LETTRE CLXV
■• LOVIUCIy ▲ ■• nurou).
Mcrciadi, S wâà*
Après la peine que je me suis donnée de t'expliquer mes Tues , mes desseins et mes résolutions par rapport à cette admirable fille, il est hien extraordinaire que tu t'évapores comme tu fais , en sa faveur, lorsque je n'ai fait encore ni essai ni tentative , et que toi-même , dans une lettro précédente, tu as donné, comme ton opinion , qu*on pouvait prendre avantage de la situation où elle se trouve, et qu'il n'est pas impossible de la vaincre.
La plupart de tes réflexions, particulièrement celle qui regarde la dif^férenœ des plaisirs que peuvent donner les femmes libertines, sont plus propres aux mouens qui suivent l'expérience, qu'aux temps qui la précèdent.
4S qMi$» nÀBLûvjs»
Je leoomiaisy «vec te poèie et toi, qae los délicieuses rolopiés sont osUes qui se partagent volonlairement. Alais peut-on s'attendre qu'ooe fpmine bien élevée se rende à la première attaque? En suis-je naôrne aux sevoialions ? 11 me paraît certain que j'aurai des difûcultésà combatlie» d'où je conclus que j*y dois employer la surprise. Peut-être sera-t-il nécessaire d'y joindre un peu de cruauté* Mais les oppositions peuvent dire mêlées de consentement. On peut se rendre au milieu de la résis*tance. Qui sait , après le premier choc, si les combats suivans ne s'af** faibliront point par degrés, jusqu'à ce que la soumission devienne volontaire? C'est le point qui demande d'être éclairci. J'ai vu des oiseaux re«» ittser la oourriiure , de chagrin d*avoir été pris et renfermés dans une cage ; mais je n'ai point encore rencontré de femme si sotte. Cependant j'aj entendu dire que ces chères âmes font de furieuses menaces contre leur vie dans ces occasions. Mais ce n'est pas dire grand' chose en faveur d'une femme, que de lui accorder plus de sens qu'aux oiseaux. Cependant nous sommes obligés d'avouer tous qu'un oiseau est plus difficile à prendre qu'une femme.
Ainsi, Belford, sans aller plus loin, que sais-je si mon charmant oiseau ne se laissera pas apprivoiser , et s*il ne parviendra point , avec le temps, à vivre aussi satisfait de sa condition qu'un grand nombre 4'tutres que j*ai conduit à ce point , et quelques uns, je t'assure, d'un naturel fort sauvage.
.Mais je devine ton principal motif, dans la chaleur avec laquelle tu prends les intérêts de ma charmante. Je sais que tu es en correspondance avec milord M... qui est depuis long-temps dans l'impatience de me voir enchaîné , et tu veux te faire uu mérite de mon mariage auprès de ce vieil oncle goutteux , dans la vue d'obtenir pour toimême une de ses nièces. Mais songes-tu que mon consentement te sera nécessaire? et ferai-je bien ta cour à miss Charlotte , en lui apprenant l'affront que tu fais h tout son sexe, lorsque tu me demandes si Je crois qu'après avoir subjugué la plus charmante femme du monde, le fruit de lavicioîre soit égal k la peine? Lequel penses-tu qu'uno femme sensible trouvera le plus excusable, du méprisant personnage qui fait cette question , ou de celui qui préfère la conquête d'une belle femme à toutes les joies de la vie? N'ai-je pas connu une veriueuse matrone, ou bien aise du moins qu'on eût celte idée d'elle, oui veua une haine éternelle à un homme pour avoir osé dire* qu'elle n^etalt plus dans l'âge de plaire ?
Uais encore un mol ou deux gur l'objecUan qui regarde le fruit de la Tictoire. Le chasseur qui fait la guerre au renard ne s'expose-t-il pas à toutes les fatigues pour triompher d'une bêle qui n'est bonne ni pour M ni pMir ses chiens ? Et dans toîitea les cImmqs nebke , «'«stijMH^n pB moins le gibier que l'amuseMeot? Pourquoi eoraia^^je donc expo«i à tettnsuce et le sexe à tes outrages, peur ma putienoe et ma penévé^ tnoe dans la plus noble de icaies les chaseee» et peor n'eue pas «a èmauumr en amour, comme ta onestion semble le iaire entendre?
