LETTRE CCCXI
■• BBLPOED, À ■. LOTBUCB
Jeudi, 27 Juillet.
Je me suis rendu ce matin, à Theure du déjeuner, dans l'appartement de miss Harloye, où j'ai trouvé M. Hickman avec elle. Quoiqu'il eût dans les yeux et sur le yisage quelques marques d'embarras et de contrainte, il m'a reçu avec plus de considération qu^hier ; ce que j'ai cru deroir attribuer an favorable fémoignage qu'on lui avait rendu de moi. Quelques mots échappés m'ont fait juger que miss Howe, dans sa lettre, a représenté vivement à son amie les désirs de voire famille, votre propre impatience, et l'opinion où elle est elle-même, que l'unique voie qui lui reste pour réparer sa disgrâce est d'accepter votre main.
M. Hickman, autant que j'ai pu le recueillir, l'a pressée, au nom de miss Howe, de se retirer, pendant soi) absence, dans une ferme voisine de sa maison, où l'ordre est déjà donné de lui préparer un logement com» mode. Elle a demandé combien le voyage devait durer ; et paraissant charmée qu'on ne se propose pas d'y en)ployer plus de quinze jours, elle a répondu que peut-être accepterait- elle l'offre de son amie avant son retour. Il lui a présenté une somme d'argent de la même part ; mais rien n'a pu l'engager h la prendre. Elle a dit seulement que si sa situation la réduisait h la nécessité d'emprunter, elle n'aurait jamais cette espèce d'obligation qu'à miss Howe.
En la quiUant, je suis entré avec M. Hickman dans un café voisin. II m'a fait le récit de voire entrevue ; et je vous assure qu'il me l'a rdpréseotée plus favorablement pour vous, que vous ne l'avez fait vous-même. Cependant il m'a dit fort librement ce qu'il pensait de vous, mais avec la politesse d'un galant homme. Il ne m'a pas déguisé la ferme résolution où il a-trouvé miss Harlove, de n'être jamais à vous. Il devait la revoir à midî, pour se charger de sa réponse à miss Howe, qui était presque finie dès le matin ; et n'attendant que ses ordres, il se propose de partir à trois heures. Madame Howe et sa fille, qu'il doit accompagner dans leur voyage, comptent de se mettre en chemin pour l'ile de Wight, lundi prochain, n s'efforcera, dit^il, de donner la meilleure couleur qu'il lui sera possible à la situation de miss Harlove ; sans quoi, leur éloignement serait pour ^es un supplice insupportable.
Gomme je l'ai trouvé dans la résolution de donner un tour favorable à ce qu'il a vu, et que miss Harlove a refusé l'argent qu'il était chargé de lui offrir, je ne lui ai point appris qu'elle ait commencé à se défaire de 8«5 robes : il m'a paru que cette nouvelle n'était propre qu'à chagriner inutilement son amie. C'est une circonstance si choquante et si odieuse, qu'une jeune personne de son rang et de sa fortune soit réduite à cette T. u. n
150 CLARISSE BARLOVB.
nécessité, que je n*y puis penser meî-niéfne sans impatience; et jeu CODOMS qu'un homne au ineiMls qoi le fumsut.
Ce M. H cknoan a quelque choee d-uu peu Ifôp maniéréièaa» Pair 41 i ^Ds le liMR jage; mais il m*a para 4'aiileiiire iori sonsé, fort •knablB»'el'î( ' ne trouve pas qu*il mérite le ton dont vous le traitez, ni le foitaii ^h TOUS faites de lui. Tu es réellement un éliangp mortel I Parce ^que ts cenlarmes, dans la figure, dues les manières et dans l'esprit, plus dVira»tagesque je n'en ai jamais vus rassemblés, avec ua visage qnieninp»serait à l'enfer même, tu ne trouves aucun autre homme qui te paraisse supportable. C'est sur un principe si modeste que tu ris de quelques uns d'entre nous, qui, n'ayant pas ta confiance pour leurs dehors, emploient le secours d'un tailleiv et d'un perruquier pour cacher leurs défauts, et que tu nous reproches do ne faire qu'annoncer, par l'enseigne de notre parure, ce que nous portons dans le magasin de notre âme. Tu crois nous bumilier beaucoup; mais, je te prie, L/)yelaoe, dis-moi, si tu le peux» quelle sorte d'enseigne tu prendrais, si tu étais obligé d'en preodg^ «te qui servît à nous donner une idée claire des richesses de la tienne.
M. Hickman m'a dit que miss Howe consentait, depuis quelques a»* maines, à le rendre heureux, et que tous les articles sont inêaM «ioés ; mais qu'elle est déterminée à différer son mariage aussi loog-tempsqae sa chère amie sera dans l'infortune. N'estHse pas vu exemple chernuat de la force de L'amitié dans les femmes, quoique toi, noi, tous nos aaMH ciés, nous l'ayons souvent tournée en ridicule, comme une chimèie.da premier ordre, entre des femmes du même Age, du même rang et d'égales perfections? Mais, de bonne foi, Lovelace, je Toia de plwsen plas qu'avec notre arrogance et notre vanité, il n'y a pas d'Ames plis étroites que celles des libertins. Je veux t'ex^uer comment ce mathonr nous arrive.
