V. LOTELACB, ▲ ■. BBLFOBD
■«rdliiialiD,9aoAt.
le Rapprends, ami, que nous aTons reçu la visite du colonel Morden. Kecueille ton allention, pour un curieux dialogue.
Il Tint hier, à cheTal , suivi d'un seul laquais. Milord le reçut comme un parent de miss Harlove, c'esl-è-dire aTCC les plus grandes marques de considération. Après les premiers complimens, il s'adressa dans ces termes à milord et à moi : — Comme vous n'ignorez pas » messieurs, que je suis lié par le sang avec les Harlove , je n'ai pas besoin d'explication pour le sujet qui m'amène et la Tisite que j'ai Thonneurde TOUS rendre.
Milord. — Miss HarloTO, monsieur, est apparemment le motif de TOtxe Tisite ; au témoignage de tout le monde, c'est la plus excellente de toutes les femmes.
Le colonel. — Je suis raTî, milord, que vous en ayez cette opinion.
Milord. — C'est non seulement la mienne, mais celle do toute ma famille, de mes sœurs , de mes nièces, et de M. Lovelace lui-même.
Le colonel. — Plût au ciel que c'eût toujours été celle de M. LoTelace.
Lovelace. — Votre absence a duré long-temps , monsieur. Peut-être n'êtes- vous pas pleinement informé des circonstances.
Le colonel. — Il y a plus de six ans, monsieur, que je suis parti d'Angleterre. MiSà Clatisse HarloTO en avait alors onze ou douze. Mais il est rare qu'à vingt ans on ait autant de prudence et de discrétion. Esprit, figure, jamais je n'ai vu tant de perfections annoncées à cet flge ; et je n'ai pas été surpris d'apprendre qu'elle ait plus que rempli de si belles espérances. Pour la fortune, ce que son père et ses oncles se proposaient do faire en sa faveur, et ce que j'avais dessein d'y joindre moi-mÔme, avec co que son grand-père avait déjà fait, devait la reudre un des plus brillans partis du royaume.
Lovelace. — Je reconnais miss Harlove dans ce portrait. Ajoutez-y, monsieur, que, sans la violence et l'humeur implacable de sa famille, qui a voulu l'engager malgré son penchant dans un mariage indigne d'eUe, miss Harlove serait aujourd'hui très heureuse.
Le colonel. — J*avoue , monsieur, comme vous venez de l'obserTcr, que je ne suis pas entièrement informé de ce qui s'est passé entre vous et ma cousine ; mais lorsque j'ai su , pour la première fois, que vous lui rendiez des soins, permettez-moi de le dire, je n'avais qu'une objection à faire contre vous , importante à la vérité , et je no tous cacherai point que je lui en ai marqué librement ma pensée dans une lettre. Pour tout le reste, il me semblait que personne ne lui convenait mieux que vous : car TOUS êtes un galant homme, qui joignez à toutes le^ grâces de la fi-
506 CLABISSE BARLOVE.
^r« des maoièF^ nobles et aisées, une naissance dislinguée, une fortane ^ des esp^cances considérables. Bans le peu de temps que j*ai eu Thon- ^lur de TOUS connaître en Italie, qiU3ique votre conduite, pardonnez-moi cette réflexion, n'y ait pas été tout à fait sans reproche, diverses occasions m'ont convaincu que vous ôtes brave. Du côté de l'esprit et de la vivacité, peu de jeunes gens vous égalent. Votre langage est séduisant. Vous avez long-temps voyagé ; et je sais, si vous me le pardonnez encore, que vous vous entendez mieux à faire des observations qu*à les suivre. Avec tant de belles qualités, il o'est pas sucprenant qu'une jeune personne prenne de l'amour pour vous, ni que cet amour, joint à l'indiscrète cha« leur avec laquelle on a voulu forcer les inclinations de ma cousine en fa- Tem? d'up boœme qui vous est fort inférieur, l'ait portée à se jeter sous votre protection. Mais si je lui suppose deux motifs si puissaus , n'est-41 pa^vfai aufiii» monsieur, qu'elle éudt doublement autorisée à se promettre «o généraux traitement de la part de l'homme qu'elle choisissait pour «on protecteur ?
Jtovelace. — Uiss Harlove avait droit aux adorations de tout le genre buiBoin » je ne balance point à le déclarer ; mais il est impossible de rs^ peler le passé. Peut-être souhaiierais-je de le pouvoir.
