LETTRE CCLXXXV
IDSS HOWB, ▲ nSS GLAJUSSB HAELOVB.
■ercradi «a loir, IS JaiU«L
Votre abattement, ma très chère Clarisse, me jette dans des alarmes qui m'ôtent le repos et le sommeil. Souffrez, ma chère, mon excellente amie, souffrez que je vous conjure de ne pas vous abandonner à vos peines. Consolez-vous , au contraire ; mettez votre consolation dans le triomphe d'une vertu sans tache et d'une intention irréprochable. Quelle autre femme eût été capable do résister aux épreuves que vous avez surmontées? Le retour de M. Morden ne peut être éloigné. C'est une protection que le ciel vous réserve. Vous obtiendrez justice, et pour vous-même, et pour les biens qui vous appartiennent.
Mais pourquoi, ma chère, cette continuation d'ardeur pour votre ré* ccmciliation avec une famille implacable, qui mérite si peu vos senti* mens, et dont les désirs d'ailleurs sont gouvernés par un frère avide.
CLAHI8SB HABLOTB. 401
qui troave son avantage h tenir la brèche ouverte ? C*est sur cette passion de vous réconcilier que le plus vil des hommes a fondé toutes ses ruses.
Je charge do cette courte lettre le môme jeune homme que je vous ai envoyé chez madame Moore. Permettez, je vous prie, qu'il vous voie, pour le mettre en état de me rendre compte de votre santé. M. Hickman se serait déjà procuré l'honneur de vous voir, si je n'appréhendais que nos mouvemens ne fussent observés par votre abominable monstre. Je ne vous cacherai pas que je fais observer moi-même toutes les démarches de ce perfide. Ses complots de vengeance m*alarment si vivement, depuis que je suis informée du sort de mes deux lettres , qu'il fait le sujet de mes craintes jusque dans mes songes.
Ma mère s'est laissé vaincre par mes instances. Elle vient de m'accorder la permission de vous écrire et de recevoir vos lettres; mais elle y met deux conditions : l'une, que vous m'écrirez sous l'enveloppe de M.. Hickman, dans la vue apparemment de lui attirer de moi plus de considération ; l'autre, qu'elle verra toutes nos lettres.
Apprenez-moi chez quelles gens vous êtes logée. Vous enverrai»je madame Townsend pour vous procurer une autre retraite, ou plus sûre ou plus conmiode? Adieu, mon admirable amie, mon excellente Clarisse.
Aimfi HowE.
LETTRE CaXXXVI.
nSS CUU8SB HJkBIX)VB, A USB HOWB.
Jeudi, 13 Jufllat.
Quel regret n'ai-je pas, ma chère miss Hoiive, d'être la malheureuse occasion de vos craintes! Mais si j'apprends que ce méchant homme entreprenne jamais quelque chose contre vous ou contre M. Hickman , je vous assure que je consentirai à le poursuivre en justice , quand je devrais mourir à la vue du tribunal.
Je reconnais, sur ce point , toute la justice des raisons de votre mère. Mais elle me permettra de répondre que mon histoire a des circonstances qui m'obligent de penser autrement.
Cette fois, votre messager peut vous assurer qu'il m'a vue. Je lui ai parlé de Timposlure par laquelle il s'est laissé tromper à Hamstead ; et je suis fâchée de pouvoir dire , avec raison, quo s'il n'avait pas été si simple et tout à la fois si rempli de lui-même, il n'aurait pas donné si grossièrement dans le piège. Madame Bevis peut alléguer la même excuse en sa faveur; c*est une femme de bon naturel, mais inconsidérée.
Il me semble que je ne puis être moins connue que dans la retraite où je suis. S'il reste quelque danger, c'est lorsque je vais à l'église ou que j'en reviens. Mais je fais ce petit voyage de très bonne heure , et vraisemblablement ce n'est point à l'égl^ que je rencontrerai les misérables dont j'ai eu le bonheur de me délivrer. D'ailleurs, je me place dans le banc le plus obscur, soigneusement enveloppée dans ma mante.
L'homme chez lequel je suis logée se nomme Smith ; c'est un mar* chaud gantier, qui vend aussi des bas, des rubans , du tabac d'Espagne et d'autres mardiandises. Sa femme, qui garde ordinairement la bouti- «pOi est d'un caractère vertueux et prudent. Ils vivent entre eux dans tme parfaite intelligence. Deux chambres au premier étage, meublées
4t| ÇURIBSE BJALOVK*
^flc plusde fT^pteté que de richesse, coniposeat jxion ^ippattemeat tLoi SMOBd 06t occupé par une digne Tcuve, nominée madame /JLioyick.Je.mtt propose de lier une élroito connaissance avec elle.
