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lité qui va poser sur moi ; j'ai cherche à mon audace bien des excuses, et Dieu merci, j'en ai rencontre de fort noml)reuses et qui , à cette heure où ce livre échappe à mes mains fatiguées, me paraissent des raisons sans réplique.
L'Angleterre , non moins que la France , est unanime à reconnaître les interminables longueui's signalées par Jean- Jacques Rousseau et par M. Villemain , les Anglais sont même , à cet égard , d'une dureté qui touche à l'injustice. " L'auteur de Clarisse est un libraire , dit lord Chesterfield dans ses lettres , qui manque de savoir et de style , mais qui connaît le cœur humain. De ses sept volumes (l'édition in-S") il en faudrait faire deux! »
Un des meilleurs esprits et des plus singuliers de l'Angleterre moderne , Taylor Coleridge , le contemporain et l'ami de Southey , de Campbell, de Walter Scott , dans une de ces vivantes causeries à la Diderot , où la philosophie du siècle passé était traitée avec une spirituelle et éloquente rigueur , quand il vient à parler de Richardson et de son livre , n'est guère plus indulgent que lord Chesterfield. " Le genre de Richardson est triste ; il ne sort pas de la chambre pénitentiaire , sa morale est maladive et sa dévotion est lugubre ; Fielding , au contraire , respire un air de pleine et parfaite santé ; il vit d'une vie joyeuse et libre , il est puissant et doué d'affections généreuses. Passez de celui-ci à celui-là, de Fielding à Richardson,
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soudain il vous semble que vous sortez de la chambre d'un malade ; dans cette chambre le poêle était allumé , l'atmosphère était chargée de miasmes et de vapeurs, ce n'étaient que larmes, sanglots, prières , mais Dieu soit loué , quand une fois nous sommes lâchés dans la vaste et joyeuse campagne de Fielding ! -
Bien d'autres critiques, et plus violentes que celleslà , sont des aménités comparées aux colères de Voltaire contre l'auteur de Paméla, de Grandisson et de Clarisse, mais, me direz-vous, à quoi bon relever tant de critiques , et ne craignez-vous pas , en ramassant ce Mont-joie de satires et d'objections , de nous gâter à l'avance, le plaisir que vous nous promettez ?
Non , non , ne craignez pas que notre romancier reste jamais enseveli sous la rigueur des critiques , non plus que sous l'admiration des traducteurs. Sans nul doute on ne peut pas dire que l'auteur de Clarisse Harlowe soit à la taille de Ben Johnson ou de Jean- Jacques Rousseau , ces grands ouvriers , mais on comprend que la vie est dans cet honnne, et qu'il lui a fallu une puissance presque surnaturelle pour animer de ce souffle divin , ces longs drames du toit domestique. Non, non, si s^rande que soit l'impatience du lecteur à rencontrer ces interminables façons de parler et d'agir , il n'est pas de lecteur si prévenu, qui ne convienne que ce bonhomme, d'une imagination féconde autant qu'habile , ne nous
offi'e un des plus rares symptômes du vrai génie ; le calme dans la vie active, le bon sens dans l'invention , et avec tant de qualités de l'esprit et du cœur , une habileté merveilleuse lorsqu'il s'agit d'éclairer de cette lumière intime qui part du fond de l'âme, les caractères les plus compliqués , au moyen des circonstances les plus minutieuses et les plus vraisemblables. On peut donc et sans rien redouter pour lui , l'abandonner à tous les reproches qui ont fini par jeter quelques nuages sur sa gloire, et même en donnant raison à ses nombreux censeurs , la gloire du vieux père Richardson ne peut que grandir. — Vous avez raison , disons-nous , aux contempteurs de ce bonhomme de tant d'inspiration et de génie , vous avez raison les uns et les autres , Samuel Richardson s'endort trop souvent du sommeil d'Homère; il est long, monotone, diffus, puéril, sermonneur; il a vu le grand monde de son temps, mais il l'a vu au télescope ou à la loupe , jamais il ne l'a vu de ses yeux , ce qui s'appelle vu ; vous avez raison , il écrit sans art , sans trop d'esprit, et quelquefois il n'en montre pas assez , mais vous tomberiez dans une injustice très-grave, si vous prétendiez, par ces obstacles, donner un démenti formel à l'admiration unanime de deux royaumes, de tout un siècle, del'Europeentière, qui a placé Clarisse Harloire à côté des plus saintes créations et des plus charmantes dont se soit jamais honorée la poésie d'un grand peuple. Grâce, douceur, rêverie, une sérénité calme et douce,
qui va parfois jusqu'à la gaieté , la grâce et le goût dans leur parure la moins recherchée, une simplicité élégante qui repose l'âme de tous les tumultes dont Clarisse est entourée, une grâce incroyable, cette grâce idéale si précieuse et si rare, ce sentiment divin qui pousse les âmes honnêtes et simples, et qui est déjà la récompense sur la terre, en attendant la récompense de là-haut , voilà la vie , voilà la force , voilà la puissance de Richardson !
Donc , rassurons-nous et laissons dire les critiques ; cet homme est grand , sérieux , solennel , il est resté et il restera un des plus savants maîtres dans la science du cœur humain ! Il manque sans doute, de cette poésie et de cette verve railleuse si chère avant lui, à la joyeuse Angleterre de Charles II, mais il remplace l'éclat et le prestige qui s'attache aux gi'ands artistes , par les qualités plus solides et non pas moins rares, de l'observation sage et patiente, et de la philosophie pratique ; s'il n'a pas les qualités légères de ses devanciers , s'il n'est pas animé de cette admiration passionnée et charmante pour la nature extérieure , qui donne tant de vie aux caprices de son rival Fielding , en revanche , il reflète à merveille la teinte profonde , intime , sérieuse , dogmatique , légale, de l'Angleterre hollandaise, (juand le temps, ce grand rahneur, eut apaisé cette éiumi' de révolution . d'éiueut(> , ilo fanatisme , de folies , de guerres civiles. Ceux-là se trompent qui kii reprochent do n'être pas un poète , il n'a jamais
voulu être un poëte , il est à peine un romancier ! Figurez-vous une espèce de vicaire de robe courte , moraliste bourgeois par excellence qui met ses préceptes en romans, afin d'être mieux écouté; sa seule ambition, c'était d'être accepté comme l'instituteur de la famille , et de ne jamais sortir de l'espace heureux qui renferme le foyer domestique. Il reflète à merveille ce ton sérieux de gravité morale et sentencieuse qui a glorifié les écrivains du temps de la reine Anne. S'il traduit en style vulgaire, les plus violentes passions , c'est qu'il veut être compris de tous; il prête à ses héros des costumes étriqués, c'est qu'il faut que ses héros ressemblent aux hommes de la foule ! Mais cependant, si forte était la vérité cachée dans ces détails bourgeois , si terrible et si vrai s'est rencontré le drame compromis dans ces détails sans fin , que lorsque le cercle de cette société bourgeoise peinte par Richardson , s'est agrandi enfin de tous les progrès qui attendaient la société anglaise , il est arrivé que cette humble poésie du coin du feu a gardé l'empreinte de Clarisse Harlowe, cette âme sans tache, dont toute l'histoire, quand elle sera dégagée de ce fastidieux appareil de déclamations surannées, se pourra résumer en deux mots : combattre et souffrir.
J'ai donc étudié ce chef-d'œuvre de Clarisse Harloice avec le zèle et la persévérance de l'antiquaire le plus acharné, et en dépit même des souvenirs de notre premier enthousiasme , j'ai résisté longtemps avant que d'entreprendre le travail impossible que je vous