LETTRE (XX
■Qp GUBI86B HABLOVB , 4 «88 BOWI*
laoAi, 4 mti.
Je ferme les yeux sur tout autre engagement, je suspends tout aatre désir» je bannis toute autre crainte, pour vous supplier, très chère amie, de ne pas vous rendre coupable d'un excès d'amitié, pour lequel je ne puis jamais vous faire des remerciemens» et qui deviendra pour moi la source d'un éternel regret. S'il faui vous écrire, je vous écrirai. Je connais votre caractère impatient lorsque vous croyez votre générosité ou votre amitié blessée. Ma chère miss Uowel voudriez-vous encourir la malédiction d'une mère, comme je me suis attiré celle de mon père ? Me dirait-on pas qu'il y a de la contagion dans ma faute, si miss Howe venait k la suivre? Il y a des choses si visiblement mauvaises, qu'elles ne souffrent pas de discussion ; celle-ci est du nombre. Il est inutile d'apporter des raisons contre une témérité de cette nature. Quelque nobles, quelque généreux que puissent être vos motiEs, à Dieu ne plaise qu'on sache jamais qu'il vous soit entré seulement dans Tidée de suivre un si mauvais exemple! d'autant plus que vous n'auriez pas même les excuses qu'on peut alléguer en ma faveur; particulièrement celle d'avoir été malheureusement surprise.
La contrainte où votre mère vous retient ne vous paraîtrait pas insupportable dans une autre occasion. Auriez-vous regardé autrefois comme un tourment de partager son lit? Avec quelle joie je recevais celte (aveur de la mienne I Quel plaisir je prenais à travailler sous ses yeux ! Vous pensiez de même autrefois, et je sais que» dans les soirées d'hiver, c'était un de vos plus chers amusemens de lire quelquefois devant elle. Ne me donnez pas sujet de me reprocher à moi-môme la raison de ce changement.
Apprenez, ma chère, votre amie vous en conjure, apprenez k subiuguer vos propres passions. Tout excès est blâmable^ quels qu'en soient les motifs. Ces passions de notre sexe, que nous ne prenons pas la p^ne de oombaitre, peuvent avoir la même source que celles que nou9 condamnons le plus dans les hommes emportés et violeos, et peut-être JM les porient-ils plus loin que par l'influence de l'usage ou par la force d'une éducation plus lib». Pesons toutes deux nos réflexions» ma chère; tournons les yeux sur nous-mêmes et tremblons.
Si je vous écris, comme vous m'en faites une loi» j'insiste sur une
voir» jpmt. Votre sil^nco sur ce pmt me sera une pceuwD .que veos ne pensfrz |Ao» à le téméraire démarcbe dont vous i&'dvex m^ iiaoée, et que vous obéissez à votre mère, du Bioins dans la partie qui ipeoB ic^aErde» Supposes ée» ca» d*iiaiKM:tanGe : ne pouvez-vous ça^ employer la plume de M. Hickmaa?
lIoB caractèrea troHiUafia vous CeroDt connaître, raa chàre et impéiMuie amie, quiel trent^kment de cœur vous avez causé à votre ikèto
Clabissb Hablovb.
Po & On m'apporte à ce moment mes habits ; mais vous m'avez jetée dna un trouble qui na'ôte le eeurags d'ouvrir la malle. Ud valet <fe M. Lofeboe porte ma lettre k M. Hickman pour faire plus de dlLigenee. Qd» la plune ée €» aligne ami me aoulaga ua peu de ce nouveau sufit d'inquiétude.
LETTRE aXI,
M. mociiAN, À mss glaussb haalovb.
Vendredi, 5 nui.
Mademoiselle, »
J'ai l'hoDoeur d'être chargé par miss Howo de vous marquer, sans Goonaitre ses motifs, qu'elle est excessivement affligée de Tinquiétude que vous avez conçue de sa deruière lettre, et que si vous continuez seulement de lui écrire, comme vous l'avez fait jusqu'à présent, elle renoncera au dessein qui vous cause tant d'alarmes. Cependant elle m'ordonne d^ajouler que, s'il y a la moindre apparence qu'elle puisse vous êtrvir ou vous sauter, ce sont ses propres termes, toutes les censurés du monde ne tiendront que le second rang dans son esprit. Je suis fort tenté, mademoiselle, de saisir cette occasion pour vous exprimer l'intérêt que je prends à votre situation ; mais, n'en étant pas bien informé, et jugeant seulement, par l'agitation d*esprit de la plus chère personne que f aie au monde et de la plus sincère de vos amies, qu'elle n'est pas aussi heureuse que je le désire, je suis réduit à vcus offrir mes fidèles services, avec des vœux ardens pour la fin de tontes vos peines ; car je suis, mademoiaelle» avec un dévoûment égal à mon respect et à mon admiration,
Chaales Higkhan.