Apprends de ton maître à traiter déeoriMis i4u» respectueusement, un sexe qui fait les délices et le principal amusement du nAtceu Je fffffndmj k plaine œ soir.
LETTRE CLXVf .
Ta me regardes» avec raison, comme le plu: lotrigant de Cous les hommeiR» C'est me Caire honneur, et je Ten remercie de bonne foi. Je te cgABMs fort bon juge. Aussi mon orgueil en est-il si flatté, que je me cm» obligé de mériter tpn compliment. D'ailleurs, youdrais-tu que Je me r^peplissiç â*4ia meurtre avant que de Tavoir commis?
« Les vertus et )es grâces sont les dames d*atour do ma Clarisse. Elle est née pour faire Tornement de son siècle, d Fort bien, Belford. Elle ferait Fornement de la première dignité... Quel firoîd éloge, mon amf, sîl n'e^ pas vrai que la première dignité soit toujours le prix dn premier mérite ! Dignité, première dignité, pure bagatelle! Toi qui me connais, estu la dupe de l'hermine et des fanx brillans? Cest h moi de porter la Toison, puisque je Tai gagnée. Corrige donc ton styie à l'avenir, et nomme Clarisse Tornement do plus heureux des hommes et du plus glorieux conquérant de Tunivers.
Qu'elle m'aime comme tu te ^imagines, cfest ce qui ne me paraît pas aus^ certain qu'à toi. Ses offres conditionnelles de renoncer h moi, sa oooûance trop réservée m'autorisent h demander quel mérite elle peut avoir aux yeux d'un hommo qui Ta vaincue en dépit d'ellc-môme, et qui n prise de bonne guerre, en bataiHe rangée, après un combat Obstiné?
A regard de la conclusion que tu tires de ses regards, je t'assmre qalls ne t'ont rien fait connaître ii son ica?«r»«i tu t'imagines que l'amour y ait eu la moindre part. J'observais ses yeux comme toi, et j*di reconnu plus sûrement qu'ih n'exprisiaient 4ua4iii d^gsAl yourfnoi et pour la compagnie où je l'avais amenée. L'impatience qu'elle a eue de se retirer, malgré toutes nos instances, devrait t'avoir convaincu qu'il ne se passait liai ée tmuke dans s«i coçvr ; «I iamai» ton Mena a'a été copimiit npir fliafMix.
CHa tBt touêfême^ 4ii-tiii je la As m>afL Mais jpoMiqaoi 4'imaginea'ttt qa'«ii» 4«ia ieUe fue la sienne, ranaanlraiil uoa àm$ tcAtequa lamiaaaat a^ paiir m'anéler sur les moia» preaml plaisir à la rewemi^mry aa psa*- 4iMkt (M d'amiraa ànm$ <to aaa aapèœ 7
• U no iàui pat doiKer, tooama Uà ébt que raaier ne sa réiouU de «a ^Imle. Mais je ma repose suc la peavoir que j'aurai de }'époii5ar« quand ji nMidrai ; et ai je liai Caisaatle juatiae, n'aurai^ja pas droit àaa r^coo»* mmmm»t Ma sa €iwa-t-«tia ptiai dans la om 4e m'aroir oUigaAiaD« plut(yt que dans celui de m*obligar..£t puia, a'il luit ta 1# difa« il a^t jop^ fifitifl ifue las «NMir9 d'uae filla ooowDe eUe reçaj^p^ jamnia une ^e 9mm fifiaoda fue eellas ée quantité â'ê^^e»^ fua iei ei tes c»m9iif4^ anbakamea ont jetées dans iaa vaiea de la perdiûûA, etqai aar^nt k f^ «ni<de liaans infemauK daoa k» divers iMtfliere d» là viUa, Prend» çoUt nMaaânn paiir toi, BtMird.
