LETTRE CXX^XLVI
Jeadi» 31 «oflU
Je ne puis me dissimuler que je sitis Meseé jusqu'au ièsë dt par cette inierprétation que mise Harleve donne à sa lettre. C'estme qui n'est pas pardonnable. Elle! un naturel simple! une pénitente; lBfioee»te, une fille de piété, et Umi ce qu'elle voudra; être cspaUe de tromper, avec un pied dans la tombe t
Vt est évident qu^elle a <»mposé cette lettre dans le àesBûn de en»prendre et de tromper. Si la crise oè elle est ne lui Ole pas saepeffldis Idées, eHe n^a pas moina besoin de l'inAilgeitee du ciei» V^ moi de la nenne. Mtlord même, qui n'a pas inventé la peadrO) y trouve de I'mIk flœ el le juge indigne d'elle ; mes cousinee Bkmtaigu entreprennenl de la justifier, et je n'en suis pas surpris. Ce maudit sexe est si portial.
Elle doit m'écrire lorsqu'elle sera dass le eieh N'est-ce pas ia le sipst Le diable emporte de telles allégories: et qu'il t'emporte toi*fliêBie pour atvoîv donné le nom d'innocent artifice à cette absuNbtàl
Cependant tu peux l'assurer de ma part que je ae k trouMarai potet par mes viriles, puisqu'elle est disposée h les tfouver si ehoquanto; et
CLABISSB HARLOVB. 515
j'espère qu'elle regardera cette déclaration comme un acte de générosité qu'elle ne doit pas trop sê promettre , après m'a?oir joué témérairement. Qu'elle sache aussi que si je suis capable de quelque chose pour son repos, ou pour son honneur, j'exécuterai ses ordres au premier signe, quelque honte ou quelque mal qu'il puisse m'en arriver.
Mais, tout occupé que je suis d'un sujet si peu plaisant, crois-tu que tes folles idées de pénitence et de réformation ne me tenlent pas beaucoup de rire à tes dépens T Lorsque j'ai lu, dans ud6 do tes lettres, que tu la considères effèctirement comme un ange envoyé du del pour t'aitirer après elle, que je meure si, pendant plus d'une heure, je ne t'ai eu préseat à l'esprit daAs l'attitude de madame Elisabeth Carteret sur la tombe do Westminster. Si tu ne l'as jamais observée, fais le Toyage ex- ]Nrès, et tu yerras «ne grosse figure de marbre, la tête haute et la main levée pour saisir celle d'uo ange, un pied levé aussi, apparemment pour Aonter, soiTant le dessein du sculpteur; mais le tout si pesamment exéeoté, que la statue paraît prête à rentrer dans le bloc plutôt qu'à en sortir.
Tu me diras peut-être que, dans cette comparaison, le grain du marbre et ia belle taille de la dame te font trop d'honneur, à toi qui n'as que l'air d'un ours, et qu'au contraire ma charmante, qui est véritablement un ange, est très désavantageusement représentée par la petite figure. J'en conviens. Mais ses aspirations m'ont assez frappé pour me faire trourer la ressembtonce et ceùe de miss Harlove dans les deux figures de cemiséoable monument; car tu dois considérer que, toute prête qu'elle peut être è monter au ciel, son véritable élément, il est impossible, mon cher •mi, qu'elle entraîne après elle un personnage aussi lourd que toi et ehargé d'ailleurs du poids de tes iniquités.
Mais pour reprendre le ton sérieux, je suis bien aise de tous dire, mo»* sieur Betford, que si ma divine Clarisse est aussi mal que tous me Fé» erivez, il vous conviendrait, dans des circonstances si touchantes, d'être un peu moins caustique dans yos réflexions. Cette affaire, à vous parler naturellement, commence h me jeter le cœur et l'esprit dans un cruel désordre. Je suis si impatient d'apprendre plus souvent de ses nouvelles, qu'il me prend envie de m'approcher de Londres et d'aller passer quelques jours à Uxbridge, chez notre ami Doleman. Je n'aurai besoin que éd deux heures pour me rendre auprès d'elle , s'il arrive quelque changement qui la porte à souffrir ma visite. Puisqu'elle désire ma réformation, elle doit se promettre un bon effet de cette entrevue. 1 Je me détermine donc à partir demain avant midi. Mon courrier me trouvera chez Doleman à son retour, et m'apportera, j'espère, une lettre de vous. Si j'étais plus proche ou dans Londres même, il ne serait impossible de m'inlerdire le plaisir de la voir. Mais si la cmelie supposition se vérifie, comme vos eontinoeiles alarmes me forcent de te craindre, alors, cher ami, gardez-vous de m'apprendre clairement mon malheur. Marquez-moi seulement qoe vous me conseillez de faire un tour è Paris.
J'approuve tellement votre générosité pour la sœnr de Belton, que j*ai engagé Mowbray et Tourviile è renoncer à leur kgs, comme je lenonce au mien. Mon courrier fera la dernière diligenee pendant tonte la nuit» Si vous voulez lui sauver la vie, je vous recommande de ne pas le len» voyer les maitr vide»
516 CLARISSE BARLOTB*
LETTRE CCCXLVn.
■• BELFORD, A M. LOTELAOS.
Jendl an soir, 13 août
En finissant ma dernière lettre, je me flattais, à l'occasion de celle de M. Morden, que la première visite que je rendrais à Tétonnante miasHar* love me ferait apprendre quelques circonstances aussi agréables qu'on peut en espérer dans sa situation. Mais il en est arrivé autrement.
Lorsque je suis entré chez elle, vers sept heures du soir, elle m'a dit que, depuis que je l'avais quittée, le plaisir qu'elle avait reçu de la lettre de son cousin avait d'abord excité ses esprits jusqu'à lui foire admirer le changement qu'elle éprouvai! ; mais qu'ensuite, étant livrée à de fAcheuses comparaisons, elle avait trouvé fort dur que ses plus proches parons n'eussent pas pris avec elle les méthodes par lesquelles M* Morden avait commencé, c'est-à-dire qu'ils n*eusssent pas cherché à se procurer des informations, et qu'ils ne Toussent point entendue avant que de la condamner.
A peine avait-elle fini cette réflexion, qu'entendant sur l'escalier le bruit de quelques hommes qui paraissaient transporter un grand coffre, elle a tressailli et son visage s'est couvert do rougeur. Elle m'a regardé d'un air inquiet : — Les imprudensi a-t-elle dit, ils sont arrivés deux heures trop tôt. Ne soyez pas surpris, monsieur, c'est un soin que j'ai voulu vous épargner.
Avant que j'aie eu le temps de répondre, madame Smith est entrée en s'écriant : — 0 madame ! qu'avez-vous fait I Madame Lovick, qui s'est présentée aussitôt, a fait la même exclamation; et moi, qui ai su de ces deux femmes, tandis qu'elle s'avançait vers la porte, que c'était un cercueil qu'on lui apportait : — Juste ciel ! me suis-je ésrié aussi, madame, qu'avez-vous fait I 0 Lovelace I que n'étais*tu témoin de cette scène I
Après avoir ordonné tranquillement aux porteurs de placer leur fardeau dans sa chambre de lit, elle est revenue vers nous. Ils avaient ordre, nous a-t^Ue dit d'un air aussi calme, de prendre le temps de l'obscurité pour l'apperter. — Vous m'excuserez, monsieur Belford, et vous, mesdames, ne vous alarmez point. Il n'y a que la nouveauté qui doive ici TOUS surprendre. Pourquoi serion&-nous plus choqués de cette vue que de celle des tombes de nos prédécesseurs, que nous voyons tous les jours à l'église et dont nous savons que les cendres seront un jour mêlées avec les nôtres?