Notre premier goût pour le libertinage nous rend également somdsà toutes sortes d'instructions. Ainsi, nous ne pouvons janois être que des demHsavans, dans les connaissances auxquelles on nous applique ; etpaiœ que nous ne voulons rien apprendre de pUis, nous nous croyons an sanii* met du savoir. Cepcndaut, avec une vanité sans bornes, une imaginalioii ipal réglée, et très peu de jugement, nous commençons bientôt à fiiire les beaux-esprits. De là, nous passons à croire que nous aTons tootet les lumières en partage, et à mépriser ceux qui sont plus sérieux que nous, et qui apportent plus de travail à s'instruire, comme des personnages flegmatiques ou stupides, qui ne connaissent pas les fdaistrs les plus piqoans de la vie. Cette opinion de nous-mêmes ne manque pas de noas rentfie insopportabtes aux personnes qui joignent quelque mérite à la roodestlp, ^ nous oblige de nous resserrer dans les société de notre espèce. Nous perdons ainsi toute occasion de voir ou d'enlendve oeitx qui auraient le pouvoir et la.voionté de nous faire connaltte oe que aous cammcs; et concluant que nous sonMnes en eifetles plus foHf hommes du monde, les seuls qui méritent le nom de gens d'esprit, nous regardons avee dédaia ceux qui ne prennent pas les mêmes libertés, el nous nous tma|;iBonsfae to monde n'est fait que pour «mis. A l'égard des oonnaissanœs utites, comme nous ne nous anètons qu'à des smrboas, tandis que tes autres se donnent la peine d'approfondir, nous sommes méprisés avec raisoo éa toutes las personnes sensées^ qui ont de véritables notions de l'hounear, Qt qui possèdent des taleos disUngués» Ainsi, formant ies jeux sor notre
Hfcict» 4008* ne» OMNiveaieos sont^^o rond, oomiae ceux d'un Gheval «reugle, auquel on 6iit touraor i« roue d'ua moulin, et nouftroulMsdMS un cercle fort étroit, lorsque nous croyons ranger le monde entier sous DOsMs*
Jeaél, après midi.
Je me suis jeté dans le chemin de HL Hickman, lorsqu'il a quille miss Harlove, et je l'ai engagé à prendre un léger repas avec moi, il avait été fort attendri en prenant congé d'elle; dans la pensée, m'a-t-il dit, quoiqu'il ne hii en lit rien lémolgné, qu'il la voyait peut-être pour la dcrlûère fois. Elle l'a chargé de faire, à miss Howe, la plus favorable peinture de sa situation que la vérité lui permettra.
Il m'a raconté une circonstance fort tendre de leur séparation. Api^ avoir pris la liberté de l'embrasser à la porte de son cabinet , il n'a pu s'empôcher de lui demander encore une fois la même grâce à la porte de l'antichambre, jusqu'où elle a voulu absolument le conduire , toujours dans ridée qu'il ne la reverrait jamais ; et l'ayant pressée assez fortement sur sa poitrine avec un mouvement de cœur auquel il n'a pu résister, il lui a fait quelques excuses de cet excès de familiarité. — Des excuses l lui a-t-elle dit : ahl monsieur Hickman, vous n'en avez. pas besoin. Vous êtes mon frère , vous êtes mon ami. Et pour vous marquer combien l'hûnnête homme qui doit être heureux avec ma chère miss Howe est précieux à mon cœur, vous porterez à cette fidèle amie un gage volontaire de mon affection. Elle n'a pas fait difficulté alors de lui présenter son charmant visage, et de prendre sa main qu'elle a serrée entre ks siennes. — Peut-être, a-t-elle repris, l'amitié qu'elle a pour moi lui fera-t-elle accepter plus agréablement cet échange, que sa délicatesse ne le lui permettrait pas autrement* Dites^lui, a-t-elle ajouté en fléchissant un genou et levant les mains et les yeux, que vous m'avez vue dans cette posture, au moment que vous m'avez quittée, demandant au ciel ses bénédictions pour elle et pour vous, et le suppliant de vous rendre longtemps heureux l'un par l'autre.
— ie n'ai pu retenir mes larmes, m'a dit H. Hickman. H m'est même échappé quelques sanglots avec un serrement de cœur qui venait d'un mélange égal de douleur et de joie. Elle s'est retirée aussitôt que je lui ai donné la main pour se relever ; et je suis descendu, me reprochant de partir, n'ayant pas néanmoins la force de demeurer, et les yeux tournés du côté ûontraice au mouvement de mes pieds , aussi long- temps qu'ils ont pu suivre le bord de sa robe, m Je suis entré dans la boutique de Smitb,.^ continué le digne Hickman , j'ai recommandé cette personne angélique aux soins ks plus prudens de sa femme ; et lorsque j'ai mis le pied dans la rue, je n'ai pu me défendre de jeter ks yeux vers sa fenêuce. Elle y était. C'est là que je l'ai vue sans doute pour la dernière fois. Elle m'a fait un signe de sa charmante main, avec un regard , un sourire môié de iandressa et d'iaquiétude qu'il m'est impossible de décrire ^ mais qui me awa pi»sent tould ma vie« »
Dis-moi, Lovelaoe, dis-moi, je te prie, si cette description , toute sèche qu'elle est dans mes termes, ne te fait pas penser comme moi qu'il y ,a des plaisirs ^us relevés , des charmes plus touchaus dans le sentiment d'une puce et vive affectÂon, que dans toutes ks sensualités grossières où tu fais consister ton unique hmu Di&nnoi s'il n'est pas possible que ,
êS2 CLABI88B HAILOTB.
quelques jours du moins, tu lui donuesla prôféreoce qu'elle mérite inll- Diment sans doute, et que pour moi j'espère désormais lui donner toute ma vie.
Je t'abandonne à cette réflexion, qui te vient de ton yéritable ami.
Bblpord.
LETTRE CCCXn.