Je vous dois, ma chère, les plus tendres remerciemens pour tus sageg m» et vos consolations ^ ma confiance au secours du ciel me £ail e^péler qu!ll soutiendra mes forces contre cette espàoe de désespoir ou d'a* baKement dont la religion fait un aime, surtout lorsque, pour m'en détendre, je puis penser, comme vous Ib dites, que mou malheur ne vient mde.maiégcreté, ni d'ûuoua également Toloniaire. Cependant h dis^ position iroplucabie de ma famille, que j*aime avec la plus parfaite tendresse; mes alarmes du côté de ce miéGhant homme, qui .ne me .laLsseca pes, sans doute, un moment do repos ; la ûtuation où je me trouve réduite, à mon ûge,saDs pEOteciioo, avec pou de connaissance du mondes mes réUexions sur le scandale que j'ai causéj joint au doulouroux senti* ment des outrages que j*ai rcç is d-un homme dont je n'avais pas mérité cet excès de burborie et d*ingralitude, idutes ces raisons ensemble produtcont infaiiUblcmoRt l-effut auquel je ne puis .me défendre d'aspiier. Plus loniement peut-ôire que je ne Je désire, parce que la bonté de ma cmisiitutioo résistera quelque temps malgré moi.
Actuellement ma tô;c est dans un extrême désordre ; mes idées n^ont pas encore éié bien nettes depuis la violence que mon esprit et mon cœur ont essuyée, par les détestables artifices dont .je suis b victime. Cependant il peut me rester d'autres combats à soutenir. Le ciel n'a pas achevé son ouvrage, si .0*091:018 patiei^œ qu'il^eni «éprouves. Je le bénirai de toutes les peines dont sa bonté ne me fera qu'une épreuve ; mais comment regarder cette terrible pariic do la malédiction de mon père?....
Je n'ajouterai, ma ohôre, que des lemevciemens à «vetw mère, de ^inéolgenoe qu'elle a pour nous, et des complimens tels que je «les éoiaii M. iiickman. Pour tous, qui êtes ma teiHlre amie et la plus chère 'partia deonoi-rmême, croycz-nioi jusqu'à ma dernière heure, et même au delà* s'il est possible, votre
CUftiOBB HAaU)W.
LETTRE CCLXXKVIL
JL LOYELAC&, ▲ M. BELVOBJD.
tVMdndi,lT|iaet
J!ai devant moi trois de tes lettres, auxquelles je dois réponse, et dans chacune desquelles tu te plains de mon silence.
Où veux-tu que je prenne le courage d'écrire, , lorsque j'ai ^perflu le isul SMJet qui méritait d'exercer ma plume*? Fais-moi retrouver mon aitg^ ma divine Clarisse, et la matière ne me manquera pas pour l^écrire à Hiules les heures du jour et de la nuit. Je te décrirai chaque 'mouvement, chaque altitude de cet ot)jct do mes adorations ; et dans son silence même je m'efforcerai de l'expliquer ce qu'oUe pense, ou 4:e que Je souhaiterais qu'elle pensât. Mais depuis que je l'ai perdue, ^e suis tombé dans un vide affreux : tout ce qui existe.autour de moi, les élémen^an milieu desquels je me trouve placé, ,1a namre entiètre ne .m'offre oSaa d(»at je puisse jouir.
^I reviens, reviens, divinité de mon âm^I raviens entre les Jnas Je
GLAAISSE HAELOTB, 403
éan adorateur. Qa*est-ce qae la lumière, qu'est-ce que l'oir, la vîUe , la campagne, qu*€st-ce que le monde entier sans toi ? Tout ce qu*il 7 a de charmes, de splendeur, d'harmonie, de joie dans Tuni^ers^ n*est qu'uno partie de toi-même ; et s'il fallait l'exprimer d^un seul mot, ce mot serait Clarisse.
