-Û, j'allai deux fois à l'église avec madame Mooce* M'.IiOvelace demeura, pendant mou absence^ chez celle femme, où je n'*» Taie paa voulu aoulfrir qu'il se logeât. U faut que c'ait été dans Tua ou ra«tre de ces deux temps que le messager se soit laissé séduire. Vous le eaNr«i aisémentt ina chères en vous informant à quelle heure il arrive ehea madame Nloore> Si quelqu'un m'avait vue dans la suile, après mon letour dans l'horrible maison, combattant cootre l'effet d'un abominaUa breuvage, et privée abscHument de l'usage de ma raison, pei^éiie aloia na'attraiirOD trouvée dans l'étal que vous décrivea ; mais pendant le aéimir de ttam&leadt volce pauvre Clarisse était bien éioignée« comme eu* |iNirdi'b9it d'avoir te visage enflammé. En un mots ce ne peu4 élre m» que voire wess»yr a vue.
Je vaia «n'occuper uniquement à vous dévoiler la partie la plue ténék teeuee de ma tri&te histoire* autant du moins que l'affireuse nature du wjet ne le permettra. Je ne dois pas £ire trop réservée non plus sur hs eiroeosUncas pour no pas m'exposer au soupçon do chercher à les affai» hUr» Mais ai vous ponvies vous imaginer combien cette eeiUe idée m'ec^ caUe» vous me croiriez digne de voire pitié»
Je prends un peu de relâche ici pour employer toute» nue forces h
cette entreprise, heureuse si mes explications tous proureut du moius ma bonne foi et la coosiance de mon amitié.
IVoîs lettres sont employées au récit de tout ce qui s'ôtaii ^aesé k Bam^ étend 9 surtout avec les deux femmes que M* Ijovebce avait donnéee pour ses parentes ; à peindre leur perfide adresse dans les moyens (jumelles avaient employés pour la conduire à Londres et pour rengager a descendre chez madame Sinclair ; à représenter sa douleur et ses transports, lorsau'elle s'était vue dans la nécessité â*y passer la nuit • à d^ erire les effets d'un verre d'eau qu'elle avait demandé, la pesanteur qu'elle avait ressentie , ra860upis<;ement où elle était tombée , enfin toulee les iMrreurs de cette nuit fatale et 1 egnrenient de sa raiaoB* Elle passe ensuite aux autres scènes, jusqu'au jour de son évasion.
Aussitôt que je me vis dans nn lien de sûreté* je ne pensai qu'à prendre la plume pour vous écrire. Je ne pouvais attribuer votre silence qu'à la maladie. Mais, au Heu de cinq eu six lignes que je mlélais proposé d'écrire, mon coeur affligé se répandit mat;;ré moi dans ma lettre. Les alarmes dont je n^étais pas encore revenue pour lo succès de ma fuite, la fatigue de ma marche, la difficulté que j'avais eue à me procurer un le* gement, joint à l'image présente de tout ce que j'avais souffert, aux circonstances de ma situation, aux nouveaux sujets do crainte que J'envisageais dans l'avenir, m'avaient jetée dans un trouble dont tontes mes expressions doivent se ressentir. Mais, désesp<^rant d*en faire une roeil» leure quand j'aurais pris le parti de la recommencer, je me déterminai à la faire partir.
Celle que je reçus de votre mère fut un coup terrible qui fit saigner d'abord toutes mes plaies. Cependant Je remerciai bientôt le ciel d'nn autre effet qu'elle produit. Au milieu des noires vapeurs qui m'assiégeaient, et dans un excès d'abattement dont je n'espérais plus de me relever, elle eut le pouvoir de réveiller mon attention et de ranimer me» esprits, pour me faire combattre les maux dont j'éuis environnée. Mais je déplorai sincèrement, comme je le fais encore, suivant l'idée de votre mère, de me voir au nombre de ces malheureuses qui ne peuvin^ Vêif ênUei.