MISS BOWB, A UISS CLARISSE OABLOTB.
■Mdi, lftJaai«U
Vos deux lettlres, les plus touchantes que tous m*ayez jamais ëcrifesy m'ont été remises, comme j'en avais laissé l'ordre pour tout ce qui viendrait de vous, dans une (erre voisine de la nôire, où j*é(ais en visite arec ma mère. Je n*ai pas eu la force d'en suspendre la lecture. Elles m'ont fait verser plus de larmes que je n'ai dessein de vous Tavouer , quoique je me sois efforcée de sécher mes yeux pour déguiser, autant qu'il m'était possible, l'excès de ma douleur à ma mère et à d'autres personnes qui devaieut revenir ayec nous.
Comment puis-je soutenir Tidée de perdre une amie si chère? Je ne veux pas même le supposer. Non, non, je ne le puis! Une âme telle que la vôtre n'a pas été revêtue d'une forme humaine pour nous être si tôt arrachée. Il vous reste beaucoup de bien à faire pour l'avantage de tous ceux qui ont le bonheur de vous connaître. Dans votre lettre de jeudi dernier, vous me faites Ténumération de plusieurs points sur lesquels TOUS croyez votre situation déjà meilleure. Fàites-moi voir par des effets que ce calcul est sérieux, et que vous avez réellement lo courage de vous mettre au dessus d'une disgrâce dont vous n'avez pu vous garantir. Je me fierai alors de votre parfaite guérison à la Providence et à mes humbles prières, et je me réjouirai au fond du cœur de l'espérance que j'emporterai, dans notre petit voyage , de vous trouver assez rétablie à mon retour pour avoir déjà pris le petit logement que M. Uickman est chargé de vous offrir.
Vous me grondez des libertés auxquelles je m'emporte quelquefois contre votre famille. Je suis vive ; je le suis , et quelquefois trop vive ; mais la chaleur en amitié ne sera jamais un crime, surtout lorsqu'il est question d*uno incomparable amie qui languit dans une injuste oppression, et qui souffre des maux qu'elle n*a pas mérités. Je n'ai aucune notion de la froideur en amitié , soîl qu'on l'appelle prudence ou qu'on veuille l'honorer d'un plus beau nom. Vous pouvez excuser vos parens : c'est un service que vous leur avez toujours rendu. Mais les autres, ma chère, doivent avoir la liberté d'en porter le jugement qu'il leur platt. le ne suis point leur fille, ni la sœur de James et d'Arabelle. Grâces au del, c'est ce que je ne suis point.
Mais si vous ôtes fâchée des Ubertés auxquelles je me suis échappée depuis si long-temps, je crains que vos craintes ne fussent bien plus vives, si foys sa? iet ce qui s'est passé dans une démarche que j'ai tentée depuis peu« pour vous procurer l'absolution que vous avez tant à cœur, c'est-à-dire la létraclation du téméraire tœu de votre père. Ils ne aont pas en reste avee moi ; mais il ne faut pas que vous soyez informée de tout. Je veux me persuader néanmoins que tous ces esprits intraitables, sans en emptar ma Mère, ont toujours été des enfans soumis , dodles,
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respectueux pour ceux auxquels ils doivent le jour. Encore une fois, pard<to. J'ai poussé la chaleur assez loin; mais je n'ai pas d'autre exemple que le vôtre pour m'inspirer le goût de la vertu opposée; et les traitemens que vous avez reçus ne sont pas propres à me donner la force de l'imiter.
Vous me laissez le soin de déclarer votre refus a la ncblo famille dont la seule tache est d'avoir produit un homme si vil. Mais, hélas 1 ma chère, les conséqueuces déco refus mo causent tant d'alarmes... Je ne sais que TOUS dire ; cependant , permettez que je suspende ce refus jiisqu*au retour de M. Hickman. Les instances de milord et des damjs font tant d'honneur à votre vertu ; ils ont pour vous une si juste admiration; vous devez avoir triomphé si noblement de votre monstre; il est lui-même si pressant ; le public a pénétré si loin dans cette malheureuse affaire ; vous pouvez faire encore tant de bien ; votre volonté s'est conservée si pure ; vos parens sont si implacables... Pensez-y, ma chère, et repensez-y. Ma mère, miss Lloyd, missBidulphe, tous ceux en un mot que vous avez crus dignes d'une confiance distinguée , s'accordent à penser que vous devez prendre le parti du mariage.
Vous m'expliquerez le fond de votre cœur par la bouche de M. Hickman; et lorsqu'il m'aura communiqué voire résolution absolue, je vous ouvrirai le mien. En attendant , puisse-t-il m'apporier des nouvelles de ▼cire santé , telles que je les désire et que je les demande au ciel avec l'ardeur et l'inquiétude d'une inviolable amitié!
ÂMNB HowB.
LETTRE CCGXIH.
nSS CURISSB HARLOVB, ▲ WSS HOWB.
Jeadi,t7Jiiniet
Après vous avoir fait des remerciemens fort vifs, du plaisir que vous m'avez procuré par la viàile de M. Hickman, je vous dois, ma très chère miss Howe (dans la sincérité d'une fidèle amitié, qui no serait pas ce qu'elle est, si elle n'admettait pas cette liberté), quelques reproches pour avoir suspendu la déclaration do ma réponse décisive. Je suis fâchée, ma chère, que vous, qui me connaissez si bien, vous m'obligiez de répéter^ que quand j'aurais beaucoup d'années à vivre, jo ne serais jamais rien k M. Lovela:e. Bien moins puis-je penser à lui, lorsque je me crois peu éloignée de mon dernier tei mct A l'égard du public et de sa censure, vous savez, ma chère amie, que, quelque prix que j aie toujours attaché à la bonne réputation , je n'ai jamais cru devoir que le second rang à l'opinion du public. D'ailleurs, tout m'apprend que ma réputation est perdue. Et que me servirait-il d'avoir cherché les moyens de la réparer, si je ne pouvais me justifier À mes propres yeux?