N'est-U pas surprenant, Belford, qu'on ne puisse rencontrer cette dhfer» fugitive, qu'on n'en découvre, qu'on n'en apprenne rien? Elle entend û peu Ja ruse, que si j'avais été libre, je suis sûr que j'aurais découvert ses traces* un quart d'heure après sa fuiie. Mais le vieux pair continue d'êtr» Si mal 4 qu'il m'est impossible de m' éloigner. Que sa gouite, qu'on n trouvé moyen de faire descendre aux pieds, prenne heureusement assez de force pour remonter h l'estomac, je suis délivré de lui pour toujours. A présent qu'il est ;pius tranquille, il veut me voir au chevet de son lit, pendant deux heures entières, pour l'entretenir de mes intrigues. Maudit accès 'lie leodresse, ^ui le prend si mal à propos I Et le bel amusement fioar un malade 1 Aussitôt que la douleur se fait sentir, il prie matin et fgjj: «vec son aumOnier. Je te demande quelle doit être la religion d'u|i lipmme qui soupire de joie après avoir articulé quelques prières, comme s'41 se .croyait sûr d'avoir fait sa paix avec le ciel, et qui me rappelle eor fHiiie, avec un nouvel empressement , pour écouler mes espièglerie^^ na'^xcilani par ses éclats de rire, et me traitant d'agréable vauiien d'un tOO qui marque assez le plaisir qu'il preud à m'entendre.
^es deux cousines sont toujours présentes lorsque je l'amuse par me^ fâùtâ. JLes meilleures aventures deviendraient languissantes dans la tettche d'un historien, s'il n'avait qu'un auditeur pour applaudir. J/^pio»iMr/ me diras-lu. Oui, Belford, applaudir. Quoique ces deux ÛUes blft» mADt quelquefois les faits, elles ne lai:seot pas de louer la manièrei l'ior ^(KOtionp mon adresse et mon intrépidité.
Jlles cousines sont des filles assez raisonnables, qui ne manquent poinl d'esprit ni do senlimens. Hier, à l'occasion de quelques reproches qu0 Charloite me fai^it sur une de mes aventures, je lui dis quo j'avais mm {dus d*uae fois en délibération si je lui appartenais de trop près par le aang;, et s'il ne m'était pas permis de l'aimer, du moins l'espace d'un ou deux 0¥>is. Feut-ôlre, ajoutai-je, étail-elle fort heureuse qu'un autre joli visage, qui s'était présenté dans le même temps, eût fait prendre un autre cours à mes inclinations, lorsque j'étais prêt à les suivre. Mes troi9 auâiteiirs levèrent tout à la lois les mains et les yeux.; mais les excla*> mations des deux miss ne m'empêchèrent pas d'observer qu'elles étaient moins irritées de ce langage ouvert que ma charmante ne l'a quelquefois été d« certaioQs exjuressions obscures qui m'ont fistit admirer sa péné-
Le vieux pair me parle souvent de cette adorable pessonne, 0t mes. cousines le secondent avec beaucoup de zèle. Il espère , dit-il , que je ne serai pas assez malhomtêle^ kûiHKid jtour manquer d'honneur à l'égard d'une fille de ce mérite, de cette fortune et de cette beauté. Il branle la tête; il soupçonne q«ie4%anBOtti6 n'est pas parfaite «ntre nous. Il lui lardo>fd9iki voif fATAhcv avec le titre de ma femme. Il me vante les nouveaux bienlaits qu'il est résolu d'ajouter aux premiers, et les présens qu'il nous destine à la naissance de notre premier Âhs. Hais j'espère qu'avoQt cet évôoement tout sera passé entre mesmalus.
4M GIARISSE HAALOVE.
Staedl.
Il est neuf heures du matin, en plein été, et mes deux cousines se ' font encore attendre pour le déjeûner. Quelle indécence dans de jeunes personnes de faire connaître à un libertin qu'elles aiment le lit, et de lui apprendre en môme temps où il peut les trouver I Mais, pour les punir, je veux qu'elles déjeûnent seules avec leur vieil oncle, pendant que je yais me rendre chez le colonel Âmbrose, qui nie proposa hier un dîner, à Toccasion de deux de ses nièces d'Yorshire, beautés célèbres qu'il a chez lui depuis quinze jours, et qui sont, dit-il, fort curieuses de me voir. Ainsi, Belford, grâces au ciel, toutes les femmes ne me fuient pas. Mais qui peut remplir une place que miss Harlove a occupée?
 mon retour, je verrai s*il se présente quelque sujet pour l'écrire.
Samedi à cinq beorei.'
