LETTRE DX
Miss Charlotte Montaigu à M. Bel Fo RD,
Au château de M..,, 15 Septembre,
NE attaque de goutte à la inaîn droite ôtant à Milord le pouvoir de se servir de sa plume, il m'ordonne, ainsi que Lady Sara et Lady Betty ^ de vous informer qu'avant l'arrivée de votre lettre , M. Lovelace se disposoit à passer -dans les pays étrangers. Nous nous efforcerons , par les motifs que vous nous représentez, de lui faire hâter son voyage. Vous ne sauriez vous imaginer combien nous sommes pénétrés de la mort de Miss Harlowe. Depuis cette fatale nouvelle , mes deux tantes n'ont pas eu un moment de repos et de santé. Nous nous étions proposé, avec complaisance, de cultiver sa connoissance et son amitié après le départ de M. Lovelace ; et nous nous serions soumises à toutes les conditions qu'elle auroit voulu nous imposer. La bonté qui l'a fait penser à nous, dans ses dernières dispositions , renouvelle nos regrets pour cette irréparable perte ; mais
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elle ne sauroit les augmenter. Nous donnerons des ordres à M. Finek notre bijoutier de passer chez vous. Il a nos instructions sur les bagues. Nous porterons long-temps ces chers gages du souvenir de la chère testatrice.
Tout le monde ici est assuré que vous ^'épargnerez rien pour arrêter les suites de ce malheureux événement. Milord me charge de vous marquer particulièrement son estime. Je suis, Monsieur, votre , etc.
Charl. Montaigu.
(^) Ce recueil étant devenu beaucoup plus volumineux qu'on ne Tairroit souhaité , on a cru devoir supprimer plusieurs lettres écrites entre le Colonel Morden, Miss Howe , M. Belford et M. Hickman , relativement à l'exécution du testament de Clarisse , etc.
Il est cependant nécessaire d'observer , à ce sujet , que la malheureuse mère , secondée des deux oncles, eut assez d'empire sur le père affligé \ pour le faire passer par-dessus toutes les objec- i rions de son fils , et diriger lui-même l'exécution ' exacte du testament ; pour l'engager encore à faire remise de toutes les sommes dont il étoit autorisé par le testament à se rembourser , et à prendre sur lui tous les frais funéraires.
M. Belford obligea tellement Miss Howe p^r sa fermeté , son équité , son zèle et si promptitude à contribuer à la collection projetée , qu'elle lia volontairement correspondance avec lui comme avec le représentant de sa plus chère amie. Il communiqua à Miss Howe en confidence les kttres écrites entre lui et M. Lovelace , et d<i
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consentement du Colonel , celles écrites entre lui et ce gentilhomme.
Il envoya à Miss Howe avec le premier paquet ries lettres qu'il avoit transcrites pour elle , une lettre à M. Hickman datée du i6 Septembre , dans laquelle il s'exprime en ces termes :
« J'aurois dû , M. mettre de côté une lettre » qui fait partie de cette collection. C'est celle » qui a rapport à votre entrevue avec M. Love- » lace , chez M. Dormer ( * ) et dans laquelle » M. Lovelace vous traite avec une légèreté que » ne méritoit ni votre personne , ni votre ca- » ractère , ni la commission dont vous étiez » chargé , mais qui lui étoit ordinaire avec toutes » les personnes dont le message ou le ministère w lui déplaisoient.
)) J'espère , Monsieur , que vous avez trop » d'ëiévaïion dans l'ame pour être affecté du » contenu de cette lettre , si Miss Howe jugeoit » à propos de vous la communiquer -, d'autant 5) plus qu'il est impossible qu'elle vous fasse aucun » tort dans son esprit. »
Ensuite M. Belford , excuse autant qu'il lui est possible M. Lovelace , et le peint comme un homme d'un bon naturel malgré tous ses défauts j il cite à M. Hickman plusieurs exemples de liberté beaucoup plus grandes qu'il avoit prises avec lui-même.
M. Hickman y répond en ces termes par une lettre du i8.
» Quant à la manière dont M. Lovelace me j) traite dans la lettre dont vous parlez , en quelw ques termes qu'elle soit conçue, je n'y serai » jamais sensible. Avant d'aller remplir ma com- » mission auprès de lui , je m'attendois à une » conduite bizarre de sa pnrt , et je n'ai pas été
(*) Voyez Lettre CCCXLVI.