Je vous ai reprothé si souvent les libertés qui vous échappent h Tégard de ma fauiille, que je ne pèserai point aujourd'hui sur cet article. Mais lorsque vous mo faites entendre qu'il s'est passé quelque chose que j'i* gnore, vous m'alarmcz également pour eux et pour moi-même, puisque c'est les avoir irrités nécessairement contre moi. J'aurais souhaité, ma chère, que vous m'eussiez laissé le soin de traiter avec eux, dans une oc* casiOQ si intéressante pour mon repos. J'ai écrit à ma sœur : je dois re»
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douter plus que jamais sa réponse, supposé même qu'apiès ce îàtibtnm ûddent elle daigne m'en accorder une. PermeUez-yous, ma chèrt^ je finisse là-dessus par une remarque? C'est que« dans les occasi^ même où le zèle de ma tendre amie est louable, il parait que le repfoche la chagrine plus que la faute. Si tous me pardonnez celte liberté^ je XBConnaiîtrai, en faveur de yotre opinion sur la conduite des païens dus ces occasions délicates, que souvent l'opposition indiscrète cause aiilani ds mal que les imprudences de l'amour.
J^ai dil à M. Hickman que je prendrais quelques jours pour délibéfor sur l'élire obligeante que vous me faites d'un logement dans votre toî»sÉoage. Mais si vous avez la bonté de recevoir mes excuses, il y a pêm d^pparence que je l'accepte, quand ma santé ne cesserait pas de s'y op^ poser. Je dois vousexptiquer mes raisons, lorsque assurément lareconnaîa*' 8Diioe et l'amitié me feraient regarder une visite, que je pourrais qM^ quefds espérer de vous, comme ma plus douoe consolation.
Je vous dirai donc, ma chère, que cette grande ville, toute méchanla qu'elle est, ne manque point d'occasions pour devenir meilleure. Lis exercices de la religion s'y font régulièrement dans un grand Domine d^^Uses, et la diminution de mes forces m'averiit que ces secoufs sent ODOvenables à ma situation. Lorsque je suis en état de sortir, je me meta dans une chaise, et, si le temps est un peu favorable, je m% Cais cowdnise è qvelque ^lise éloignée, avec le douUe avantage de remplir nes»d6» voirs de religion et de prendre un peu Tair, par déférence poar le mé^ decin, fort attentif à ma santé. Je ne doute pas que la continuation de cette méthode no serve beaucoup, comme elle a déjà fait, à calmer le trouble de mes pensées , et peut-^e à m'étaUir dans une parfaite résignation à laquelle je dois aspirer ; car je vous avoue que ma douleur et mes réflexions l'emportent quelquefois sur mes forces, et que toute l'assistance que je tire de mes exercices de piété suffit à peine pour soutenir ma raison. Je suis bien jeune, ma chère, hélas I bien jeune, pour me trouver abandonnée à ma propre conduite dans de si malheureuses drconstances.
Un autre motif qui m'empêchera d'accepter vos offres, c'est la crahite des nouveaux différends qui pourraient naître à mon occasion entre votre mère et vous. Si vous étiez mariée, et que Thonnête homme qui aurait droit alors à votre affection souhaitât comme vous de me voir plus proche de votre demeure, je ne sais pas si je serais capable de résister. Quoique ma première raison soit d'une importance qui lui ferait peut-être conserver tout son poids, lorsque je quitterais Londres pour vous faire ma visite de félicitaiion, je doute qu'étant une fois près de vous, je pusse me refuser la satisfaction d'y demeurer.
Je vous envole la copie de ma lettre à ma sœur, et j*espère que vous la trouverez écrite dans un véritable esprit de repentir. Tels sont, du moinsi mes sentimens. Ne m'accusez pas de m'abaisser trop dans les termes. Un enfant qui se reproche d'avoir malheureusement ofiensé ceux dent il tient le jour ne saurait porter trop loin l'humiliation. S'il arrivait que, plus irrités encore par les dernières libertés dont vous me faites Té!veu, ils laissassent ma lettre sans réponse, je dois apprendre à trouver in la justice dans cette rigueur, surtout lorsque c'est la première fois que j' iD*4tdreBse à eux par ma sœur. Hais, s'ils me font la grflce de me répon* dre, et peut-être dans des termes que la vivacité de votre amitié me lën
cMindre de vous ooffimuniqileir, je vous prie mstammenc, ma clière, de rét>ritner votre censure. G(>iiaidérez quils ignorent ce que j'ai sonffert, n'ils sont remplis d'un ressentiment qu'ils croient juste, et qu'ils ne peu* Ttot juger de la rérité de mon repentir. Après fout, que peuvent-ils faire p09r moiî fis ne peuvent m^aceorder que de la pvtié. A qnoi servirat^Ue, qu'à mioubler leur douteur que leur ressentlnMnt a peufr-ètte so«h lagét Leufr pitié sera-t-«Ue capable de rétablir ma réputation?
J0 Me reoomnandeaux prières de ma dière amie, et je n&noaveUe, ed flMieaant, mes remerdemefis les plus tendres pour la visite de M. Uiote-> man, avec des vœux pour leur bonheur mutuel et poar la pronvple eélé^ bMion de leur mariage.