Ici, le colonel s'étendit avec beaucoup de force sur la méchanceté de eeux qui attaquent la vertu des femmes. U obsef?a qu'en général les liommes ont déjà trop d'avantages sur la crédulité, la faiblesse et l'inexpérience du beau sexe qui, par la mollesse de son éducation, par ses lectures et par le désir naUirel de plaire, devient quelquefois trop facile à se Wsier engager dans les démarches les plus imprudentes ; qu'à la vérité sa cousine était au dessus des séductions communes, c'est-à-dire incapable d'one témérité par de» moindres moiiiiA que la violence de sa fa* mille et mes promesses solennelles; mais qu'avec ces motifs néanmoins, et une prudence qu'elle devait moijis à l'expérience des affaires qu'à son fasureuse constiltttioa, elle avait pu croiro la défiance inutile à Tégard «é'un homme qu'elle ain^, et que par conséquent rien n'était plus odieux que d'avoir abusé de sa cooilance. Je l'interrompis.
Lovelace. — Ces observations sont vagues et peuveut ne pas convenir anpoioidontilestquesyon. Mais vous-môme, monsieur, vous n'avez pas d'aversicBi pour la galanterie, et peut-être ne justiûeriez-vous pas odeux que moi tœtes les actiuns de voUre vie.
Le colonel. -*<- Oh I monsieur, reos éles libre do me rappeler mes erreurs. Grâce au ciel, je suis capable de les reconnaître et d'en rougir.
Hiloid jeta les ici yeux sar moi ; leais comme il ne paraissait point, à l'air da colonel, qu'il eatrât la moindre maligmté 4ans cette réflexion, je la reloraid'autaot moins que je suis aussi prêt que lui à reconnaUze mes fautes, soit que j'en rougisse ou non. U continua»
Le oeiood. «^ Gomme vous semUez douter de mes principes, je vous dirai natui^tomenlet saosen tir^ vanité, quelle a toigoursété ma règle jusqa% ces demios temps, où je me suis beaucoup plus resserré. J*ai pris des Kbertés qui ne peufest être justifiées |Mur les lois de la bonne morale, et je me rappelle im Age de ma vie où je me serais cru en droit de couper la gorge à celui qui aarait traité ma sœur comme je ne faisais pas difficulté de traiter les filles et les sœurs 4'autrui. Mais je tiens que oelai qui va jusqu'à {vomeUre, est obligé de tenir. Une fenune est eo droit de porter son appel à tout l'univers, contre la perUdio d'un homme
CLARISSE BARLOVB. 507
9U4 Ta trompée, et sera toujours sûre d^avoir le public de ^n côté. A |u:é$^Dl, œonsievir, je vous crois trop d^honneur pour ne pas convenir fp;ie si TOUS avez obtenu quelques avantages sur une â éminente verti^, vous le devez à des promesses de mariage ouvertes et solennelles...
Jl^vel^ce, )'intej7ompant« — Je sai$» coloqeli tout ce que vous pouvez ^jputej:, et vtous me pardonnerez, j'en suis sûr, de vous avoir interrompu, lorsque vous m'allez voir loucher directement au but que vous vous
EojjiOseiL. Je reconnais donc que j*cn ai foct indignement usé avec miss uripve, et j*iiipute,avec la môme franchise^ que je m'en repensdu fond du cœur. Je dirai plus, je me trouve si grossièrement coupable, que loin de chercher des excuses dans les affronts continuels que j'ai reçus de son ^a\pUcablc famille, j'avoue que ce serait une nouvelle bassesse qui me cî|n(^moerait doublement. Si vous pouvez dire quelque chose de pis, vous êtes libre de parler.
, U nous regarda successivement, milordet moi. — Comptez, lui dit miiffia que mon neveu parle de bonne foi. J*en réponds pour lui. Lçvelace. — Oui« monsieur; et que puis-je dire, que puis-je faire de
pïusî
Le colonel. — Faire? monsieur. Ohl je suis surpris qu'il soit besoin de vous dire que la réparation doit suivre le repentir, et je
2»e flatte que vous ne balancerez pas à prouver Ton par l'auire. (Le ton 9nt ce discours fut prononcé ne me plut point. J'hésitai, comme incer* \9JJ^ ;^ je Rêvais le relever). Permettez, conlinua-t-îl, monsieur, que je YPHaiaâS^ une question : Est-il vrai, comme on ledit, que vous épouseriez ma cousine si elle voulait y consentir? (Je me sentis encore plus
I^vdace» -* Certaines questions, par la manière dont elles sont proposées, semblent renfermer un ordre. Je demande à mon tour, colonel, QpimCPPnt je dois prendre les vôtres?