LETTRE CLXIL
a. LOVBL4CB, 4 H. BELFOKD.
Mardi, % nal.
Uefcare, avivant nos fahuliates, ayant la curiosité de savoir dans que degré d'estime il étail parmi les mortels, descendit sous quelque déguisement, et marchanda, dans la boutique d'un statuaire, un Jupiter, une JoDOD, ensuite quelques antres des dieux majeurs, et, venant à sa propre statue, il demanda aussi de quel prix elle était. — Ohl lui dit l'ariiste, achetez une des autres, et je vous donnerai celle-là par dessus le marché. Le £eu des Toleurs dui avoir l'air assez sot en recevant cette moriillea- Uoo powr sa mnité.
Tu lui ressembles, Belford. Mille guinées ne te coûteraient rien po^r •hirait l'ealiBede cette belle persoime. Tu te croirais heureux qu'elle te iTMiyât «DulMnaiii sopportaUe et pas tout à fait indigne de sa compagnifp.
38 CLABIS8E BAmtOTR.
En partant hier aa soir» oa platôt ce inatiD, tu in*as fait promettre de t'écrire deux mots à Edgware, pour t'apprendre ce qu'elle pense de toi et de tes camarades subalternes.
Tes mille guinées sont h toi, mon paavre Belford, car tous lui déplaisez tous parfaitement, et toi comme les autres.
J*en suis assez fâché pour ta part, el cela par deux raisons : Tune, que le motif de ta curiosité devait être crainte et mauvaise opinion de toimême, au lieu que celle du dieu des voleurs ne venant que d'une insupportable vanité, il méritait d'être renvoyé au ciel, en rougissant d'une aventure dont il y a beaucoup d'apparence qu'il n'osa pas se vanter; l'autre, que, si l'on a du dégoût pour toi, je crains de n'être pas mieux dans l'esprit de la belle ; car ne sommes-nous pas des oiseaux du même plumage?
Je ne dois jamais parler de réformation, m'a-t-elle dit, avec des compagnons de cette espèce, et prenant autant de plaisir que j'en prends h vivre avec eux.
Il ne m'est pas tombé dans Tesprit plus qu'à vous qu'elle pût vous trouver à son gré ; mais, vous connaissant pour mes amis, j'avais cru qu'une personne si bien élevée garderait plus de ménagement dans ses censures.
Je ne sais comment va le monde, Belford ; mais les femmes se croient en droit de prendre toutes sortes de libertés avec nous; tandis que nous sommes impolis, et peut-être beaucoup pires, si nous ne débitons pas un tas de menteries maudites, et si nous ne faisons pas le blanc du ndr en leur faveur. Elle nous forcent ainsi à Thypocrisie, et, dans d'autres temps, elles nous reprochent de n'être que des trompeurs.
Je vous ai défendu tous le mieux que j*ai pu ; mais, contre des principes tels que les siens, vous savez qu'on ne peut se défendre qu'en retraite. Voici quelques traits de votre apologie :
« Â des yeux purs, les moindres écarts paraissent une offense. Cependant je n'avais pas remarqué, pendant toute la soirée, que, dans vos discours ou dans vos manières, il y eût quelque chose à vous reprocher. Bien des gens n'étaient capables de parier que sur un ou deux sujets : elle ne leur ressemblait pas, elle qui les possédait tous ; mais il n'était pas surprenant que vous eussiez parlé de ce que vous savez le mieux, et que votre conversation se fût bornée aux simples objets des sens. Si elle nous avait un peu plus honorés de la sienne, elle aurait eu moins de dégoût pour la nôtre ; car elle avait vu avec quelle attention tout le monde se préparait à l'admirer lorsqu'elle ouvrait les lèvres. BeUbrd, en particulier, m'avait dit, aussitôt qu'elle s'était retirée, que la vertu même parlait par sa bouche; mais qu'elle lui avait imposé tant de respect, qu'il craindrait toujours devant elle de ne pas s'observer autant qu'il s'y croyait obligé. »
A parler naturellement, m'a-t-elle dit, elle n'aimait ni mes compagnons ni la maison oii elle était.