CLAMMt HAALOVtt*
LETTRE CCCXIVwss aoKnr, a aiss cukissb hablovv.
Vendredi, SSJoilIet.
C'est ai présenl, ïM chère, que je veux vons ouvrir entièrement mon ftite sur la résolution inébranlable oh vous êtes de ne pas prendre pour TOtre mari le plus vil de' tous les hommes. Vois m'en aviez apporté des nisoiB si dignes do ma chère Clarisse, que l'intérêt de mon amour-propre 6ti ta crainte de perdre une à parfaite amie ont pu me faire souhaiter seuls de vous voir changer de ^position.
A la venté , ma chère» je m'étais figuré que l'effort nécessaire pour vaincre une passion telle que l'amour, lorsque tantde raisons s'accordent à k fa»oriser,était au dessus de notre sexe; et j'ai voulu vous presser encore une fois de surmonter votre juste indignation, avant qu'elle vous fit porteale lesseslinent pins loin, dans la orainte qu'il ne vous fût pios difflcHs et moins honorable de vous rendre alors, que dans les circonstances |l0éseot88. Mais puisque je vous vois ferme dans votre noble résolution.» etqn'ii est in^ftsibleà votre 6me pure et vertueuse des'unir avec un lâche et misérable parjure, je vous en fâieile du fond du cœur, et je vous d»* mande pardon d*avoir paru douter, dans cette occaâon, de vos senlimens et^de vos principes.
Il ne me reste qu'un suiet de tristesse , c'est le mauvais état de votre aanlé, tel que M. Hiekman n*a pu nous le déguiser. Quoique vous obsêr^ Vies si bien la doctrine à toqueUe je vous ai vue toujours attachée, sur le swg que l'opituon du monde doit tenir dans notre estime, et sur la né* OBBsité d'èiro juste k nos propres yeux avant que de chercher à le p»* faltvB aux yeox d'autrui , cependant, ma chère, souffrez qu'en vous pressant de ne rien négliger pour rétablir vos forces» je fasse entrer dans vos natifs» quacetheureux dénouement couronnerait votre triomphe et feaait connaître avec édat que vous êtes supérieine en efiet au vil auteor 4s tontes vos infortunes. On vous aurait vue, pendant quelques instans»* hors du chemin qui vous est naturel ; mais on verrait avec admiralion qob vous avez été capable de le reprendre» et que vous continuez, par va» exemples et par vos instructions», de faire le bonheur de tous ceua que vous connaissez. Au nom du ciel» pour l'amour du genre humttiny ]MNir rhonneur particulier de notre sexe, pour moi qui vous aime ai pariùbemenitv efforoez-vous de vaincre tout ce qui s'oppose à voire santé. S& aatupoitex cette glorieuse victoire sur vous-même» je^uis heureuse^
456 CLARISSE BABLOVB*
j*obtiens tout ce que je désire au monde; car d'un grand, d*un très: grand nombre d'années, il m*esi impossible, ma chère, de soutenir la pensée de nous séparer.
Vos raisons sont si conyaincantes pour ne pas accepler le logement, que je vous ai fait offrir, que je sens la nécessité de m'y rendre à présent. Mais lorsque vous aurez Tesprit aussi tranquille qu'il le sera bientôt après la résolution que vous avez formée, je vous attends près do nous, et peut-être avec nous, pour y trouver la fin de toutes vos peines dans les douceurs d'une solide amitié. Vous réglerez tous mes pas et je serai . sûre de marcher droit avec un si bon guide.
Vous souhaiteriez que je n'eusse pas employé ma médiation auprès de. votre Camile. Je le souhaiterais aussi, parce qu'elle n'a produit aucun effet, parce qu'elle peut donner lieu à de nouvelles persécutions, parce que vous en êtes fâchée. Mais comment pouvais-jo demeurer indifférente h la vue de vos peines? Je veux ro'urracher do cette idée; car toute ma chaleur renaît, et je crains de vous déplaire. H n'y a rien au monde que je voulusse faire, rien qui pût m'êtro agréable si je croyais vous désobliger, et rien aussi que je ne fusse capable d'entreprendre pour vous faire plaisir. Comptez, ma chère et rigoureuse amie, que je m'ef-, forcerai d'éviter également le reproche et la faute,
La même raison m'empêchera de vous expliquer mon sentiment sur la. lettre que vous écrivez à votre sœur. Elle est bien, parce quVllo vous parait telle, et si la réponse vous npprend qu'elle ait é;é reçue comme elle, doit rètre, vous serez confirmée dans l'opinion que vous en avez. Mab s'il arrive, comme il n'y a que trop d'apparence, qu'ello ne vous attire que des injures et des outrages, il me semble que voure intention n'est pas de m*en informer.
Vous avez toujours élé trop prompte à vous accuser des fautes d'aotrui, trop disposée à soupçonner votre propre conduite, lorsqu'elle ne s'est point accordée avec le jugement de voirie famille. Si c'est une vertu, je. vous ai dit bien des fois que je ne suis pas capable de l'imiter. Je ne con-> nais rien qui m'oblige à croire que la sagesse consiste dans les années ni que l'imprudence et la fo!ie soient le partage nécessaire de la jeunesse. C'est peut-Ôire le cas le plus commun qui se trouve vérifié, je le veux» dans l'exemple de ma mère et dans le mien ; mais je soutiens hardiment qu'il ne Ta poim encore élé entre les chefs des Harlove et leur seconde fille. Pourquoi chercher d'avance des excuses pour leur cruauté en supposant qu'ils ignorent ce que vous avez souffert et le mauvais état de votre santé? lissent informés de vos souffrances et je sais qu*ils n'en sont pas affligés. On ne les a pas moins instruits de votre mabdie et j'ai de fortes raisons de juger comment ils ont pris cette nouvelle. Mais je n'éviterai ni la faute ni le reproche si je m'arrête plus long-temps sur cet odieux su* jet. Ce que j'en conclurai seulement , c'est qu'à leur égard votre verta. est poussée jusqu'à Texcellence, et que, par rapport à vous, leur dureté va... De grâce, ma chère, permettez que je leur rende un peu de justice. Mais vous me le défendez, je le sais, et je vous obéis malgré moi. Cependant, si vous devinez le mot que j*aurais employé, ne doutez pas qu'il ne soit d'une justice extrême.