Le colonel. — Je ne pense point, monsieur, à donner ici des ordres. ^ seule vue est d'ei^ger un galant homme à prendre des résolutions àifLUGs de lui.
7 Xevelace, vivement. — El par quels argumens, mousieui, prétendez- X^us y parvenir?
Le colonol. -^ Par quels argumens engager un galant homme à se montrer digne de lui? Celte question me surprend dans la bouche de )K, Lovelace.
tovelace. — ' Et pourquoi donc, monsieui'? e colonel, d'un ton assez amer. -^ Pourquoi, monsieur?...
Lovelace, l'interrompant. — > Je n'aime point, colonel» que mes termes 9m^i répétés de ce ton,
HQofd. w Doucement, doucement, messieurs. Je vous demande en H^ftce de vpus mieux entendre. On est si vif, à votre âge l
Le tolonel. — Je ne prends point ce reproche pour moi, milord. Je ne sqia Qi {art jeune ni trop vif. M. Lovelace peut me rendre tel qu'il le sôuhaîie.
. J^velace. — Et le souhaite , colonel , de vous voir tout ce que toi» douîiailez d'être.
Le. colonel , fièrement. » Je vous en laisse le choix , monsieur : votre Wi Ou voire ennemi, suivant la disposition où vous êtes de rendre jus- Ûce ila plus parfaite de toutes les femmes.
508 CLABISSB HARLOTS»
Ifilord. — rabais bien jugé, messieurs, que cette dialeor était à craindra dans votre première entrevue. Acceplez , je vous prie , mon entremise» Vous tendez au même but, et vous n*avez besoin que de patience pour TOUS expliquer. Monsieur Morden, failes-moi la grftce de ne pas venir tout d*un coup aux défis...
Le colonel. — Aux défis, milord! Ce sont des extrémités que j*acC0pte plus vcloDiiers que je ne les offre. Mais crojcz-voos qu'ayant rbonoeor d'appartenir de si près à la plus excellente femme du monde...
Milord, l'interrompant. — Nous convenons tous de ses perfections, et nous regarderions son alliance comme le plus grand honneur auquel nous puissions aspirer.
Le colonel. — Vous le devez, milord.
Milord. — Oui, nous le devons, cl nous le faisons aussi ; et que chacon fasse ce qu'il doit, et qu'il ne fasse rien de plus. Et vous , colonel , souffrez que je le dise, vous devez être moins ardent.
Lovelace, froidement. — Allons, monsieur Mordon , quelles que soient vos intentions, il ne faut pas que celte dispute aille plus loin quo vous el moi. Vous vous expliquez avec un peu de hauteur, et je ne suis point accoutumé à ce langage. Mais ici, sous ce toit, il serait inexcusable derei lever ce qui méritait peut-être mon attention dans un autre lieu.
Le colonel. — Quelque jugement que vous portiez de mon langage, le vôtre, monsieur, est digne d'un homme que je serais charmé de pouvoir nommer mon ami , si toutes ses actions y répondaient , et digne aussi de rhomme que je me croirais honoré do nommer mon ennenù. J'adore un courage noble. Mais puisque milord est persuadé que nous tendons tous deux au même but , je crois , monsieur Lovclaco, que si l'on nous permettait d'être seuls pendant quatre ou cinq minutes, nous nous enten* drions bientôt parfaitement. (Là-dessus , il se mit en chemin vers h porte).
Lovelace. — Je suis tout h fait do votre opinion, et j'ai l'honneur de TOUS accompagner.
Milord sonna brusquement , et vint se jeter entre nous en disant aa colonel : — Retournez de grâce, monsieur, retournez! et h moi qu'il retenait par le bras: — ^Mon neveu, je vous défends de sortir. La sonnette et le bruit des voix amenèrent Mowbtay, Clincarn, écuyer de milord; le premier avec son air nonchalant et les mains derrière le dos. Il nous demanda de quoi il était question? — Do rien, loi dit milord; mais ces jeunes gens sont, sont, sont..- des jeunes gens, et c'est tout. Le colonel étant rentré alors d'un air plus composé, il le supplia de s'expliquer aTec modération.