Cet incident m'a rendu la force d'écrire h milady Lawrance, k madame Norton, et même à madame Hodgcs. Je vous envoie mes lettres et les réponses. Vous verrez qu'il ne manque rien à la révélation des plus lâches impostures. Cependant je ne cesse pas d'admirer comment le misé» rable Tomlinson a pu se procurer diverses lumières, qui m'ont excitée k lui donner ma confiance.
le ne doute pas qu'en approfondissant l'histoire de madame Fretch* vlll et de sa maison, je r/y découvrisse une autre source de pratiques et d*inventions de la n)ême noirceur. Mais que reviendrait-il de pousse* plus loin ces affreux éciaircissemensî
Quelle chaîne de crimes ot de perfidies ! Quelle sera la fin du parjure et de l'impostcurY
A présent, madame, et ma très chère miss Howe, vous que je reconnais pour mes juges, permettez qu'en finissant ce triste récit je voua demande à toutes deux une faveur à laquelle j'attache beaucoup d'importance; c'est do n'ouvrir jamais la boucho sur les potions et les violences que l'enfer a fait employer pour ma ruine. Non que je cherche à dérober ma disgrAce aux youx du public ; mai» des attentats do cette uature
396 GLAU8SB BABLOVB.
exposant le» coupables à toute la rigueur des lois, croyez-yous que si M. LoTelace et ses complices étaient poursuivis, je fusse capable de parattre devant un tribunal de justice, et d'y soutenir le rdle auquel je serais forcée pour leur conviction? Puisque mon caractère était flétri aux yeux du monde , avant cette horrible catastrophe , et depuis le moment où j'ai quitté la maison de mon père ; puisqu'il ne me reste au* cun fonds d'espérance sur la terre , laissez-moi descendre tranquillement au tombeau. Une larme, une seule larme d'amitié, qui tombera des yeux de ma chère miss Howe , à l'heureux moment où la mort fermera les miensy est l'unique bien qui puisse flatter la tendresse de mon cœur.
letthe (XLxxxn.
■DB HOWBy A nsa CLA1I86B HAUOVB.
niflUBchet ejalOet
Puisse le del signaler sa Tehgeance aux yeux de l'univers , sur le plus criminel et le plus abandonné de tous les hommes 1 Et je ne doute pas que t6t ou tard l'effet ne réponde à mes vœux.
Autre découverte, ma chère. Avec quelle horrible malice vous avei été jouél Je vous ai crue très circonspecte, très pénétrante; mais, hélas! vous ne l'étiez pas assez pour le perfide h qui vous aviez è faire.
La lettre du 7 de juin que vous m'envoyez comme une des miennes, est une lettre forgée. Le caractère, à la vérité, ressemble beaucoup an mien, et l'enveloppe est celle même de ma lettre; cependant, â vous aviez eu le moindre soupçon de l'imposture, vous qui connaissez si bien ma main , vous n'y auriez pas été trompée. En un mot, cette infâme lettre, quoique assez longue , ne contient qu'une partie de la mienne. Tout ce qui pouvait vous éclaircir sur Thorrible caractère de la maison et vous rendre Tomlinson suspect, est entièrement supprimé. Vous en jugerez vousmême par l'esquisse que j'avais gardée et que je veux vous envoyer.
Un juste égard pour notre sûreté commune m'oblige, ma chère, de vous exciter à la vengeance contre ce monstre infernal. Ce qui m'étonne dans ce récit, c'est que le détestable brigand, qui n'a pu deviner à quelle heure mon messager devait arriver, ait trouvé sur-le-champ unecrâiture disposée à vous représenter. Je réponds de l'honnêtelé du jeune honmie ; mais il est bien étrange qu'il soit arrivé pendant que vous étiez à l'église, comme je le vérifie en comparant son récit avec vos explications, tandis qu'il devait être chez madame Moore deux heures plus tôt.Que ne m'a* viez-vous marqué , ma chère, que le monstre avait découvert votre re* traite, et qu'il était autour de vous?
On ne me reprochera pas d'avoir Jamais eu trop de crédulité pour les histoires de spectres, de démons et d'esprits familiers qui se racontent entre les jeunes filles; cependant je crois que, pour expliquer le succès de tant d'impostures et de trahisons, il faut supposer que si ce misérable n'est paa un démon lui-même, il en a sans cesse une demi-douzaine à ses ordres. Tantdt je leur vois prendre la figure de l'abominable Tomlinson , tantôt celle de l'exécrable Sinclûr, tantdt celle de milady Lawrance. Mais lors* qu'ils ont voulu parattre sous la forme angéliquede ma chère amie, voyez quel hideux masque ils ont pris aux yeux de mon messager. C'est mon opinion, ma chère, qu*au9fi long-temps que le monstre n'aura pas quitté
CLAftISSK HAALOVB. 397
TÂngleterre, il n'y a pas plus de sûreté pour vous dans le nouvel asile où TOUS êles.