J'ai dîné ayec le colonel, sa femme et ses nièces ; mais je n'ai pas eu la force de leur donner mon après-midi. Quoique j'aie trouvé dans la figure des deux nièces de quoi exercer quelques momens mon attention, elles n'ont servi qu'à me faire désirer, avec un redoublement d'impatience, de retrouver le charme de mon cœur. Pour le visage et toute la figure, il n'y a rien d'égal à ma Clarisse : son esprit et son langage n'admettent point de comparaison. Qu'ai-je remarqué dans ces deux femmes? Une sorte de vivacité étudiée, qui ne vient que du désir de plaire; un air content d'elles-mêmes; une manière affectée d'ouvrir la bouche, pour faire admirer des dents assez blanches. J'aurais pu les souffrir autrefois. Elles ont paru surprises que je fusse capable de les quitter si tôt. Cependant, depuis que ma Clarisse m'a guéri de la vanité, il ne m'en reste plus assez pour me faire attribuer leur ctonnement au goût qu'elles ont pris pour moi, plutôt qu'à l'admiration dont elles sont remplies pour elles-mêmes. Biles m'ont regardé comme un connaisseur en beauté. Elles auraient été flattées d'eogager mon attention. Mais Clarisse, Belford I Clarisse me rend aveugle, insensible à tout ce qui ne lui ressemble pas. Retrouve-la pour ton ami ; rends-moi ce cher objet do mes affections, cet unique sujet qui mérite d'exercer ma plume, ou celte lettre sera la dernière que tu recevras de ton Lovelace.
On supprime plusieurs lettres d'immense longueur, d'un goût purement anglais, entre M. Lovelace et milordM — Mllady Lawrance, informée
Êar miss Clarisse de la conduite do son neveu, se rend au château de I avec milady Sadler sa sœur; et là, devant milord et leurs deux
nièces, elles entreprennent ce que Lovelace nomme son procès. Il déclare nettement qu'Use reconnaît coupable, qu'il adore miss Uarlove, et qu'il est résolu d'en faire sa femme.
LETTRE CCLXXXVin.
KœS HOWB, A IDSS CIJLEI86B HABIjOVB.
Jeudi ta ioir, ISJnineL
Je suis forcée par l'importance de cette lettre, et par la difficulté de trouver un messager pour demain, de me fier à la poste.
C'est pour vous apprendre, ma chère, que j'ai reçu la visite de miss Montaigu et de sa sœur, dans un carrosse à m chevaux de miloid*
GLABI88B HABLOTI. 405 .
L'écoyer de ce sdgneur était venu hier à cheyal, pour me prérenir de celle faveur. Je ne doutai pas qu'une démarcbe si extraordinaire n'eût quelque rapport aux intérêts de ma chère amie. Après avoir consulté ma mère, je pris occasion de Téloignement pour les envoyer prier de nous honorer de leur compagnie à dîner, ce qu'elles acceptèrent avec beaucoup de bonté.
Dans les tristes circonstances où vous êtes, je m'imagine, ma chère, que leur démarche est ce qui pouvait arriver de plus agréable pour
vous. Elles sont venues au nom de milord M et de ses deux sœurs,
pour me prier de vous engager par mes instances à vous mettre sons la protection de milady Lawrance, qui ne vous quittera pas un moment jusqu'à ce qu'on vous ait rendu toute la justice que cette noble famille croit vous devoir. Milady Sadler n'était pas sortie de sa terre depuis la mort de sa fille, que vous devez vous souvenir d'avoir vue avec moi chez madame Benson. Elle s'est déterminée à se rendre au château de M avec
sa sœur, dans la seule vue de vous procurer de justes réparations. Les efforts de ces deux dames, joints à ceux de milord, ont eu le pouvoir de rappeler votre misérable aux lois de l'honneur, et de lui faire promettre solennellement que, si l'on peut obtenir de vous le pardon ou l'oubti de ses forfaits, il vous épousera en leur présence. Ils ne parlent que de nobles établissemens, de bienfaits, de présens, des moyens de vous rendre autant d'honneur que vous avez souffert d'indignité, et de changer les noms par acte de parlement ; comme une préparation aux mouvemens qu'ils veu* lent se donner pour faire passer les titres sur la même tête que le gros de rhéritage, à la mort de son oncle, qui ne paraît pas fort éloignée. Enfin, Ton se promet de votre exemple, et de l'influence que vous aurez sur lui, une parfaite réformation dans ses mœurs.
J'ai fait un grand nombre d'objections; toutes celles, je m'imagine, que vous auriez pu faire vous-même, si vous aviez été présente. Mais nous ne balançons pas, ma mère et moi, à vous conseiller, ma chère, de vous mettre incessamment sous la protection de miladj Lawrance, avec la résolution de le prendre pour votre mari.
n ne craint que votre facilité à communiquer l'histoire de vos infor^ tunes. — C'est, dit-il, vous exposer tous deux. Mais si vous n*aviez pas révélé cetio histoire à milady Lawrance, vous n'auriez pas une amie A ardente. Cependant je suis d'avis que vous devez être un peu plus réservée dans vos plaintes, soit que vous pensiez à devenir sa femme, ou que V0U3 preniez le parti de rejeter sa main. Que vous servirait-il, ma chè^, de donner à ce misérable un sujet do triomphe avec ses amis?