Le colonel. — De tout mon cœur, milord.
Mowbray, s'approchant de mon oreille. — De quoi s'agitMl donc Y me dit-il. Veux-tu, mon enfant, quo je tombe sur cet homme-lù?— Gardetoi d'ouvrir la bouche, lui répondis-je tout bas. Le colonel est un galant homme, et je te défends de te mêler ici le moins du monde.
Le colonel. — Je serais au désespoir, milord, de vous causer le moiiidre chagrin. Je ne suis pas venu dans celte intention.
Milord. — En vérité, colonel, vous m'avez fait soupçonner le contrairai, par la facilité avec laquelle vous prenez feu.
Le colonel. — Si j'avais eu le moindre dessein d'en venir aux extrémités, je suis sClr que M. Lovelace m'aurait fait l'honneur de me joiiidie
ffl.(mfflfllt BAHLOVB.
du» quelque lieu où la Tiolenoe me rendrait mmiis coupable. Je suis ▼enn dans des vues fort opposées— pour concilier les différends, loin de Toolmr les irriter.
Lovelace. ^ Bh bienl monsieur, nous prendrons toutes les mélhodes qu'il vous plaira. Il n*y a personne avec qui je sois plus disposé à traitor paisiblement qu'avec un homme pour lequel miss Harlove a tant de considération. Mais je vous avoue que, dans le ton, comme dans les termes» je ne puis supporter l'air de menace.
Slilord. — Allons, messieurs, allons. Vous commencez à vous enten* dre mieux. Je suis persuadé, colonel, que vous ne connaissiez pas tout le fond de cette fâcheuse affaire. Vous ne savez pas combien mon neveu désire qu'elle se termine heureusement. Vous ne savez pas, colonel, qu'à notre sollicitalion M. Lovelace est résolu d'épouser miss Harlove.
Le colonel. — > A votre sollicitation, miiord I Je me serais figuré que M. LoVeiace était disposé à remplir son devoir par des principes de jus* Hoe, surtout lorsque la justice se trouve jointe au plus grand honneur qu'il puisse se faire à lui-même. (Mowbray jeta des yeux à demi fermés sur le colonel, et me lança aussitôt un regard. )
Lovelace. — L'expression est forte, monsieur.
Mowbray. — Par ma foi, je la trouve telle aussi.
Le colonel. --- Forte, monsieur? Mais n'esl-elle pas juste Y
Lovelace. — Oui, colonel, et je crois que faire honneur h miss Har* love, c'est m'en faire à moi*mémc. Cependant il y a des termes qui peuvent être adouds, du moins par le ton, sans rien perdre de leur valeur.
Le colonel. — Cette remarque est vraie en général ; mais, si vous aves pour ma cousine les seniimens dont vous faites profession, vous devez.««
Lovelace. '— Souffrez, monsieur, que je vous interrompe. Si j'ai les sentimens dont je fais profession I II me semble qu'après avoir déclaré que j'ai ces sentimens, ceci, prononcé avec emphase, est fort déplacé.
Le colonel. — Vous m'avez interrompu deux fois, monsieur. Je suis aussi peu accoutumé à me voir interrcmpret que vous à voir répéter vos termes.
Miiord. <— Deux barils de poudre, en vérité. Que sert , messieurs, de vouloir traiter, si vous êtes prêts à quereller au moindre mot?
Lovelace. — Un homme d'honneur, miiord, souffre difûcilement que sa bonne foi soit soupçonnée.
Le colonel. — Si vous m'aviez permis d'achever, monsieur LovelacOi vous auriez vu que ce «i était moins une marque de doute, qu'une sup* position accordée. Mais, réellement, il est bien étrange qu'avec tant de délicatesse sur la bonne foi dans le commerce des hommes, on ne fasse pas scrupule de violer les promesses et les sermons qu'on fait aux femmes. Je puis vous assurer» monsieur, que j'ai toujours cru ma conscience liée par mes sermons.
Lovelace. — Je loue cette maxime, colonel ; mais je vous apprends que vous me connaissez peu, si vous ne me croyez pas capable d'un juste ressentiment, lorsque je vois prendre mes généreuses déclarations pour une marque de faiblesse.
Le colonel, d'un air ironique. — Je me garderai bien, monsieur, de vous prêter cette disposition. Ce serait s'imaginer qu'un homme qui ^esl rendu coupable d'une injure signalée n'est pas prêt à uiontrer son ooiir tage pour le soutenir.