Vous me faites entendre que si j'étais mariée et si M. Hickman était dans la même disposition que moi, non seulement vous seriez portée à me rendre uue visite, mais il vous serait difficile de quitter le liea où
€U«IBBB lUBLOTI. 457
fjrions ai la fiatisbcUon de nous embrasser. Quelle force, ma chère, rous donnez aux instances de M. Hickman ! Ne doutez pas qa*il ne fût tel que vous le supposf^, et qu'il ne désirât sur toute chose de tous ▼oir près de nous, ou plutôt ayec noua , si vous nous accordiez cette &- Teur. S*iLn^ pas un insensé , la politique lui ferait naître ce désir, quand il n'y serait pas aussi porté qu'il e&t par la vénération qu'il a pour vous. Mais je ne vous dissimulerai pas, ma chère, qu'il dépend de vous, plus que vous ne le pensez , de hâter le jour que ma mère presse avec tant d'impatienco et pour lequel vous faites vous-môme tant de vœux. Du moment où vous pourrez m'assurer que votre santé so rétablit, et que vous êtes assez bien pour avoir congédié votre médecin avec son propre aveu, je vous donne ma parole que ce jour ne sera pas reculé plus d'un mois. Ainsi, ma chère, ce que vous désirez est entre vos mains. Hâtez- vous de vous bien potier, et cette affaire sera bientôt terminée; avec plus de douceur et de joie que je ne puis jamais l'espérer autrement.
Je fais partir un exprès, pour informer milord M... et les dames de votre juste refus. Vous ne trouverez pas mauvais que j*aie transcrit, dans ma lettre, quelques fragmens des vôtres, comme vous m'avez témoigné d'abord que vous le désiriez vous-même.
Nous apprenons de M. Hickman que votre plume vous occupe sans ce^e et que votre sanié ne s*en trouve pas mieux. Âuriez-vous entrepris d'écrire quelque partie do votre malheureuse histoire ? Ma mère me conseille de vous y exhorter ; dans fidée qu'un ouvrage de cette nature, publié sous des noms feints, ferait quelque jour un honneur extrême à notre sexe. Elle ne cesse pomt d*admirer, dans votre refus, la justipe et la noblesse de votre ressentiment. Elle serait bien aise aussi de savoir ce que vous pensez de la proposition que je vous fais de sa part. Votre conduite, dit-elle, et l'élévation de vos seniimens dans un si grand nombre d'épreuves seraient, non seulement un puissant exemple, mais un motif de précautions pour toutes les jeunes personnes de notre âge.
Le jour de notre départ est fixé h lundi. J*espère que cet incommode voyage ne sera que de quinze jours. A mon retour, je presserai ma mère de me faire pasâer par Londres, et si le prétexte doit être d'acheter quelques habits, mon véritable motif sera l'espérance d*embrasser encore une fois ma chère Clariàse, avant que les soins de M. Hickman aient pris une autre face, et tandis que je puis me dire encore à moi-même , c'est-àdire à elle, sani management et sans partage.
Annb Howb.
LETTRE CCCXV.
M. LOVEUICB, À H. B£LFOET.
Mttdi, 1» aoAt
Je SOIS au dése-poir; un messager de miss Howe apporta samedi à mes cousines une lettre qui ne me lut communiquée qu'hier au soir, à l'arrivée de mes tantes, et sur laquelle milord les avait fait prier do se rendre ici pour me soumettre encore une fois à ce redoutable tribunal. Jamais ours n'essuya une aussi rude chasse quo ton pauvre ami. Et pourquoi? pour seconder la cruauté de miss Harlove ; car ai-je commis quelque nouvelle offense? N'étais-je pas prêt h recevoir ma grâce à toutes les qu'elle aurait voulu m'imposer ? Est-il beau de me punir de
456 QUàmam hmiioyi.
\ mm inlorluiiet Toud me» prodies sont das inseoBés fui n& jugeai q«e par réTénetnent, des gens à qui j'ai honte d'appartenir»
La lettre de miss Howe contenait diverses réflexions de miss Harlofe^ .qui aboutisseat à me rejeter entièrement, et dans des termes si Tioleiity si posilifs I Elle ptrétend néanmoins que la raison a plus de part à soo refus que le ressentiment ; mensonge aussi noir qu'il y en ait eu. Et pour jpreuve de sa modération, elle assure qu'elle est capable de me pardour ner, et qu'elle me pardonne, h condilion que je cesserai de la chagriner. Toute la lettre est tournée de manière à lui attirer plus d'admiraiioo, mais à me rendre plus détestable. Ce qu'on raconte des agitations et de l'enthousiasme des quakers n'approche pas de la scène que mes tendres parentes m'ont donnée à la lecture de cette lettre, et de quelques passages tirés de celles de ma belle implacable. Que de lamentations pour la perte d*une si charmante nièce! Que d'applaudissemens donnés à ta vertu, h sa grandeur d'âme, ài la noblesse de ses sentimenst Combien de tm n'a-l-on pas répété la menace de me déshériter t moi qui n'ai pas besoin de leurs reproches pour sentir la pointe do mes remords et la rage do nie voir abandonné, moi qui ne l'admire pas moins qu'eux I Que diable dire? Je me suis écrié en les regardant d'un air furieux: « N'est^œ donc pas assez d'essuyer des mépris et des refus? Puis-je apporter remède à son esprit impbcable ? Mon intention ne serait-elle pas de ré** parer tous les maux que je lui ai fait souffrir ? i> U s'en est peu fallu que je ne les aie tous donnés au diable a vec eLe*même et miss Howe pour compagnie, et )'ai juré de bon cœur qu'elle n'en serait pas moins à moi.