Votre dernière lettre, qui respire la tristesse et le désordre de votre santé, me causerait une affliction inexprimable, si je ne me sentais un peu soulagée par l'agréable visite que j'ai reçue. J'espère qu'elle produira sur vous le même effet. En vérité, vous ne devez pas hésiter. L'alliance est brillante. Les brutales horreurs que vous avez essuyées n'ont pas encore éclaté. Tout peut finir par une réconciliation générale.
Je souffre beaucoup de vous voir encore si touchée du téméraire emportement de votre père. De bonne foi, ma chère, votre âme paraît trop s'affaiblir. C'est vous manquer à vous-même. Vous parlez de repentir et de pénitence : laissez ces sentimens, dont je ne vois pas la nécessité pour vous, à ceux qui vous ont précipitée dans des mains qu'il ne vous était guère possible d'éviter. De quoi votre frère, cet insolent, cet ambitieux
406 CLARISSE HARtOTB;
IiCisoDiuse, nVt^îlpas 2i répondre? Que dîrai-xo (Puna sœar xdbtis^ Qmpertée-««. Hais» puisque le passé n'est plus en notre pouvoir, jeU)n$ k^vdiroent les yeux devant nous. Je ne vois rien que d*heureux dans I4 perspective qui coaunence às'ouvriir.
J'attendrai impatiemment votre première lettre. Les deux nlSces tons raop«6eat, pour éviter les longueurs, de vous mettre dans le coche dé iaading, «près aveir donné avis du jour de votre départ. On se hâtera d[i^Uèr au devant de vous. J'aurai soin que H. Hickman se trouve à. Slous^ ws» Charlotte promet d'aller, avec sa tante Lawrence elle-même,, jusqu^i fteoding» pour vous y pi;endre dans un équipage convenable^ et tous nener directemenC à la terre de cette dame. J'ai demandé pariicullèro* nent que le misérable ne paraisse pas devant vous, jusqu'au jour de Ik célébration, à moins que vous n'en ordonniez vous-même autrement.
Adieu, très chère amie. Devenez heureuse : votre bonheur sera ceHtf de mille autres».et causera des transports de joie à votre Ûdèle
Amnk Howt.
LEXTBE GCLXXXK.
■ISS BOWB, à, lOSS fy.Ain?WB HiCBCOVSl*
Dlmaodie aa soir, 16|iiflUn.
Poucqjuoi donc» ma très chère amie, laissez-vous dans l'impatience m innr foe vous connaissez si dévoué à vos intérêts,, faute d*uu mot^djl fépoBse, dont vous devez sentir l'importance pour vous» et par Qonséf* gnenl pour moi? Vous étiez fort mal jeudi dernier. Votre leUre, CQmjBf I» vous l'ai marqué) respirait une profonde mélancolie. Vous devez êt|9 bien mal en effet, si vous ne pouvez répondre un moi à ma dernière; imi apie^ seulemant, pour me dire que vous m'écrirez aussitôt que vousren ewezla force. Vous l'avez reçue, j'en suis sûre : le matlre de notre po9b^ la plua voisine eogage son honneur qu'aucun obstacle n'a pu Tarréier* le l'avais chargé particulièrement de celte précieuse lettre. Puisse le ciel me faire apprendre bientôt que votre santé n'est pas plus aliaibliei, et ffi^elle a pu vous permeiUe de m'écrire !
Je suppose que, pour excuse,, vous me direz que le sujet demande heaueoup de considération. 11 en mérite, ma chère; mais vous avez Te»fpL si juste, et je trouve si peu d'obscurité dans une affaire de cette Mtuive, qu'elle ne devait pas vous arrêter plus d'une demi-heure. Peuir êU% atiendiez-veus l'arrivce de Collins, pour le charger de votre réponse. Ahl ma choce, comment pouvez- vous prendre cet air d'indifférence? Jb faisais si j'aurai la force ds ne pas vous gcouder.