,.,^»-ii<»'«"ï*,*w^
510 CLARISSE BABLOVB.
Howbray . — Co ton est dor, cohmeT, par tha foi I II n'y a personne an iMfide de qui fm toidassftreiitenflre aolaol ^afiU Lofclaee en» 9
fért.
Le colonel. — Qui êies-rous, monsieur? Quel droit areD-iVN» à$ns une afïaire oif d'un oèté l'on se leconBalt èoii|iàbl6 e4-oà rimaifeui d'une fiamifle coitsidénd>te est intéressé î
Mavbraj, k Toreillé do coioneK -^ Mon cIkt enfant^ tons m'oUigorisB infiniment si vous toulicz me donner le noyen de lépondBe h vdln question. (Il sortait. Je Tai ramené, tandis que milord ratoDait lefCuloBoL)
Le coloneh -^ De grâce, milerd, permettez-moi de 8idfre-eet.flïûclftux incoDfiu« Je ^rous promets d*ètre ici dans ti ois minutes»
Lorelacs. — - Mewbray I esi-oe \k le peraonnags d'un ami? Mesuppd^ ses-tu ineapable de répondre pour moi-même? Le cdond Morden amk t-il occasion de se pkiittdi» qu'étant Tenu ici seul et comme nu, celle i«ison n'aât pas plut^ send à lui attiter des civittlés que- des iasulteaff Q faut, mon cher Movbray, qqe voua vons retiriez à ce moaienl« Yott n'ayez, en effet, aucun intéârôt daiie cet affaire, et si yous êtes mua anâ» je vous prie de faire des eicuses au colonel de tous y être mêlé nuà à propos.
Mowbray. — Eh bien t di bieni Loyelace, il n^en sera que ee qua tu juges à propos. Je sais que je n'ai point k faire ici. Voun, colonel (eti lui tecdant la main), je tous laisse à un homme qui est aessi capable de.défendre sa cause qu'aucun mortel qne je connaisse.
Le colonel, prenant la main de Mowbray h la prière de milord. **-Yeaa ne m'apprenez rien que j'ignere, monsieur Mowbray. Je ne doute point que Mw LoTclace ne s(U défendre sa cause s'il était question dTtfne oAise ^défendre.
MHorA; •— Allons, messieurs, k présent que Bt. Mowbray a'dispftnl et quetont respire l'amiiié, je Toueenipiî», dierohons ensemble qoelfOd heureuse eoAclusion.
Loyelace. -^ Uti mot, snlordi à présent que M» Mewbray est partil Je ereîs^quTun homme d'howeeurne' doit ptS' passer ainsi légèvemenfc sur une ou deux expressions qui ont échappé au colonel.
MllMd<r-^Mon neyet», que diable yen-tu. dke? E 0é te iasle^u'à confirmer au colonel h tésolutbn où' tu es d'épouseï mias HarloTe^ il eHe eensent à le f eceyolr.
Le colonel. — Je me flatte que M. LovelaceidMtCKft point k m'CAden- «er sa parole, naigcé tout ce qui s'ert passé* Si Tous-croyeb^ monsiÉur, qn'il nie soit échappé quelque chose dont vous ayez k mus pUiidn^ cTett •pparenHUenl. Ionique j*ai dit qo'un homme, qui a» al peu oaoaaliai rheaneur k regard d'une femme sans pvoiactioa aesou défensat nedeit pis étfe si d^tieat sur co.qui mérite bier> moins ce nom, auraoïitayaooeaiL qui oftt dfoft de lui en f«ire> leurs plaintes* le suis CMié, meataieur L4>y#lace, d'avoir sujet de tenir ce langage; mais je le répétetaisiaaneeraittte k un tôt j dans (outetsa gloim, au milieu de ses gardes.
Milord. -^ Que fioétf^^Tous,. messieurs) Vous souffles sur les flannct, et' Je Tuis que tous ayez dessein de qaemller* Ne seuhaiHz-yous p0y mm neveu, n'êtes- vous pas prêt d'épouser miss Harlove, si noaepOQyoHiohte- Uh^ son consealementt
Loydace. -^Que le del me confonde , milerd , tl }e toulaie Une Hnpétuttfee à ce piix.
lé
LA
Miittrl *« Q«oi« LtnrelaM t Tu es plus eœ^ié %ae lo colonelt Cétaiit son tour, il n'y a qu'un instapt : iiiais**à pcéseot qu'U s*est refroidi»., voua pMnotfeU tout é'uft coup»
Lovalaof. -* i'ar twe que le cok>Dela])eauQOup d'ayanlages sur moi; mai» peut-être eu connaie-je un qu'il a'auraii pas» si nous en Tenions à l^en^e.