Je no me borne point à vous envoyer Tesquisse de ma longue lettre du 7. J*y joints les principaux articles do celle que vous deviez recevoir à Hamstead. Vous jugerez, après les avoir lus, combien ma surprise était juste de ne recevoir aucune réponse à ces deux leltres, et combien elle dut redoubler, lorsque madame Townseud m'écrivit de Hamstead « que M. Lovelace, après y avoir passé plusieurs jours avec vous, avait amené chez madame Moore sa tante et sa cousine, qui vous avaient iait consentir à retourner avec elles dans votre premier logement ; que les femmes de Hamstead vous croient mariée , et m'accusaient d'ayoir entretenu la mauvaise intelligence entre vous et y. Levelace ; qu'il était à Hamstead le jour d'auparavant, c'est-à-dire le mercredi 14, et qu'il s'était applaudi de son bonheur; qu'il avait invité madame Moore, madame Bevis et miss Bawlings à faire le voyage de Londres pour rendre visite à son épouse ; qu'il avait déclaré que vous aviez repris un nouveau goût pour votre première demeure, et qu'il avait satisfait honorablement à votre dépense, pendant le peu de jours que vous aviez passés chez madame Moore. »
Je ne vous déguiserai pas, ma chère, que ces apparences m'avaient causé assez d'étonnement et de chagrin, pour me faire prendre la résolution de demeurer aussi tranquille qu'il me secait pcssîble, et d'attendre Qu'il vous prtt envie de me répondre. Cependant je ne pus modérer longtemps mon impatience, et le âO juin je vous écrivis une lettre assez vive, que vous n'avez pas reçue»
Quelle fatalité dans toute votre aventure, depuis le premier moment jusque aujourd'hui 1 Si ma mère avait permb..«Mais puis-je la blâmer, lorsque vous avez un père et une mère qui méritent tant de reproches! si l'on considère quelle fille ils ont chassée, persécutée , indignement abandonnée 1
Après tout, c'est sur votre monstre que retombent toujours mes imprécations, avec le regret de les voir malheureusement impuissantes. Il y a beaucoup d'apparence que, dans son insupportable présoinption, il a compté d'abord sur une conquête plus aisée. Mais lorsque votre vigilance sans exemple et voire incomparable vertu l'ont mis dans la nécessité d'employer les breuvages, le rapt et les dernières violences, vous voyez que ridée du crime ne l'a jamais effrayé.
Quelle doit être la satisfaction d'un [»ère et d'une mère, qui ont heureusement disposé do leur fille en faveur d'un homme vertueux I Qu'une jeune femme est heureuse de se trouver sous la protection d'un mari digne de son respect autant que de son amour 1 Si Clarisse Harlove n'est pas échappée, qui se flattera d'être à couvert du danger?
Ma mère m'a donné ordre de vous communiquer ses idées sur le fond de votre déplorable aventure. Je le ferai dans une autre lettre, que je me propose de vous envoyer avec celle-ci par un expirés. A l'avenir, mon dessein, si vous l'approuvez, est d'employer l'ancienne voie de Collins, qui laissera mes lettres à la Tête du Sarrasin, près de SaintrDunstan. Vous y enverrez les vôtres, qu*il ne prendra pas moins fidèlement, ex- . cepté celles que d'autres raisons peuvent vous porter à faire partir par la poste. Mais il faudra bientôt que celles-là soient adressées, comme autrefois, à M. Hickman; ma mère paraît déterminée à faire dépendre la liberté de notre correspondance, d'une condition à laquelle je doute que
396 CLAAISjSB BABLOVB.
TOUS VOUS soumettiez, quoique je le désire beaucoup ; c'est ce que je mets à vous expliquer dans une autre lettre.
ÂIINB HOWS.
LETTRE GCLXXXin.
BSft BOWfi f k WSS CLARIS8B HAHLOVK.
LmOà, lOioillêt
Je reprends la fflame, pour obéir à l'ordre de ma mère.