Nous sommes tous demeurés en silence, les femmes avec leurs tabliers sur les yeux. Elle a repris : — • Pourquoi cette tristesse à l'occasion de rien? Si je mérite quelque blAme, c'est pour avoir marqué un soin excessif de cette partie terrestre. Mais j'aime à régler tout ce qui me regarde moi-môme. Peut-être aurais-je eu ce devoir» de reste, dans un temps oè j'aurais été moins capable de le remplir. Je n'ai ni mère ni soeur. Madame Norton et miss Howe ne sont pas proches de moi. Vous auriez ce spectacle dans peu de jours, si ce n'était pas aujourd'hui, peut-être quelqu'un de vous en aurait-il l'embarras. Qu'importe pour vous une différence si courte, lorsqu'il me cause moins de peine que de plaisir. Ces préparatife ne rendront pas ma mort plus prompte. L'usage n'est-il pas de faire un testament, quand on a quelque chose à laisser? et si l'on n'est
CLARiaSB BABLOVB. 5iT
pas effrayé d*an acte si lugubre, pourquoi le serait -on de la rue d*uft cercueil?
Que de raison dans ce langage t il marquait assez qu'elle y avait pensd long-temps. Cependant je n'en ai pas été moins révoUé par la vue d'uii oeicueil, en présence de Taimable personne qui» yraisemblablement, ne tardera guère à le remplir. Elle a proposé aux femmes d'entrer dans sa chambre avec elle, pour le voir de plus près, en les assurant que ce spectacle leur paraîtrait moins choquant, lorsqu'il leur aérait un peu plus familier. Je lui ai représenté que c'était nourrir dangeceusement sa tristesse, et j'ai pris congé d'elle. Les femmes l'ont suivie.
Yendredi, l^r gepteinbra.
Je reçois ta lettre. Que ta galté m'étonne au milieu de tant de scènes affligeantes 1 Mais ce que tu viens de lire doit t'avoir touché, ou rien n'en sera jamais capable. Cependant je suis charmé que tu me donnes le pouvoir d'assurer miss Harlo?e que tu ne penses point à la troubler; c'està-dire, qu'après avoir ruiné sa fortune et toute ses espérances, tu veux bien la laisser mourir en paix.
Le présent que tu fais à la sœur de Belton, et l'engagement où tu as mis Tourville et Mowbray d'imiter ton exemple, sont des actions dignes de ta générosité pour ton bouton de roie ; dignes d'un grand nombre d'aciions louables en matière pécuniaire, sur lesquelles je rends volontiers témoignage.
Je crains de n'être pas long-temps à t'apprendre la nouvelle que tu redoutes. Madame Smilh m'envoie prier de me rendre chez elle, et méfait dire qu'elle doute si je trouverai miss Harlove en vie, à mon arrivée.
A deux heures, eheiSmItti.
Je ne veux pas fermer ma lettre sans vous tirer d'une incertitude qui augmenterait beaucoup votre impatience. J'ai fait attendre exprès votre courrier. Miss Harlove avait perdu deux fois toute connaissance; et le médecin qu'on avait fait appeler, craignant un troisième accident, dont il n'espérait pas qu'elle pût revenir, avait jugé qu'en qualité d'exécuteur, je devais être averti. Elle était assez tranquille lorsque je suis arrivé. Le médecin lui a fait promettre, devant moi, de ne plus penser à sortir de sa chambre dans un état si faible. Madame Lovick, qui l'accompagne toujours à l'église, nous a fait trembler plusieurs fois du danger où elle s'expose, pour satisfaire sa piété.
Un messager arrive à ce moment avec une lettre de miss Howe.
LETTRE CCCXLVra.
inSS BOWB, ▲ MISS GUABISSB HARLOVB.
Hardi an soir, » aoAt
Enfin, ma très chère amie, je suis de retour; et j'éuiis revenue dans l'espérance de passer par Londres pour vous embrasser ; mais un accident que je reproche à la rigueur de mon sort, m'a privée d'une si douce satisfaction. Ma mère esi retombée malade. Hélas 1 ma chère, elle est fort mal. Vous êtes très mal aussi , comme je l'apprends par votre lettre du 25. Que deviendrais-je, si j'avais le malheur de perdre deux si chères
518 cIéARissr haalovb.
et à tendres «mies t Une ûèrre des plus violentes a stisi aa mère eo chemin.
Je vois, je rois , ma càère, que toas ii*é«es pas nàeaz qa'eUe, et je ne puis soutenir cette idée. Faites un effort, ma chère Clarisse, faites nil effort pour l'amour de moi, et ne tardez pas à me manquer qu'il a réoBsL Que le porteur m'apporte une ligue de tous* Ah 1 qu'il ne nenne pai sans une ligne. Si je vous perds, amie phis chère que n'aurait jamais pu l'être une sœurl et si je perds ma mère, je me défierai de ma propri conduite, et je renoncerai pour jamais au mariage. Quelles ténèbres aool déjà répandues autour de moll... Mais je suis obligée de me rendre an-* près du lit de ma mère, qui ne peut ôtre un moment sans me ?oir.
Mercfedi, 3D aeût
Bfe mère est beaucoup mieux, grâces au del t Elle a passé une fort bonne nuit. Je reprends la plume avec pins de joie et de liberté, ôMom l'espérance qu'il tous est arrivé aussi quelque changoment favoraUe* Si ce bonheur est accordé à mes prières, je bénis mon sort.
Je vous écris avec d'autant plus d'ardeur et d'impaiience, que j'ai l'oo^ tîâsîon de traiter un sujet qui vous intéresse beaucoup. Votre conski, ma chère, m'est venu voir ce matin. Il m'a parlé d'une entrevue qu'il eut mardi avec M. Lovelace, au chftteau de M.... Il m'a ûât mille questions sur vous et sur votre monstre.
n dépendait de moi de faire naître entre eux de belles scènes. Mais faisant réflexion que M. Morden est d'un caractère ardent, je n'ai pas représenté les choses sous leur plus mauvaise face. Cependant, comme je ne pouvais mentir en sa faveur, vous pouvez juger que j'en ai dit assez pour lui faire maudire le misérable.
Malgré la considération où le colonel Morden a toujours été dans votre famille, je ne me suis point aperçue qu'il ait eu le crédit d'amener les es» prits aux moindres termes de réconciliation. Mais j'apprends que votre irère est revenu d'Ecosse.
Le colonel est de fort mauvaise humeur contre eux. Cependant il ne paraît pas qu'il ait vu jusqu'à présent votre brutal de frère. Je lui ai dit que vous étiez fort mal, et je lui ai communiqué une partie de votre dernière lettre. Il vous admire. Il maudit Lovelace. 11 s'emporte contre Mite votre famille.