Je lui ai répondu que je n'aimais pas la maison plus qu'elle, quoique les gens parussent assez civils, et qu'elle eût avoué qu'ils lui déplaisaient moins qu'à la première vue. Biais n'étions-nous pas à la veille d'en avoir une à nous ?
« Elle n'aimait pas miss Partington. Quand sa fortune serait telle qu'on te disait, elle n'avait ^ d'inclination à la choisir pour son amie. Il lui
cuuan BABLovB. 37
lUftil étnsge que la miU précédente on se fût adressé k elle pour uae proposition qui Favait embarrassée, tandis que les dames de la maison araient sur le devant d'autres locataires, avec lesquels elles devaient Aire, plus libres qu'avec une connaissance de deux jours.
Tai feint d*ignorer tout à fait cette circonstance; et lorsqu'elle 8*est ejqiiiquée plus ouvertement, j'ai condamné la demande comme une action indiscrète. Elle a parlé de son refus plus légèrement qu'elle n'en jugeait; je l'ai fort bien remarqué ; car il était aisé de voir qu'elle me croyait assez bien fondé k lui reprocher un excès de délicatesse ou de prédation. Je lui ai offert déparier de mon ressentiment à madame Sinclair.
c Non, ce n'était pas la peine; il valait mieux passer là-dessus; on pouvait trouver plus de singularité dans son refus que dans la demande de madame Sainclair et dans la confiance de miss Parlington. Mais conune les gens de la maison avaient un si grand nombre de connaissances, elle craignait de n'être pas libre dans son appartement, si la porte était ouverte à tout le monde. Au fond, elle avait trouvé dans les manières de miss Partington des airs de légèreté sur lesquels elle ne pouvait passer» dn moins pour souhaiter une liaison plus iniime avec elle. Mais si sa fortune était si considérable, elle ne pouvait s'empêcher de dire que cette jeune personne- lui paraissait plus propre à recevoir mes soins que... »
Je l'ai interrompue d*un air grave. — Je n'avais pas, lui ai-je dit, plus de goAt qu'elle pour miss Partington. C'était une jeune innocente, qui me semblait justifier assez la vigilance que ses tuteurs apportaient à sa conduite. Cependant, pour la nuit passée, je devais avouer que je n'avais rieo observé de choquant dans sa conduite, et que je n'y avais vu que Touverture d'une jeune fille de bon naturel qui se croit en sûreté dans une compagnie d'honnôte gens.
Cétait parler fort avantageusement, m'a-t-elle dit, et de moi et de mes compagnons; mais si cette jeune fille avait été si satisfaite de la soirée qu'eUe avait passée avec nous, elle me laissait à juger si je n'étais pas trop bon de lui supposer tant d'innocence. Pour elle, qui ne connaissait point encore Londres, elle m'avouait naturellement que de sa vie elle ne s'était trouvée en si mauvaise compagnie, et qu'elle souhaitait de ne s'^ retrouver jamais.
Bntends-tu, Belfordî il me semble que tu es plus maltraité que Mercare.
J'étais piqué. — Autant que j'en pouvais juger, lui ai-je répondu, des femmes beaucoup plus discrètes que miss Parlington ne seraient pas k couvert devant le tribunal d'une si rigoureuse vertu.
— Je prenais mal sa pensé, a-t-elle repris ; mais si réellement je n'avais rieo TU dans la conduite de cette jeune personne qui fût choquant pour une âme vertueuse, elle ne pouvait me dissimuler que mon ignorance lui paraissait aussi digne de pitié que la sienne, et que, pour l'intérêt de deux caractères si bien assortis, il était k souhaiter qu'ils ne fussent jamais sépara.
Vois, Mford, ce que je gagne par ma charité 1
Je l'ai remerciée de la sienne ; mais je n'ai pas fait difficulté de lui dire, qu'en général les b<mne$ Amei en avaient fort peu ; et qu'à parler de bonne foi, j'aimerais mieux être un peu plus mauvais, et juger moins rigoureusement de mon prochain.