Le edonel. — ' le o» sois pas Tenu , comme je l'ai déjà dit , pour chescfafr roccaâon ,,aMis je-ee la lef userai pas si elle m'est ofierte : et puisque* nous ne causoi» ici que 4» Tembarraa à milocd» je ?ais prendra Q»ngé de lui et m?en> retourner par Saini-iribans.
LeTelaoe.^ J^ veos acoompagneisai de tout mon cqbuf pendant 009 pallie du diemiD, eokmel.
Le ioleuek -^ l'accepte avec joie Totce civilité^ monsieur Lovelàcew
llilerd) Bousatrètant eneore, lorsque nous étions en mouyemeoX pous softir. «*» Bhl messieurst que vous enievicadra-t^il? SUppo&oos qiue l'un périsse par la nxain da l'aulre. Croyez-vous que la mort de l'un ou iê loutre rende nuss tiarlove plus ou moins heureuse? Voire courage est tipp connu, pour avoir besoizi de nouvelles preuves. Je crois, colonel , que si vous a.veB en vue l'honneur de votre cousine, il n'y a pas, de voie plus certaine que celle du mariage ; et si vous voulez employer votre Oiédit auprès d'elle» il est probable que vous obtiendrez ce qu'elle refuse jusqu'à présent à tout le monde.
Lovelace. -* U me semble, milocd, que j'ai dit tout ce qu'on peut dire, Ô0io^ une affaire où le passé ne peut être rappelé* Vous voyez néanmoins q^ie le oeloneL prend droit de ma modération pour s'échauffer, jusqu'à n^ mettre dans la nécessite de prendre le même ton que lui , sans quoi id serais méprisable à ses propres yeux.
lUord* — ie vous demande, colonel , si vous connaissez quelque voie de raison et d'honneur pour faire goûter une réconciliation à miss Rlsirlove^ Mon neveu, en a très mal usé ; mais il est disposé à réparer sed ^tes.
. Lovelace. «^ Pour l'amour d'ellewnêmei mflord, et sans aucuti égard peut; sa famille, ni pour Les hauteurs de monsieur.
Le colonel. — Je suis trompé, monsieur, si les vôtres n^enssent étébien plus loin dans le même cas, c'est-à-dire, pour l'intérêt d'une parente si respectable et si indignement outragée. J'ajfMite que si vos motifs ne sont pas l'amour, l'honneur, la justice, et s'il s'y mêle la moindre teinture de répugnance ou dedGHnpA»piÉé^jesiii».8ftr qu'ibjtfouveqent peu de faveur auprès d'une personne qui pense aussi noblement que ma cousine, et je ne souhaiterai pas moi-môme qu'elle s'y prêtât plus volontiers.
LowMs. -^ Voue ignorée, «u)ooel^9ie:miIardv railedi; Sadtor^ mUady finrrflmce, nés deux oeusinee MoirtiégiiL et moi, que je uemmeraie- le franterf et Vérém était pfb^ de ràmout el de> Im juatket, ueua bii avooa tatl 4n^ tes (4riMf les pte sokainete et lea plu»pre8aMi»,poui) luLlaûe dfl»ell^e»q«relb est? seidsieapebte^reluser*. • LeieoTeMl»«*-tttqQeHt9iaieofli^ ^ili véu9 pl«tt^. pettt«^le appcHrter mifte^tet médiations si puissaute' et eents^ de tfilkiï offres? Vous deve9 ]«nèrèjtf«tfeerées«Mif^qttihfatiinieiife4 N'eetM^patid'éteblif rhonneur domadàBiefio^ilKef si iBs.alBiinB pevreuL êtfee conduites à cet heiH ^euspelirtf
iméiMh -^BiMfii^ur Moftfefl r lMt(|tf'en9 uv'nuia faii 1» grâae dfaor
él2 CLABI88B BABLOfl.
cepter ce nom, je n^avrai besoin ni de yoos, ni d'anenn aattedo monfla^ poar assurer l'honneur de madame Lovelace.