Je n'ai pu refuser h ses instances de lui laisser prendre copie des endroits de votre lettre, que j'avais cru lui pouvoir lire. Il assure qtt'aaann de vos proches ne vous croit si mal, et ne voudra se le persuader. Il vous aiment tous, dit-il, et très chèrement. S'il est vrai qu'ils vous aiment, leur dureté sera pour eux, dans les tristes suppositions que vous me faites envisager, le sujet d'un remords étemeL
Votre cousin m'a fait diverses questions sur M. Belford , et lorsqu'il a su les motifs de votre liaison avec ce galant homme, et son désintéressement dans tous les services qu'il vous a rendus , il n'a pu retenir sa eelère contre ceux qui ont formé d'injurieux soupçons sut ses visites. Son inquiétude était si vive pour vous, que jeudi 24, il chargea no homme de confiance d'aller s'informer de votre situaiion. On ût une triste peinture de votre santé, et l'on ajouta que vous avez été réduite à de grands embarras pour vous soutenir. Je me flatte qu'il est impossihto
qpB VOUS Uaàog asBei41n}«stice à mon amitié pour demeuier «ipoeéeà QDelgMs besoms faole d'argent. Je ne vous le pardonnen» de ma vie. ^
En qualité d*iin de vos curateurs» le colonel est résolu de tous mettre en possession de votre terre. 11 s'est fait remettre, par le même droit, le produit de ?os revenus depuis la mort de voire grand-père, ce qui monte à des sommes considérables , qu'il se propose de vous porter lui-même.
M. Morden s'imagineque» pour préliminaire de réeondliation, le dessein de vos parens est de vous engager à faire un testament par lequel vous ûJapOÊBÊeat de votre Uen suivant leurs intentions. Mais il proteste qu'il ne perdra point vos intérêts de vue, sans avoir obligé tout lamondeà vous rendre justice , et qu'il saura bien empêcher qu'amis ou ennemis ae vous en imposent. Ainsi, ma chère, leur dessein est de vous faire acheter votre paix. Votre cousin djt que votre famille est trop riche pour êtie humble, raisonnable ou modérée : que, pour lui, qui jouit d'une fortune indépendante, il pense à vous la laisser tout entière. Si ce lâche Lovelace avait consulté du moins l'intérêt de la sienne, quels avantages n'au^ rait-il pas trouvés avec vous, quand votre mariage vous aurait privée de votre part à la succession paternelle 1
J'ai préparé le colonel à la résolution où vous êtes de nommer M.Belford pour un office dont nous espérons encore que l'exécution sera diff6-^ lée long-temps. Il en a paru d'aik)ord extrêmement surpris; mais, après avoir entendu les raisons auxquelles je me suis rendue, il a seulement observé qu'une disposition de cette nature déplairait beaucoup à votre famille. Il s'est procué, m'a4-il dit, une copie de la lettre où Lovelaoo implore votre bonté et s'offre à toutes sortes de réparations pour la nériter, avec la copie cb votre réponse. Je vois qu'il souhaite beauoooip votre mariage , et qu'il ne l'espère pas moins, comme nn remède $ dit-ilp qui est capable de réparer toutes les brèches.
4e ne finirais pas si tôt, et je répondrais à chaque article de votre der* nièce lettre, si, dans l'espérance où je suis de voir bientôt ma mèie hors de danger, je n'étais résolue de mo rendre à Londres pour vous «xpUqnerlout ce que j'ai dans l'esprit, ^ pour vous dire, ma trèschère^aïaîe» en mMant mon âme à la vôtre, combien je suis et serai toujoMCS vede
AniuBfiewK.
LETTRE CCCXUX.
H. HELFOBD, ▲ H. HOEmOf.
A Londres, 4 ieptenoibre.
Monsieur, la nature des circonstances est une explication suffisante pour la liberté que je prends de vous écrhre ; d'autant plus que si je n'ai pas l'honneur de vous connaître peraonndiement, je n'en suis pas moins instruit de votre mérite. J'apprends que vous employés vos bons ofiioes dans la famille de miss Clarisse Harlove pour la réconciliation de la plus vertueuse et de la plus digne de toutes les femmes. Quelque générosité qu'il y ait dans cette entreprise, nous n'avons que trop de sujet de craindre iei que vos soins ne deviennent inutiles. Tous ceux qui sont admis à la iuniâarité de miss Harlove sont persuadés qu'elle ne peut vivre plus de trois jours, et si vous sooUaitez de la voir avant sa mort, il ne vous resta point de teo^s k perdre. £Ue %nore que je vous écris. Je raurais
5Û0 GLAM86B BARU)V8.
fait plus tôt si je n'avais espéré de jour en jour qa'elle apprendrait qiirt-^ ques heureux effets de votre obligeante médiation. J'ai Thonneur, etc«
Bdlfosd.
LETTRE CCCL.
■• EELFORDy A ■• LOTBLACB»
Havdi, 5 septembre, à sept heores an loir.
Le colonel Iforden est arrivé cet après-midi à cinq heures prédses. Ayant trouvé Smith et sa femme qui paraissaient tous deux fort affligés; il leur a demandé avec beaucoup d'impatience comment se portait miss Harlove. — Elle n*ést pas morte, a répondu tristement madame Smith ; mais je ne crois pas sa dernière heure éloignée. — Bon Dieu! s'est-il écrié en levant les mains et les yeux. Puis-je la voir? Mon nom est Morden. J'ai l'honneur de lui appartenir de fort près. Montez, je vous prie, et faiteslui savoir que je suis ici. Qui est avec elle ? — Sa garde, lui a dit madame Smith , et madame Lovick, une dame veuve qui prend d'elle autant do soin que si c'était sa mère (elle n'en prendrait aucun, a-t-il interrompu» si elle n'en prenait pas davantage), avec un gentilhomme nommé M. Mford, qui lui rend tous les offices d'un bon ami. — Si M. Belford est avec elle, je puis monter sans difficulté. Mais allez toujours, et dites à M. Belford que je lui demande d'abord un moment d*entretien.
Madame Smith est venue m'avertir dans l'antichambre, où je venais d'adiever la dernière lettre que tu as reçue de moi. Je me suis empressé d'aller au devant du colonel, qui est réellement un homme de très bonne mine, et qui m'a reçu avec beaucoup de politesse. Après .les premiers complimens : — Miss Harlove, m'a-t-il dit, vous a plus d'obligation qu'k ses plus proches parens. Pour moi, je me suis efforoé en vain de tondier en sa faveur des cœurs de marbre ; et ne me figurant point que cette chère personne fdt si mal, j'ai négligé de la voir comme je le devais au premier moment de mon arrivée, comme je n'y aurais pas manqué si j'avais connu sa situation et les difficultés que j'ai trouvées de la part de sa femille. Mais, monsieur, ne res(e-t-il pas d'espérance?
J'ai répondu que les médecins l'avaient quittée avec la triste déclaration qu'il n'en restait plus.
— N'a-t-elle manqué de rien ? a-t-il demandé. Son médecin est-il un homme éclairé? Je sais que ces bonnes gens ont eu pour elle toutes les civilités et toutes les attentions imaginables.
— Eh 1 qui pourrait lui refuser ses adorations? s'est écriée madame Smith en pleurant à chaudes larmes. C'est la plus aimable de toutes les femmes.
— Tel est le témoignage, a dit le colonel, que tout le monde lui rend* Bon Dieul comment votre cruel ami...
-i- Et comment les cruels parens... ai-je interrompu. L'un n'est pas moins incompréhensible que l'autre.