Je te le fure à toi-même. Dût-elle en mourir la semaine d'après, le nœud sera formé. 11 le sera, j'en jure par le maître du ciel» et Qarisae Harlove rendra Tâmc avec le nom de Lovelace. Tu peux lui Caire celle déclaration si tu veux ; mais n'oublie pas de lui dire en même temps que je n'ai aucune vue sur sa fortune, et quie je la résignerai solenneUemeoit en faveur de qui elle voudra, avec toutes mes prétentions) si eUe meurt sans être mère. Je n'ai pas l'âme si bosse que sa fortune puisse me ten* ler. Qu'elle examine donc, pour elle-même, s'il ne lui est pas plus hono» xable de quitter ce monde- avec le nom de Lovelace qu-avec cékà d*Harlove.
Mais ne t'imagine pas que je merepose enlièrementd'une cause si chère à mon cœur, sur un avocat qui a plus d'admiration pour ma partie qoe pour son client. Je me rendrai à Londres dans peu de jours, avec la résolution de me jeter à ses pieds. Je serai accompagné d*un prêtre aussi résolu que moi, et la cérémonie sera esécatée, quelles qu'en puissent être les suites.
Si, pour éviter cette extrémité^ eUe Tonkit se i«ndre à l'une des deux églises» dont la permission de l'évêque nous laisse le choix (celte permission est entre ses mains, et grâce au ciel eUe ne me l'a paa seuvof ée avec mes lettres), je promets de ne lui causer aucun trouble» aais deme trouver au pied de l'autel dans l'église qii'elle aura choisie, et je m'ea^ gage k lui envoyer mes deux cousines pour raocompagnerr ou mêmaà loi mener mes deux tantes et inilord iL^f de la maift desqueleje. WÊê ferai un second bonheur de la recevoir.
Ou, s'il lui était plus agréable, je garantis qu'au pcemiec woi l'uM et l'autre do mes tantes, et toutes deux,.s'il lefaut, entrafrendront. le
CLABISSE HARLOVE. 459
▼oyage de Londres pour ramener ici, et notre mariage sera célébré daÈi^ la chapelle du château, sous les yeux de toute ma famille.
Ne trahis pas mon espérance, cher Belford. Em[^ie vivement et de hpone foi toute la force de ton éloquence, pour la faire consentir au choix, dîune de ces trois méthodes. Il faut qu'dle en choisisse une. Il le faut,» te 4lis-je, ou que je sois confondu.
J'eatends Charlotte qui frappe à la porte de mon cabinet. Que diable me veut-elle ? Point de reproche s'il lui plait : je n'en souffre pas davaiK tage« Entrez, entrez, petite ûlle.
Ma cousine Charlotte me voyant écrire avec trop d'attention, pour en faire beaucoup à sa visite, et devinant le sujet de ma lettre, a souhaité absolument de voir ce que j'avais écrit* J'ai eu cette complaisance pour elle* Le ton dont je te presse lui a cause tant de satisfaction, qu'elle ro!«h o^rt d'écrire elle-même à miss Harlove ; et j'ai accepté sou offre, en lui permettant de me traiter comme elle le trouvera bon. Je t'enverrai dans ma lettre une copie de la sienne. Après l'avoir écrite, elle a cru me devei0 des excuses pour la manière dont elle me traite. J'ai donné des s^pplaudissemens à son style ; et la voyant prête à m'embraseer, dans la joie qu'elle avait de mon approbation, je lui ai donné deux baisers, pour la remercier de ses injures, en l'assurant que j'en espérais beaucoup de succès, et que je rendais grâce au del de lui avon* inspiré cette idée. Tout le monde l'approuve ici comme moi, et parait charmé de la patienœ avec laqHeUe j'ai souffert d'être maltraité. S'il n'arrive point de changement dans mes espérances, tout le blâme retombera sur Topiniâtretodelachère C)ansse. On doutera de cette douceur et de cette disposition à pardonner dont elle faisait tant de parade ; et la pitié dentelle est en pleinepaasestion passera peut-être sur moi.
Aiofii» mettant toute ma confiance dans cette lettre, je suspend» «efr autres alternatives et mon voyage de Londres, jusqu'à la léftensc^ q|i»> ma souveraine fera sans* doute à miss Montaigu. Mais si tu vois qu'elle persiste et qu'elle ne prenne pas du moins qnelque temps pour délibérer, tu peux lui communiquer ce que je t'en?oie, avant l'arrivée de ma cousine; et si son obstination ne diminue pas, ne manque pas de l'assurer que je veux la voir, que je la verrai, mais tfvee^le»ptas parfiita sentimens d'honneur et d'humilité. Enfin, si je ne puis la toucher en ma faveur, je quitte l'Angleterre, pour n'y revenir jamais peut-être.