^Itoa ma répaodrfg peut-tee fu'antce Inna kaokîata dit ros4ié4iM> limilnea'eo troaiaiiaa uan 4oi»ni et du nMiri4« de ma Clarisse*
Maie te 4efliaDéa ai ae n'eat paa noe maxhaa constante t dane onloe aMiétféf que pkia une iaHme« de mériie, flm il y n de noblesse (tene la aaaiinie t One panvae fiUe, telle» ffnrnxemple^^qye non J^uinn do n>ie* qni n'a poiai étê^^ dans «a naissanoe n^ 4a<is aaa édA^calion* U
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beaucoup de ressource dans ses lumières naturelles, doit être respectée en faveur de sa faiblesse et de son ignorance ; mais vous conviendrez tous qu'il est plus mâle d'attaquer un lion qu'une brebis. J'imite les aigles : c'est aux plus nobles proies qu'ils s'arrêtent. On n'a jamais entendu dire qu'un aigle ait fondu sur un moineau. Le pis, dans l'oecaâon qui m'anime, c'est qu'après mon triomphe je me trouverai si couvert de gloire, que rien ne sera plus capable de piquer mon ambition. Toute autre entreprise d'amour n'excitera plus que mon mépris. Je serai aussi malheureux, par mes réflexions sur ma conquête, que don Juan d'Autriche l'était par les siennes, après la fameuse victoire de Lépante, lorsqu'il se plaignait qu'aucun de ses exploits futurs ne pourrait égaler les prémices de sa gloire.
Je ne disconviens pas qu'il ne soit facile de répondre à mes raisonnemens, et qu'ils ne méritent peut-être quelque censure; mais de la part de qui ? Ce n*est pas de la tienne, ni de celle d'aucun de nos associés, subalternes que vous êtes, dont la vie dépravée, long-temps même avant que j'aie pris la qualité de votre général, a justifié ce que l'envie ou l'épuisement vous fiait condamner aujourd'hui. Je vous ai fait l'honneur de vous expliquer mes intentions : c'est tout ce que vous pouviez prétendre, et ce qu'il me plaît uniquement de vous accorder.
Sois donc convaincu, Belford, que tu as tort et que j'ai raison suivant nos principes ; ou du moins, tais-toi. Mais je t'ordonne d'être convaincu , et ne manquo point, dans ta première lettre, de m'assurer que tu l'es.
LETTRE CLXVn.
■• BBLVORTy ▲ ■• LOVBLiCI*
Sdgware,Jeiidi,4iMi.
Je sais que tu es un méchant si perverti, que te donner les meilleures raisons du monde contre ce que tu as une fois léselu, c'est imiter ce fou qui essayait d'arrêter un ouragan avec son chapeau. Cependant fe^re encore que le mérite de ta dame aura quelque pouvoir sur toi* Mais si tu persistes, si tu veux te venger sur ce tendre agneau,que ta as séparé d'un troupeau que tu hais, de l'insolence de ceux qui l'avaient en garde; si tu n'es pas touché par la beauté, par Pesprit, par le savoir, par Ui modestie et l'innocence, qui brillent avec tant d'éclat dans cette flUe charmante ; s'il est décidé qu'elle doive tomber, et tomber par la cruauté de l'homme qu'eUe a choisi pour son protecteur, je ne vouikaia pas, pour wSSto mondes, avoir à répondre de ton crime.
Sur ma foi, Lovélace, le sujet me tient au cœur, quoique Je n'aie pas eu l'honneur de plaire à la divine Clarisse. Mon inquiétude augmente, lorsque je pense à l'imprécation de son brutal de père, et aux infftmee duretés de toute sa famille. Je serais curieux néanmoins, si tu t'obstines, de savoir par quels degrés, par quels artifices et quelles inventions tu avan-^ cens dans ton ingrate entreprise; et je te conjure, cher Lovélace ! si tu es homme, de ne pas souffrir qae les spécieux démons au milieu desquels tu Tas placée triomphent d'elle ; et de ne pas employer des voies indignes da l'humanité. Si tu n'emploies que la simple séduction; si tu la rmis capable d'une faiblesse, par amour, ou par des artifices dont rhonneur ne soit pas révolté, je la plaindrai moins ; et je conclurai qu'il n'y a point
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de fsmme dans le monde qui soit à l'épreufo d'un amant ferme et ooa- Tageux.
II m*am?e à ce moment un messager de la part de mon oncle. J'apprends que son mal a gagné les genoux etque les chirurgiens luidonnent peu de jours à vivre. Il m'a dépêché aussitôt un de ses gens, avec cette lâcheuse déclaration, qu'il m'attend pour lui fermer les jeux. Gomme je swai absolument obligé d'envoyer chaque jour à la ville mon valet ou quelqu'un des siens, pour ses affaires ou pour les miennes , l'un ou l'autre ira régulièrement prendre vos ordres. C'est une charité de m'écrire aussi souvent que vous le pourrez. Quoique je gagne beaucoup à la mort du pauvre homme, je ne saurais dire que ces scènes de mort et de ministre puissent me causer le moindre plaisir : de mîm^lr^ et de morr, anrais-je dû dire: car c'est l'ordre naturel, et l'un est ordinairement l'avant-coureur de l'autre.