J'ai pris soin de lui expliquer tout ce qu'on avait tenté pour sa guérison. 11 était fort impatient de la voir. Il l'avait laissée, m'a-i-il dit, à l'âge de douze ans. Elle promettait alors d'être quelque jour une des plus belles femmes d'Angleterre. Je l'ai assuré qu'elle avait pleinement répondu è cette eiférance; que peu de mois auparavant, peut-être était-elle la plus
CUBI88B haulotb. â2i
>èlle femme de rEbrope, et que sa maigreur même ne lui avait pas fait perdre cet avantage, parce que ses traits étaient si réguliers, ses proportions sî parfaites et ses grâces si supérieures, que, n*eût-elle que la peau et les os, elle serait toujours d^une incomparable beauté.
Madame Smitb, étant montéeli noire prière, nous est venue dire qu*e]]e paraissait assoupie dans son fauteuil, et que madame Lovick et sa garde, qui étaient avec elle, croyaient lui devoir laisser prendre un peu de repos. Le colonel a demandé si, sans la troubler, il ne pouvait pas la voir dans cet état pour satisfaire son impatience, et la considérer avec plus de liberté. Le dos de son fauteuil était tourné vers la porte. Ainsi nous avons cru qu'il pouvait entrer sans bruit, avec la précaution de se retirer de même au moindre mouvement qu'il lui verrait faire, dans la crainte que sa présence ne f U tout d'un coup trop d'impression sur elle.jMadame Smith, marchant devant nous, a fait signe aux deux outres femmes de ne pas se remuer, et nous nous sommes avancés fort doucement.
EUe était dans une charmante attitude, en robe de satin blanc, la tête appuyée sur le sein de madame Lovick, qui était sur une autre chaise auin:ès d'elle, le bras gauche passé sur son cou, comme pour se soutenir; car cette femme lui ayant tenu lieu de mère, elle aime une situation qui l*aide è se croire dans les bras maternels. Une des joues touchant au sein de madame Lovick, la chaleur qu'elle en tirait, jointe à celle de sa propre haleine, y avait répandu une rougeur charmante qui en ranimait un peu h blancheur; l'autre était plus pâle, comme déjà glacée par les froides approches de la mort. Ses mains, aussi blanches que les lis, avec leurs veines dont le bleu était plus transparent que je ne l'avais jamais vu, pendaient languissamment, l'une devant elle, l'autre serrée dans la main droite de l'obligeante veuve, dont les larmes mouillaient le visage qui était appuyé sur son sein, soit qu'elle en versât sans les sentir ou qu'elle craignit d'éveiller sa chère fille en changeant de posture pour les essuyer. Son aspect, d'ailleurs, était calme et serein; et quoique, par intervalles, on la vît un peu tressaillir, son sommeil paraissait aisé. A la vérité, sa respiration était courte et fréquente, mais assez libre, et ne ressemblait pas à celle d'une personne mourante.
Telle était sa situation lorsque nous nous sommes avancés vis-à-vis d'elle. Le colonel, ne pouvant retenir ses soupirs, s'est mis à la regarder» les deux bras plies sur sa poitrine, avec la plus profonde et la plus tendre attention. Il a joui assez long-temps de ce triste spectacle, et je n'étais pas moins ému en le partageant avec lui. Enfin, un petit mouvement qu'elle a fait, avec plus de difficulté à retirer son haleine, nous a portés à nous retirer derrière un paravent qui cachait sa maison : c'est le nom qu'elle donne à son cercueil. Il est pûcé au coin d'une fenêtre ; et dans les pre* miers momens que j'avais passés avec M. Morden, le sentiment de notre douleur commune m'avait fait oublier de le prévenir sur ce qu'on ne pouvait guère dérober à sa vue.
En passant dans ce lieu, il a tiré son mouchoir, et, comme noyé dans sa tristesse, il n'a pu prononcer un seul mot. Mais, après avoir jeté les yeux derrière le paravent, il a bientôt retrouvé le pouvoir de parler. Frappé de la forme du cercueil, il a levé aussitôt le tapis dont il était couvert, et reculant d'horreur : — Juste ciel! a-t-U dit, qu'aperçois-jel Madame Smith était près de lui. Pourquoi souffre-t-on, a-t-il repris avec beaucoup de chaleur, que ma cousine ait près d'elle un objet si capable
522 CLARISSE HABLOVB.
de nourrir ses tristes réflexions? ^ Hélas I monsieuiv a répondu oellf bonne femme, qui oserait combattre ici ses volontés t Cependant nous lui ayons fait des plaintes de celte noire imagination.
Je me suis approché de lui, après avoir observé qu'elle n*était point encore sortie de son assoupissement. — Je devais, lui ai-je dit, vous prévenir sut ce spectacle. J'étais ici lorsque le cercueil est venu, et de ma vie je n*ai ressenti tant d'émotion. Mais elle n'avait personne de ses parens; elle n'espérait d'en voir aucun, et, dans la certitude de ne pas survivre longtemps, elle voulait, m'a-t-elle dit, laisser aussi peu d'embarras qu^il lui était possible à son exécuteur. Ce qui est révoltant pour tout le monde ne l'est pas pour elle.
Je n'avais pas achevé de parler, qu'elle s'est réveillée , en poussant ua profond soupir. Le colonel s'est avancé plus loin derrière le paravent, «un de ne pas la surprendre tout d'un coup par sa présence.
— Où suis-je? a-t-eUe dit, en ouvrant les yeux. Que je suis assoupiel Ai-je dormi long-temps? Ne sortez pas, monsieur (car je me retirais}. Je m'ai^santis extrêmement, et je suppose que cette disposition ne feni qu'augmenter. Elle a voulu se lever : mais sa faiblesse Ta forcée de demeurer assise et d'appuyer sa tête sur le dos de son fauteuil. Ensuite « après quelques momens silence: — Je crois, m^ chers amis, nous *i-eUe dit à tous, que vos soins obligeans finiront bientôt. J'ai pris un pea de repos, mais je ne me sens point rafraîchie. L'extrémité de mes doigts <X)mmence à s'engourdir. Je ne les sens plus. Il ost temps de faire partir mes lettres.
Je lui ai offert de les envoyer par un exprès. Elle m'a répondu qu'elles n'arriveraient que trop tôt par les voies ordinaires. Je lui ai dit que oe n'était pas jour de poste. — Est-il encore mercredi? a-t-elle repris. Je nO sais plus comment le temps va : mais sa marche est bien ennuyeuse^ Je crois qu'il faudrait pensera me remettre au lit. Tout s'y forait avec plus de décence et moins d'embarras, n'est-ce pas, madame Lovick ? Et se tournant vers moi : Il me semble, monsieur, que je n'ai rien oublié. Ne me rappellerez- vous rien qui puisse servir è rendre votre offîce plus aisé?
— Si M. Mordeu venait, lui ai-je dit, je me figure, madame, que vom ne seriez pas fâchée de le voir.
Elle m'a répondu qu'elle était trop faible pour recevoir sa visite; que s^il se présentait néanmoins , elle le verrait sans doute , ne fût-ce que pour le remercier de ses dernières faveurs et de ses obligeantes intentions. EUe m'a demandé s'il avait envoyé.
— Je sais , madame , qu'il serait déjà ici, s'il n'avait apprâiendé je vous surprendre.