Je snis fâché que, dans un temps si critique, tu sois aussi employé qae fa me-le dis à servir Bellon. Si ses affaires démandent mon assh^tance; pÉrle, et je vole à tes ordres. Toot occupé, tout rempli que'jèsnisd^ cette fperrense beauté, j'obéis au premtor signe.
de compte sur ton 2èle et sar le caractère dé ton amitié. Ne perds pas uff moment, etrevreas dCMer tous tes soins «nx plus^dMM interdis d^nii ami, qui en pent le repos mai el jour.
Je joins icila letCtede mîss Montaigne
A* um tLAXÊasÉfiàÉîAnm.
aardl,.l*r Mât.
«T«èe eliève.miss,4oateiiolre famtUe'est infinimenl^^ensUde aux injon» qnnrvons avesieçues, d*jm homme qoe>votfe fleaAeallîBnco peutraidre digne du degré dans lequel il nous appÊbàmi^ SU V^ iHtoniracleîJdlhK
400 CLARISSE nARLOVB.
dalgence et de bonté, vous nous faisiez à tous la grâce d'oublier sa méebaiicefé et son ingratitude, pour accepter la qualité de notre parente, yoqs nous rendriez la plus heureuse fanotUo du monde, et je puis vous garan- î tir que milord M..., milady Sadler, miiady Lawrance et ma sœur, qui ^ font profession d'admirer vos vertus et la noblesse de votre ftme, ne cesseraient jamais de vous aimer, de vous respecter, et d'apporter tous les soins h réparer ce que vous avez souffert de M. Lovelace. C'est une fa» yeur néanmoins que nous n'aurions pas la hardiesse de vous demander, si nous n'étions bien sûrs que son repentir est égal à l'offense, et qu'en implorant à genoux votre généreuse pitié, il se liera par des sermens éternels d'honneur et d'amour. Ainsi, ma chère cousine (quel charme pour nous, si cet agréable style nous est permis] 1 notre intérêt commun, celui d'une flme que vous pouvez sauver de sa perte , et, souffrez que je le dise, celui de votre réputation même, doivent être capables de loucher TOlre cœur. Si, pour encourager nos espérances , vous m'assurez seale> ment que vous ne serez pas fâchée de me voir, et vous permettez que j'aie l'honneur de vous connaiire personnellement, comme nous vous con* naissons depuis long-temps par l'éclat de votre mérite, je ne tarderai pas deux jours à me rendre auprès de vous pour recevoir de votre propre bouche des ordres que nous ferons gloire d'exécuter fidèlement. Je vous demande, ma chère cousine (car nous ne pouvous nous refuser le plaisir de vous donner un nom si doux), je vous demande la permission d'entreprendre exprès le voyage de Londres, et de mettre milord M... et mes tantes dans le pouvoir de vous faire toutes les réparations dont ils sont capables, pour les outrages que la plus respectable personne du monde a reçus du plus audacieux et du coupable de tous les hommes. Quels droits n'acquerrez-vous pas sur notre reconnaissance, et particulièrement sur celle de votre très humble,
» Cbahlottb Montaigu. »
LETTRE CCCXVL
91SS CURIS8B HARLOYB, A MISS COARLOTTB KOZnTAIGU.
Jendi, 3 aoAl.
le snb virement pénétrée» mademoiselle, des témoignages que je reçois de votre estime. Une lettre si obligeante etdcs sentimenssi généreux augmentent mesrr grets, en me faisant sentir plus vivementque jamais quelle aurait été ma félicité dans une alliance que votre bonté vous fait désirer avec tant de chaleur, et qui, de votre part et de celle de milord, m'aurait également comblée d'honneur et déplaisir. Mais, en vérité, mademoiselle, mon cœur rejette sincèrement un homme, qui, vous appartenant de si près par le sang, a pu se rendre coupable d'une violence piéméditée, et qui a maintenant la bassesse de vouloir engager dans une famille telle que la vdtre une personne qu'il n'a pas eu honte de ravaler à la plus vile ccmpagnio de son sexe. Souffrez donc, mademoiselle, que, demeurant dans la résolution où je suis, je déclare hautement que je ne me croirais pas digne de tenir rang entre les dames de votre nom, si j'étais capable de justifier, par des sermens solennels, et de sanctifier, comme je le pois dire, de si noits et de si criminels excès.
Cependant vous me permettrez de demander à milord, h miladtes vos
CLÀH188B BAELOVB. 461
tantes, à TOQS-même, mademoiselle, et h votre sœur, une grâce qni me reste seule à désirer : c*est do joindre votre autorité à vos instances, pour obtenir de M. Lovelace qu^ii cesse de me chagriner. J*intéresse votre humanité à lui représenter que, si je suis destinée à vivre, il serait cruel de me chasser de la vie par ses persécutions ; car je suis déterminée à ne le voir jamais, si je puis l'éviter ; d'autant plus cruel, qu'il sait que je suis sans protection^ et que jamais je ne solliciterai personne à lui nuire* Si ma mort n*est pas éloignée, n*y aurait-il pas autant de cruauté à ne pas me laisser mourir en paix, lorsque je lui souhaite moi-même une fin heureuse et tranquille? Oui, mademoiselle, c'est le vœu que je Cais pour lui.
Que toutes les prospérités se réunissent pour le bonheur et la durée de votre illustre maison I Ma reconnaissance n'a que cette voie pour s'exprimer, lorsque mon malheur m'oblige do renoncer à tout autre titre que celui, mademoiselle, de votre très humble et très obligée servante.
ClARISS£ lUaLOVB.