Cher» cher CoUias, hâtez-vous ; ne perdez pas tm momenU'Il aura cetia liemplaisance pour moi» 11 part; il marchera toute la nuit. Je lui ai dft fiie^ la plus chère amie que j'aie au monde a le pouvoir d'être heureuge etdo faire mon bonheur, et que l'un et l'autre dépend de la réponat qu'il m'apportera d'elle. Les afiaires ont pris un cours si heureux,, qu.1l HautsepîiéMntev à tous sans précautions. Voloe lettre est prêle* aans 4(Nite« jb je me tsempe, il demandera votre heure pour la prendre*
Si vous nevoulexpas deLovelace pour votre iolérêt, prenez-le pous I9 maa^ pour celui de votre famille, pour celui de votre honneur. CherCo^ Kns» hitezi^vous,, hâtez- vous X soubgcz le co&ur impatient de lameJUtope '; <wi»fw «lachèce Clarisse aitau monde.
CLJLHI8SB ITAKLOtB» 407
LETTRE GCXC
Um HOWBt ▲ IIISS CHARLOTTE MOXTAIGU»
■anU mitai,!» InflleL
Cest dans le transportd» mon cœur quo je prends )o liberlô de ^FOis par nn exprès^ pour vom demander, h tous, à toute voife fÉroilIe, des nouvelles d'tine- très chère amie, qui esl disparue, jo n'en dtuto point, par les noirs artifices d'un des plus lâches;.. Ah I madomoiseile, aidesmoi, s'il TOUS plaît, à lui donner le nom qu'il mérite. La piété de niss SEnrloTC éloigne toute crainte d'une entreprise contre elle-roéme. Il n*|i'a qoelui, lui seul, quisoit capable d'ayoir outragé l'innocence. ..« Quisailià présent ce qu'il a fait d'elle?
Aussitôt quo vous fûtes partie, mademoiselle, je n^eus rien de si pressant que d'écrire à mon amie ; mais n'ayant pu me procurer facilement un messager, je fus forcée de prendre la voie do la poste. Mes instances étaient aussi vives que je tous l'avais promis, pour rengager à se vendre aux désirs db toute votre famille. N'ayant pas reçu do réponse, j'écrivis une seconde lettre dimanche au soir, et je l'envoyai par un expnès qui me promit de marcher toute la nuit. Jugez quel fut hier mon étonne» ment, au retour de mon messager, lorsqu'il m'apprit qu'on n'avait point entendu parler d'elle dopuis vendredi malin.
Elle était sortie ce jour-là, dès six heures du matin, dans l'intention seulement d'aller à l'église. Sa santé paraissait très faible. Juste ciel ! prends pitié de moi. Que ferai-je? J'ai passé toute cotle nuit dans une agitation mortelle.
Ah ! mademoiselle, tous ne sauriez vous imaginer combien je l'Mme. Ib vie, mon Ame ne me sont pas plus chères que miss Harlove. Jamds deux femmes n'ont eu tant d'affection l'une pour l'autre. Il m'est impassible do vous décrire la moitié de ses perf iciions. Hélas t qui sait h présent si tous ses malheurs, malheurs qu'elle a si peu mérités, ne sont pas accomplis par la mort, ou si la méchanceté des hommes ne la réserve pas h quelque malheur encore plus terrible? C'est un éclaircissement que je vous demande; car j'apprends que votre cousin (dois-je lui donner ce nom?) est cncoroaveeTOua.
Sûrement, mesdemoiselles, tous étiez autorisées dans les propositions que TOUS m^éles Tenues faire deTani ma mère. Sûrement il n'oserait abuser de TOtre confiance et d'une famille aussi respectable que hi vAtie. Je ne tous fiais pas d'excuses pour le désordro de cette lettre et pour la grftce que je vous demande de m'accorder une réponse par le poctcoK'
ANfifl Howi*
LETTRE CCXCL
■• LOTELACB, A It. BELFOAD.
Mê cbâteta de M...» dioMnche au Mir, l^ieMIai.
Tout est perdu , Beltbrd. L'enfer s'en mêle. Que faire h présent? MiKdlction sur toutes mes inTentions et sur toutes mes ruses 1 Tu- m'as dit que ma punition ne. faisait que commencer. Malbeureu» prophUel m'àpprendras-lu quelle en sera la fin ? Je demande ton secours. Au
406 CLARISSE BAaLOVB.
moment que tu recevras cette lettre, rassemble toutes les forces de ton zèle et de ta diligence. Le courrier vole pour la vie et la mort.
Cette maudite Sinclair me dépêcha hier un homme à cheval, avec une lettre triomphante de Sally Martin, pour m'apprendre qu'elles ont découyert mercrcNli dernier ma divine Clarisse ; et que, hier au matin, elles la firent arrêter, en sortant de Téglise, par deux archers, qui la mirent dans une chaise à porteurs, et qui la conduisirent en lieu de sûreté.