«- Rien , rien , monsieur, n'est capable de me surprendre k présent; excepté la visite de ma mère, qu'un reste de honte amènerait pour m'aocorder ses dernières bénédictions. Que cette surprise aurait de douceur pour moi I Mais savez-vous si M. Morden est venu à Londres exprès pour me voir?
— Oui, madame. Pal pris la liberté de informer, par quelques lignes^ de l'extrémité où vous ôtes.
— Quelle bonté, monsieur! Vous m'accablez de bienfaits. Mais je crùna d'avoir quelque peine à le voir, parce qu'il ne me verra pas lui-même sans en ressentir beaucoup. S'il vient, comment lui cacher le cercueilt U ne manquera pas de m'en faire un reproche. Peut-être, en m'appuyant
CLARISSE HARLOVE. 523
sur le bras do madame Lovltli;, mitflnrortH^ la force de Tallcr rece^^i* dâiis l'aiiUchaœbre.
EUe a fak un mouvement pour se lever : mais elle est retombée sud son fauteuil. Le oolonel était dans la plus vive agitation derrière h par*» Tsnt, U s'est avancé deux fois, sans être aperçu de sa cousine; mais la crainte de lui causer trop de surprise l'obligeait aussitôtde se retirer, i'al marobévers lui, pour favoriser sa retraite. — Partez-vous, monsieur M* ferd? m'a«t-eUe dit. SeraiMse If. Morden qui vous (ait appeler? J'ai répondu que j'étais trompé si ce n'était lui. Elle a dit aux deux femmes : — Poussez le paravent aussi proche qu'il se peut, de la fenêtre. 11 laul que je prenne un peu sur moi , pour recevoir ce cher cousin ; car il tt'aimait autrefois fort tendrement. Donnez-moi, je vous prie, queiquesi gouttes, dans une cuillerée d'eau, pour soutenir mes écrits pendant eeU» entrevue. Ce sera vraiaeiid)labtement le dernier acte de ma vie. Le oatondtcpii entendait jusqu'au moindre mot, s'est fait annoncer par 9m nom : et moi f feignant d'aller au devant de lui, je l'ai introduit sana
liaserré l'ange entre ses bras, en fiéchiesani un genou à ses pieds; s'appuyant sur les deux bras de son fauteuil, elle a fait un effort inutile pour se lever. — Excusez, mon cher cousin , lui a-t-^e dit , excusez si je ne puis me tenir del)Ottt.«. Je ne m'attendais pas à la faveur que je re- ^îs ; mais je suis ravie que vous me donniez l'occasion de vous remareier de vos généreuses bontés.
•— Ma chère, mon aimaUe cousine! a-t-il répondu d'un ton passionné» je ne me pardcmnerai jamais d'avoir attendu si long-temps à vous voir $ mais j'étais fort él<»gné de vous croire si mal ; et tous vos amis ne se rimaginent pas non plus. S'ils le crojaient...
— S'ils le croyaient, a-t-elle répété en l'interrompant, peut-être au» lais-je regu plus de marques de leur compassion. Maisde grftoe» monsieur^ eomment les avez-vous laissés? Etes-vous réconcilié avec eux? Si voua ne Têtes pas encore, je vous conjure, par l'amitié que vous avez pour moi, de ne pas retarder la paix. Tous les différends d'une famille sicnôi» augm^tent mes fautes, puisqu'elles en sont la première cause.
— J'espérais, a-t-il repris, recevoir bientôt d'eux quelque heureuse CKplication en votre faveur, lorsqu'une lettre de M. Belford m'a fait hâter mon départ pour Londres. Mais i*ai à vous rendre compte de la terre de votre grand-père. J'ai à vous remettre les sommes qui vous sont dues eft que votre famille vous prie de recevoir, dans la crainte que vousnesoyet exposée à quelque besoin. C'est un gage si formel de la réconciliation qui s'approche, que j*ose répondre de l'avenir, si...
— Âhl monsieur, a-t-elle interrompu, obligée de s'arrêter par intervalles, je souhaite que cette démarche ne soit pas plutôt une marque qu'ils ne voudraient plus rien avoir de commun avec moi, Si le Ciel ttm condamviait à vivre pl«s long-temps. Je n'ai jamais eu l'orgueil d'aspirer à l'indépendance. Toutes mes actions en rendent témeigaage« Mais que servent à présent ces réflexions? Ce que je vous demande unique* ment, monsieur, c'est quo , de concert avec M. Belford » à qui j'ai d'ex*^ trêmes obligations, vous preniez la peine d'ajuster toutes ces affaires sui-* vani mes dernières dispositions , que je laisse par écrit. M. Belford me pardonnera, mais c'est au fond la nécebsilé, plus qu'un choix libre» qui m'a fait penser à le charger du fardeau qu'il a a bonté d'accepter. Si j'a»
USA CUBI88B BARLOnt,
?ais eu le bonheur de tous yoir plus tôt , ou de savoir que tous oonaer * vez un peu d'amitié pour moi, il ne me serait pas entré dans l'esprit de recourir à la générosité d'un étranger. Mais, quoique ami de M. Lovelace, il est homme d'honneur, et plus propre à rétablir la paix qu'à la rompre* Contribuez-y TOus-même , mon cher cousin , et souvenez-vous que tout dier que vous m'avez toujours été , rien ne vous autorise à venger des hnjures que je pardonne, lorsqu'il me reste des parens plus proches que M. Morden. Mais j'ai pris soin de vous expliquer là-dessus mes idées et mes raisons, et j'en espère l'effet qu'elles doivent produire.
— Je dois rendre justice à M. Lovelace , a-t-il répliqué en s*essuyant les yeux. Il est pénétré du repentir de sa basse ingratitude» et disp(»é à toutes les réparations qui sont en son pouvoir. Il reconnaît ses injustices et votre mérite. S'il avait balancé à s'expliquer, je n'aurais pu demeurer dans l'inaction, quoique vous ayez des parens plus proches que moi. Vo> tre grand-père, ma chère cousine, ne vous a-t-il pas conflée à mes soins? Me croirai-je intéressé à votre fortune sans l'être à votre honneur? Mais puisque M. Lovelace sent vivement son devoir, j'ai moins à dire, et vous pouvez être absolument tranquille sur ce point.
—Que de grâces, monsieur, que de grâces j'ai à vous rendre I Tout est au point que je demandais à la bonté du ciel. Mais je me sens très faible. Je suis fâchée de ne pouvoir soutenir plus long-temps... Sa faiblesse ne lui permettant point d'achever, elle a penché la tête sur le sein de madame Lovick. Nous sommes sortis, M. Morden et moi, après a^oir donné ordre qu'on vint nous avertir s'il arrivait quelque changement.
Nous avons passé nous-mêmes chez le médecin , pour le prier de lui lûre encore une visite et de nous en rendre compte à son retour. 11 ne s'est pas arrêté dnq minutes avec elle ; et nous ayant rejoints, il nous a dit qu'il doutait qu'elle fût demain en vie, et qu'elle souhaitait de voir immédiatement le colonel. On commençait à servir notre dîner , ce qui n'a point "empêché M. Morden de partir sur-le-champ. Je n'ai pu toucher à rien : et m'étant fait donner une plume et de l'encre, pour satis- Caire votre impatience^ je vous ai tracé à la hâte tout ce qui venait de se passer à mes yeux.
M* Morden est lui-même fort indisposé ; cependant, il m'a déclaré qu'il ne s'éloignerait pas d'elle tandis qu'il la verra dans une situation si dou* teuse, et que son dessein est de passer la nuit sur une chaise, dans son antichambre.