Elle revient encore à son ancienne cbanson.— Vos malheurs, dit-efle, dBtleur source dans le fatal contre-temps qui tous arracha de la maison paternelle; car elle est persuadée qu*après une noufelle épreuve, qui devait dtre la dernière, vos parens étaient résolus de céder à votre averflion, s'ils l'avaient trouvée insurmontable. Mais, après tant de ridicules eipériences, n'était-ce pas une folie de supposer que vos dispositions pussent changer? Â l'égard des indignités que vous avez essuyées de la part du plus vil de tous les hommes, elle pense constamment que s'il n'y a point d'exagération dans voire récit, comme elle en est persuadée, vous devez le poursuivre dans toute la rigueur des lois, lui et ses complices. Bile demande quels assassins, quels ravisseurs seraient jamais appelés eu {ttstioe, si la modestie était une raison qui pût dispenser notre sexe de paraître devant les tribunaux pour révéler leurs crimes ? Si vous manque! lànlessus à ce qu'elle nomme votre devoir, die vous croit responsable de tous les maux qull peut causer dans le cours de son infâme vie.
«- Qui croira jamais, m'a*t-elle dit, que miss Harlove parle de bonne loi. lorsqu'elle assure qu'il lui importe peu que ses disgrâces demeurent cadiées, fà, la crainte ou la confusion Tempéche de paraître, et de demander justice pour elle-même et pour son sexet Ne la soupçonnent-t-on pas plutôt d'appréheoder qu'on ne découvre de sa part quelque fiii- MesBo, quelque trace d'amour, dans les informations et les éclairdssemens?
Elle pense aussi, et je suis de la même opinion, que ses infilmes corn- {Rhces doivent subir la punition qu'elles méritent.
Elle m'a dit encore que si miss Clarisse ne trouve pas dans son intérêt fiopre des raisons assez fortes pour lui faire souhaiter une vengeance publique, elle doit vaincre ses scrupules par considération pour sa famille» pour ses amis et peur son sexe, qui participent visiblement à sa disgrâce. Bnflo, ma dière, eUe déclare qu'à la place de votre mère, elle ne vous fttrdoniierait pas à d'atutres conditions; et si vous vous y soumettez, elle pvomet d'entreprendre elle-même de vous réconcilier avec votre famille.
Voilà, ma chère amie^ quels sont ses eentimens sur votre infortune et ■ut votre situation. It me semble que les lois devraient obliger une iémme iofuriée à poursuivre roffenseur, et faire un crime capital de la fléduction, lorsque l'innocence éclate d'un côté, et qu'on découvre de l'attre uno suite d'artifices étudiés*
lia mère m'ordonne d'éjouter qu'elle insiste sur la nécessité de déférer votre monstre à la justice» Elle répète qu'à oette condition, non seulement elle ne s'opposera plus à notre corresqpondançe, mab qu'elle entreprendre de vous céooncUier avec vos proches.
He tardes peint à me faire connaître vos idées» supposez néanneins
ft^ <ei hMM iOlaiit «ppp<mvées âe rolre Camilto» Mab ^elque pMi qiie voas prenictf mes pins ardentes prières seront pour obtenir du dei qull v^nde dans volfB tour blessé la donoeor de ses consolations.
Annb Howe.
Ant dent lettres précédentes, qtd furent eniroyées par un exprès, miss
Howe joignit le biDet suivant :
n m'est impossible» ma très ckère Qarisse» de laisser partir ces deux lettres sans T0U3 prévenir sur quelques expressions moins tendres que je ne I*auraîs souhaité^ mais que je me suis vue comme forcée d'emplojer,
Sarce qu^elles devaient être soumises à Tinspection de ma mère. Cepenant le principal motif de ce billet est pour vous offrir de Targent , et les autres nécessités qui doivent vous manquer. Faites-moi savoir en mdme temps si je puis vous âlre utile, par tnoi-méme ou par ceux sur qui j'ai quelque pouvoir. Je tremble que votre retraite ne soit pas assez sûre. Cependant tout le monde est persuadé qu'il n'y a pas d'asile comparable l Londres.
LETTRE CCLXXXrv.
nSS CLABISSB HABLOVB» ▲ WSS BOWB.
MaidJ, Il jofllct.
l'appioave le moyen (pw vous me proposez pour k sûreté de nos In^ INB. Je suis fort éloignée de me croire pariaiienaent à couvert. Mais qjm pois^je fetre de mieux? De quelle autre retraite ei-je le choix ? Le mauvais état de ma santé, qui s'altère chaque jour de plus en plus, à mesUM qM k réflexion irrite mes douleurs, de?iendra peut-être ma plus sûre protection. Je pensais autrefois k quitter l'Angleterre ; et si je voyab bieii loin devant moi, c'est un parti que j'embrasserais volontiers : ma» comptez, ma chère, que le coup fatal est porté. Quel cœur aurait été o^ paUede résister? Au fond, mon unique amie, je désire airdemment cette dernière scène , qui terminera touf , et je trouve tant de oensokiioB à voir décliner mes forces, que je regrette quelquefois d'avoir reçu du ciel cette exeellente oonstitation« qui peut encore éloigner, pour quelque temps, l'unique bonheur où j'aspire.