Elle est arrêtée pour une somme de cent cinquante livres sterling, que la Sinclair feint de lui demander pour son logement et sa nourriture. 11 7 a déjà deux jours, qu'elle languit chez Tarcher.
Ne perds pas un instant, cher Belford. Au nom de Dieu, vole aux pieds de ma déesse offensée. Elle n'a pas mérité cet odieux traitement. On attribuera ce malheur à mon invention , et Tabsence me rendrait encore plus suspect.
Que tous les démons de Tenfer se saisissent de cette infâme vieille I Justifie-moi de cette détestable aventure. Tu peux lui jurer, par tout ce qu'il y a de sacré, que je n'y ai pas eu la moindre part. Cependant, après tant de noirs complots, elle aura peine à te croire.
Fais-lui rendre la liberté , au moment que tu arriveras. Déclare-lui qa'eUe est libre, et sans aucune condition. Demande-lui pardon , pour moi, à deux genoux. Assure-la que cette disgrâce m'a touché jusqu'aux larmes. Garde-toi bien de souffrir qu'aucune des maudites créatures se présente devant elle. Demande-lui seulement, pour toi, la permission d'aller quelquefois recevoir ses ordres. Tu as toujours été son ami , son avocat. Que ne donnerais- je pas pour avoir écouté tesconseilsl
Prends soin que tous ses habits et ses effets lui soient envoyés sur-lechamp, comme un léger témoignage de ma sincérité ; et n'épargne pas les instances, pour lui faire accepter l'argent que tu pourras avoir sur toi. Cette chère personne doit manquer de tout. N'oublie pas de m'apprendre comment elle a été traitée. Si la rigueur s'en est mêlée, malheur aux coupables!
Un mot I hAte-toi. Je donnerais un empire pour un mot qui m'apprenne quelque nouvelle supportable.
LETTRE CCXCn.
nSS CHARLOTTE MOlfTAIGU, A USS HOWB.
Aa chAleaa de M..., mardi apréi midi.
Votre lettre , chère miss Howe, nous a jetés tous ici dans un trouble inexprimable. Ce méchant homme avait paru fort agité depuis samedi au soir, et nous n'avions pu deviner la cause de son chagrin, jusqu'à l'arrivée do votre messager. Tout méchant qu'il est, il n'a point de part à ce nouveau désastre. C'est de quoi vous pouvez être sûre. Je me borne, pour satisfaire votre impatience , à vous apprendre que miss Harlove est sans danger. Une horrible méprise l'a exposée au désagrément d'être arrêtée pour dettes. Chère miss Harvole I ses souffrances nous la rendent aussi précieuse que toutes ses perfections. Milord M...milady Sadler et milady Lawrance se proposent tous de vous écrire demain ; le misérable vent TOUS écrire aussi. Vous aurez demain toutes les circonstances, de la main,
chère miss, de votre très humbtoi
Cbablottb Mozvtaigu.
CLAftISBB UABLOVI. 409
LETTRE CCXCffl.
mOB KONTAIGU, A MISS HOWB.
An ebâteaii de S..^ 18 Jnillet.
Je TOUS ai promis, chère miss, un détail exact de tout ce que nous avons pu découvrir sur cette fâcheuse aventure.
Lorsque nous fûmes revenues de chez vous jeudi dernier; nous étions ■si satisfaits de votre accueil et M. Lovelace fut regardé de si bon œil, que nous formâmes le dessein de prendre l'air pour distraire milord M... et milady Sadier. Notre entretien ne roula que sur miss Harlove. On voyait le plaisir que prenait M. Lovelace à nous pader d'elle et de ses espérances ; il ne se lassait pas de nous répéter qu'il n'y a point de femme qui l'égale, et nous ne nous lassions pas de l'entendre.
Je rappelle ces circonstances, ma chère miss, pour vous faire juger combien il est impossible que dans le même temps il trempât dans une si barbare entreprise.
Cette agréable disposition se soutint jusqu'à samedi au soir. Mais jamais on a vu de changement aussi étrange que celui qui arriva tout d'un coup lorsqu'il eut fait la lecture d'une lettre dont le porteur avait attendu notre retour. Il se renferma aussitôt pour écrire, après avoir donné ordre qu'un de ses gens se tînt prêt à partir le lendemain avant la pointe du jour. Nous ne le vîmes point de tout le soir. Le jour suivant, il ne voulut ni déjeûner ni dîner avec nous.