■ercredf, S. ft bnlt heorei da mitin.
Elle a donné ses ordres avec beaucoup de présence d'esprit sur la ma» nière dont elle doit être placée dans son cercueil, aussitôt que son corps sera tout à fait refroidi.
A neuf hoont âv malla.
Le colonel m'a dit qu'il avait dépêché un de ses gens au château d'Harlovepoury déclarer qu'on peut s'épargner la peine des débats au su jet de la réconciliation, parce qu'il y a beaucoup d'apparence que sa chère cousine ne sera plus au monde lorsque les délibérations seront Unies.
Il est au désespoir, dit-il, d'être revenu en Angleterre ou de n'être pas revenu plus tôt. S'A perd sa cousine, sa résolution est de retourner en Itaiiei elde s'établir à Florence ou à Livourne.
CIABI8SB BAftLOTB. 925
▲ disbemeidniiiitiii.
Elle a tiré de son sdn on portrait de iDîssHotwe, en miniature» qu'elle y a toujours porté. Elle Ta confié à madame Lovick, en la priant de le lemettre sous une enveloppe, adressé à M. Hickman, et' de le lui enyoyer par mes mains apiès sa mort. Elle Ta considéré long-temps ayant que de Fabandooner. a Aimable et tendre amie... ma compagne... ma sœurt » a-t-elle dit en le baisant quatre fois de suite à chaque nom.
J'ai renvoyé votre dernier courrier sans réponse. Votre impatience est juste. Mais croyez-vous que je puisse interrompre une conversation pour oourir à ma plume, vous écrire, vous envoyer par lambeaux tout ce qui se présente? Quand je le pourrais, ne voyez^vous pas qu'en écrivant une partie je perdrais l'autre?
Cet événement n'est guère moins intéressant pour moi que pour vous. Si vous êtes plus désespéré que moi, je n'en connais qu'une raison, Lovelace; elle est au fond de votre cœur. Je consentirais plus volontiers à perdre tous les amis que j'ai au monde, sans vous excepter, qu'à la perte de cette divine personne. Je ne me rappellerai jamais ses souffrances et son mérite sans me croire véritablement malheureux, quoique je n'aie lien à me reprocher sur le premier de ces deux points. Au reste, je fais moins cette réflexion pour la faire tomber sur vous que pour exprimer toute la force de ma douleur, quoique votre conscience peutrétre vous la fasse prendre autrement.
Votre courrier, qui supplie, dit-il, pour sa vie en me pressant de le faire partir avec une lettre, m'arrache celle-ci d'entre les mains. Un quart d'heure de plus (car on me fait appeler) pourrait vous rendre apparemment, sinon plus tranquille, du moins plus certain, et dans un état tel que le vôtre, c'est un soulagement pour un homme tel que vous.
LETTRE GCOI.
«• KLFOBD, ▲ K. «OWBBAT.
McTcradI, Apréf midi.
Je suis ravi, cher Mowbray, d'apprendre que tu sois à Londres. Au moment que tu recevras cette lettre, jette- toi, s'il est possible, avec Tourville, dans le chemin de l'homme qui, d^ tous les hommes du monde, mérite le moins l'affection d'un bon cœur, mais qui est assez digne de c^Ue de Tourville et de la tienne. Les nouvelles que j'aurai vraisemblement à lui marquer, dans une heure ou deux, lui feront regarder comme son plus grand bonheur d'être anéanti.*
Vous le trouverez entre le faubourg et Kensington, probablement à cheval, courant devant lui comme un furieux, et retournant aussitôt sur ses traces; ou descendu, peut-être dans quelque hôtellerie, pour observer le retour des courriers qu'il m'envoie.
Will, son valet de chambre, m'arrive à l'instant II vous remettra ma lettre en chemin, et vous servira de guide. Parlez sur-le-champ en cari-osse, à cheval, n'importe comment. Votre présence sauvera la vie au maître, ou è quelqu'un de ses gens. Voilà, messieurs, les heureux effets du libertinage triomphant. Tôt ou tard il retombe sur nous, et tout se change en fiel le plus amer. Adieu. Bauroan.
LETTRE CCCLH.
«• LOTILAGB, 4 ■. B8&F0IIK
Malédiction sur tout ce qui t'empêche do ra'écnre I sur le Q(4o«elt 9^r la m/Qude entier. Toil te prétendre aussi intéressé que moi «u sort 4ù ma Clarisse 1 Et qui es-tu, pour m'oser tenir ce langage ? il est fort heiireux pour l'un ou pour L'autre, que tu n'aies eu cette audace qne p|r écrit. Morte ou vIto, Clarisse Harlove est à moi 9 à ijaoi seul. Nei me coûta-t-elle pas assez ? N'est-il pas probalde qu'eJle nae coûtera mon ailut éternel, tandis qu'une éternité de bonheur sera son partage ? IMe étemelle séparationi Dieu 1 comment pui&-je soutenir cette idée ? Mais il lui reste encore un souffle de vie. J'espère encore. Ohl Belford» étends mes espérances^ et tu seras mon bon génie» le seul que je croirai ja* maisy que j'iniraquQrai comme le Dieu de ma vie et de mon salut* ^e ie pardonnerai tout.
Pour la dernière fois... mais non; ce ne sera pas, ee ne pe¥t éU:e la dernière. Déclare-moi, au moment que tu recevras ce hiUet, ce qu'il fayt que je djevienne; car^ à présent, je sais le plus misérable 4e toua l^s hommes*
Wfll me^ qse ta m'envoies Mowbray et Tourville. le n'ai pas besoin d'eux. Mon âme est lasse d'eux et du monde entier. C'est de moi-même, qneje f«ux,.. Co^ndant, cornue ils me font assurer qu'ils seront ici dans linstant, je les attendrai, eux et ta première lettre... Ah t BeKbrd, fjuâ^UÂ bien de m'appreodre... mais hAie-loi, quelque malheur que tu aies à nf «monoer.
LETTRE CCCLffl.
M. BffiFOnB, A ■• LOVBLACB.
mmEBâl, a septembre, i sept heures.
Ce qu'il me reste à Rapprendre, c'est que tu no saurais mieux faire à présent que de partir, soit pour Paris, soit pour tout autre lieu du monde où ta destinée pourra te couduiref
Belfoko.
LETTRE CCCLIV.
». ffOWa^V, Jk M. BBLFOBD.
▲ Çxbridge, 7 septembre, entre minuit et une beare.
Je t'envoie demander, à la prière du pauvre Lovelace, les circonstaoces du ktal arrêt que tu as prononcé cette nuit^ Il n'est pas capable de se servir de sa plume : mais il veut savoir tout ce qui aj^ttrtient aux derniers moœens de niss Harlove. Je ne vois pas néanmoins ce qui peut lui xevenir de cette ciirio»ié. Elle est partie, n'est-ce pas? Qui diable peut l'arrêter?
De ma vie je n'ai entendu pailer d'une femnK si saguiièr». Quel si grand mal avait-eUe reçu, |K>ur BMMirir d« douleur? Je souhaiterais fiie notre pawrre ami ne l'eût jamais conon^» QtieUea peines no lui a^t-àie
Tt I fiwnir TiàwinT dSEÊ
pas catiséesydefmfe le premier moment jasqa^n éennerYLechasmant tfarçon était comme perdu poar nous, depois qu'il s^était livré k celte fa»odsie : et dis-moi, je te prie, qn^ ant^il de pins rare dass une feauro que dans une autre ?