Le ooionel.— J*en suis persuadé : mais jusque alors elle me touche de plus près que yous. Ce que je dis, monsieur, c'est pour vous liîre juger que» dans le rôle que je fais, je mérite vos reraercieroensplulOt que vos plaintes» Ainsi, jusqu'à ce qu'elle ait droit à votre protection, il roe semble que TOUS devez me faire un mérite du zèle que j'ai pour sa défense, filais vous aviez commencé, monsieur, à m'exp1iquerdesdroonstancesqaej*ignore« (Je lui ils le récit de mes offres. Je reconnaissais, luidi»-jeqne niaco»* duite avait pu causer à miss Harlove un eitrème chagrin. Mais c'était la rigueur implacable de ses parcns qui l'avait jetée dans l'excès du déses» poir et qui lui faisait mépriser la vie. J'ajoutai qu'elle avait eu la bonté de m'écrire pour me faire suspendre une visite à laquelle j'étais absoliH ment résolu ; et que j'avais fondé de grandes espérances sur sa lettré, parce qu'elle m'assurait qu'elle était à la veille de retourner chez son père, où elle me faisait envisager le bonheur de la voir. )
Le colonel. — Est-il possible? Vos efforts, monsieur, ont-ils été si pressans? Vous a-t-elle écrit dans ces termes? Milord me servit aussildl de garant. Il ajouta même que, par soumission pour ses désirs, j'étais te* venu de Londres sans avoir obtenu la satisfaction do la voir. — * Il esl vrai, repris-je. C'est ce que je vous aurais plus tôt expliqué, maisvotrt chaleur m'a rendu plus réiervé.
Milord proposa de soutenir mon explication par des preuve^).
Le colonel rejeta sa violence sur son affedion pour sa cousine. J'acceprai volontiers ses excuses ; et milurd ayant fait servir des rafratchts» semons, nous nous assîmes de fort bonne humeur après toutes ces discussions, pour entrer dans les édaircii^semens qu'on me demandait, et sut lesquels je ne m'étais pas fait presser. Mais ce sera le sujet d'une autre lettre.
Observe, BelFord, quel est le désavantage d'une mauvaise cause. II me semble que les interrogations du colonel, poussées d'un ton si ferme, ont dû répandre sur moi un maudit air d*humiliation , tandis qu'elles lui donnaient une supériorité que je n'accorderais pas au premier homme ds l'Europe.
LETTRE CCCXUV.
■• KOBDDI, ▲ BSS CUU88B BABLOfB*
aardi, SSaoau
Pennettez-md, ma chère cousine, de prendre part aux iafortanes qui jettent une malheureuse division entre vous et votre famille, et de voos offrir mon assistance pour ramener les choses au plus favorable étal qu'on puisse encore espérer. Vous êtes tombée dans de fort indigaas mains. Ce que j'apprends me fait juger que ma lettre de Florence est ar- Hvée trop tard pour le fruit que j'en avais espéré. Ma douleur en est extrême, et je ne m'afOige pas moins d'avoir différé si long-temps mon retour. Mais oublions le passé, pour jeter les yeux sur l'avenir. J'ai ru M. Lovelace et milord M.... Il serait inutile, suivant leur récit, de toos dire combien toute leur famille désire l'honneur de votre alliance, et quelle est l'ardeur de M. Loyelace pour tous bire toutes les répazalions
GLilBSI HABLOyi. 51&
^fd sont en son pouroir. Je crois, ma chère cousioet que toqs n'ayez rien \
\ de mieux k faire que de receToir sa main. Il est érident pour moi que <?
! le pardon que vous lui accorderez facilitera beaucoup la rto>Dciliation gé- {■
i nérale, car votre famille ne peut s'imaginer qu'il pense sérieusement h '""
>' vous rendre justice , ou que vous fussiez obstinée à le rejeter, si vous le
jugez de bonne foi.
n n'y a que le désir de vous rendre service qui m'ait empoché jusqu'à présent de vous donner ces assurances de bouche. Je languis de vous revoir, après une si longue absence. Mon intention est de voir successivement tous mes cousins, et je ne désespère pas de rétablir la paix; la tendresse ne s'éteint jamais, dans le cœur des parens, pour un enfant qu'ils ont une fois aimé.