Elle m'a félicité de ce sentiment ; mais elle espérait, a-t-elle ajouté >
38 CLABlflBB 'VARLOM. /
que four pànittre charitable à mes yeux» «Hé ne seriitfM obligée et manjiier da goAt pour la vile compagnie où feTanis eogàgéeto toirpié^ ooflcnt*
Nulle exceptioB en ta fiTeur, Betfoid. T«es milles gnipées ne emimit anetin risque.
l'ai répondu , en lui demandatit pardk», que je ne loi voyais 4e gaftt pCKir personne (franchise , ma foi , pour frunchise. Pourquoi s'aviiê^ t-eUe de maltraiter mes amis? Mi4ord M««« dirait ici: qui m'aime aicp» mon chien) ; que cependant, si elle voulut me faii^ comiaitreoe qui loi plaisait ou ce qui ne lui plaisait pas, je m'eUoioerais d'y conlormer mm sentimens.
Elle m*adit, d^un m piqué, que je devais donc me déplaire àmoi-mâne*
Au diable la précieuse. S'imagine^-elle que tôt ou tard elle ne ne le paiera pas?
Mon bonheur, aî-je repris d'un (on plus humble, était en si bon tnin avant l'assemblée d'hier, que je souhaittHS que ie diable eût emporté mes quatre amis et miss Paningion ; cependant elle me permeurait de dire» que je ne voyais pas cotnment les bonnes âmes pouvaient atteindre à In moitié de leur but , qui était de corriger le monde par leur exemple, si jamais elles n'admettaient dans leur compagnie que des gens qui leor ressemblent.
Je me suis cru réduit en cendre par deux ou trois éclairs qui sont fortîs de ses yeux indignés. Elle m'a tourné le dos d'un air de mépris; et, se hâtant de remonter, elle s'est enfermée dans sa diambre- Je ta i^ pète, mon cher Belford, que les cent guinées te demeureront. EKe pr^ tend que je ne suis pas un homme poli : mais te 9embie-t-4l «que, dans cette occasion elle soit plus poliepour une femme?
A présent, ne penses-tu pas que je lui dois quelque punition pour la cruauté qu^elle a eue de meure une aussi jolie personne ot d'une totnne aussi considérable que miss Parlington, dans la nécessité de partager le lit d'une servante? Misa Partington, dis-je, qui a déclaré, les larmes aux yeux, k madame Sinclair que si madame Lovelace lui faisait l'honneur d*aJler à Barnet, les plus beaux appartemens et les meilleurs htsdela maison seraient à son service. Crois-tu que je ne devine pas toutes les idées offensantes quMle a forméessur mon compte ? Qu*elle a craint que lemari supposé n*entreprît de se mettre en possession de ses droits, et que miss Partington ne fût disposée k favoriser l'exécution d'un devoir si juste? C'est donc ainsi que vous me défiez ma charmante 1 Eh bien! puisque vous aivexplus de confiance à vos précautions qu'à mon honneur, on trouvera le moyen de changer yos craintes en réalités.
Ne manque pas, Belford, de me marquer œ^uetu penses 41e nta ièrs Hélène, toi et tes camarades.
ïe viens d'apprendre que son Hannah eapèvQ d^êtie bientôt assez «éta- Mie pour se rendre auprès d'elle. Il me -semble que cette fille n'a pas de médecin. Je pense à lui en envoyer un, par un pur motif d'amour «t do respect pour sa maîtresse. Qui sait ei Tetfat de qui^que remède ne sera pas d'augmenter sa maladie? J'en ai cette espérance du moins. Les siennes sont peut-être aussi trop précipitées. lAloBips n^t pas isvonblo pour les rhumatismes.
GLàftlSSB HABLOTB. 39
LETTRE CLXni.
m. LOTBLAOS, A V« BKLFOBD.^
Aa moment où je cachetais ma lettre, il en est arriféune k ma duv- ^ nmte, sous rooncoiiTert, et par la voie de milord M... De qiû l'imaginei* to qu'elle eoitt De miss Howe; et qoe condent-ellef Cest ce que je ne pBkeavoîr , avant qu*il plaise à celle chère personne de me le communiqner. 1(ais, par Ptffet qu*elle a produit sur elle, je juge que c'est une lettre fort cruelle. Deux ruisseaux de larmes coulaient de ses yeus en U Vsani, et sa couleur a changé pluùeuis fuis. Je crois que ses pen6« entrais n'auront pas de fin.