C'est un grand bonheur pour ce pauvre diable, de nous avoir eus près de lui à Tarrivée de ton billet. Tes précautions sont une bonne preuve de ton amitié. Ma foi, Beiford, cette nouwfle l'a mis tout à fait bois de Juimémo. Il est fou ; aussi fou qu'il y en ait jamais eu dans Bedlam. Will lui a rendu ta lettre au moment que nous Pavons Joint, dans une hôtellerie de Knigiii'»^Bdct» et ^'est dérobé aussitôt à sa vue. Jamais il n'y eut de pareille scène. Il tremblait comme une feuille en la recevant. Le tremblement de ses mains était si violent, qu'il fa déchirée en deux avant que de pouvoir l'ouvrir entièrement. Après ravoir lue, il est devenu aussi plia qu'un mort ; et pendant quelques momens, la voix loi a manqué. Il nous regardait, la bouche ouverte et les yeux égarés. Biais, ses esprits se ranimant tout d'un coup, il s'est emporté, de paroles et d'actions, à d^ {meurs que je n'entreprends pas de te représenter. Aucune partie du monde n'est échappée à ses exécrations; et sa rage se tournant contre lui* même, après avoir cherché des yeux son épée et ses pistolets, que WiH ava^ emportés en se retirant, il se serait tué contre le mur, si nous ne Favions arrêté fort heureusement, lorsqu'il s'y élançait tête baissée. Il est demeuré entre Tourvilîe et moi : mais n'espérant rien de ses armea ni des nôtres, il s*est donné, sur le front, sur les tempes et sur la poitrine, des coups de poing qui auraient assommé un taureau. J'ai voulu me saisir de ses mains; il m'a repoussé avee tant de violence, que d^in coup, dont je n'ai pu me garantir, il m'a fait ruisseler le sang du nez. C'est lui, par bonheur, sans quoi, je ne sais coonnent j'aurais pris cette nyure.
Ainsi, par degrés, nous avons on peu ramené le furieux à la raison. Ha promis de tenir une conduite plus mâle, et je lui ai pardonné. Nous Pavons fait monter à cheval, dans l'obscurité, et nous sommes venus ensemble chez Doleman. Chacun de nous a mis tout en usage pour lui faire honte de sa folie. Nous lui avons dit qu'il n'était question que d'une femme, et d'une femme obstinée, perverse. D'ailleurs, quel remède? Et tQ conviendras, Beiford, comme nous n'avons pas manqué de fe lui dire aussi, qu'il est honteux pour un homme qui s'est vu le maître de vingt femmes, pires ou meilleures que celles-ci, de faire tant de vacarme, pour la seule raison qu'il a plu à la belle de se laisser mourir. Nous lui avons conseillé 60 ne plus s'attaquer à des femmes orgueilleuses de leur caractère et de co qu'elle appellent leur vertu. A quoi bon? Le plaisir ne vaut pas la peine; et qu*oni-elles de plus que les autres? Par ma foi, la patience me manque, à la vue de toutes ses folies. Envoie-nous donc le récit qu'on te deinande.
Mais il faut absolument que nous le fassions voyager. Dans un mois ou 4eQX, nous le rejoindrons, toi, Tourvilîe et moi, et nous l'aurons bientôt ^uéri de cette extravagance. U aura honte de hii-même, et nous ne Fépar* gnerons pas alors. Aujourdliui ce serait pitié de le traiter comme il le mérite*
J'ai voulu te donner quelque idée du service que nous avons renda è ce violent personnage, qui était un homme perdu, s'il ne nous avait pas eus près de lui, ou qui aurait commis infailliblement qnefqoe meurtre. U
m CUBlSflB BAltOTI.
jure, n maudit. Toutes ses facultés spirituelles sont enveloppées d'épaisses ténèbres. Bonsoir là-dessus, Belford. Tourfilie, et tout ce que nous sommes ici, nous te désirons impatiemment ; car personne n'a sur lui tant d'influence que toi.
HowBKiT.
LETTRE CCCLV.
s. BSUPORTi k S. tOTKUCB.
Hovradi, à mimCi.
Je veux essayer d'écrire. Quand je me mettrais au lit, il me serait impossible de fermer les yeux. Je n'avais jamais senti le poids de la douleur, comme je viens de l'éprouver, en recevant les derniers soupirs de la plus admirable de toutes les femmes, qui jouit à présent de la récompense de ses vertus dans le séjour du bonheur.
Vous apprendrez volontiers les circonstances de son heureux passage. Tout est tranquille autour de moi : quoique personne, j'ose le dire, n'ait pu se promettre de reposer cette nuit, et le triste colonel moins que tous les autres.
A quatre heures, comme je vous l'ai marqué dans ma dernière lettre, on m'a fait appeler. M. Morden était à genoux, tenant une main de miss Harlowe entre les siennes, le visage baissé dessus, et la mouillant de ses larmes I De l'autre côté, madame Lowick, noyée dans les siennes, avait la tôte appuyée négligemment contre le chevet du lit ; et la tournant vers moi dès qu'elle m'a vu : —0 monsieur Belford I s'est-elle écriée les mains jointes, la chère, l'incomparable miss... Un sanglot ne lui a pas permis d'ache?er. Madame Smith était debout près d'elle, les yeux levés et joignant aussi les mains, la garde tenait dans une main un cordial inutile, qu'elle venait de présenter à sa maîtresse mourante. Ses yeux paraissaient enflés à force de pleurer, quoiqu'elle dût être endurcie par l'habitude à ces tristes spectacles.
MissHarlove avait gardé le silence depuis quelques minutes; et, semblant avoir perdu le pouvoir de parler, elle remuait quelquefois les lèvres, sans en faire sortir aucun son. Mais, à mon approche, madame Lovick avait à peine prononcé mon nom, que, d'une voix faible et intérieure, elle s'est efforcée de le prononcer aussi. — 0 monsieur Belford ! a-t-elle dit, en reprenant haleine presqu'à chaque mot, c'est à présent, j'en remercie la bonté du ciel I que je touche à la fin de tous mes maux. Quelques momens de plus vont me délivrer du fardeau de la vie, et je sens que je vais être heureuse. Consolez, monsieur, consolez le colonel. Voyez si son affection n'est pas blâmable! il souhaiterait de pouvoir retarder mon bonheur.
Elle s'est arrêtée quelques momens. Ensuite, tournant les yeux sur lui : — Pourquoi cette profonde tristesse ? La mort n'est-elle pas notre partage commun? Le corps peut paraître un peu abattu: c'est tout. U n'est pas si pénible de mourir que je l'avais cru. La difficulté con»ste dans les préparations ; mais^ grâce au ciel, le temps ne m'a pas manqué. Le reste, je le vois bien, est plus fâcheux pour les spectateurs que pour moi.
Eu effet, un doux sourire semblait faire rajonnerla joie sur son visage.