Personne de nous ne put tirer la moindre explication de sa bouche. Il a dit seulement à madame Lawrance que nous apprendrions bientôt son malheur et la ruine de toutes ses espérances et des nôtres. Nous nous imaginions aisément qu'il lui était arrivé quelque chose de fâcheux relativement à miss Harlove. Il sortit les deux jours suivans. — Il voulait fuir la vue des hommes, disait-il en montant à cheval; heureux s'il pouvait se fuir lui-même.
Hier au soir, il reçut une lettre de M. Belford, son ami intime ; l'homme et le cheval étaient couverts de sueur. Ses emportemens ne firent qu'augmenter. Cependant son silence fut le même, et personne ne put lui arracher le secret de ses peines.
II était absent lorsque votre messager est arrivé. A son retour, il a voulu lire votre lettre. — Grâces, au ciel, a-t-il dit après l'avoir lue, il n'était pas aussi méprisable que miss Howe n'avait que trop de raisons de le croire.
Alors il nous a confessé qu'il avait envoyé des instructions générales aux femmes de la maison d'où sa chère Clarisse était sortie, pour découvrir, s'il était possible, le tieu de sa retraite, dans le dessein de pouvoir la supplier de se donner à lui avant que leur querelle eût éclaté. Ces méchantes, ou du moins ces officieuses femmes, avaient fait cette découverte mercredi dernier, et, dans la crainte qu'elle ne changeât de demeure avant qu'elles pussent recevoir de nouveaux ordres, elles s'étaient crues obligées de s'assurer d'elles sous un prétexte honnête, pour se donner le temps de dépêcher au château de M...
Leur messager était arrivé le samedi après midi. H avait attendu notre retour jusqu'au soir, et je vous ai dit, ma chère nûss, quels furent
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les transports de M. Lovelace, après avoir lu leur lettre. Celle qu'il écri- Tit aussitôt et qu*il fit partir le lendemain avant le jour était pour conjurer son ami, M. Belford, de voler au secours de miss Harlove, de lui rendre la liberté, de lui faire porter tous ses effets et de le justifier à ses yeux d'une aaion si lâche et si noire, comme il ne fait pas difficulté lui-même de la nommer. Il ne doute pas que tout ne soit heureusement terminé, et que là divinité de son cœur ne soit dans une âituatfon< plus tranquille. Il déclare, et nous pouTons en répondre, que depuis samedi an soir il a été le plus malheureux de tous irà hommes. Il n'a pas voulu fle rendre à lui-même à Londïres, ÛBtas la crainte qu'on ne le soupçonnât d*avoir tren^ dans une action- si noire et de sTeh promettre quelque indigne fruit.
Ke douteE'pas, chère miss Howe, que non»' ne soyons tous vivement pénétrés de cette malheureuse ayenture, qui es4 capable d'aigrir les rissentimens de votre charmante amie et de nuire beaucoup à nosespéraneea. Mtrsceur joint ses remerciemens aux miens pour toutes les politesses «et tes amitiés dbnt vous nous oomblftliBs jeudi.
Marthe et Chabcotte Mcxtaicv;
Ntru^joîgnons, chère miss Howe, nos prières à celles de miss Charlotte et de miss Patty Montaigu pour obtenir vos bons offices en faveur d^in neveu dont nous no prétendons point excuser la conduite, mais qui s'est engagé si fortement à la réparer qu'il ne peut nous rester aucun doute de ses intentions. Nous ne sommes pas moins convaincus, par les circonstances, qu'il n'a pas eu de part au dernier accident, et que la douleur qu'il a marquée est un sentiment sincère. Croyez-nous, mademoiseUe* vos très humbles,
M..., Farn Sadleh, Euzabetb Lawbai^ce.
Chèoe miss, après les honorables noms qui précèdent, je pourrais me dispenser d'en signer un qui m'est presque aussi odieux qu'à vous. Mais on exige absolument que jie le joigne aux témoignages qu'on a Li bonté de vous rendre en ma faveur, comme une confirmation solennelle de mes intentions et de mes promesses;, en deux mots, qui me semblent suffire pour dissiper vos doutes , je vous proteste que si j'obtiens la permièsien de me j^ter aux pieds de la plus djgne et de la plus outragée de toutes les femmes, je suis prêt à le faire, la corde au cou, un prêtre et le bouricajtt à mes côtés, comme un malheureux coupable qui attend de sa«bou- Gk&rarrêt de ma yie ou de ma mofi.
LOVELACB.