0>teUeestla cruauté de son sort, s'est écriée la belle affligée! C'est à ptésent qu'il faut renoncer à l'unique consolation de sa vie ! Elle entend tans doute la correspondance de miss Howe. Mais pourquoi cette gnmde douleur? C'est une défense qui avait été déjà signifiée à son amie, et q/n ne les arrêtait pastoutesdeux, quoique impeccables, s'il vousplatt. Pou* raient-elles s'attendre qu'une mère ne soutiendrait pas son autorité ; et lorsque ses ordres ont si peu de pouvoir sur une belle fille perverse, n^étail* âpas raiscnnaMe de supposer qu'elle essaierait s'ils auront plus d'effet sur l'amie de sa fille? Je suis persuadé qu'à présent ils seront exécutés àla rigueur ; car je ne doute pas que ma diarmante ne s'en fasse un point d» conscience.
le hais la cruauté, surtout dans les femmes ; et je serais plus touché da celle de madame Howe, si je ne n'en avais pas eu dans ma charmante un exemple bien plus fort à l'égard de miss Parlington. Puisqu'elle était si eftayée pour elle-même, comment pouvait-elle savoir si Dorcas n'in^ tfodttirait personne auprès de cette jeune innocente, qu'elle devait suppoier bien moins sur ses gardes? Mais, après tout, je ne me sois pas trop fidié de cette défense, de quelque source qu'elle vienne; parce qu'il ne paiatt certain, que j'ai l'obligation à miss Howe de la vigilance excessivo de ma belle, et de la mauvaise opinion qu'elle a de moi. Elle n'aura pevsonne, à présent, dont elle puisse comparer les remarques avec les sien» des, personne qui se plaise à l'alarmer ; et je serai «fispensé d'approfonds par de mauvaises voies une correspondance qui m'a toujours caueé de l'inquiétude.
If admire^tu pas comme tout conspire en ma faveur? Pourquoi oette diarmanle Clarisse ne met^lle dans la nécessité d'avoir recours k des inventions qui augmentent mon embarras , et qui peuvent me rendis fins coupable dans l'idée de certaines gens ? ou plutôt pourquoi i voiidnis-jo lui demander, entreprend-elle de résister à son étoile?
LETTRE GLXIV.
a. auoiDt 4 «. wmuau
idgware, mardi as foir, i maL
^ Saoa attendre l'explication que vous nous avez fait espérer sur le ju- §vnent que votre dame porte de nous» je me bâte de vous assurer que noua n'avons qu'une voix dans celui que nous portons d*ells; c'est-à-dlro ^îna, pour lea qualités de l'esprit» nous ne croyons point qull j ait dé
4Ô GUEI88B BAMAVS.
; femme au monde qui remporte sur elle au même âge. Pour la figure» N elle est dans la fleur. C'est une personne admirablOf une parfaite beauté ; ( mais s*arrêle-l-on k ces éloges inférieurs, lorsqu'on a joui de l'honnur de ^ sa conversation t Cependant c'est contre son inclination qu'elle nous ao* cordait cette faveur.
Permettez » cher Lovelacd» que j'aspire k la gloire de sauver tant de perfection du danger continuel auquel je les vois exposées de la part du pluÀ adroit et du plus intrigant de tous les hommes. Dans une autre lettre, je vous ai fait valoir Tintérôt de votre propre famille, et particulièrement les désirs de milord M... Je n'avais pas encore eu l'occasion de la voir... Mais à présent j'y joins son propre intérêt, celui de l'honneur, les motiCs de la justice, delà reconnaissance et de l'humanité, qui doivent tous s'accorder pour la conservation d'un si bel ouvrage de la nature. Tu ne sais pas, Lovelace, quel chagrin j'aurais emporté au fond du cœur, sans savoir à quoi l'attribuer, si je n'avais été bien sûr, en te quittant, que cette ûlle incomparable était échappée au maudit projet die lui faire recevoir la coquine de Parlington pour sa compagne de lit ?