CLAftnn HABLOTB* S8B
Apib quelques momeiis de silence : — Eococe une fois, mon cher cottsin» a-t-elle dit aa colonel , chargez -tous de mes derniers sentimens pour mon père et ma mère... pour ma sœar, pour mon frère, pour mes ondes... Dites-leur qu'en expirant je bénis toutes leurs bontés... et même leurs rigueurs... Heureuse, d'avoir reçu ma punition dans cette vie I
La douce langueur de sa voix et de ses périodes interrompues remplissent encore mon oreille. Cette impression me sera présente toute ma Tie. Elle a continué, par intervalles, d'adresser quelques mots au colonel, à moi , aux femmes mêmes, qui n'ont pas cessé d'avoir les yeux attachés sur elle jusqu'au dernier moment. Une fois, elle s'est doucement écriée : « 0 mort, où est ton aiguillon 1 » quatre mots, que je me souviens d'avoir entendus aux funérailles de mon oncle et du pauvre Belton. Une autre fois, elle a dit d'un ton paisible : « Qu'il est heureux pour moi d'avoir senti l'affliction 1 » C'est apparemment quelque passage de l'Ecriture.
Tandis que la douleur nous tenait comme ensevelis dans un profond silence, elle a tourné la tête vers moi : — Dites, monsieur, dites à votre ami que je lui pardonne , et que je prie le ciel de lui pardonner. Appreneis-lui que je meurs heureusement, et que je souhaite, pour son intérêt, que sa dernière heure ressemble à la mienne.
Quelques momens après, elle a dit, d'une voix encore plus basse : — Ma vue se trouble ; je ne vous vois plus qu'au travers d'un nuage. N'est-ce pas la main de M. Morden que je tiens 7 en la lui pressant de la sienne. Où est celle de M. Belford? en tendant l'autre vers moi. Je lui ai donné aussitôt la mienne. — Que le ciel, nous a-t-elle dit, vous comble tous deux de ses bénédictions, et rende votre mort aussi douce que la mienne. Vous verrez ma chère miss Howe : dites-lui que je fais les mêmes vœux pour elle, et qu'en échange du portrait que je lui ai rendu, j'emporte son image au fond du cœur. Apprenez , par mon exemple, a-t-elle ajouté, avec beaucoup de peine à se faire entendre, comment tout finit ; et puissiez-vous... sa tête s'est appesantie sur son oreiller; ses mains ont quitté les nôtres, et la pflleur de la mort s'est répandue sur son visage.
Nous avons cru qu*elle venait d'expirer, et la douleur nous a fait pousser un cri. Mais quelques signes de vie, qu'elle a recommencé à donner, ont rappelé aussitôt notre attention. Ses yeux se sont ouverts encore une fois. Elle nous a regardés successivement, avec un petit mouvement de tête vers chaque personne de l'assemblée , qui nous a fait juger qu'elle nous distinguait. Enfin, levant les mains à demi, et prononçant d'une voix confuse : c Ciel , reçois une âme qui n'aspire qu'à toi! » eue a rendu le dernier soupir.
O Lovelace t... Mais il m*est impossible d'en dire davantage.
Je reprends la plume pour ajouter quelques Ugnes. Tandis qu'il lui restait de la chaleur, nous avons pressé sa main de nos lèvres. Quelle sérénité sur son visage ! que de charmes au milieu des horreurs de la mortl le colonel et moi, nous sommes passés dans la chanibre voisine, en nous regardant l'un l'autre, dans l'intention de parler; mais, pénétrés du même sentiment, et gouvernés par la même cause , chacun s'est assis de soa côté sans prononcer un seul mot. Le colonel soupirait , comme si son cœur eût été prêt à se fendre. Enfin, le visage et les mains levés, avec aussi peu d'attention à moi que s'il eût été seul dans la chambre : — > Bonté du ciel 1 s'est-il écrié , soutiens-moi. Est-ce là le sort du plus par- T. n. Si
534 CUMCUSK/ HAUffVBw
fait ouvrage de lu naturel Bnsoite, après s'ôtrearrêtéusnioineiiil Bhtc'est donc pour jamais, ma chère, mon adoroU» cousmei mais, pairaie^ sant revenir à lui-même , et s*adressant à moi : -^ FaodoB, iBonsienn*.. mille excuses, monsieur Belford. Il s'est levé alors, sain tien ajouter ; et^ se glissant vers la porte : -— J'espère, monsieiir, m'»4*-ii dit en sortasty que nous nous reverrons demain. Il est descend», il esl socti de la maisoBy et je sois demeuré comme une statue.
Lorsque j'ai commencé h rappeler mes esprits, j'avose qoe mes pro» miers moavemens m'ont porté à trouver de rinjusticodaus la dispensa *tîon des destinées humaines. J'ai perdu de vue, pendant queifues nu^ mens, Iheureuse préparation de miss Harlove, sou passage encore plas heureux, son triomphe dans un événemenl qui n'est, après tout», que le sort commun; et j'oubliais que, demeurant après elle , avec la certitude d'arriver au même terme, nous sommes Ineii éloignés d'être assurés du même bonheur.
Elfe est partie pour une meilleure vie, quatre minutes précises après six heure:^. Je venais de jeter les yeux sur sa montre, qui était suspendueà côté de moi.
Tels ont été les derniers momens de miss Clarisse Harlove , dans la fleur de sa jeunesse et de sa beauté. Si l'on considère un âge si tendre, elle n'a laisse personne après el]e qui la surpasse en éiendue de connaissances et en jugement; personne qui l'égale, peut-être, en vertu, en piété, en douceur, en politesse, en générosité, en discrétion, en charité véritablement chrétienne. I^ modestie et l'humilité , qui relevaient eir elle tant de qualités extraordinaires, ne Tempéchatit peint de faire éeîa^ ter, dans l'occasion, une rare présence d'esprit ot beaucoup de grandeur d*âme, on peut dire qu'elle faisait non seulement Phonneurde son sexe» mais rornement de la nature humaine.
Jeudi, à neof hcnzes du matin.
Je reçois une lettre que Mowbray m'écril en ion nom ; mais j'ai prévenu tes désirs ; et divers ordres qne j'ai à donner , dans cette triste occasion, ne me laissent pas le temps d'entrer dans un nouveau détaiL On ne me fait pas une peinture agréable de ta situation. Elle ne m'élonne point. Le temps seul peut te la rendre plus supportable ; c'est-à-dire, si tu parviens à composer avec ta conscience, sans quoi le mal ne fera qu'augmenter de jour en jour. Tourvilie,' qui arrive en ce momenl, me représente ton affliction. J'espère que tu ne penseras point à te rendrei ici» Miss Harlove désire, dans son testaraeni, qu'on ne l'accorde point la liberté de la voir. J'en fais tirer quatre copies. Il est assez long ; ear chaque article poite l'explicatioD de ses motifs. Je te promets d^autns éel^rcissemenst aussitôt que je trouverai le temps do t'écvire.
On m'a remis trois lettres, adressées è mis» Clacisse Harlove*. Moi» office me donnant le droit de les ouvrir, je les ai lues, et je t'en prometsune copie. Elles sont ci^aUes de me foire perdre l'esprit. Quelle joi» n^auf aient-elles pas causée à la malheureuse Clarisse l cependant eUee seraient venues trop tard pour changer nen à son sort.; et si ce bonheur lui était arrivé avant le dernier moment dft sa vie,, elle n'aurait pu. dire, avec tant de noblesse, « que le ciel ne lui avait pas laissé d'autre eonsoilaiton que hii^méme. »
I CLARISSE HARLOVE. 531
LETTRE CCCLVL