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Tù trompé (îans mon attente. Dans toutes tes » occasions semblables à celle - ci , je raisonne » avec moi - même , comme fait Miss Howe » d'après les principes de sa chère amie , et je » me dis : si les traits de censure lancés sur moi » sont justes^ je dois non-seulement les pardonner , » mais encore tâcher d'en profiter. S'ils sont in- » justes y je dois les mépriser et leur auteur aussi ; » car il seroit inexcusable de fournir par son » ressentiment de nouvelles armes , à un ennemi » dont la malice peut être désarmée par le mépris* » D'ailleurs , je serois très-fâché d'entendre mon » éloge dans la bouche d'un homme qui a pu » traiter , comme il a fait , une jeune dame qui V étoiî l'ornement de son sexe et de l'espèce y humaine.
5) Je vous rem.ercie cependant , Monsieur , de » cette marque de considération de votre part » et de toute votre lettre qui me donne une » preuve si flatteuse de l'amitié dont vous vou- »Jûtes bien m'assurer la dernière fois que je fus » à Londres , et dom j'accepte l'offre avec le » même empressement et la même cordialité que » je veux mettre à la cultiver. <t
Miss Kowe dans une lettre du 20 , accuse la réception des lettres , papiers et legs que M. Beiford lui avoit envoyés , avec sa lettre à M. Hickman , et l'assure : a qu'il ne sera fait d'autre » usage de ses communications , que celui qu'il » approuvera lui-même. »
Comme il avoit parlé avec une sorte de compassion des chagrins de la famille des Harlowes. « Que ces gens qui ont le cœur si compatissant, » dit -elle , prennent pitié d'eux s'ils veulent:. » moi , je ne suis pas de ces gens - là. Sans » doute , Monsieur , que vous avez aussi pitié d^e » l'autre infernal scélérat. Pour moi, c'est du fond » du cœiir que je lui eavie jusqu'à son délire >
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j9 parce qu'il Taffranchit de ce remords qui , je » Tespère , le resaisira à son rétablissement , et » ne le quittera plus de toute sa vie. A présent, » Monsieur , permettez-moi de vous dire que » cet homme fait haïr tout votre sexe , même » les hommes d'un caractère irréprochable j car » je ne peux regarder ceux-là que comme des » êtres à découvrir , et qui ne me sont pas v> encore bien connus.
» Si Ton vous envoie pour les vendre -, les » bijoux qui appartenoient en propre à ma chère >3 amie , je désirerois bien les acquérir , même
» au plus haut prix j surtoui le collier et
» le solitaire.
» O combien la lecture de ce testament de y ma bien-aimée m'a coûté de larmes !.,.., » Mais je ne veux pas toucher à ce sujet qui w me perce le cœur. Je ne puis ni le repren- » dre , ni te quitter , sans charger d'exécrations V l'homme qui doit être l'exécration de tout » l'univers. »
M. Belford dans sa réponse, lui promet qu'elle seule aura les diamans , s'ils viennent entre ses mains. Il l'informe que la famille a donné au Colonel Morden les clefs de tous les effets qui appartenoient à la chère défunte ; que l'infortunée mère avoit fait mettre de côté pour elle , ( comme le testament le portoit ) une pièce d'ouvrage à l'aiguille ; qu^elle avoit permis à Mde. Norton de transcrire le petit livre de méditation , et gardé pour elle l'original , écrit en entier de la main de sa chère fille , et qui pourroit lui apporter quelque consolation quand elle auroit la force d'y jeter les yeux : qu'elle avoit aussi réservé pour elle le portrait de Ghrisse pemt à la manière de Vandyk.
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M. Belforcî envoie avec cette lettre à Mws Howe les tablettes de son amie , et lui promet des copies de plusieurs lettres posthumes. Il lui «lit qu'ayant appris que M. Loveiace avoit recouvre' son bon sens , il avoit envoyé la lettre posthume destinée pour lui à- Alilord M, . . . qui la lui remetrroit oi» difréreroit encore , suivant qu'il le jugeroit ou non en état d'en soutenir la lecture. Voici la copie de cette lettre : (it)