n y a quelque chose de si respectable, et de si doux néanmoins, dans la figure de cette belle personne (je ne fais que de parler d'elle , depuis que je l'ai vue), que si je voulais avoir toutes les vertus et toutes les grAces dans un même tableau, je demanderais qu'elles fussent copiés de ses différons airs et de ses attitudes. Elle est née pour faire l'ornement de son, siècle. Elle ferait celui de la première dignité. Quelle vivacité perçante,^ et quelle douceur en même temps dans ses yeux ! J'ai cru voir dans chacun de ses regards un mélange de crainte et d'amour pour vous. Quel diyin sourire 1 Quel charme, de le voir percer au travers du nuage qui couvrait son beau visage, et qui montrait assez qu'elle avait au fond de TAme plus de tristesse et d'inquiétude qu'elle ne voulait en laisser voir l
Vous pouvez m*accuser d'enthousiasme ; mais, en vérité , j'ai conçu tant de vénération pour rexcellence de son esprit et de son jugement , que, loin de pouvoir excuser celui qui serait capable d'en^ user mal avec elle, je suis tenté de regretter qu'avec des qualités si angéliques eUe floit destinée au mariage. Elle est toute Ame à mes yeux. Quand elle trouverait un mari qui lui ressemblAt, pourquoi mettre à des usages profanes les charmantes perfections qu'elle possède? Pourquoi dégrader un ange aux offices vulgaires de la vie domestique? Si j'étais sou mari, à peine oserais-je souhaiter de la voir mère, à moins que d'avoir une espèce de certitude morale que les Ames telles que la sienne sont capables de propagation. En un mot, pourquoi ne pas laisser l'ouvrage des sens aux êtres purement corporels? Je sais que vous-même, vous n'avez pas d'elle des idées moins relevées que les miennes. Belton, Mawbray, Tourville> pensent comme moi , ne mettent pas de fin à leurs éloges, et jurent que ce serait la plus grande pitié du monde de ruiner une jeune pei^ sonne dont la chute ne peut réjouir que l'enfer.
Quel doit être le mérite d'une femme qui est capable de nous arracher cet aveu , à nous qui no sommes pas plus réguliers que toi ; à tes amis déclarés, qui se sont joints à toi dans tes justes rossentimens contre le reste de sa famille, et qui t'ont offert leurs secours pour l'exécution de ta vengeance! Biais que veux-tu T Nous ne trouvons aucune ombre de raison à punir une fille innocente , qui t'aime de tout son cœur, qui est eoos ta protection, et qui a tant souffert, pour toi» de l'injustice de ses paréos.
GLAlttlB BAILOVB. 41
le veiiz te faire une mi deux questions. Toute charmante qu'est ta Claitee, penses-su sérieusement que le but que tu te proposes réponde aux moyens » c'est-à-dire aux peines que tu te causes à toi-même, aux perfidies, aux artifices» aux inventions dont tu t'es déjà noirci à tes propres yeux et que tu médites encore? En toutes sortes de perfections, eue est supérieure à toutes les femmes du monde ; mais sur le point que ta TOUX obtenir, une sensuelle du même sexe, une Partiugton, une Horton , une Martin , rendra un sensuel du nôtre mille fois plus heureux qu*il ne pourrait espérer de l'être avec elle. Les voluptés déli- €ieuse$ sont celles qui se partagent [tolantairement. Voudrais-tu la rendre malheureuse pour toute sa Tie , sans pouvoir compter d'être heureux toi-même un instant?
Jusqu'à présent il n'est pas trop tard : et c'est peut-être ce qu'on peut dire de plus, si tu as dessein de conserver son estime arec sa personne, car je crois que, dans la maudite maison où elle est, il lui est impoasible de sortir de tes mains. La damnable hypocrite que cette Sinclair 1 Gomment a-t-elle pu se masquer jusqu'à ce point, pendant tout le temps que ta belle a passé arec nous? Crois-moi , Lorelace , sois honnête, et marie-toi ; et rends grâce à ton étoile qui fait condescendre rexcellente Clarisse à receToir ta main. Si tu l'endurcis contre tes propres lumières, tu seras condamné dans ce monde et dans l'autre. Tu le seras, te dis-je, et tu mériteras de l'être , quand tu aurais pour juge un homme qui ne s'est jamais senti si fortement touché en fareur d'uno femme , et que tu connais pour ton ami partial.
BBLPoan.
Nos associés ont consenti que je t'écrivisse dans ces termes. Comme fls ne connaissent rien aux caractères dont nous nous seryons, je leur ai lu ma lettre. Ils Tapprouvent, et, de leur propre mouvement, ils y ont Toulu mettre leurs noms. Je me hâte de te TeuToyer , de peur d'être prévenu par quelqu'un de tes détestables systèmes.
BBLTON , MOWBRAT , TOURTILLB.
p. s. On me remet à l'instant les deux tiennes. Je ne change point d'opinion , et ne rabats rien de mes ardentes sollicitations en sa faveur, malgré le dégoût qu'elle a pour moi.