Si je vous trouve de la froideur èi m'obliger, je serai porté à croire que ma liberté vous a déplu. Mais je ne vous en avertis pas moins que celui qui n'a pas honte d'un excès, n'a pas droit de se choquer du reproche.
BsuroRD.
LETTRE CLXVffl.
mas cuBissB hablovBi a miss bowi.
Je vous rends grâce, et à M. Hickman, de la lettre qn'il a pris la peine de m'écrire avec une diligence si obligeante ; et je continue de me soumettre à votre chère tyrannie.
Elle lui fodt le récit de. ce qui s'est passé, le mardi matin, entre elle et M. Lo?elace, à l'occa^on de ses quatre amis et de miss Partington. Les circonstances diffèrent peu de celles qu'on a lues dans la lettre de M. Lovelaoe. Ensuite elle continue :
n ne cesse de me reprocher un excèsde scrupule. II prétend que je suis toujours fâchée contre lui ; que je ne puis avoir gardé plus de réserve avec M. Solmes, et qu'il ne peut concilier avec ses idées, non plus qu'avec ses espérances, que depuis si long-temps il n'ait pas en le bonheur d'inspirer le moindre sentiment de tendresse à la personne qu'il se flatte de pouvoir bientôt nommer sa femme. Aveugle présomption I de ne pas voir à quoi il doit attribuer la réserve avec laquelle je suis obligée de le traiter. Mais son orgueil anéantit sa prudence. Ce ne peut être qu'un bas orgueil qui a pris la place de cette noble fierté qui le mettait au dessus de la vanité par laqueUe il s'est laissé corrompre. Ne vous souvenez-vous pas de l'avoir vu, pendant les heureux jours que j'ai passés chez vous , regardant autour de lui lorsqu'il retournait à son carrosse, comme pour observer quels yeux sa figure et son air attiraient à sa suite? Mais nous avons vu de laids et sots petits-maîtres , aussi orgueilleux de leur figure qœ s'ils avaient toutes les grâces en partage, pendant qu'ils devaient penser que les recherches qu'ils apportent à leur personne ne servent qu'à mettre leurs défauts dans un plus grand jour. Celui qui cherdie i paraître plu$ grand ou meilleur qu'il n'est excite la curiosité sur ses prétentions ; et cet examen produit presque toujours le mépris, parce que l'orgueil est un signe infaillible de faiblesse, ou de quelque travers dans l'esprit ou dans le cceur. S'exalter soi-môroe , c'est insulter son voisin p
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qui se Mut alofs porté à douter d'un mérite «nquol il accôrdaail'peiitêtre ce qui lui est dû, s'il le voyait accompagné do modestie.
Vous me troufêrcB fort (sraye, et }e le suis eo eflet depuis lundi au seîr. If. Lovetace est extrêmement tombé dans mon opinion. Je ne veis plus rien doTant moi qui puisse me donner une iatorable espéraaee. Qu'attendre d'un esprit si inégal ?
Je crois tous avoir marqué que j'ai reçu mes baUts. Vous m'avez cnasé tant d'agitation que je ne suis pas trop sûre de l'avoir feit, quoique je me souvienne d'en avoir eu le dessein. Ils me sont venus jeudi dernier, mais sans la petite somme et sans mes livres , à l'exceptioa de Dreiel , SUT VÉlemUé , de Vlnêtruelion sur la PénUencê , et de Frtmm$ £ipira. C'est apparemment un trait d^esprit de mon frère* Il croii Uen faire de me présenter des images de mort et de désespoir. Je dWre l'une, et je suis quelquefois sur le bord de l'autre»
Vous serez moins surprise de ma gravité, lorsqu'aui raisons que vous connaissez ei à l'incertitude de ma situation, j'aurai ajouté qu'on ma le- ■is avec ces livres une lettre de M. Morden. Elle m'a fort indisposée contre M.Lovelace, et je dois dire aussi contre moi-même. Je la mets sous celte enveloppe. Prenez la peine, ma chère, de la lire.