En attendant, je vous prie de m'informer , en peu de mots , si vous avez quelque doute de la bonne foi de M. Lovelace. Pour moi, je le crois sincère, si j'en juge par la conversation que j*eus hier avec lui. Vous aurez la bonté de m'adresser votre réponse chez M. Antonin Harlove.
Jusqu'à l'heureux moment où je me rendrai peut-être utile à votre ré-* conciliation avec votre père, votre frère et vos oncles, permettez, ma cousine, que je tienne la place de quatre personnes qui vous touchent de si près. MoBDiN.
LETTRE CCCXLV.
■DB CLAUSfiB HARLOVBi ▲ ■• MOUMm.
lepdi, 81 août.
Recevez, mon cher monsieur, mes plus ardentes félicitations sur votre retour. Je l'ai appris avec une satisfaction extrême : mais la confusion et la crainte m'ont également empêchée de vous prévenir par mes lettres, avant les témoignages d'affection pour lesquels vous avez la bonté de m'encourager.
Qu'il est consolant pour mon cœur blessé, de m'apercevoir que vous ne vous êtes pas laissé entraîner par ce flot de ressentimens, sous lequel je suis malheureusement submergée, et que, tandis que mes plus proches parens ne daignent point examiner la vérité des lâches rapports qu'on leur lait contre moi, vous avez pris la peine de vérifier par vous-même que mes disgrâces viennent de mon malheur, beaucoup plus que de ma faute!
Je n'ai pas le moindre sujet de douter que M. Lovelace ne soit sincère dans ses offres, et que tous ses proches ne souhaitent ardemment de me les voir accepter. J'ai reçu de nobles preuves de leur estime, depuis le refus même que j'ai fait de me rendre à leurs sollicilations. Ne blâmez pas le parti auquel je me suis attachée. Je n'avais pas donné sujet à M. Lovelace de me regarder comme une créature folle et sans principes«.Si je lui avais donné sur moi cet avantage, un homme do son caractère aurait pu se croire autorisé par les siens à se prévaloir de la faiblesse qu'il m'aulait inspirée; et dans cette supposition, le témoignage de mon propre cœur m'aurait excitée à composer avec un méchant homme.
Je puis lui pardonner, mais c'est par la persuasion où je suis que ses crimes me rendent supérieure à lui. Croyez-vous, monsieur, que je puisse donner ma main et mes vœux à un homme que je crois au dessous de moi, et mettre le sceau, par ce don, à ses bassesses prémiditées? Non,
pionsieur; j'ose dw (pie votre oousioe, dût-selle passer laj^lus Iûdj^ vû> daQ3 Uin fortune et la misère, n'attache poiut assez de pnx aux commodités de la Tie» ni à la vie mêina, pour acheter les uoes et pour coo^ Berver l'aulro par un engagement de cette nature; un engagement, qui deyiendrait une récompense pour le eioltUeurf aussi long-temps qu'elle serait fidèle à son devoir.
Ce n'est pas l'orgueil, c'est la force de mes principes , qui m'in^re ce langage. Quoil monsieur : lorsque la vertu, lorsque la pudeur fiait tout rhonneur d'une femme, surtout dans Tétat du mariage, votre cousinp épouserait un homme qui n*a pu commettre un attentat sur elle que dans l'espérance de la trouver assez faible pour recevoir sa main, aussi^ tôt qull se trouverait trompé dans l'odieuse opinion qu'il avait de son caractère? Il n'a pas eu sujet jusque aujourd'hui de me croire fiaiihie, je ne lui en donnerai pas l'occasion, sur un point où je ne pourrais Têtresans crime.
Quelque jour, monsieur, vous serez peut^tre informé de toute mon histoire. Mais alors, je vous demande en grâce de ne pas penser à la vengeance. L'auteur de mon infortune n'aurait pas mérité ce nom, sans un étrange concours de malheureuses causes. Comme les lois n'auront aucune action sur lui lorsque je ne serai plus, la seule pensée de toute autre vengeance me paraît effrayante. Et dans ce cas, en supposant l'avantage du côté de mes amis, de quelle utilité sa mort serait-elle pour ma mémoire ? Si quelqu'un d'eux, au contraire, venait à périr par les armes, quelle aggravation pow ma feul^!
Que le ciel vous comble de biens, mon cher cousin ! et qu'il vous bé^ nisse autant que vous m'avez consolée, en m'apprenant que vous m'aimez encore, et que j'ai un cher parent dans le monde, qui est capable de me plaindre et de me pardonner.
Clastssb Hablovb.