A regard des poursuites auxquelles vous m'exhortez, peut-ôtre m'expliquerai-je sur ce point avec plus d'étendue que je n'en suis capable à présent, du moins si j*en ai la force, car je me sens extrêmement affaiblie ; mais ce que je puis dire aujourd'hui, c'est qu'il n^ a point de maux auxquels Je ne me soumisse plus volontiers qu'à paraître publiquement datant un tribunal de justifie pour y faire entendre mes plaintesr Je auia vivement affligée que votre mère atuiche k liberté de notre correspondaice h cette condition. Cependant, comme votre amitié dépend plus énê, cttur que de k main, je me flatte qu'elle ne m'en sera pas moins conserffe. 0 ma chèrel quel fardeau que k nudédiction d'un pèrel Voiis>ne vous imagineriez pas...
J'ai écrit à miss Rawlings, de ikmsteadt; et sa réponse éckircit ks Ukhes inventions par lesquelles ce méchant homme s'est procuré TOCie lettre du 10 juin. « En substance, j'informais miss ikwlings de ce qui ■Mtait «rrîvé par k trahison des deux icmmes qui avaient osé se revêtir d*tan nom leepeetabk) et je lui déclarais que je n'avais jamais été ma*^ ieiAlUpfiiaiiila Si'iniiinaer partioulièrenieat^ et de -m'apprendoe
400 GUBIfl» HAILOVB*
qui avait pris mon nom chez madame Bloore, le dimanche 11 joint tandis que j*étais à Téglise, pour recevoir une lettre qui m'aurait sauvée de ma ruine, si j'avais eu le bonheur de la recevoir. Enfin* je la priais de m'envoyer le compte de ma dépense chez madame Moore, pour me donner le pouvoir de m'acquitter; et dans la crainte d'être observée par M. LovelacOy je lui marquais une adresse détournée, dont je me croyais sûre. » '
Miss Rawlings m'apprend, dans sa réponse : « que le misérable avait engagé madame Bevis à me représenter dans mon absence; qu'il paratt que cette idée lui était venue sur-le-champ, à l'arrivée de votre messager ; que madame Bevis s'était laissé persuader, par la fausse supposition de vos efforts continuels pour ruiner la paix de notre mariage , et qu'elle avait reçu votre lettre sous mon nom. Elle excuse l'intention de cette jeune femme. Elle prend une part fort vive h mes infortunes. Elle m'apprend d'ailleurs qu'il a payé fort honorablement sa dépense et la mienne. »
Je vous rends gr%», ma chère, de m'avoir envoyé le brouillon de vos deux lettres interceptées. Je vois l'extrême avantage qu'il en a pu tirer, pour le succès de ses lâches desseins contre une ûlle infortunée dont il a fait son jouet si long-temps. Que je suis lasse de la vie I Souffrez que je le répète. Que je sens croître l'amertume de mon cœur, lorsque je considère que les seules lettres qui pouvaient m^informer de ses horribles vues, m'armer contre lui et contre ses infâmes complices, sont celles qai sont tombées entre ses mains I Quel malheur pour moi, que mon évasion même lui ait donné l'occasion de les recevoir !
Cependant je ne laisse pas de m*étonner qne ce Tomlinson ait pu découvrir ce qui s'était passé entre M. Hi'ckman et mon oncle. De toutes les circonstances, c'est celle qui m'a le plus aveuglée sur le caractère de cet imposteur. Les moyens par lesquels M. Lovelace est parvenu lui-même à me trouver dans Hamstead ne demeureront pas moins impénétrables pour moi. Mais j'ose me promettre, de la bonté du ciel, un sort heureux dans une autre vie, tandis que le sien... Hélas! mes désirs de vengeance ne vont pas jusqu'à cet excès. Adieu, ma très chère amie. Puissiez-voas être heureuse 1 Alors votre Clarisse ne sera pas tout à lait misérable.